Vues Ephémères - Mars 2009
Humeur de Xavier Guilbert en March 2009

L’actualité du livre est effroyablement cyclique — et après le Festival d’Angoulême en Janvier, voici que débarque le Salon du Livre pour Mars. Et le chroniqueur de se sentir pris au piège d’un éternel recommencement, sommé de s’emporter annuellement au gré du calendrier des manifestations. D’où l’envie de porter son regard ailleurs qu’en direction de la Porte de Versailles — tenez, et pourquoi pas vers le Grand Palais?
Ça tombe bien, d’ailleurs, puisque «du 19 au 23 Mars 2009 au Grand Palais, ARTPARIS invite collectionneurs, amateurs et professionnels du monde de l’art à rencontrer 115 galeries d’art moderne et contemporain, parmi les plus dynamiques sur le marché de l’art international». Waaah.
Mieux encore — cette année, l’édition 2009 ne fait rien moins que de «créer l’événement en mettant pour la première fois à l’honneur la bande dessinée», avec en particulier une exposition consacrée au Neuvième Art, sous l’égide de Jean-Marc Thévenet (transfuge du FIBD). Même si l’on nous explique tout d’abord qu’«il n’est pas à dire qu’elle connaît, enfin, une reconnaissance. L’art a-t’il besoin de reconnaissance?», la suite donne fortement l’impression d’une justification pour parer aux critiques:
«Robert Crumb est exposé à la Biennale d’art contemporain de Lyon, le Fonds National d’Art Contemporain acquiert des planches, la Fondation Cartier, les galeries new-yorkaises exposent de la bande dessinée, et le… Louvre aussi. Le propos de : “Les auteurs de la bande dessinée s’exposent à ARTPARIS” repose sur un choix subjectif et affirmé de découvertes ou redécouvertes d’auteurs dont on ne peut pas dire qu’ils appartiennent à la même école, loin s’en faut.»
Alors certes, l’art n’a pas besoin de reconnaissance, mais on pourrait presque penser que ce n’est que lorsque tous les endroits qui comptent commencent à exposer de la bande dessinée qu’ARTPARIS («foire d’art moderne + contemporain») décide subitement de «créer l’événement», histoire de ne pas paraître complètement à la masse. Mais vous me connaissez, je vois le mal partout.

D’ailleurs, la Galerie Slomka ne cache pas son enthousiasme: «La Bande Dessinée qualifiée de Neuvième Art est considérée désormais comme un Art Contemporain à part entière. En entrant au Musée, la BD quitte enfin le “Salon des Refusés”...» Il faut toutefois relativiser — la véritable raison de ces réjouissances, c’est quand même que «les collectionneurs d’originaux ont commencé à être pris au sérieux: les ventes aux enchères atteignent des records». Coïncidence amusante, il se trouve que «la Galerie Slomka s’enorgueillit de pouvoir réaliser pour ArtParis 2009 un accrochage exceptionnel des planches originales les plus belles et les plus chères du monde». La nature fait bien les choses.
On nous explique d’ailleurs comment les Impressionnistes, las de se voir éconduire dans les expositions de l’époque, avaient fondé leur propre salon, le «Salon des Refusés». [1] L’argumentaire se lance alors dans un parallèle osé avec la bande dessinée, qui, à ce qu’il paraît, «se lisait en cachette jusque dans les années 1970». Jusqu’au miracle, et le miracle porte un nom: René Goscinny.
S’il faut en croire la Galerie Slomka, René Goscinny a créé «le berceau de la BD moderne», permis aux «merveilleux dessinateurs belges de TINTIN et SPIROU [de] sortir au grand jour», et sous son impulsion, «Le phénomène fut planétaire. La BD japonaise conduite par TEZUKA s’étoffa sous le nom de MANGA. Les COMICS américains fleurirent à profusion, emmenés par DISNEY et ses petits Mickey, EISNER, KIRBY, SCHULZ, STAN LEE...» [2] On en reste sans voix. Goscinny, quel génie quand même! [3]

Mais je pinaille sans doute. Peu importe que l’on s’embrouille un peu dans les influences, ou que l’on se prenne les pieds dans le tapis de l’histoire de la bande dessinée («née avec le vingtième siècle», nous dit-on) — c’est accessoire. Car, voyez-vous, «aujourd’hui, la BD représente un marché prospère de l’édition», et c’est bien ça qui compte.
La légitimité de la bande dessinée est désormais établie, puisque les musées en exposent, et que les collectionneurs en achètent rubis sur l’ongle. Il paraîtrait même que des gens les lisent. Franchement, on serait bête de vouloir aller chercher plus loin...

Les sorties de Mars 2009
Fabien Bertrand & Aude Massot - Chronique d’une chair grillée - Les Enfants Rouges
Pakito Bolino - Spermanga - L’Association
Claude Bourgeyx & Sandrine Revel - Monsieur Régis - Les Enfants Rouges
Robert Crumb - Les Aventures de R.Crumb - Cornélius
Thomas de Decker & Emilie Pazolles - Neiges obscures - Tache Production
*Démoniak - 1. MORT A BABYLONE - Frémok éditions
Pieter de Poortere - Dickie 3 - Les Requins Marteaux
Perrine Dorin - Ginger - Diantre ! éditions
Peb & Fox - Ouf ! - Diantre ! éditions
Gally - Sale Morveuse ! T2 - Diantre ! éditions
Kim Su-Bak - Quitter la ville, Vol.1 - Atrabile
Magnus - Nécron 6 - Cornélius, Collection Paul
Aurélie Pollet - Beurk ! des poux - Diantre ! éditions
Johnny Ryan - The Comic Book Holocaust - Editions Humeurs
Charlie Schlingo - Gaspation ! - L’Association
Charlie Schlingo - Josette de Rechange - L’Association
Tezuka Osamu - Kaos vol.3 - Cornélius, Collection Paul
Dominique van der Bergh - L’odeur de la couleur du lièvre - La Cinquième Couche

Versions Originales
Jeffrey Brown - Funny Misshapen Body - Touchstone
Ivan Brunetti - Ho! - Fantagraphics Books
Harvey Pekar, Paul Buhle, Ed Piskor & others - The Beats: A Graphic History - Hill & Wang
Ronnie del Carmen - And There You Are - AdHouse Books
Bob Fingerman - Connective Tissue - Fantagraphics Books
Larry Gonick - The Cartoon History Of The Modern World Part 2: From the Bastille to Baghdad - Collins
Paul Hornschemeier - Life With Mr Dangerous - Villard Books
David Malki - Wondermark Vol 2 - Dark Horse
Chris Onstad - Achewood Vol 2 - Dark Horse
Ariel Schrag - Likewise - Touchstone
Charles M Schulz - The Complete Peanuts Vol 11: 1971-1972 - Fantagraphics Books
Amanda Vahamaki - The Bun Field - Drawn & Quarterly

Collectifs
Choco Creed #7 «Histoire & Nourriture» - Café Creed
Jeunes Talents 2009 - L’Iconograf, FIBD
Popgun Vol 3 - Image Comics
Will Eisner’s The Spirit: The New Adventures Archives - Dark Horse
Revues
The Comics Journal #297 - Fantagraphics Books
Essais
Jeet Heer & Kent Worcester - A Comics Studies Reader - University Press Of Mississippi

La magie des chiffres
Nouveauté du Salon du Livre (Porte de Versailles, du 13 au 18 Mars 2009), «L’Escale BD/Manga» nous propose sans surprise son lot de conférences et de rencontres, une petite vingtaine de rendez-vous égrenés tout au long des six jours. A l’heure où j’écris ces lignes, aucun des intervenants à ces événements n’a été confirmé, [4] ce qui laisse planer un savoureux mystère sur la manifestation.
On ira donc peut-être retrouver, Lundi 16 Mars 2009 de 12h30 à 13h30, quelques éminentes personnalités, des éditeurs sans doute, pour discuter du sujet ô combien épineux du «marché de la bd en 2008 et les perspectives avec la crise». Probablement, on évoquera la surproduction — surtout celles des autres, car les absents ont toujours tort; on parlera aussi des succès — principalement les siens, car on n’est jamais mieux servi que par soi-même quand il s’agit de promotion; et peut-être, si vraiment on n’a plus rien à dire, on mentionnera alors timidement quelques chiffres.
Alors, ami lecteur, lectrice mon Amour, tu assisteras sans doute à un joli tour de passe-passe. Car les chiffres sont toujours douteux, ils ne couvrent jamais les bons pays ou les bons réseaux de distribution, et puis ce ne sont que les ventes en caisse, bref, il faut s’en méfier comme de la peste. Et hop, ni vu ni connu, grâce aux effets de manches de ces considérations souvent technico-fumeuses, [5] on aura réussi à escamoter les tendances baissières et les perspectives inquiétantes que ces chiffres laissaient transparaître. Crise — quelle crise?

[1] Et d’en préciser aussitôt l’aspect le plus important: «Bien inspirés furent ceux qui achetèrent les œuvres de ces «refusés»: Manet, Monnet, Pissaro, Sisley... Leur côte fut multipliée par 10 puis par 1000 en quelques années!». Jolie vision dans laquelle l’Art ne vaut que par son aspect spéculatif. Vous aviez dit «culturel»? Oubliez.

[2] Avec des majuscules plein les lignes, parce que c’est important.

[3] Les plus observateurs auront noté que le génie de Goscinny est tel qu’il courbe l’espace-temps — et l’influence de Pilote (fondé en 1959) a ainsi des répercussions sur les débuts de Will Eisner en 1936, de Jijé dans les pages de Spirou en 1939, de Stan Lee et Jack Kirby en 1941 (pour ce qui est des super-héros), de Tezuka en 1947, des Peanuts de Charles M. Schulz en 1950, etc. Tout simplement remarquable.

[4] En dehors du duo dessinateur/scénariste du Dernier Templier publié chez Dargaud, qui participera à la discussion sur «Les adaptations de romans en BD», sujet fortement original s’il en est. Ceux qui l’auraient ratée pourront se consoler le lendemain, avec une rencontre avec Posy Simmonds. De l’inédit, donc.

[5] Yves Sente (directeur général adjoint de Dargaud-Lombard) faisait ainsi état de son savoir-faire en la matière dans cet article publié le 19 Janvier dernier dans Le Soir, quotidien Belge.

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10 RÉACTIONS
#01
Vues Ephémères - Mars 2009
La reconnaissance de la bd est un serpent de mer... Tous les trois ans, quelqu’un réinvente l’eau tiède à ce sujet. Finalement c’est assez drôle.
par Jean-no le 6 March 2009 | Répondre à ce message
>01
Vues Ephémères - Mars 2009

Drôle... ou lassant tellement le même discours de légitimation et les mêmes approximations se répètent encore et encore.

A Lyon le personnel de l’expotition Quintet (qui réunit Blanquet-Chris Ware-Joost Swarte-Shelton-Masse) explique doctement lors des visites que ce sont des auteurs de bande-dessinée MAIS aussi des artistes. L’argument étant qu’il n’ont pas fait QUE de la bd. Sur leur site internet on trouve la phrase suivante qui illustre bien: "Or, Quintet n’est pas totalement une exposition de BD. Elle est consacrée à cinq auteurs dont l’univers, l’iconographie et les productions récentes dépassent largement le cadre du récit illustré et de la planche. Quintet est une exposition d’artistes." C’est maladroit, on voudrait rendre hommage et à la place on méprise l’essentiel d’une oeuvre. La juxtaposition des deux dernières phrases. Devient-on artiste lorsque l’on cesse de faire de la bande dessinée? et inversement? Là dessus la brochure explique que Joost Swarte est l’inventeur de la ligne claire, si si.

par pull le 6 March 2009 | Répondre à ce message
>01
Vues Ephémères - Mars 2009
Vous ne regardez, superficiellement, que le prospectus publicitaire où les concepteurs de l’exposition doivent déclarer leurs intentions avec le minimum de mots et donc réduire le discours à l’état de squelette. Il y a d’autres textes liés à l’exposition Quintet (j’en sais quelque chose, allez voir, il y a un catalogue). Le mot "mépris" est bien mal choisi. Pas rencontré une seule personne dans ce musée qui professe le moindre mépris pour la bande dessinée, bien au contraire. Et puis, il ne s’agit pas de légitimer ou de fabriquer artificiellement des "artistes". Il s’agit surtout d’ouvrir le champ et ce, sans autre projet que de donner la possibilité de voir autrement. De confronter les regards, de tendre à la multiplicité, ce qui ne peut que déranger le confort des amateurs de BD qui ont, une fois pour toutes, dessiné les limites de leur médium chéri. Faut pas que ça déborde. C’est le "pays clos", Forest avait compris bien des choses, dommage qu’il ne soit plus lu et, encore moins, entendu. Exposer une planche, c’est comme exposer une photographie. Pourquoi faire, puisque c’est aussi bien dans un livre ou un journal? Eh bien, ça vaut le coup, par exemple, pour sentir au plus près la main, ou la texture du papier, ou l’encre; pour saisir les repentirs, ou leur absence inquiétante; pour avoir concrètement le format à portée ; etc, etc. J’insiste: la légitimation n’est pas le problème. Vraiment pas. Ou alors, c’est qu’on a enfermé son regard dans sa poche. Pourquoi ne pouvez-vous pas vous libérer de vos préjugés sur "la bande dessinée dans les musées" et jouir de ce qui est montré ?
par Christian Rosset le 7 March 2009 | Répondre à ce message
>01
Vues Ephémères - Mars 2009

"Exposer une planche, c’est comme exposer une photographie. Pourquoi faire, puisque c’est aussi bien dans un livre ou un journal ? Eh bien, ça vaut le coup, par exemple, pour sentir au plus près la main, ou la texture du papier, ou l’encre ; pour saisir les repentirs, ou leur absence inquiétante ; pour avoir concrètement le format à portée ; etc, etc. J’insiste : la légitimation n’est pas le problème."

Le problème n’est pas l’exposition en soi d’une planche mais le fait de l’exposer comme un tableau, d’en faire un tableau. En gros de susciter le whoua c’est beau – et çà ferait bien dans mon salon. Après exposer une planche dans un but pédagogique pourquoi pas mais il faut éviter de l’accrocher au mur : l’exposer à plat ou, mieux, à 45° comme on le ferait d’un livre ou d’un manuscrit.

Sinon pour la photo il y a aussi, selon moi, un problème de l’accrocher – de la considérer – comme un tableau de chevalet, mais c’est dû à la même bêtise de pseudo-légitimation, mais à la fin du XIXe – notamment avec le picturalisme etc. Une bêtise qui ne voit pas les différences entre les différents média, et ne cherche donc pas une mise en valeur propre au nouveau médium.

Je vous renvoie entre autres à Walter Benjamin.

Sinon mes salutations les plus respectueuses, un ancien étudiant en histoire de l’art.

par mattias-fausse-monnaie le 7 March 2009 | Répondre à ce message
>01
Vues Ephémères - Mars 2009

Exposer une planche n’en fait pas un tableau. (ceci dit, je répondais sur Quintet où il n’y a pas que des planches et je ne suis pas, a priori, fanatique des expositions de planches, justement; si Thévenet expose Bourgeon, je ne me déplacerai pas; mais si c’est Crumb, alors là, la curiosité sera plus forte que tout....)

Quand c’est beau on ne fait pas whoua et on ne pense pas forcément accrocher la chose dans son salon (si toutefois on en a un).

Il me semble que la pensée esthétique ne s’est pas figée avec Benjamin (que j’aime relire), et encore moins avec Adorno, et encore encore moins avec les joyeux drilles du postpostmodernisme, non?

par Christian Rosset le 7 March 2009 | Répondre à ce message
>01
Vues Ephémères - Mars 2009

Non c’est sûr, la pensée esthétique ne c’est pas arrêtée à Benjamin et à Adorno. Ceci dit je pense que celle de Benjamin – et d’un Kracauer également – est très actuelle : les questions soulevée – désolé je sors un peu de la discussion – par internet et l’art peuvent trouver un début de réponse chez Benjamin. La Bande-Dessinée aussi – la parallèle avec la photographie et sa légitimation est intéressante.

Ceci dit, oui exposer Crumb est intéressant mais c’est la façon de le faire qui est cruciale. Que vous, que je pense intelligent et lettré, ne confondez pas une planche avec un tableau je n’en doute pas, mais le visiteur moyen est une autre affaire – la confusion (peut) s’intalle(r)dans son esprit.

Enfin même l’idée d’accrocher des dessins – les dessins sont fait pour être "lus" – à un mur est contestable. Seul une affiche ou un tableau – choses faite pour être accrochées – y trouve une certaine légitimité.

Pour conclure, exposer des auteurs de bande-dessinée oui mais en inventant un façon nouvelle et adéquate de le faire. Je pense cela intéressant d’y réfléchir.

Cordialement, Mattias

par mattias-fausse-monnaie le 8 March 2009 | Répondre à ce message
Vues Ephémères - Mars 2009
@Christian Rosset Évidemment, je n’ai lu que le fascicule distribué gratuitement dans le musée et entendu la personne préposée à la présentation de l’exposition qui m’avaient passablement agacé (mais j’étais agacé ce jour là, au musée de d’art contemporain de Lyon, on n’a pas le droit d’avoir de stylo pour griffonner, juste des crayons à papier). Si j’ai l’agacement facile face aux maladresses du rédacteur, vous admettrez que que pour ce qui est de la projection vous n’êtes pas en reste. Vous me sortez un discours tout fait justifiant la présence de la bd au musée à l’intention des personnes "qui ont, une fois pour toutes, dessiné les limites de leur médium chéri". Or je ne suis en aucun cas dérangé ni par les oeuvres exposées, ni par l’idée de les exposer. L’argumentation qui reviendrait à combattre un quelconque conservatisme est assez loin de ce que j’essayais d’exprimer. Ce débat là me semble à vrai dire heureusement assez dépassé. Je disais que je suis las du discours qui consiste à présenter l’exposition d’auteurs de bande dessinée dans un lieu d’art contemporain comme une nouveauté, voire une invention, car ce n’est pas le cas. De plus lorsqu’on tente de justifier cette supposée audace aussi maladroitement que dans le fascicule. C’est à dire à motiver le statut d’artiste de certains auteurs de bande dessinée par le fait qu’ils aient exploré d’autres champs m’ennuie beaucoup. C’est l’audace feinte que je critique, il me semble qu’il y aurait bien d’autres choses à dire sur ces auteurs passionnants que de s’excuser de leur présence.
par pull le 8 March 2009 | Répondre à ce message
>01
Vues Ephémères - Mars 2009

À Pull: je répondais à plusieurs messages à la fois et je suis heureux que vous soyez entré au Moca de Lyon sans oeillères, avec le désir de voir, de découvrir et de prendre du plaisir. Après, si vous avez été agacé par telle ou telle petite chose, ça ne regarde que vous. C’est bien dommage, mais ça ne nous dit pas quels rapports vous avez entretenu avec ce qui est montré. Sinon, je ne crois pas, je suis même sûr, que l’idée d’origine de Quintet était de "présenter l’exposition d’auteurs de bande dessinée dans un lieu d’art contemporain comme une nouveauté, voire une invention". Chaque exposition doit trouver sa singularité. Ce que cette expo invente singulièrement, sans audace feinte, c’est son propre espace d’accrochage et de circulation, lié à une rencontre entre cinq personnes qui n’avaient jamais eu l’occasion de dialoguer entre elles de cette manière. Au visiteur de jouer avec cette opportunité de participer à ce dialogue. Et éventuellement de nous faire passer ce qui l’a traversé.

À Matthias: oui, c’est bien là le problème, la façon de faire est cruciale. Sinon, un dessin peut-être aussi être vu sans qu’il devienne pour autant un tableau (je crois qu’on est d’accord sur une partie de cette proposition). J’ai peut-être tort (ce qui m’est bien égal), mais il m’est assez naturel de contempler une planche comme un dessin en me fichant de ce que ça raconte (ce qui ne veut pas dire que je ne m’intéresse pas au sens). La lecture linéaire ne me suffit pas. Elle n’est pas forcément celle qui m’attire le plus, elle ne sous-tend pas l’attirance que je peux avoir pour telle ou telle planche. Un dessin est toujours à la fois concret et abstrait. En attendant je ne vais pas dans les lieux d’exposition pour voir des livres sous cloche, comme des fromages ou pour lire de la bande dessinée, mais pour exercer mes sens et prendre du plaisir. Etc, etc. Le commissaire d’expo (un "vrai bon", compétent et modeste, comme à Lyon) trouve son plaisir (sa véritable rétribution) dans la manière de résoudre les conflits entre idée et réalisation, projet et économie, intention et mise en perspective, tout en se débrouillant pour laisser libres les oeuvres montrées et de permettre au visiteur de circuler non moins librement.

par Christian Rosset le 8 March 2009 | Répondre à ce message
>01
Vues Ephémères - Mars 2009

"J’ai peut-être tort (ce qui m’est bien égal), mais il m’est assez naturel de contempler une planche comme un dessin en me fichant de ce que ça raconte (ce qui ne veut pas dire que je ne m’intéresse pas au sens). La lecture linéaire ne me suffit pas."

Non vous n’avez pas tort, moi-même je m’enivre surtout de la planche comme espace : juxtaposition et rythmes des cases, mises en case & mise en pages mais aussi planches entre elles (ce dernier point est impossible à recréer en exposition, mais bon ...). D’ailleurs le sens vient, ou devrait, venir de là selon moi. La lecture linéaire ne vous suffit pas – moi non plus –, la lecture linéaire est un anachronisme aujourd’hui – c’est le grand problème du cinéma aujourd’hui –, une façon de lire/ regarder du XIXe siècle – comme l’exposition /espace muséal, ceci dit/ Vous êtes donc moderne – et ne lisez donc pas une encyclopédie de A à Z (clin d’œil à une interview de Petre Greenaway) – et je vous rejoins complètement sur ce point, à ceci près que la non-linéarité est à réinventer dans la bande-dessinée elle-même et non par une exposition par exemple sauf si elle fait partie elle-même, comme partie intégrante, de la bande-dessinée – voir à ce propos le lien entre performance et bande-dessinée dans l’œuvre de Ruppert & Mulot par exemple. Reste les expositions à caractère pédagogique...

"En attendant je ne vais pas dans les lieux d’exposition pour voir des livres sous cloche, comme des fromages ou pour lire de la bande dessinée, mais pour exercer mes sens et prendre du plaisir."

Non je ne veux pas de bandes-dessinées sous cloche, çà pue – j’essaye bêtement de filer votre comparaison. La question que je soulève est la façon de présenter les planches, accrochées au mur – spectacle – ou non, c’est-à-dire à plat ou à 45° – lecture (j’emploie peut-être ce terme à tort : j’y mets une connotation de regard critique, distancié, réfléchi voire ludique mais absolument pas romantique). Je penche, comme vous l’avez compris, pour la seconde option : malheureusement, à ma connaissance de la quasi-totalité des expositions de planches de bande-dessinée, ce qui m’agace. L La première joue plus en faveur, selon moi, du discours amoureux, je vais voir Franquin parce que c’est FRANQUIN ( et ça ferait bien dans mon salon, et si j’achetais une planche, c’est moins cher que Picasso), l’autre peut le déjouer plus facilement. Certains commissaires d’exposition essaye de faire leur boulot – comme c’est le cas, à vous lire, à Lyon – et c’est fort honorable mais ils ne sont pas immunisés contre une expo qui serait finalement mal fichue et contre-productive : par ignorance – l’exposition de planches est une chose récente donc à inventer ; les exposer comme des peintures une facilité : c’est la norme –, questions économiques, questions politiques, etc. D’autres s’en foutent, et surtout dans des galeries, voient dans la bande-dessinée une nouvelle niche du marché de l’art : plus abordable, plus hype et que sais-je encore. Dans ce second cas – la planche comme marchandise – la [la planche]faire passer pour un tableau, un objet de décoration et si possible par un grand nom [un génie]est la meilleure façon de faire, et la plus répandue – y a plus de marchands que d’idéalistes, malheureusement.

Bon faudrait écrire un livre sur ces questions un de ces quatre.

Cordialement, Mattias (deux "t" sans "h", svp, mais cela est très certainement une coquille, n’est-ce-pas ?)

ps: Je n’ai pas vu, et ne verrai pas – à moins qu’un tremblement de terre ne rapproche Lyon de Bordeaux –, cette exposition dont vous parlez.

par mattias-fausse-monnaie le 8 March 2009 | Répondre à ce message
#02
Vues Ephémères - Mars 2009
Personnellement, je ne comprends pas l’intérêt d’exposer des planches originales de bande-dessinée – comme des tableaux –, voit-on des expositions de pierres lithographiques ayant servi à Daumier ? Non, alors... Un truc fumeux pour spéculer : Art=unique ; Bd=reproduction mais planche originale=unique donc planche originale=Art – et Bd=Art. Le seul hic c’est que l’unicité ne fait L’art – que ferait-on de la photo, de l’estampe, du cinéma, etc. ? –. Un truc de fétichiste quoi ; le marché de l’art est une émanation du fétichisme. Et puis la non-unicité de la bande-dessinée, un des rares caractères essentiels de celle-ci – quoique qu’il existe quelques incunables comme les bd de Musset par exemples, mais leur but reste la diffusion : celles de Musset étaient faites pour passer de main en main –, est un des trucs les plus intéressant de celle-ci.
par mattias-fausse-monnaie le 6 March 2009 | Répondre à ce message
BRÈVES
D’ici de là-bas
25 janvier 2012
A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Neuf
4 décembre 2011
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Tirer un trait/Tisser des liens
4 novembre 2011
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.
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