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| Extrait de "Weird Science" | ||

Il y eut une époque où la science-fiction n’était pas uniquement cette mythologie et ce folklore qui hantent désormais une grande partie des arts visuels, et ce, moins pour sa science que sa fiction « entertainement », hors présent, n’ayant pour unique fin anxiolytique que l’idée d’oublier le futur inconnaissable et de ressusciter les symptômes d’espérances d’un passé devenu idéal par ses conséquences semblant connues.
Au seuil du premier pas de l’homme sur la Lune, à l’entrée de cette ère dite alors atomique, l’étrangeté était de mettre en cette science récemment victorieuse d’une guerre et de maladies aussi vieilles que l’humanité, à la fois les espoirs et les nouvelles inquiétudes aux travers d’objets (concrets et théoriques) inédits (surtout dans les comics) qui traduisent aujourd’hui, à nos yeux lestés d’un avenir réduit à peau de chagrin, un âge d’or où le futur semblait déjà se pré-concrétiser dans l’american way of life alors affichée le long de nouvelles routes (highways) aux perspectives rassurantes. La science-fiction n’était pas encore l’annexe facultative d’une « sci-fi » omniprésente où il s’agit, désormais et avant tout, d’oublier plutôt que de s’interroger.
Weird Science fut un bimensuel publié entre mai/juin 1950 et novembre/décembre 1953. Il marque la reprise en mains symbolique par Williame Gaines de la maison d’édition EC crée par son père décédé à la fin des années quarante. C’est d’abord avec réticence que Gaines reprend l’affaire familiale. Il se destinait à être professeur de chimie et c’est en mettant une énergie compensant ses frustrations à ne pouvoir être le scientifique qu’il voulait devenir que la science-fiction fera alors irruption dans le monde des comics avec des qualités inédites, aidé en cela par des artistes hors pairs comme Al Feldstein, Harvey Kurtzman, Wally Wood, Jack Kamen, ou Joe Orlando.
Dans les publicités d’EC et dans les réponses au courrier des lecteurs, les éditeurs/auteurs indiquent souvent que Weird Science est le titre dont ils sont le plus fiers. [1] Ces jeunes hommes sont la première génération élevée aux revues de SF et l’expression science-fiction est apparue quand ils apprenait à lire ou acquéraient l’âge de raison. [2] Mise à part Kurtzman, tous ont un intérêt marqué pour elle et ils la pratiquent dans la forme qui lui sied le mieux : la nouvelle.
Chaque numéro de Weird Science est en effet composé de quatre histoires de cinq à huit planches, et d’une nouvelle, essentiellement maintenue pour des raisons de législation postale. [3] La plupart sont conçues par Feldstein et Gaines (supervisées dans le moindre des cas), de la « splash page » introductive à la « twist ending » conclusive. Toutes sont admirablement en phase avec la littérature science-fictive de l’époque, de Ray Bradbury, Theodore Sturgeon à Richard Matheson en passant par Fredric Brown, [4] et offrent des petits bijoux mémorables comme : Lost in The Microcosm (Fedstein-Kurtsman), House in Time (Feldstein-Ingels), ...Gregory Had a Model-T (Kurtzman), Reducing... Costs (Feldstein-Kamen), The Invaders (Feldstein-Wally-Wood), etc.
Aujourd’hui le hiatus est, qu’étant un media de l’image, la perception de ces bandes dessinées est souvent réduite à l’aspect suranné des objets/machines qui la sous-tendent, ou à la prétendue naïveté de futurs imaginés, rattrapés en date par notre présent, voire déjà devenus notre passé. Oui, les fusées sont galbées comme des suppositoires, les extraterrestres sont souvent monstrueux avec des yeux pédonculés, [5] les savants aux tempes grisonnantes fument la pipe quand ils réfléchissent beaucoup, les astronautes ont des semelles magnétiques pour faire face à l’impesanteur de leur vaisseaux martiaux et il suffit d’un taux d’oxygène s’approchant de celui de la terre pour retirer son casque et respirer enfin, en vrai pionnier viril, l’air des planètes étrangères. Ici, le corps humain est une machine et l’on fait face à l’univers entier par celles que l’on crée, et l’on peut être trompé par celles d’aspect humain, surtout si elles ont la beauté des femmes, « pretty things » dans ce monde d’hommes.
Même si la biologie moléculaire ou l’informatique sont absentes de ces histoires, celles-ci font preuve de prospectives poussées et ambitieuses qui uniquement en mots ne feraient sourire personne. Ne voir dans Weird Science qu’un simple objet kitsch serait une grossière erreur et témoigner d’une vision de la science-fiction réduite à un babil, au point de la nommer par la première syllabe des mots qui la composent. [6]
Lire Weird Science aujourd’hui, c’est lire une époque certes, mais surtout voir des hommes spéculer sur des possibles qui s’offrent à eux et qui nous restent contemporains dans un présent informé d’une science gagnant chaque jour en complexité. Aujourd’hui les limites sont les mêmes car elles sont autres, car elles sont l’autre. Avec le temps, ces histoires ont gagné en universalité dans les questions qu’elles se sont posées et relativisent notre degré d’appréhension et de prétention actuelle à comprendre et interroger le monde. [7]
Notons que cette politique éditoriale privilégiant les histoires courtes et de qualité a deux conséquences : une concision dans l’écriture, accompagnée d’une précision formelle et narrative qui fit que le lectorat était souvent adulte [8] ; et une politique d’auteurs qui existent d’abord par leur style, [9] chose rarissime dans le monde des comics de l’époque où, et dans le meilleur des cas, le créateur n’existe que par le succès de sa créature de papier dont il n’est généralement pas le propriétaire.
Dans sa préface à l’anthologie Chasseurs de chimères, Serge Lehman montre qu’avec les années 30 la science-fiction francophone disparaît petit à petit de la littérature pour ensuite se réfugier dans la bande dessinée, comme celles de Jacobs ou Moebius par exemple. [10] Aux Etats-Unis le chemin semble presque inverse, après pourtant ce bout de chemin harmonieux dont témoignent ces comics.
Associé à l’esprit du McCarthysme, celui psychologisant du docteur Wertham aura (ir)raison du « new trend » d’EC et de cette remarquable expérience science-fictive. L’insupportable « Weird » deviendra pour peu « incredible » et auteurs/éditeurs s’en iront dans cet immense éclat de rire cachant leur peine qui deviendra le magazine Mad, institution salvatrice réjouissante où commence un autre pan de l’histoire de la bande dessinée.
La science-fiction, sous une forme essentielle, quitte alors les comics qui s’ignoraient adultes et d’auteurs pour celui quasi exclusif de la littérature, ou sous les auspices moins propices du super-héroïsme qui la confronteront/confondront à leur mythologie consubstantielle et hélas trop souvent immature.
[1] EC en publie bien évidement d’autres, dont les fameux Tales from The Crypt, The Haunt of Fear, The Vault of Horror, Two-fisted Tales, Weird Fantasy ou encore Crime Suspenstories.
[2] Le terme science-fiction (scientifiction) a été inventé par l’auteur/ éditeur Hugo Gernsback en 1929.
[3] Pour la même raison, les premiers numéros de Weird Science sont numérotés de 12 à 15, reprenant la place et la tomaison d’un titre moribond de romances sur fond de western, et éviter ainsi à EC de négocier un nouvel accord tarifaire avec l’administration postale.
[4] Dans Weird Fantasy, le petit cousin de Weird Science, certaines bandes dessinées seront l’adaptation de nouvelles de Ray Bradbury.
[5] Les fameux Bug-Eyed-Monster ou BEM.
[6] Il y a quelques années, autour de l’an 2000 (futur avorté), je suis allé voir Forbidden Planet, content de pouvoir enfin apprécier ce film sur grand écran. Ce fut hélas un désastre, un bon tiers de la salle se sentant obligé de rire à la moindre des répliques. Pourtant ceux qui riaient sont les mêmes qui ne rient pas en regardant les Star Wars aux dialogues tout aussi risibles, si ce n’est plus. La seule différence notable est que ces derniers sont noyés dans la pyrotechnie et l’action bruyante au détriment d’une science-fiction interrogative. George Lucas signe la préface du volume I de cette réédition, qui par sa nostalgie témoigne que la science-fiction se résume, pour le cinéaste, à des objets d’enfances. Que l’éditeur puisse en profiter pour vendre ses livres soit, mais cela ce fait au prix du maintient d’une belle confusion ou d’une lecture biaisée d’un patrimoine.
[7] Certaines le font même parfois avec un humour et une poésie étonnante, comme ...Gregory Had a Model-T de Kurtzman par exemple.
[8] Comme en témoignent les courriers de lecteurs reproduits tels quels dans ces rééditions.
[9] Et sont encouragés à le faire comme le montrent ces portraits et biographies d’auteurs publiés en page deux, comme par exemple celui de Jack Kamen dans le n°8 (volume 2) ou celui de Wally Wood dans le n°12 (volume 2).
[10] Serge Lehman : « Hypermondes perdus » in Chasseurs de chimères, Omnibus, pp. I à XXXIV.
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#01
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Bonjour Jessie Bi, j’ai lu avec intéret votre article. Pourriez-vous preciser un peu votre remarque [6]. Faites vous allusion à la toute première trilogie ? Mais il est vrai que la princesse ne fait pas le poids face à la fille du professeur ;-) En tout cas ne peut-on pas regretter cette periode avec ces fusées aux formes galbées comme vous le décrivez si bien. Ces robots monstrueux tout en Inox (le jour où la Terre s’arréta) ou pleins de lumières et cliquetis métaliques comme Robbie (encore La Planète Interdite)... face à ceux des séries américaines "joués"par des acteurs poudrés surfant sur la notoriété passée d’une série et maintenant sous les ordres d’un capitaine sponsorisé par une marque de surgelé... Mais on s’égare... Plus sérieusement beaucoup de plaisir à lire cet article. et bravo pour Ïncredible" |
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par Un inconnu le 12 septembre 2007
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#02
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Comment pouvez-vous encourager vos lecteurs à acheter cette édition SACRILEGE ? Vous avez de la merde dans les yeux ou quoi ?! C’est l’un des pires boulots jamais réalisé sur ce matériel ! Car derrière le "beau" papier glacé, les vantardises de l’éditeur et l’alibi patrimonial, les pages ont été RECOLORISÉES sur Photoshop ! Et contrairement à ce que proclame l’éditeur (qu’il crève rapidement dans d’atroces souffrances), sans aucun respect pour le travail effectué à l’époque par Marie Severin ! Ce salopard ose même prétendre que tout cela a été fait pour coller au plus près à l’esprit des couleurs originales ! On se demande qui il espère tromper avec ce charabia. Car ça n’a rien à voir avec les comics ! À l’exception des quelques aplats criards pour "faire genre", tout n’est que beige, gris et marronnasses infâmes ! Et je ne parle même pas des dégradés numériques qui sont un contre-sens de la technique du benday si caractéristique du style EC Comics. Des porcs, des porcs, des porcs !
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par JLouis le 23 septembre 2007
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>02
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Si on me lit bien je n’encourage pas à acheter ces livres mais à lire Weird Science. Aux lecteurs/lectrices de trouver la meilleur édition ou réédition possible (s’il y en a une). Ma chronique est d’abord sur la science-fiction en bande dessinée dans les années 50 aux Etats-Unis. Les reproductions (couvertures, extrait) font ici témoignages de l’édition qui fait support à ma lecture, celle sur laquelle elle se base et je ne crois pas qu’elle la biaise par les manques que tu évoques. J’ai évidement plus que des doutes sur la qualité des couleurs, le format d’édition, etc. mais comme je n’ai jamais eu l’occasion d’avoir de premières éditions entre les mains voire d’autres rééditions, je me suis gardé d’affirmer quoique ce soit. Pour être totalement honnête ma chronique se terminait à l’origine par un paragraphe faisant allusion à tout cela, mais au moment de la mettre en ligne, avec Xav, nous avons trouvé qu’elle alourdissait inutilement le propos général du texte et nous l’avons supprimé. De manière plus général ce qui m’intéresse dans l’écriture d’une chronique c’est avant tout d’essayer de faire partager une lecture, à la fois comme expérience et interprétation, pas de faire acheter. Jessie Bi
par Jessie Bi le 23 septembre 2007
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L’auteur d’American Splendor et l’une des figures emblématiques de l’autobiographie en bande dessinée, Harvey Pekar s’est éteint hier à 70 ans. Il laisse derrière lui son « grand œuvre », chronique personnelle illustrée tour à tour par R. Crumb, Spain Rodriguez ou encore Joe Sacco, entre autres noms remarquables. En 2003, il avait été incarné à l’écran par Paul Giamatti.
Aux flâneurs de la capitale réfractaires aux sirènes du ballon rond, les jours qui viennent s’annoncent riches en horizons à explorer. Pour commencer, Thomas Ott s’expose du 11 juin au 17 juillet à la Galerie Martel (17 rue Martel dans le 10e). Ensuite, histoire de continuer à célébrer les XX ans de l’Association, Benoît Jacques prend la suite de Nine Antico et de Grégoire Carlé et « s’installe » du 15 juin au 17 juillet à Super-Héros (175 rue St Martin dans le 3e). Enfin, on pourra aller admirer le travail de Dominique Goblet & Nikita Fossoul et Aurélie William Levaux du 18 juin au 18 juillet au Monte-en-l’Air (71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare dans le 20e).
Avis aux amateurs : ce mois de mai promet d’en éblouir plus d’un.