YotsubaTo ! de Azuma Kiyohiko
En anglais Yotsuba& !, publié chez ADV Manga
Dans une langue exotique YotsubaTo !, publié chez MediaWorks
Chroniqué par Tanuki en juillet 2006

Ayant connu un succès certain avec sa série de strips Azumanga Daioh, Azuma Kiyohiko revient avec YotsubaTo ! dans un format plus classique. Popularisé à l’international d’abord par son adaptation télévisée, le manga Azumanga Daioh avait lui aussi séduit son public — et ce malgré son format typiquement japonais, en strips de quatre cases verticales (les yon-koma), mais grâce à son humour et à ses personnages attachants. Pourtant Azumanga Daioh se montrait moins concluant dans les séquences au format classique de deux chapitres spéciaux.
Dans YotsubaTo !, Azuma réussit à bien gérer le rythme de ses chapitres, notamment en jouant sur leur longueur. Et comme il n’a rien perdu de son humour, loin de là même, la série est un vrai bonheur à lire.

Le titre se traduit littéralement par « Yotsuba et ! », [1] chaque chapitre étant intitulé « Yotsuba et ... ». Le « ... » peut être le gâteau, la télé, les courses, la piscine, la vengeance, l’éléphant etc., et désigne l’élément auquel l’héroïne va se voir confrontée durant le chapitre.
Cette héroïne presque éponyme, c’est Yotsuba, [2] une étrange petite fille âgée de 5-6 ans et d’une incroyable naïveté. Elle ne connaît et ne comprend pas grand chose au monde qui l’entoure, comme si elle venait d’un autre monde. [3] Ce décalage comique entre Yotsuba et son environnement est le déclencheur et le ressort principal de ses aventures hilarantes. Elle est aussi aidée par son énergie débordante, sa bonne humeur communicative à toute épreuve et sa capacité inégalée à s’émerveiller de tout et d’un rien.
Elle est de plus bien entourée. Il y a d’abord les soeurs Ayase : l’espiègle étudiante Asagi, la généreuse lycéenne Fuuka et la sérieuse écolière Ena. Voisines et donc « victimes » toutes désignées, elles sont les premières « complices » des délicieuses aventures et/ou découvertes de Yotsuba. [4] Puis il y a son père adoptif, un traducteur très relax, adepte d’une vie en caleçon, qui l’accompagne d’un laisser-faire confiant. Très présent, il est pourtant loin d’être un frein aux activités pittoresques de sa fille, parfois bien au contraire. Enfin n’oublions pas Jumbo l’immense ami du père, amoureux d’Asagi, et Miura, une amie d’Ena au franc-parler un peu brusque.

Azuma Kiyohiko a ainsi gardé toute son aptitude à brosser une galerie de personnages attachants et pittoresques, mais suffisamment typés pour être de formidables moteurs d’une comédie hilarante. Les interactions et les réactions des personnages face et/ou à la suite des aventures/découvertes de Yotsuba sont une vraie réussite.
C’est d’ailleurs sur ce dynamisme comique des et entre les personnages que repose la série puisqu’il ne se passe finalement pas grand’chose au fil des chapitres : peu d’évolution, même temporelle. En effet chaque chapitre couvrant une ou une demie journée, les cinq volumes japonais publiés ne « durent » qu’un mois et demi. De plus les chapitres sont tous indépendants (ou presque).

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D’Azumanga Daioh, les personnages ont également conservé leur graphisme dépouillé. Mais ici, la limitation des cases de strips oubliée, il est mêlé à des décors (au sens large : objets, vêtements, véhicules, bâtiments...) d’un réalisme soigné et impeccable qui ancre la série dans une banlieue résidentielle japonaise étonnamment réelle.

Je ne peux m’empêcher de conclure par le « Enjoy Everything » qui figure à la fin du deuxième volume. Il résume parfaitement l’état d’esprit de l’adorable héroïne ainsi que celui dans lequel se trouvera immanquablement le lecteur, tout sourire (quand il ne rira pas aux éclats) devant tant de bonne humeur. Pourquoi bouder son plaisir dans ce cas ?

Pour finir, deux remarques annexes :
- YotsubaTo ! est un vrai titre « pour tous les âges ». Bien que destiné initialement à (et largement apprécié par) un lectorat adulte, il convient tout à fait à un lectorat jeune. Les enfants devraient être ravis par les histoires simples, la bonne humeur communicative, le graphisme impeccable et facile d’accès et l’âge de plusieurs des personnages.
- la série est très facile à lire en version original (japonaise). Ce qui combiné à sa qualité en fait un titre recommandable à tout japonisant à la recherche de manga à lire en japonais.

[1] Yotsuba& ! étant d’ailleurs le titre international de la série.

[2] « Yotsuba » signifie littéralement « quatre feuilles » en japonais. Sa coiffure avec quatre couettes et ses cheveux verts font donc référence aux quatre feuilles du célèbre trèfle.

[3] En fait, entre ses cheveux verts et le fait que son père, adoptif apparemment, l’a ramenée d’un île située « sur la gauche » (sic), elle vient littéralement d’ailleurs.

[4] Les termes « victimes » et « complices » étant interchangeables dans cette phrase.

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Ah oui, et puis sinon, il paraît qu’il y a aussi quelque chose au Palais de Chaillot jusqu’au 28 novembre... alors bonne(s) visite(s).
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