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A nous deux, Paris!

A nous deux, Paris !

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Peut-être se rêvait-il comme Le samouraï, un solitaire de cinéma à Paris ? Ou alors, plus littéraire,  un Rastignac plein d’ambition dans la comédie humaine parisienne actuelle ? Mais sur cette couverture, il a aussi les même lunettes de soleil que J.-P. Melville. Un peu comme son pseudonyme entre prénom d’acteur nouvelle vague et diminutif pour mangaka confondu en un personnage,[1] l’auteur se révèle là  entre celui qui joue et celui qui réalise, absolument lui-même dans cet écart, cet entre-deux.
Œuvrant dans la bande dessinée dérisoire jusqu’au bout, il est dans un rapport d’image et de ce qui s’écrit à ses dépens, dans l’autodérision de quelqu’un qui voit vivre plus qu’il ne vit. Il se dessine, Nishi à Paris, en séjour d’un an, dans une histoire à suivre quotidienne, au synopsis relativiste débutant par un départ, finissant par un retour. Une fois ici il se voit de là-bas, se comprend tel. C’est ainsi, c’est le plaisir du voyageur que de s’identifier lui-même in petto dans un nouveau décor, voire, si plus grégaire, en photo devant un monument.

Revu pour son éditions française, ce Paris vu de là-bas semble ici faire de ce livre de nouvelles Lettres persanes, où l’épistolaire est un comic strip (drôle de voyage) de quelques planches paraissant dans un magazine, et où l’orient est bien plus loin, bien plus extrême paraît-il.
Pourtant, Nishi n’est pas un personnage, il est bien passé ici en 2005, il est bien de là-bas et mangaka. C’est d’ailleurs ce qui motive sa venue, cette neuvième chose que l’on dénomme bande dessinée, espérant devenir assistant en cette matière comme on peut l’être au Japon. Première déconvenue, premier décalage qui s’égrèneront ensuite dans les mœurs, coutumes, urbanités et autres aspects de la vie parisienne. Pour vivre, il travaillera principalement dans une épicerie bien connue du quartier de l’Opéra où se cristallise pour beaucoup la présence nippone à Paris depuis une quarantaine d’années.

A nous deux Paris ! pratique principalement l’autodérision. Ce moquant de ce qui motive les voyages de ses compatriotes vers un Paris décor idéal, mais aussi de ce qui fait la « nipponité » à nos yeux contemporains parigots. Classiquement, le banal fait l’exceptionnel pour l’auteur, et inversement pour nous. Peut-être nous fait-il plus rire dans ce point commun, ce regard en miroir, que dans nos éventuels décalages quotidiens respectifs. Ce livre a finalement l’exotisme plaisant d’un guide japonais ou d’articles de journaux féminins traduits en français, sans être totalement dans un relativisme culturel aussi prononcé que l’on pourrait se l’imaginer. Cela vient peut-être du « médium » manga dont bien des codes sont tellement intégrés de nos jours, que les pages d’A nous deux, Paris ! pourraient être faites de ce côté-ci du globe, par quelques jeunes dessinateurs/dessinatrices. Peut-être aussi et par conséquent, cet humour constant devient rapidement une forme de pudeur, sur une autobiographie qui aurait pu être plus profonde et qui se laisse deviner telle dans les dessins/croquis qui inaugurent chaque chapitre.
On peut apprécier ce livre comme un A year in the merde nippon (soft) par une sorte de narcissisme excentré jovial, mais on peut aussi regretter la possibilité non explorée de mémoires d’un mangaka s’expatriant pour son art, qui s’ébauchent parfois dans quelques cases ici ou là.

Notes

  1. Vrais nom et prénom de l’auteur : Nishimura Taku.
Chroniqué par en mai 2012

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