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Chinh Tri – Vol. I : Le chemin de Tuan

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Le Chemin de Tuan est une des très bonnes surprises de cette morne rentrée 2005 croulant sous les mangas identiques, les séries réifiées et les ersatz divers et variés.

Un livre autre, à l’aspect étranger (format 26×23,5) à côté des piles locales et normées, portant presque (exagérons encore un peu) son sujet dans son façonnage.
Cette histoire est dans les à-côtés de l’Histoire,[1] plus sûrement à contre-courant et certainement moins manichéenne.
Nous sommes dans les années 20, Tuan, jeune Saïgonnais, arrive à Marseille pour monter et étudier à Paris.
Dépouillé et arnaqué, il finit par arriver dans la capitale où il apprend que son oncle Dinh, qui devait l’héberger, a mystérieusement disparu pour cause d’activisme politique.[2] Il échoue donc dans un groupuscule d’activistes venant des quatre coins de l’empire colonial français, reflétant déjà la belle diversité parisienne, mais aussi le triste colonialisme surveillance/répression des autorités françaises et des rivalités internes tant idéologiques que sentimentales de toute réunion d’êtres humains. Ecartelé entre ses tensions, Tuan ne désespère pas de retrouver son oncle et ce par tous les moyens, attitude qui sera à l’origine d’événements dramatiques.

Le scénariste Clément Baloup a l’intelligence de vouloir montrer plutôt que de vouloir démontrer, dévoilant la permanence humaine et ses limites dans ce contexte particulier aux significations riches et plus que jamais actuelles. C’est par l’individualité et le quotidien que s’imprègne en nous ce pan de l’Histoire.
Idem pour Mathieu Jiro, qui cultive l’énergie picturale expressive d’une époque se disant folle, sans jamais s’acharner à vouloir faire référence, ni clin d’œil. C’est la narration et ses niveaux d’intensité qui sont servis en premier, et le reste coule de source.

Divisé en chapitres à la manière d’une épopée, ce livre est passionnant, mettant de la couleur et de la vie sur des aspect de l’Histoire pouvant facilement rester dans des clichés gris, manipulables et sans contrastes.
Evitant tous prétextes faciles, ce travail de mémoire est double et dual, montrant la création permanente de centres et de périphéries à toutes les échelles, à la manière d’une pluie fine sur une mare miroir, non pour, bien sûr, en dire la relativité mais bien leurs zones d’achoppement, leurs étayages culturels et leur possible superposition en une onde massive appelée Histoire.

Notes

  1. Récemment abordés et en début de défrichement par des historiens comme Pascal Blanchard — co-auteur du livre Le Paris Asie (La Découverte, 2004) — qui signe la préface de cet album.
  2. «Chinh Tri», donnant son nom à la série, veut dire «politique».
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Chroniqué par en novembre 2005