Kokoro no Kanashimi

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«La tristesse du coeur» — tout un programme pour ce recueil des Nishioka Keishi (littéralement, frère-sœur), décliné au fil d’une douzaine de petites histoires étranges, soutenues par une narration particulière.
Au premier abord, l’ensemble pourrait paraître enfantin, du dessin fragile avec ses perspectives «à plat» et l’application prêtée aux motifs, à une narration faite de phrases simples, d’émotions énoncées sans éclat. Ici, les personnages font figure d’amnésiques, depuis cet homme qui découvre que sa femme a un serpent dans la bouche, à cette petite fille qui se réveille un matin devenue un fantôme, à cet autre homme encore qui rentre chez lui et découvre cinq enfants qui sont peut-être les siens.

Il y a bien une interrogation, une quête de sens, mais sans véritable motivation, c’est plus le «shô ga nai» qui domine (le «mektoub» Japonais), une acceptation apathique et résignée. Chacune de ces petites histoires est menée à sa conclusion le plus souvent cryptique, tenant plus du Koan que de la leçon de choses, mais laissant toujours planer un malaise mal défini.
Il en tient peut-être de ces personnages sans identité autre qu’un «moi» à peine esquissé, aux allures de pantins longilines, qui flottent plus qu’ils n’évoluent dans un environnement qui leur est étranger. Silences d’incommunicabilité, recherche du bonheur mais apathie ambiante, incertitude généralisée, non-implication dans les choses — pour ces personnages qui ne savent pas vivre, l’ombre de leur mortalité reste souvent la seule réalité, indéniable et inéluctable.

Vous l’aurez compris, Kokoro no Kanashimi est inclassable — à la fois étonnant, dérangeant et cristallin. Une œuvre à part, qui donne envie d’en découvrir plus.

Site officiel de Nishioka Keishi
Chroniqué par en novembre 2005

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