Le Local

de Gipi

A son tour, Gallimard se lance dans le secteur décidément très en vue de la bande dessinée autre, visant avec sa collection Bayou «les lecteurs qui ne s’intéressent pas particulièrement aux bandes dessinées», avec aux commandes l’incontournable Joann Sfar. Et d’embrayer avec une première livraison de quatre livres, au format «comics» mais à la belle couverture cartonnée.
Le local de Gipi fait partie de cette première fournée, et suit quatre jeunes réunis autour de la musique, quatre jeunes en dérive au milieu de l’adolescence. Un local pour répéter, cinq chansons pour une maquette, un ampli capricieux et quatre portraits que l’auteur esquisse en à-côté, évoquant ces personnalités qui essayent de s’affirmer comme elles peuvent — avec en toile de fond, les relations avec les parents, difficiles ou inexistantes.

Le dessin est agréable et maîtrisé, le récit bien rythmé, mais on ne peut s’empêcher de trouver que tout cela manque assez de mordant. En fait de jeunes en révolte, on nous sert quatre ados plutôt polis et propres sur eux, dont la rébellion se limite à effrayer de vieilles tantes. On est bien loin du duo sans pitié de Ghost World, sous le trait noir et acéré de Daniel Clowes, n’épargnant personne et nimbant le tout d’un bleu-vert métallique et glacial.
Ici, Gipi préfère plutôt les teintes pastel de l’aquarelle et déroule sagement sa (jolie) petite histoire, jusqu’à une «happy end» un peu facile. Les poses de rockeurs sont bien là, de la couverture aux répétitions, mais là où l’on pouvait s’attendre à trouver Nirvana, on se voit servir du Blur. Il en faut pour tous les goûts, mais j’aurais bien poussé un peu plus le volume …

Site officiel de Gipi
Site officiel de Bayou (Gallimard Jeunesse)
Chroniqué par Xavier Guilbert en janvier 2006

AVEC LES MÊMES AUTEURS :

  • Couverture de S. S.
    de Gipi
  • Couverture de Baci dalla Provincia (t1-2) Baci dalla Provincia (t1-2)
    de Gipi
  • D.

    Gipi réussit quand même à donner aux jeunes du Local une vie entre les pages, au-delà des touches de quotidien qu’il dépeint. Leurs petites contrariétés et coups pendables, justement parce qu’ils ne sont pas exceptionnels, nous immergent dans l’ambiance misérable (mais réaliste) de l’adolescence et son grand écart douloureux entre vie rêvée et vie réelle.

    Je ne suis pas sûre que Gipi ait voulu faire une « jolie » histoire. En rechanche, cette histoire pourrait être autobio (non non, elle ne l’est pas, sauf si on nous cache des choses).

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