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Polka sur autoroute

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Comment faire d’un non-lieu son exact contraire ? Peut-être en habitant ce pour quoi il est fait. Il s’agira alors de vivre moins l’étendue que le moyen de s’y déplacer, s’en envelopper et diriger l’espace singulier d’une histoire qui sera toujours collective.

Ainsi perçu, ce non-lieu devient une scène où les acteurs vont jouer, danser, donner un sens à ce qui les fonde, fait leur présence au monde. Le début, la fin, deviennent l’entrée ou la sortie. Le fil de l’histoire est l’asphalte déroulé sur des paysages sans toponymie, sans typologie climatique et changement de saison. Le haut chemin des bolides plus individus qu’individuels s’affirme comme une double mesure. Des trois unités classiques, on passe à deux : celle ici fusionnée, devenue spatio-temporelle ; l’autre, toute à l’action d’un moyen de transport suffisamment vaste pour accueillir une sixaine d’acteurs.

Comment définir leurs rôles ? Peut-être un personnage principal, une partie de son ascendance, sa moitié, sa fratrie et sa descendance, bref, une vie composée sur des aires où l’on manœuvre pour se ranger, s’établir, faire société ; où l’on devient aussi l’instrument, la voix, le timbre d’une musique commune s’accentuant des tonalités diurnes ou nocturnes. Étrange troupe, étrange groupe, étrange équipage, peut être un étrange assemblage ? Pas plus étrange pourtant que d’autres accolés depuis longtemps et aujourd’hui devenus étrangers. Et puis, dans cette «spatiotopie» sans signalisation précise, pourquoi chercher ces avants sombres ou surexposés, comment savoir d’où l’on est entré ?

Reste que si le début peut s’ignorer, voire s’oublier, la fin de l’histoire finit par s’affirmer. Logiquement, il faut sortir, payer d’une parole enchantée et vivre dans l’immobilier. Rouler a un coût, sans argent il faut vendre le moyen de transport mis en commun, devenu un rêve de même nature où chacun se découvre avoir projeté la vision de moments de l’existence. La fin semble heureuse comme la cohésion d’une famille participant d’un beau mouvement de recomposition, d’une saltation existentielle sur une scène déplacée de sa dévolution aux déplacements motorisés.
Polka sur autoroute serait un départ, une prise de conscience là où cela semblait se perdre, s’ignorer, voire se nier. L’auto devient le suffixe de «soi-même», le reste une révélation collective pour mieux (re)démarrer (mise en route) et danser sur de tout autres air(e)s.

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Chroniqué par en mai 2014