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BSK

Les Radicaux Libres

de

Bsk est un auteur principalement connu pour ses travaux autobiographiques[1] qui, s’ils dénotent clairement un talent certain, sont souvent un peu frustrants, laissant l’impression qu’il leur manquerait un petit quelque chose. Il se démarque cependant de la masse des auteurs autobiographiques et certains de ses gags sont de réelles réussites, plus particulièrement ses strips car, comme il le prouve à chaque nouveau Comix Club, il excelle dans ce format court où beaucoup d’européens se sont pourtant cassés les dents. Cependant Blam (P.L.G., 2004), tentative de récit d’action sortant totalement des schémas habituels de l’auteur, m’avait déçu et je n’avais jamais eu l’occasion de lire ses récits plus conséquents.

C’est pourquoi j’ai abordé Les Radicaux Libres avec une certaine appréhension. En effet, ce recueil contient quatre nouvelles d’environ quinze pages, et il ne s’agit pas ici d’autobiographie. Ainsi, nous découvrons un Bsk différent mais, même s’il n’est plus le personnage de ses histoires, toujours placé sous le signe de l’introspection. Le titre énigmatique est expliqué en quatrième de couverture et donne le ton des récits : «Radicaux libres : Espèces chimiques déstabilisées et susceptibles d’être à l’origine de rupture de liaisons entre les différents constituants de la matière».
Après lecture, force est de constater qu’un titre a rarement été aussi bien trouvé. Les quatre récits parlent d’errances amoureuses, de rencontres qui n’ont pas, ou plus, lieu. Le langage de Bsk est clair, il évite de trop parler et préfère laisser place aux images, parfois crues mais qui ne paraissent jamais gratuites. Seul «L’Été de mes quinze ans», qui comporte un énorme bloc de texte, n’est pas indispensable, mais les autres récits en sont, par contraste, valorisés. Parfois, le dessin est maladroit mais, dans l’ensemble, la narration n’est pas desservie.

«L’Été de mes quinze ans» narre un amour d’enfance. L’amour de Pierre pour sa cousine Élodie, qui a grandi avant lui, et qui ne lui laisse droit qu’au fantasme. «La Mort de Jérôme» est sans conteste l’histoire la plus réussie, malgré une accroche laissant présager le pire. Bsk nous y surprend et y réalise vraiment un concentré de ce qu’il y a de meilleur dans son écriture. Les longues pages muettes, les ellipses parfaitement maîtrisées et la réplique finale assurent une fluidité de lecture assez rare, et prouvent que Bsk sait sortir du strip. Toutefois, il garde un art de la concision très appréciable, n’ayant pas ce réflexe d’écrivains frustrés qui rendent tant de bandes dessinées trop bavardes. Il use, en effet, bien souvent de la narration muette, souvent plus efficace, et qui est, elle, bien spécifique au médium.
«La Chair» témoigne aussi de cette efficacité. Après un temps de dialogue, le dramelet se déroule dans un quasi mutisme, le silence des planches répondant aux appels incessants de l’amant éploré à qui personne ne répond. Après avoir pris conscience de sa maladresse, il rappelle celle qui partageait sa vie. Les nouvelles tribulations de la jeune femme s’enchaînent sans récitatif, mais avec une clarté indéniable. De temps à autre on revoit l’amant, en vis à vis, cherchant à retrouver celle qu’il a perdue. L’enchaînement de l’action découle logiquement de ce qui le précède jusqu’aux dernières cases qui, là encore, sont d’une intensité rare.
Le livre se clôt sur «Le Déménagement», un récit plus anecdotique, un peu décevant au vu des deux précédents. Il n’empêche qu’il se lit agréablement, mais fonctionne moins bien, tant sur le fond sur la forme. La lenteur de la narration se sent ici non comme un temps supplémentaire qui nous serait donné, mais comme une maladresse ennuyeuse. Il y a moins à dire. C’est dommage car «Le Déménagement» n’est pas mauvais en soi, mais souffre de la comparaison avec les autres récits et laisse une désagréable impression à la fin de la lecture.

Les Radicaux Libres est un livre court, quatre moments de vies qui ne souffrent cependant pas de leur côté anodin. En effet, si Bsk traite de choses simples et banales il sait, contrairement à de nombreux auteurs ayant suivi cette mode, les traiter de manière à les rendre intéressantes. Il sait donner à lire au lecteur et remplit ainsi très honorablement son contrat d’auteur.
Bsk est un auteur assez peu connu et il ne serait pas honteux qu’il le soit plus. S’il ne révolutionne pas le genre, il contribue à le nourrir d’œuvres de qualité. Et s’il est vrai que ses livres sont toujours frustrants — car témoignant de ces qualités tout en ayant toujours quelques défauts réels — il ne fait pas de mal d’attendre son possible futur chef-d’œuvre en lisant son dernier ouvrage.

Notes

  1. Le Journal de Benoît (Groinge, quatre volumes) ou Dans ma ville (P.L.G., 2006).
Site officiel de PLG
Chroniqué par en décembre 2008

BSK sur du9 :

  • Couverture de Le Journal de Benoît Le Journal de Benoît
    de BSK
  • Ralta

    BSK n’est bon ni en dessin ni en narration ni en rien, et ce qu’il raconte est proche de la vacuité. Pourquoi lui consacrer un aeticle sur Du9 ?

    • Maël Rannou

      Parce que justement je ne suis pas d’accord avec ça.
      Ses histoires me frustrent car j’y trouve fréquemment des éclairs de talent, mais l’ensemble ne me convainc jamais vraiment. Sauf peut-être ce strip sur Mimi Mathy publié dans Comix Club 6 qui est un des plus drôle qu’il m’ait été donné de lire.
      Lis ce livre, où tout du moins l’histoire « La mort de Jérôme », ça vaut le coup d’œil, notamment du point de vue narratif justement.
      C’est parce que ce livre m’a paru sortir de sa production habituelle que justement, un article m’a semblé intéressant. D’ailleurs si tu lis l’article tu verras bien ce que je pense de ce livre et pourquoi Du9 a accepté de valider un article à ce sujet.

    • david t

      vous avez parfaiement raison. du9 faillit à sa mission: il ne nous dit pas comment dépenser judicieusement notre argent gagné à la sueur de notre front! imaginez: un livre passerait sur du9 qui serait moins qu’un chef-d’œuvre? du9 trahirait donc notre confiance aveugle, nous obligerait à exercer notre propre discernement, à user de nos neurones propres? mais quelle irresponsabilité, surtout en ces temps incertains. on voit bien ce que ces politiques laxistes ont fait de l’économie mondiale.

      je propose donc la création de petits autocollants «approuvé par du9», que les éditeurs pourraient apposer sur leurs jolis livres, de manière à mieux les publiciser. aussi, il me semble qu’il serait temps d’instaurer un système de notation sur une échelle de 10 (avec décimales, comme chez pitchfork). et pourquoi pas un top 10 en fin d’année, présentant la ribambelle des coups de cœur de l’équipe, et en particulier ceux qui font l’unanimité dans notre rédaction qui comme on le sait est tissée serré? vraiment, du9, on nous l’a dit trop de fois, il est temps d’agir, de passer à la «critique objective», celle avec laquelle personne n’est en désaccord, et encore moins le plus grand nombre.

    • FANDOMAS

      C’est le désaccord de Ralta !