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Le Rêve Prolongé de Monsieur T.

de Max

Pour un amateur d’onirisme, le titre est plutôt alléchant. Nous plongeons donc volontiers avec Monsieur T. dans une série de situations qui ont bien les qualités du rêve : illogisme, merveilleux, enchaînements apparemment scabreux, angoisse, mystère, sentiment de décalage, situations gênantes, abracadabrantes ou oppressantes, chute, course et sexualité débridée …

A la manière de poupées russes, par emboîtements successifs — histoires dans l’histoire et rêves dans le rêve — le récit nous fait glisser d’une ambiance à l’autre. Si, indéniablement, l’auteur brasse bien la matière du rêve, il y glisse par contre une progression logique, un enchaînement construit, construction qui interfère quelque peu avec le sentiment d’aléatoire et de chaos souvent lié aux rêves.
Ces différents rêves sont reliés entre eux de telle sorte que ce qui s’adressait d’abord à notre imaginaire finit par s’adresser à notre côté rationnel et logique. Ça devient particulièrement palpable vers la fin du récit et au moment du dénouement qui nous conduit à une élucidation du mystère, à un décryptage analytique des rêves de Monsieur T.
Ce changement de ton fait changer le récit de registre révélant clairement les intentions pédagogiques de l’auteur. Pour ma part, je regrette un peu que le mystère soit levé abruptement et que la fin, malgré une très belle dernière image, soit explicative. Fallait-il expliquer ou faire sentir. A vous de voir.

Malgré ces quelques réserves, cet album au beau graphisme fort et simple vaut la peine d’être lu ; mettre de l’ordre (ou du récit) dans le magma inconscient est une tâche complexe et enrichissante qui mérite d’être remarquée.

Site officiel de L'Association
Chroniqué par Sylvie Fontaine en février 1999
  • Anonyme

    Tout à fait d’accord à cette différence que l’emboitement des récits est plutôt relatif aux Milles et une nuit. Et c’est peut être ça toute la difficulté d’un récit comme celui de Max qui oscille entre des images qui agissent sur le lecteur et la narration d’une histoire au lecteur.
    Je ne sait pas bien comment l’expliquer mais je pense qu’il y a au principe des récit comme les Milles et une nuit, quelque chose qui dépasse la seule technique de capture de l’attention du lecteur. Quelque chose comme une technique de transformation du lecteur. Je me demande si l’ouvrage de Max n’aurait pas été plus accompli en inscrivant l’emboitement jusque dans une ou plusieurs séquence de retour à la conscience: réveil à l’hopital, séjour, reprise du quotidien. J’aurais aimé aussi qu’il insiste plus sur ce qu’était cette personne au début du rêve.
    Bref dommage qu’il mène le récit plutôt comme une énigme psychologique portant sur ce monsieur T plutôt que de faire du récit un dispositif performatif capable d’agir au sein du lecteur.

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