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Splendeurs-b

Splendeurs & misères du verbe

de

L’histoire est simple : un courtisan découvre entre splendeurs et misères le pouvoir créateur du verbe monologique, mais échoue dans sa valeur dialogique, dans le partage de cette puissance performative d’une parole particulièrement sis dans les rets du temps.
L’attrait est de mettre en scénettes ces rapports, de les montrer dans une structure paradoxalement qualifiée de muette, voire de non verbale.

Comme on commence à le savoir, la neuvième chose est singulièrement structurée par la parole qu’elle soit écrite ou orale. Cela peut se constater, par exemple, dans son sens de lecture, dans son usage majoritaire des dialogues ou bien dans les publics qu’on lui destinait à ses débuts et qu’il s’agissait d’aider dans leur apprentissage du langage et de ses retranscriptions.
Aujourd’hui elle-même, peut-être langage, Ibn al Rabin joue librement de cette liberté potentielle acquise pour en faire sa verve et son verbe. Celui-ci, par qui tout débute dans nos contrés marquées par la Genèse, fait de celui qui le pratique un possible créateur, qui, dans ces pages à la parole dessinée, fait se confondre les images et rapprocher l’imaginaire de la réalité. En quatre actes, le personnage crée, anticipe, esthétise, pour se confronter in fine aux problèmes de transmission et de réception.

Tétralogie drolatique d’un pouvoir et de ses limites, on pourrait la qualifier de débandade tant le verbe se trouve ici confondu à la libido. Par là, c’est à la fois la fonction de l’œuvre pour l’émetteur qui est interrogée, que celle du récepteur qui, dans la bande dessinée, est masculin à une écrasante majorité et où beaucoup de succès éditoriaux jouent sur une image de la femme particulièrement stéréotypée. Résultats de diverses frustrations ? D’un langage non articulé semblant surgissement d’inconscient par conséquent ?
A ces petites misères ici particulièrement masculines, font face les splendeurs plus  féminines peut-être, du potentiel expressif et spécifique de la neuvième chose. Cette bulle où la pensée-image persiste après sa disparition et donnant corps à l’idéal ; ce jeu de cases transformées en bulles se jouant/confondant les principes de la « tabularité » ; ces autres bulles apparemment vides et pourtant pleines de pensées primaires semblant précéder le verbal dans l’urgence d’une action offensive ou protectrice ; etc. Ibn al Rabin, tout comme son verbe, se montre alors « bâtisseur », « prophétique », « enjôleur ». Mais la comparaison avec les titres de ses trois premiers chapitres s’arrête heureusement là. Le dernier, intitulé « un verbe vaincu par les éléments » n’exprime certainement que la limite d’une « Patte de Mouche » et la nécessité de conclure une histoire.
A partir du moment où l’on commence à parler/écrire de/sur ce livre la victoire est bien acquise pour l’auteur. Le bouche à oreille débute (entre homme et femme parfois), la verbalisation  peut commencer.

Site officiel de Ibn al Rabin
Site officiel de L'Association
Chroniqué par en juillet 2012

→ Aussi chroniqué par Maël Rannou en juillet 2012 lire sa chronique

  • Ibn al rabin

    Waouh, deux chroniques pour ce tout petit livre, vous êtes vraiment gentils de vous intéresser comme ça à ce que je fais. 

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