Pile (épisode un)

de

(Capitaine Mulet, Sophie Guerrive & autres ouvrages des éditions 2024 ; Cabanes, Nylso, éditions Michel Lagarde & Gros ours et petit lapin, Misma ; La légèreté, Catherine Meurisse, Dargaud)

1.

Ou face — mais de quelle face s’agit-il ? Et face devant quoi ?

La face — disons plutôt le visage, avec ses sept trous qui lui font entrer le dehors — se frotte à quelque chose. Et découvre que ce qui lui fait face est une pile. Une petite pile. De livres. Ça ne l’étonne pas ; des livres, il ne cesse d’en accumuler, devant sans cesse, sinon les classer, au moins les ranger dans cette bibliothèque en expansion qui est l’empreinte matérielle de sa vie de lecteur (une vie où la lecture a compté et bien davantage — du moins si on compte en secondes — que l’écriture). Il se dit parfois qu’il faudrait tenter de se séparer au moins de ceux dont il soupçonne qu’ils ne seront jamais rouverts ; mais, sauf erreur d’appréciation qui lui aurait fait acquérir ou recevoir un ouvrage illisible ou carrément hideux, ça lui est impossible. Car il sait bien que c’est au prix de cet envahissement bien plus désiré que subi qu’il peut imaginer composer des constellations — seul projet qui vaille selon lui pour qui se prétend « critique » (cet animal volontiers sauvage, se terrant dans son ermitage — lieu non fixé, partie secrète, néanmoins partagée, du terrain vague où l’écriture est rendue possible).

Face contre pile produisant par frottage l’énergie incitant à son ouverture. Le désir de lire — d’explorer un territoire encore inconnu — ou de relire — au risque d’entrer en désaccord avec le souvenir de son propre jugement (qui fut inévitablement trop hâtif) ; ou d’être soudain consterné par la nullité que ce qu’on avait jadis apprécié — reste toujours fort. De plus, il lui est impossible de s’endormir avant d’avoir lu au moins une heure, quel que soit l’état de fatigue dans lequel le jour l’a abandonné.

Écrire (tentation de la littérature — contre la langue soumise à divers métiers d’enseignement ou de faire passer médiatique). Approcher (marquer des essais) par l’écriture ce que la lecture a semé en nous. Il convient de prendre distance avec ses propres opinions afin d’ouvrir un autre champ — d’inscrire son « dire » (qui est tout autant un « ne pas dire » ou un « non dire ») sur quelque chose de plus vaste, de plus mystérieux.

Après lecture, on ne devrait pouvoir répondre à la découverte (ou non) d’une écriture qu’en manifestant une forme d’engagement similaire — pas nécessairement en usant du même médium (écrire sur — ou plutôt avec — la bande dessinée n’oblige en rien à le faire sous forme bande dessinée, même si…). Quoi qu’il en soit, il s’agit avant tout de passer à l’acte. Réfléchir n’est pas s’abîmer en contemplation — de quoi ? On pourrait dire, ironiquement : de son propre raisonnement qui ne pourrait se révéler n’être rien d’autre qu’une suite de balbutiements.

L’essai critique implique d’ouvrir (d’établir, d’ordonner, de déconstruire) un champ de résonances ; ou disons plus modestement de se laisser traverser par les sensations que la lecture a fait naître en nous et que l’on ne peut restituer que par résonance — au sens acoustique : laisser vibrer le corps écrivant, et pas seulement ses cordes sensibles.

2.

Capitaine Mulet est le titre d’un livre de Sophie Guerrive publié au premier semestre 2016 par les éditions 2024. Avant d’avoir eu l’occasion d’y jeter un œil, m’emballant illico pour ces 224 pages qui demandent pourtant du temps pour être traversées (ça se lit vite, mais la tentation de revenir sur ce qu’on a déjà parcouru est forte, au moins autant que celle d’arrêter brusquement la lecture pour s’attacher aux détails de telle ou telle image), je ne connaissais que d’assez loin le travail de cette auteure dont le patronyme, tel un nom-valise, adoucit le son de son premier segment (qui renvoie à de rudes batailles) par celui de son second (qui évoque le bord d’une rivière, là où on aime flâner — et de manière plus inconsciente dériver). Lire pourrait être quelque chose de cet ordre : vagabonder au bord de l’eau en guerroyant contre les idées qui nous viennent hélas trop vite, donc chercher le bon tempo, ouvrir la tête (comme Érik Satie le recommandait à ses interprètes) et y faire le ménage en temps réel (prendre des notes à la gomme aussi bien qu’au crayon).

2024 est une date (dont la venue se rapproche dangereusement) et depuis six ans le nom d’une maison d’édition qui a déjà inscrit à son catalogue une belle pile d’ouvrages. Avant de nous pencher sur le livre de Sophie Guerrive, recensons rapidement quelques-uns de ces titres parmi les plus récents. Et tout d’abord, LA B.O2-M- de Matthias Picard, un ouvrage magnifiquement réalisé comme c’est de règle chez cet éditeur des plus exigeants, mais que je ne suis arrivé jusqu’ici à appréhender qu’en tant qu’œuvre purement visuelle (comme un labyrinthe sensoriel privilégiant le plaisir des yeux), malgré l’importance du travail musical et poétique de son co-auteur « M ».

Un CD inédit de l’auteur compositeur Matthieu Chédid (qui est, semble-t-il, à l’origine de ce projet) est joint au livre (cela devrait lui apporter quelque atout, commercialement parlant). Bien que n’étant guère friand de cet univers qui me traverse sans laisser la moindre trace, je l’ai quand même écouté une fois, ne serait-ce que par curiosité. Mais si je me replonge dans ce rêve mis en image, le cinéma que je me fais dans la tête reste muet. Après Jim Curious, Matthias Picard confirme qu’il est un explorateur de formes plutôt inventif et pleinement conscient de ce que l’imprimerie rend possible (via son histoire et ses avancées technologiques, interrogeant certaines manières de faire qu’il lui faudrait à tout prix sauver de la disparition). Lignes et décisions colorées dialoguent pour nous conduire au-delà de toute représentation codée au profit de la création d’un espace ouvert où, in fine, la musique trouvera sa place et participera au dialogue (il me semble que ce sont surtout les mots, étrangement, qui perturbent çà et là ces échanges ; c’est pourquoi, assez rapidement, on préfèrera ne plus les percevoir que comme des signes abstraits).

Trois autres livres, plus modestes, sur la pile 2024 : Fesse (ou plutôt Fesses, culligrammes et filles de fer) de Guillaume Chauchat, petite merveille graphique qui évoque parfois Calder et son cirque — et aussi cette longue tradition d’écritures calligraphiques (calligrammatiques ?), genre rébus et autres formes en devenir où la frontière entre traits et lettres, abstraction et figuration, représentation libre, ludique et travail de condensation, idéogrammatique, ne semble plus qu’un lointain souvenir. Subtil et discrètement sensuel. Les Faux Poèmes Chinois signés Dai Rui et Da Wensan, improbables lettrés paralytiques, victimes du régime maoïste, et publiés, nous dit-on, par Tom de Pékin et Guillaume Dégé, imitant à la perfection la mise en œuvre traditionnelle de ce qui aurait pu être une suite de haïkus (mais le premier poème s’intitule justement : Ceci n’est pas un Haïku — bref intitulé formant, comme ce sera le cas pour les 25 suivants, le poème en son entier). L’ouvrage relève du pastiche, réservé à celles et ceux qui sont sensibles aux attraits d’un véritable recueil de poèmes chinois (les noms de Ségalen et Claudel reviennent en mémoire à la lecture de ces pages imprimées en rouge et noir). Vers la ville de l’Écossais Tom Gauld paraît un an après Vous êtes tous jaloux de mon jetpack, bombe discrète (plus subtile que bruyante) faisant montre de cet humour plutôt fin propre cet auteur encore jeune, mais déjà inoubliable (grâce à quelques mémorables strips haïkus). D’essence plutôt minimaliste, l’art de Tom Gauld nous entraîne dans une forme d’errance un peu beckettienne où le but à atteindre n’est qu’un prétexte. La ville ? Belle affaire, alors que ce qui compte, c’est d’abord le travail graphique — le jeu — avec les hachures — en noir et blanc. Mais la ville apporte ses lumières qui se traduisent au moment où on l’atteint par l’irruption du jaune sur les visages des personnages. Alors, si la première page du livre est un carré noir, la dernière sera un carré jaune, enserrant la fable entre deux monochromes.

(Au moment où j’achève l’écriture de ces lignes paraît un nouveau livre, peu épais mais de grand format et aux couleurs on ne peut plus recherchées, nommé Hélios. Signé Étienne Chaize, c’est un ouvrage d’une rare étrangeté malgré quelques faux airs de livre pour enfants et qui, à l’instant de sa découverte, impose le silence — un silence, non de prudence, mais disons de respect, à qui voudrait s’essayer au dialogue.)

Revenons maintenant au livre qui a motivé cet essai, donc à notre Capitaine, le dit Mulet pour être précis (mais pourquoi Mulet ? Bourricot ou poisson ? Particulièrement têtu ou ne respirant que sous l’eau ?). On ne va quand même pas raconter l’histoire. D’abord parce qu’elle semble irracontable, du moins en peu de mots (mais certains n’auront aucun scrupule à le faire, comme si le primat de la narration devait toujours se vérifier). Ensuite parce que ça ne se fait pas dans notre terrain de jeu.

Capitaine Mulet fait partie des livres qui — alors qu’on vient d’en lire un passage plus ou moins long avant endormissement — nous travaillent en rêve (ou dans ces moments plus ou moins agités entre veille et sommeil que l’on dit d’ensomnie) et nous réveillent, nous conduisant parfois à nous extraire du lit pour noter ce qui nous reste en tête avant de nous rendormir profondément. Puis, au petit matin, ayant entre temps tout oublié, on tente de déchiffrer ces gribouillis (que l’on ne comprend pas toujours). Par exemple :

…la narration (permet le jeu graphique qui simultanément la conduit). On a l’impression que tout ce qui s’inscrit dans un genre produit aussitôt sa lettre de démission. Pas de soumission : juste le plaisir de l’épique et le souvenir comme viatique (mais quel souvenir ?). Ou bien :

…récit piège fait de remémorations « remixées » (cette grande tambouille qui est précisément celle du conte) qui ne sont pas forcément celles qui auront marqué ses futurs lecteurs et qui agiront donc de manière souterraine (même si, en apparence, explicites) — l’essentiel étant de déstabiliser la lecture tout en recherchant une rigoureuse mise en ordre des choses (ce qui semble avéré si on privilégie la piste graphique). Faire des histoires et non raconter une histoire. Perturber, ne serait-ce que par (et pour le) plaisir. Sinon, c’est la guerre ; c’est le massacre ; c’est le pathos (l’empreinte désastreusement formulée de la tragédie). Triple décalage : entre l’époque évoquée graphiquement (1454, un an après la prise de Constantinople, donc l’extrême limite supérieure du Moyen-Âge), celle creusée narrativement (les deux siècles qui conduisent à la Révolution Française) et celle où on le lit (le bel aujourd’hui — comme dirait Mallarmé).

Capitaine Mulet est un conte fait d’une suite faussement incohérente de récits dans lequel le plaisir de se perdre est patent (peu importe que le héros soit en exploration ou en exil, héroïque ou paumé, lucide ou insensé, voire aliéné). Mais il faut aussitôt ajouter que le dessin, par sa précision et l’art de la variation qui s’y déploie, permet aux lecteurs désorientés de retrouver leurs billes. C’est ce qui donne au livre sa belle tension, permettant à l’histoire de bifurquer sans répit (ou si peu) ou de faire semblant de retrouver son fil (à mesure du délire de son personnage principal qui ne semble jamais avoir les pieds sur terre, même quand il débarque), répondant ainsi aux attentes de qui lit comme un enfant (demandant à rester éveillé pour mieux ensuite s’endormir) tout en décevant cette attente pour satisfaire qui ne peut en rester là (en conscience de ce que la linéarité ne répond à aucun besoin, n’étant que de pure convention, alors que la vie est pleine de trous — de mémoire, mais pas que –, de hiatus, de pièges qui sont le viatique même du récit aventureux : ce qui lui permet d’avancer, quitte à boiter, à bégayer, à s’égarer, donc d’aller là où, le commençant en toute ingénuité, on ne s’attend pas).

On peut penser que ce livre est une forme de réflexion tragicomique sur le concept d’innocence. On peut noter qu’il n’y a pratiquement que des personnages de sexe masculin. On peut être enchanté par l’invention (dans le temps réel de la lecture qui efface tout effort d’écriture) d’un monde d’essence d’abord visuelle (un premier parcours rapide glisse sur les mots perçus essentiellement comme calligraphie en résonance avec le trait ; plus tard, on appréciera le sens des dialogues et le jeu parodique avec certains anachronismes). On sort de cette traversée qui demande du temps (ça ne se lit pas d’une seule traite me semble-t-il, sauf si on se la joue pressé, à la manière de certains journalistes) à la fois diverti et ouvert à un questionnement qui n’est pas spécifique à la bande dessinée (heureusement, d’ailleurs). Au fond, cette vraie-fausse remontée dans le temps qui est en œuvre dans Capitaine Mulet a la force de ce qui remue le présent en relançant les dés, tant du récit que de son « illustration » (comme on le pense généralement, alors que j’aurais tendance à proposer le contraire : c’est l’exploration du trait qui conduit à explorer le récit — ce seraient donc les mots et non l’image qui auraient la fonction d’illustrer, comme le disait Michel Butor à propos de son propre travail).

Mais ce ne sont que des propositions, en aucun cas fermées et non dogmatiques. J’ai un court moment songé à prendre contact avec Sophie Guerrive (que je n’ai jamais rencontrée) pour lui poser des questions sur sa manière de faire (je sais que ce livre est le fruit d’un long travail, achevé depuis quelque temps et qu’on peut supposer qu’elle est actuellement dans tout autre chose). Mais je préfère le mystère (provisoire) de la rencontre en rêve. Car j’ai probablement rêvé ce livre. Et non moins probablement écrit ces lignes entre deux eaux (celle qui fait dériver le voyageur et celle qui le baigne quand il s’enfonce dans les profondeurs du songe). Et j’espère qu’elles conduiront certains lecteurs à embarquer, non pour Cythère, mais pour Fonculotte (nom bien choisi pour marquer le lieu — l’apparente Atlantide que croit découvrir notre héros — où se tissent les rêves tant merveilleux que triviaux).

3.

Cabanes (dont le sous-titre est : Comment les feuilles s’épanouissent) est une suite de « dessins réalisés au rotring sur beau papier » par Nylso. Michel Lagarde — dont le rôle plus que positif dans la reconnaissance et la propagation du dessin contemporain (notamment d’illustration) n’est plus à démontrer — a eu la bonne idée de rassembler cette suite en un livre au format à l’italienne et d’accompagner la sortie de cet ouvrage par une exposition des originaux dans sa galerie à Paris. Il est chaudement recommandé d’aller y voir de plus près, même si Nylso ne montre aucun repentir visible sur le papier (une légende solidement ancrée prétend que la vision d’originaux d’auteurs de bande dessinée n’aurait de sens que pour révéler ces fameux repentirs que l’impression a effacés). Mais, s’il tient le mur, le dessin matériellement offert au regard ne permet plus à ce dernier de glisser ingénument dessus comme sur le papier imprimé car tout ce qu’il capte conduit à le sidérer (à l’arrêter, puis à lui redonner de l’élan) : le grain, le moindre signe encré, l’échelle, les circulations dans chaque dessin et de l’un à l’autre, sans tourne ni sens de lecture imposé. Nyslo s’y entend en accrochage et le parcours dans l’exposition ne peut qu’amplifier le plaisir déjà offert par la lecture du livre (ce dernier pouvant être acquis, ramené à domicile et ouvert à n’importe quel moment ; pour qui aura été voir cette exposition, il tiendra aussi le rôle d’effecteur de mémoire).

À propos de mémoire, je me souviens de ma découverte étonnée du travail de Nylso. C’était à Rennes, lors du festival Périscopages 2008. Je m’y étais rendu, à l’invitation de Morvandiau, afin de rejoindre Benoît Jacques qui exposait ses travaux à l’Orangerie du Thabor. Dans une des petites salles attenantes à cet accrochage (qui était plus proche d’une installation), Nylso montrait son travail de manière tout à fait inattendue : un ensemble de dessins, de très petit format pour la plupart, intégrés à une construction de bois assez complexe, agençant des cadres, des trouées dans des sortes de cloisons, à la limite du bricolage éphémère, mais d’une rare solidité conceptuelle. Quelques heures plus tard, Nylso s’exprimait publiquement sur son travail, en compagnie d’Alice Lorenzi, avec une clarté et une précision peu commune chez les dessinateurs (j’ignorais alors qu’il avait démarré sa vie professionnelle en chimiste, titulaire d’un diplôme en science et physique de la terre). Dans la foulée de cette découverte, je me suis précipité chez Jérôme, le libraire d’Alphagraph, pour acquérir le premier volume de Jérôme d’Alphagraph (situation étrange et début d’une série d’échanges qui, je l’espère, est loin d’être achevée).

Huit ans ont passé où ont paru quelques livres et fanzines (une petite dizaine) devenus familiers tout en préservant leur caractère énigmatique. Et aujourd’hui : Cabanes (ainsi que Gros ours et petit lapin, en attendant un troisième à venir, me semble-t-il, avant la fin de l’année).

Comme pour Capitaine Mulet, j’ai pris quelques notes, dans un état le plus souvent (une fois de plus…) d’ensomnie (il faut croire que c’est pour moi la seule possibilité d’oser poser quelques jalons de ce travail critique qui ne peut se faire, du moins au départ, que de manière relativement inconsciente). Je reproduis ici quelques-unes de ces notes :

le dessin enfin regardé sans qu’il ne nous charrie d’anecdote narrative (on ne se demande pas encore qui est dans la cabane ni ce qu’on y fait ; on ne se demande pas encore où ça se passe ; on ne se demande rien). Questionnement du dessin en tant qu’il est, tel qu’en lui-même, il ne cesse de nous murmurer des choses à oeil (qui, comme on le sait, est à l’écoute). Depuis plus d’un siècle (en réalité bien davantage), l’abstraction permet cela ; mais la figuration aussi (même aux plus radicaux d’entre les abstraits comme Elsworth Kelly ou François Morellet).

…la ligne (le dessein — l’idée). La hachure (ou les petits traits, fins, redoublés, du gris au noir) — picturalité du dessin (et liens secrets avec la gravure taille douce). Cabanes de Nylso : plus de narration (sinon celle que le dessin ouvre en toute tête travaillée par le langage). Au-delà du phénomène de contemplation, il y a les retrouvailles avec le temps.

Nylso a raconté (en 2010, dans Avis d’orage dans la nuit, face au micro qui lui était tendu) que s’il travaille au rapido le plus fin possible, c’est parce qu’il est en recherche de concentration. Il dessine chaque brin d’herbe, chaque feuille, l’une après l’autre (il les invente plus qu’il ne tente de les reproduire), commençant au centre de la page, de manière un peu abstraite (presque en écriture automatique). Puis (dit-il) je vois. Ses petits traits névrotiques (dit-il) lui procurent un plaisir intense. Il dessine tôt le matin. Dès quatre ou cinq heures, quand la lumière du jour pointe. Et ce, jusqu’à 11h (ou plus, quand il est totalement immergé dans son travail). Ça se passe surtout durant les saisons où la nuit est la plus courte (donc du printemps à l’automne).

…le silence existe encore moins qu’ailleurs chez Nylso. C’est le silence des mots, mais pas celui des sons. Art du bruissement — ce qui surgit dans la tête, c’est le bruit merveilleux du vent dans les feuilles, dans les herbes (par exemple ; il me semble qu’il ne pleut jamais — vérifier).

Dominique Hérody, dans sa très juste préface au livre, écrit que les cabanes de Nylso sont du silence, si elles parlaient, elles chuchoteraient, elles murmureraient avec la brise. Mais le dessinateur reconnaît que le bruit que fait le rotring sur le papier lui pose problème. Le grattage devient vite signe de cette obsession que marque le temps qui passe (alors que lui-même désire avant tout casser toute forme de temporalité). Pour l’éliminer (dit-il), j’écoute de la musique au casque : des boucles techno pour oublier le décompte du temps. Ou même de la disco qui lui permet de danser dans les moments d’euphorie. Un côté transe ? Il parle d’occupation : je suis tout neuf, je renais, tous les matins avec l’idée de refaire toujours le même dessin et évidemment ça ne marche pas.

Nylso possède pleinement l’art de la variation. S’il fait, comme aurait dit Cézanne, retour au motif (les lieux sont nommés, les dessins sont légendés), c’est porté par le désir de l’épuiser. Il y a des cabanes (de bois, naturellement ; on devine d’autres matières : tôle ondulée, verre ?), mais aussi des pierres, des rochers (de volume similaire ?) ou cette « super cabane » qu’est La maison des auteurs à Angoulême (où Nylso, comme Sophie Guerrive, ont été pensionnaires ; on ne peut, à la lecture de leurs ouvrages, qu’imaginer leurs échanges, sans nul doute ouverts et stimulants…).

Tous ces lieux sont hantés. Et tout d’abord par ce qui ne peut être montré (ce que le regard ressent comme manque — ou défaut) et ce que (celle ou celui) qui fait face au dessin ajoute (d’elle ou de lui-même). La sexualité en premier lieu (on ne se demande rien, et pourtant…). Lieu de désir avant d’être lieu de plaisir : c’est pourquoi, ces cabanes, on peut les contempler si longuement (le plaisir étant éphémère, violent, puritain, alors que le désir est sans fin et ouvre à l’intemporel — autre nom de l’inépuisable).

Ce qui vient d’être dit peut aussi s’appliquer à Gros ours et petit lapin, publié par Misma (dont il faut saluer la constance, proposant des travaux de premier ordre, comme c’est généralement le cas dans les maisons d’édition tenues par des auteurs ; on notera au passage que la sortie en librairie de ces deux ouvrages de Nylso a lieu quasiment le même jour — pur hasard où excellente coordination ?).

On y retrouve, dès les premières pages, cet univers des cabanes : campagne un peu sauvage et travaillée par le soleil et le vent — touffue, mais aérée. Ce qui change ici, c’est le surgissement d’un animal improbable (Gros ours) au museau blanc qui forme comme une trouée lumineuse dans le noir et gris du dessin et qui semble jouer avec les diverses possibilités d’un jeu d’apparition/disparition, prenant son temps (une douzaine de pleines pages) pour enfin arriver au lieu de la rencontre (avec le second animal, dit petit lapin) où les mots, soudain, s’articulent afin de composer des dialogues, à la fois anodins et surprenants (du genre : « — Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? — Rien comme d’habitude. — Super ! »)

Jérôme d’Alphagraph continué par d’autres moyens ? Si on veut. L’enfant dans la série (devenant peu à peu jeune adolescent) n’apposait pas pour autant le sceau du genre « pour la jeunesse ». Ces animaux au caractère non moins enfantin feront-il, cette fois, glisser le travail de Nylso de ce côté-là ? Pas sûr. Mais surtout : ce n’est pas le problème. Ce ne sera jamais le problème. Le gros animal et l’autre petit (qui savent à quel point l’un n’est pas nécessairement le devenir de l’autre, et aussi que cultiver ses différences est bien plus essentiel pour continuer à avancer, même si on ne sait pas vers où et encore moins pourquoi) dialoguent ponctuellement, digressent sur des sujets vaguement philosophiques, bref profitent du temps (aussi bien celui qui passe que le climat, souvent radieux, même si, cette fois, il arrive qu’il pleuve) et du lieu, du silence et de la randonnée. Mais, le plus souvent, les pages sont composées d’un seul dessin où le langage parlé se tait. La grande force de ce livre est dans le dosage entre suite de petites cases non fermées raisonnablement bavardes (mais parfois silencieuses) et grandes pages de dessin muet (où il arrive que quelques mots se trouvent finalement une place discrète). On sent l’empreinte de Marie Saur, co-auteure de la série Jérôme. Mais ce qui frappe plus que jamais, c’est cet art de la variation que, comme Sophie Guerrive, Nylso possède à fond, tel un musicien sachant tirer de son instrument tout ce qui frémit, remue et se retient aussi en lui, n’en finissant jamais de se laisser surprendre par le fait que le dépôt du moindre signe peut relancer son affaire.

Ils sont seuls au monde, ces deux-là (ou presque ; il leur arrive de croiser un escargot qui a, lui aussi, son mot à dire), couple traditionnel du conte s’aventurant en territoire de comédie, faussement bancal, faussement déséquilibré (l’équilibre, ce qui fait que ça tient, se tissant entre silence et verbe — l’histoire s’achèvera, comme elle a commencé, dans la manifestation claire et amoureuse du pur dessin).

(Je songe soudain que — constellation en formation — la pile est loin d’être épuisée. Il nous faut maintenant nous saisir du suivant qui nous attirera aussi bien par besoin d’affinités que par nécessité de différences…)

4.

La légèreté est un livre de Catherine Meurisse publié aux éditions Dargaud. Contrairement à Capitaine Mulet ou Cabanes, il ne peut être ouvert en méconnaissance des circonstances qui ont conduit à son élaboration. En quatrième de couverture, là où les livres de Sophie Guerrive et de Nylso ne proposaient que du dessin, on trouve du texte, sous deux formes différentes. Dans la partie supérieure de la page, calligraphié par l’auteure et enfermé dans trois bulles de dialogue : — « moi, ce qui m’a soudain paru le plus précieux, après le 7 janvier, c’est l’amitié et la culture. » — « moi, c’est la beauté. » — « c’est pareil. ». En bas, composé en typo, un texte informatif, sorte de « prière d’insérer » traditionnel de l’éditeur : Le 7 janvier 2015, les collègues et amis de Catherine Meurisse, dessinatrice de presse à Charlie Hebdo depuis une dizaine d’années, sont sauvagement assassinés. Après la tragédie, afin de s’éloigner de la violence, elle se met en quête de l’opposé du chaos : la beauté. Sur son chemin : la Villa Médicis à Rome, le Louvre, l’océan… Autant de lieux de renaissance et de retrouvailles avec la légèreté.

Ce n’est pas sans inquiétude qu’on se lance dans la lecture d’un livre marqué par une telle tragédie, même si on est (un peu) soulagé par son titre (et surtout plein de confiance envers son auteure qui, même s’il lui arrive — et c’est tant mieux — de se montrer crue, à la Reiser, n’est jamais lourde).

Alors… La beauté est-elle l’opposé du chaos ? On sait bien que non. Mais ce n’est pas le problème. La beauté dont il est question dans ce livre est celle d’une certaine partie de l’art occidental tel qu’on le rencontre dans les musées et en premier lieu ceux qui présentent des œuvres d’un autre temps que le nôtre. Et le chaos qui l’anime souterrainement et que Catherine Meurisse aimerait bien conjurer par une pratique, parfois convulsive, mais peu à peu apaisée, de la contemplation (qui peut trouver une certaine intensité dans les ruines), a été provoqué par l’irruption, dont la brutalité n’a d’égale que la soudaineté, d’une violence aveugle (même si elle ne rate pas sa cible) dont un des buts est de figer, le temps d’un faux-semblant d’éternité, le pur présent de son événement.

La beauté est l’effet non destructeur du temps qui agit en transformateur, non de l’objet admiré (même s’il se patine, s’érode et au final se ruine), mais du regard qui le scrute en tous sens et ainsi, le chargeant de sensations, d’affects et de réflexions, le change en retour. Chercher la beauté, au motif d’une nécessaire remise en état d’un corps et d’un esprit altérés par les effets d’un événement tragique, comme Catherine Meurisse l’accomplit de manière souverainement classique (telle une jeune pousse férue d’art en quête d’apprentissage), c’est devoir faire le ménage dans son propre théâtre de la mémoire, y modifier l’ordonnancement des choses, des valeurs, des souvenirs, sous l’éclairage jamais fixe d’une succession d’instants présents. C’est aussi cultiver sa mélancolie comme une fleur de son jardin en prenant distance avec tout ce qui touche au deuil (ce qui convient à l’amateur de beauté, car c’est plus un art qu’un travail).

Une peinture du Caravage (que Catherine Meurisse va visiter — comme on le ferait d’un(e) ami(e) — dans les églises Saint-Louis des Français et Santa Maria del Popolo à Rome) semblera d’autant plus belle qu’elle donnera l’illusion d’être en pouvoir d’éterniser son caractère énigmatique, insaisissable, malgré tout ce qu’on aura pu accumuler à son sujet : les discours savants des historiens de l’art que nos lectures incessantes ont gravés dans notre mémoire, prêts à ressurgir sans crier gare au moment où on aimerait s’abîmer dans les délices de la « pure » contemplation. La beauté de ces peintures est celle de l’ordonnancement sublime d’un chaos à l’œuvre (un arrêt sur image sur le bouleversement incessant que le monde manifeste, à travers aussi bien ses horreurs que ses merveilles) tel que Catherine Meurisse le saisit tant avec effroi qu’avec bonheur.

Il me semble que, si on gratte un peu en surface pour tenter de mettre à nu ce qui ne peut s’écrire noir sur blanc — ce qui circule souterrainement dans cette histoire de retrouvailles avec la légèreté –, on peut émettre la proposition que cette quête — cet exil volontaire — est d’abord de virginité : s’en refaire une au plus vite (ce qu’on entend par faire le ménage en soi), reprendre à zéro son affaire embrouillée avec la sexualité. Comme si renaître signifiait d’abord se mettre en état de perdre une seconde fois sa virginité afin de redonner sens et intensité au carburant le plus actif du vivant (et ce d’autant plus qu’il aspire à la création) : le désir. Le corps et l’esprit renaissants ne peuvent se contenter du plaisir le plus immédiat (même si l’éphémère garde son charme et sa nécessité) et cherchent un ressourcement dans la recherche, non du temps perdu, mais de ce qui peut s’étendre selon une durée qui, idéalement, serait celle de la vie même selon l’hypothèse la plus élevée de sa finitude — seul moyen de conjurer la mort et de trouver une relation harmonieuse au chaos.

Dans Catharsis (Futuropolis, achevé d’imprimer en avril 2015), Luz avait associé la renaissance de son désir de dessiner (disons comme on respire) à l’expression ressassée jusqu’au délire de son amour pour Camille (« souvent dessinée, tous les jours désirée, éternellement aimée ») — amour qui serait la cause heureuse de son retard à Charlie le 7 janvier (jour de son anniversaire… « Happy birthday mister love… Putain ! J’ai une heure de retard ! Mmmm je t’aime ! Moi aussi… » ; ou encore : « Qu’est-ce qui nous est arrivé ? On a joui ou on a pleuré ? — On a pleuré des larmes de foutre,mon amour »).

Au début de La légèreté (mot que l’on trouve d’ailleurs en bonne place dans Catharsis : « Elle me manque notre légèreté d’avant »), donc dans les premières heures du 7 janvier, Catherine Meurisse se dépeint perturbée par quelques comptes à régler avec sa vie amoureuse. Son retard, nous dit-elle, est davantage dû à l’insatisfaction qui ne cesse de créer du remue-ménage intime dans la nuit et trouble le sommeil qu’à un trop plein de satisfaction (les deux ayant en commun de faire perdre la conscience métronomique du temps). L’enclenchement de la tête d’effacement (dans les jours qui ont suivi l’irruption non directement vécue des frères Kouachi, mais d’autant plus profondément inscrite dans les entrailles que ces dernières n’ont subi, en apparence, aucun dommage) est peut-être ce à quoi tout créateur aspire : pouvoir reprendre les choses à zéro, se débarrasser de tout jugement a priori, tenter de regarder chaque chose de l’art, chaque événement de la vie (en rêvant qu’il n’y ait plus de différence entre les deux), comme si c’était la première fois, comme si on n’était plus prisonnier d’un savoir appris. Nous sommes hantés par le fait que « toute première fois est aussi une dernière fois ». Et que toute vie est, par essence, survie (l’être humain est un survivant, dès sa naissance ; ce qui est arrivé à Catherine Meurisse, à Luz et quelques autres, c’est le franchissement d’un degré supplémentaire dans la prise de conscience de cet état). Se retrouver par le fait de circonstances d’autant plus tragiques qu’impensables en état de devoir assumer positivement cette survie via ce travail de l’oubli qui est le seul moyen de redonner sens à notre parcours sur terre (« la survie » disait Jacques Derrida, « c’est la vie la plus intense possible » — donc la relance de la sexualité, entre autres, et de l’écriture qui en est l’empreinte la plus « criante »).

Les pages peut-être plus émouvantes de La légèreté concernent Mustapha, le correcteur. Sa mort est associée à la perte du langage. Quand les retrouvailles avec ce perdu ont lieu, il a, en quelque sorte, ressuscité. Avant cette évocation, deux pages de gribouillis, de ratures, de tracés plus ou moins lisibles du genre « métro boulot terrorismo » que Catherine Meurisse (je note au passage une chose des plus curieuses : depuis la parution de ce livre, on ne peut plus se contenter de la désigner par son seul prénom) conclut par ces mots très justes « Dans cette bulle de travail, il n’y a que des idées et plus rien autour. Je suis tout aussi morte que mes amis, ou ils sont tout aussi vivants que moi. »

Ce qui est à la fois merveilleux et effrayant avec ce livre, c’est à quel point chaque regard que l’on porte sur telle séquence, telle page, telle image, peut relancer la réflexion. On pourrait en critiquer certains passages au nom du refus de certaines naïvetés (mais alors…, quel culot…, quel manque de tact… !). On est donc en droit de penser qu’il restera longtemps irradié par sa fraîcheur, ce qui peut paraître paradoxal (il y a aussi de l’ironie, du « on ne me la fait pas », dans cet ouvrage — et heureusement, d’ailleurs. Tout cela contribue au degré zéro du pathos — ou presque — qu’il manifeste avec la plus grande ferveur).

J’ai déjà cité son ami Luz qui, comme elle, s’est mis en congé de la pratique du dessin de presse. Mais est-ce une bonne idée — une fois saisi que l’usage du « je » dans Catharsis a libéré après coup la parole de Catherine Meurisse — de comparer La légèreté et Ô vous frères humains, le dernier opus de Luz paru chez Futuropolis (dont l’achevé d’imprimé est tombé un mois à peine avant celui de sa consoeur) ? Je n’en suis pas sûr et pourtant j’ai l’intuition qu’une clef essentielle pourrait être trouvée en passant de l’un à l’autre (prenant les précautions nécessaires quand la fragilité est à l’œuvre — titre générique possible de l’ensemble de tous ces livres de survivants). Il convient au moins de relever une chose qui les différencie (du moins dans l’immédiat) : le goût de la beauté, l’addiction à l’art, engendrent une relation aux affects dégagée du pathos. C’est ce qu’entreprend clairement Catherine Meurisse, alors que le pathos est terriblement présent dans les ouvrages de Luz. Du moins dans les intentions qui l’animent, car son dessin garde une grande force qui donne au lecteur le pouvoir de s’en défaire, donc de recouvrer cette liberté qui lui permet de débarrasser les plus belles pages d’Ô vous frères humains de cette emprise gluante et paralysante du pathos en tant que trace insistante et lourde du tragique. Plus je me plonge dans ce dernier livre de Luz, plus j’en oublie le prétendu message, l’humanisme revendiqué, pour me délecter du trait. Autrement dit, ma lecture est aussi en recherche, quasiment à chaque page, de l’expression de la beauté. Et, pour cela, il me faut évacuer le fait qu’il s’agit d’une lecture (bien davantage qu’une banale adaptation) d’un livre d’Albert Cohen (que je n’ai pas lu) au profit de ce qui n’est ni littérature, ni même récit, à savoir le dessin en tant que non asservi et pouvant procurer de la jouissance à qui sait le regarder. Ce sera certainement très mal vu de se conduire ainsi (on risque de passer pour une brute épaisse en ces temps où il fait bon se montrer débordant d’empathie pour les victimes de ce monde odieux où les fascismes reprennent du poil de la bête, plus immonde que jamais), mais l’émotion ne me vient (allant jusqu’à me serrer la gorge) qu’à ce prix. Avec La légèreté (dont le trait est tout aussi beau, touchant, même si plus fin, plus léger, moins percutant que celui de Luz), on sent cette relégation, méditée, clairement assumée, du pathos (même si la douleur traverse aussi ce livre). À mon sens, c’est ce qui nous le rend plus intimement partageable, plus proche de ce que nous avons en commun, c’est-à-dire (une fois de plus) le fait d’être tous — même si les intérieurs douillets de la majorité d’entre nous, ses lecteurs, n’ont que peu de chances d’être traversés par des balles de Kalachnikov — des survivants animés par ce désir de vivre le plus intensément possible.

Faire face. Recharger ses piles. La légèreté : recherche de l’économie narrative la plus éthiquement juste (qui permet la contemplation et conduit à une forme de réinitialisation de la pensée). La délicatesse absolue de l’auteure est dans le gommage des traces de toute lutte entre les différents états de soi et de l’œuvre. Parmi les derniers mots de ce livre qui nous aura transporté bien au-delà de ses 127 planches, c’est toujours l’avant ou l’avant-avant-dernier qu’il convient de privilégier. Par exemple : « je compte bien rester éveillée, attentive au moindre signe… » — Catherine Meurisse ajoute : « de beauté », mais c’est le mot « moindre » qui fait sens et touche juste. Et nous hantera longtemps cet aphorisme de Nietzsche cité en exergue : « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité ».

Dossier de en mai 2016