Vues Ephémères – Eté 2012

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Voici donc que du9 s’apprête à prendre ses quartiers d’été, jusqu’à sa rentrée qui devrait se situer autour du 7 septembre prochain. Voici donc que nous bouclons une nouvelle «saison», après avoir fêté dignement notre quinzième anniversaire de présence sur Internet avec une (superbe) nouvelle version signée Upian. Ne manque plus qu’un dernier texte avant les vacances, le dernier regard porté sur la bande dessinée avant la trève estivale.

Les grandes manœuvres. Fin juin, Gallimard s’est offert Flammarion pour quelques 230 millions d’euros, doublant sa taille et devenant par la même occasion le troisième éditeur français derrière Hachette Livre et Editis. Une semaine plus tard, interrogé par Les Echos, Antoine Gallimard laissait entendre que, «dans un contexte de crise, [il] pourrai[t] être contraint de vendre [Casterman] pour faire face à [s]es échéances.»
Il y a quelques jours, le magazine Challenges livrait son classement des 500 plus grandes fortunes de France. Comme le relève Livres Hebdo, on y compte cinq maisons d’édition. Et d’énumérer les heureux lauréats à grands coups de millions d’euros[1], Antoine Gallimard se positionnant en milieu de tableau.

Bien sûr, entre Les Echos et Challenges, il ne saurait être question que de gros sous, de valorisation et de financement, de rentabilité et de mutualisation. Discours sans doute nécessaire, mais qui, dans son approche technicienne, occulte ce qui fait la spécificité du travail d’éditeur. Les présentations des protagonistes de cette histoire sur leurs sites respectifs s’inscrivent d’ailleurs très loin de ces considérations saupoudrées de millions — revendiquant au contraire une noble mission centenaire.[2]
Mais quand bien même on y parle plus souvent de valeurs que de valorisation, dans une logique imparable, celui qui n’hésite pas à évoquer la dimension de commerce a racheté les deux autres.

Reste cette petite phrase, placée en exergue de la présentation du groupe Gallimard sur son site (l’historique de la maison qui suit visant certainement à en apporter une réponse par l’exemple) : «Toute la question est de savoir si une entreprise commerciale peut vivre en n’éditant que des ouvrages excellents de forme et de fond.» (Claudel à Gide, 2 juin 1910)
Tirée d’un échange entre deux auteurs sur l’édition, elle résonne étrangement par son actualité, alors que la situation entre auteurs et éditeurs est au bord de la rupture, alors que la valeur même du livre (et de la rémunération attachée) est au cœur des débats à l’aube du numérique, alors que les politiques face à l’«industrie culturelle» semblent pencher pour les industriels au détriment des créateurs. A un siècle de distance, la question se pose encore.

Les sorties de l’été 2012

  • Peggy Adam – La GröchaAtrabile, collection Bile Blanche
  • B-gnet – Taches6 pieds sous terre, collection MonotrêmeTom Clohosy Cole – La course à l’espaceNoBrow
  • Scott Chandler – Deux GénérauxLa Pastèque
  • Leela Corman – Dessousçà et là
  • Vincent Vanoli & Cédric Demangeot – Le méchant petit poucetLa Pastèque
  • Ugo Gattoni – BicycleNoBrow
  • Grégory Jarry & Otto T. – Petite histoire des colonies françaises t.5 – Flblb, collection Documentaires
  • Laurent Kling – Evan EvansLa Pastèque
  • Giacomo Monti – Personne ne me fera de malRackham, collection Le Signe Noir
  • Jack Teagle – Fight ! 2 – NoBrow
  • Rich Tommaso – Sam Hill – 1924 : Les Débutsçà et là

Notes

  1. Soit : Josette Robin et la famille Lefebvre (éditeur juridique Lefebvre Sarrut, 95e, 450 millions d’euros) ; Arnaud Lagardère (Hachette + Relay, 170e, 240 millions d’euros) ; Antoine Gallimard et sa famille (224e, 160 millions d’euros) d’une part, et Isabelle et Robert Gallimard ainsi que Muriel Toso (respectivement sœur d’Antoine, cousin d’Antoine et fille de l’un des premiers actionnaires de la maison, 321e, 100 millions d’euros) d’autre part ; Francis Esménard et sa famille (Albin Michel, 296e, 115 millions d’euros) ; et enfin ex-aequos à la 500e place, Jacques Glénat (éditions Glénat, 60 millions d’euros) et Hervé de La Martinière (groupe La Martinière, 60 millions d’euros).
  2. «Qu’est-ce qu’un éditeur de qualité aujourd’hui ? Pour Gallimard, c’est être à la hauteur d’un patrimoine littéraire et de valeurs qui ont présidé à son édification. Mais c’est aussi préserver son indépendance, capitalistique et commerciale, pour faire valoir des positions originales sur le marché.»

    «Depuis 1876, les éditions Flammarion perpétuent, en la déployant selon les exigences du monde actuel, la démarche de leur fondateur, Ernest Flammarion [...]. Un siècle et demi plus tard, Flammarion est plus que jamais animée par le désir d’explorer et de faire partager tous les arts et tous les savoirs.»

    «Fondée en 1780, la maison Casterman a intégré le monde de la bande dessinée dans les années 1930 en éditant les albums de Tintin. [...] Depuis la publication du premier album de Tintin qui est toujours le fleuron de son prestigieux catalogue, la maison Casterman reste fidèle à la même démarche : mettre à la portée de tous des œuvres de qualité.»

Humeur de en juillet 2012
  • http://www.nota-bene.org/ Stephane Deschamps

    La grande question en tout cas, et depuis un moment déjà, que se posent tous les lecteurs c’est : bon sang, comment prononce-t-on Flblb ? ;) Bonnes vacances à l’équipe, je commente peu mais vous lis encore beaucoup.

    • Gregory JARRY

       ça se prononce FLE-BE-LEB (enfin, nous on le prononce comme ça).

      • Christian Rosset

        Comme dans Panade à Champignac

      • Remi

        FLEU-BEU-LEUB plutôt !

  • Herbv

    Ah… Moi, je le prononçais FELEU-BEU-LEU… et donc en oubliant un B à la fin :)

    Allez, bonnes vacances à du9 et vivement la rentrée !

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