Vues Ephémères – Janvier 2012

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Le temps se fait maussade, on enlève les décoration de Noël dans les rues et les sapins tristes se retrouvent sur les trottoirs. Pas de doute, c'est une nouvelle année commence, une page qui se tourne, et la fin du monde annoncée pour bientôt. C'est également la période des bilans et des prix, des top 10 et des «best of».

Après tout, c’est de bonne guerre, la trève des confiseurs est immanquablement synonyme d’actualité en vacances, et il faut bien venir en aide aux retardataires en mal d’idées à l’abord des fêtes. Alors on comptabilise, on récompense, ou l’on compose qui sa petite liste, qui sa sélection, histoire de boucler 2011 avant de passer à autre chose… cet autre chose étant, bien souvent, de s’empresser de rechercher qui pourrait bien être le «meilleur album 2012», la nouvelle année à peine entamée.

Pourtant, il y a tant d’éléments qui entrent en jeu dans la relation qui s’établit entre une œuvre et son lecteur, pour que l’on ne puisse prétendre à quoi que ce soit d’universel. A chacun son parcours de découverte, à chacun ses émotions et ses résonnances, à chacun sa lecture, en fait. Avec ce livre… parce que c’était lui, parce que c’était moi, et parce que c’était là, maintenant, au bon moment (ou parfois pas — il est tant de rencontres manquées avec des livres, que l’on met parfois des années avant de pouvoir les rattraper).
Dans cette relation au livre qui relève du subjectif et de l’intime, comment accepter d’établir un classement entre des oeuvres qui correspondent à des plaisirs distincts, des émotions distinctes, bref, qui n’ont rien à voir entre elles ? Et pour quoi faire, d’ailleurs ? La question n’est jamais vraiment posée — au contraire, tous et toutes semblent s’enthousiasmer à la constitution de ces «Top 10», comme pour afficher là la confirmation de leur bon goût, et, d’une certaine manière, (ré)affirmer l’importance de l’auteur de cette sélection. A moins que l’objectif (annoncé à demi-mots par les médias, lorsque ces tops prennent des allures de «guides de cadeaux pour retardataires») ne soit que d’orienter les dépenses des consommateurs vers des valeurs sûres et reconnues.

A du9, on ne s’attarde pas sur les top 10, et on regarde tomber les prix sans vraiment y prêter attention. Dès les débuts, l’idée de décerner des notes comme autant de bons points nous est apparue absurde. D’ailleurs, l’ambition d’exhaustivité ne nous a jamais effleurés. Année après année, depuis maintenant plus de quinze ans, l’équipe (fluctuante) de du9 explore au fil de ses découvertes, de ses enthousiasmes, de ses affinités aussi. Chacun des rédacteurs, chacune des (trop rares) rédactrices apporte sa voix, son regard, et propose une lecture qui lui appartient. C’est là, à mon sens, dans cette polyphonie, que réside notre principale richesse.
2012 commence, et, si tout va bien, dans quelques semaines, dans quelques jours peut-être, ami lecteur, lectrice mon amour, la nouvelle version de du9 apportera un peu de nouveau à la vie du site (en particulier pour ce qui est des brèves dont la mise à jour était au mieux erratique). Quand ? Encore un peu de patience… si par un miracle inexpliqué, du9 existe toujours après plus de quinze ans sur la Toile, c’est aussi en restant fidèle à lui-même : irrégulier et dilettante.

Les sorties de janvier 2012

  • Felipe Hernandez Cava & Pablo Auladel – Je suis mon rêveLes Impressions Nouvelles
  • Matthias Gnehm – La ConversionAtrabile, Collection Flegme
  • Sacha Goerg – StuntL’employé du moi, Collection Vingt Quatre
  • Pierre Guitton – Et c’est pas fini !L’Association
  • Paul Kirchner – Le Buséditions tan(ibis)
  • Antonio Lapone – Rainy DayAlain Beaulet
  • Le Chien – Début de siècleLa Cafetière
  • James & Boris Mirroir – Pathetik #2 – 6 pieds sous terre, Collection Monotrème (Mini)
  • Tommi Musturi – Le Rêve de M. Espoir – Le Tiers Livre de M. EspoirLa 5e Couche
  • Nicoby – Nu6 pieds sous terre, Collection Monotrème (Mini)
  • Stéphane Noël – Ressources HumainesL’employé du moi, Collection Vingt Quatre
  • Nancy Peña – Nancy PeñaCharrette Editions
  • Paco Roca – L’hiver du dessinateurRackham, Hors Collection
  • Roosevelt – CE – L’histoire du soldat vol. 6 – Les Editions du Canard
  • Vincent Sardon – Le Tampographe SardonL’Association
  • Anne Simon – La geste d’AglaéMisma
  • Aron Nels Steinke – Neptuneçà et là
  • Tezuka Osamu – AlabasterFLBLB
  • Skalito Yoshimoto – MachinationLes Requins Marteaux

Collectifs

  • Soldes fins de sériesLa 5e Couche

Revues

  • L’indispensable n°2 – Opossum

Essais

  • Jean-Noël Lafargue – Entre la plèbe et l’éliteAtelier Perrousseaux

Requiescat in Pace

Ronald Searle (91 ans), dessinateur satirique (en particulier pour The New Yorker, The Sunday Express et le News Chronicle), créateur de la série St. Trinian’s School.

Humeur de en janvier 2012
  • ManuSw

    Le Pierre Guitton, il est sorti vers juin 2011, chez Le Chant des Muses (Je l’ai vu à l’époque).
    L’édition de janvier est donc une seconde édition… toujours chez Le Chant des Muses. Quel est le rôle de L’Association ? J’aimerais bien le savoir. Co-éditeur ? je ne pense pas. L’Asso doit épauler son confrère qui ne doit pas avoir les reins très solides, surtout face à une sélection à Angoulême. D’autant que Le Chant des Muses fonctionnent sur un système souscripteur.

    • Côme

      D’autres que moi, plus au courant, apporteront des précisions, mais je crois avoir entendu évoqué à l’AG de l’Association qu’il s’agissait d’apporter une plus grande visibilité à un ouvrage aujourd’hui difficilement dénichable (c’est pour cela que la date de juin 2011 me paraît bizarre, en effet…) Mais je peux me tromper.

  • Jm

    Une selection de fin d’année a du sens à partir du moment où l’on connait la personne (physique ou « administrative ») qui la fait.
    Comme tu le dis Xavier « A chacun son parcours de découverte, à chacun ses émotions et ses résonnances, à chacun sa lecture ». Et je rajouterais à ça, chacun son système de valeur aussi.
    La pratique régulière d’un site internet, d’un magazine permet d’appréhender ces grilles de lectures (évidemment, une des premières choses à faire lors de la lecture d’une chronique c’est de regarder qui la signe). L’expérience crée une certaine familiarité, une compréhension, et il est possible, je pense, de coller sa propre grille de lecture sur celle d’un autre, pour se faire sa propre « pré-opinion ». ça ne marche évidemment pas à tous les coups!

    L’année passe vite, les sorties sont nombreuses et nous pauvres lecteurs passons à côté de certaines choses. Voilà pourquoi je trouve que ces selections de fin d’année sont intéressantes: elles permettent de remettre en perspective des oeuvres dans la globalité d’une année (et non plus d’une semaine, où d’un mois) on les réajuste dans un contexte (un peu) plus large.
    Ainsi la selection que propose Bulledair m’intéresse alors que celle de la FNAC pas du tout…

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