#TourDeMarché (2e saison)

de

(note : cette rubrique reproduit sous forme d’article à fin d’archivage des fils thématiques publiés au départ sur Twitter)

Nouveau #TourDeMarché, et à la suggestion des amis de La Pastèque, on va tourner notre regard outre-Atlantique pour s’intéresser cette semaine aux productions de nos cousins québécois. C’est parti !
Autant vous prévenir tout de suite, afin d’éviter d’éventuelles frustrations : comme c’est l’habitude dans cette rubrique hebdomadaire, c’est essentiellement sous l’angle du marché que je vais aborder le sujet. Pour les aspects historiques, thématiques et éditoriaux de la « BDQ », je vous renvoie aux spécialistes comme l’ami Maël Rannou ou l’ACBD qui décerne un prix de la critique spécifique depuis 2015. Sinon, il y a toujours l’article de Wikipedia qui montre, par sa longueur, tout l’enthousiasme et l’intérêt que le sujet peut susciter. J’en profite aussi pour signaler que si ce #TourDeMarché va être un peu plus court qu’à l’accoutumée, c’est avant tout pour des raisons de temps, mais aussi de données disponibles, comme on va pouvoir le voir. Dans une analyse de marché, il est important de savoir ne pas aller trop loin, au risque de se retrouver à surinterpréter. Histoire de ne pas se perdre entre signal et bruit, si vous voyez ce que je veux dire.
Côté analyse de marché donc, il faut se rendre tout d’abord à l’évidence : la question québécoise n’est pas vraiment au centre des préoccupations de GfK. Il n’y a donc pas, à ma connaissance, de sous-catégorie dédiée qui donnerait un aperçu aussi immédiat que complet. Résultat : il faut donc recourir à un inventaire « à la main » pour recomposer au mieux une vision du sous-segment — avec, comme d’hab’, les précautions d’usage quant aux oublis éventuels. « It’s a dirty job, but somebody’s gotta do it », comme disent les anglais. Mais l’intérêt d’une telle approche, c’est qu’elle permet aussi d’aborder la complexité de la définition du périmètre que l’on veut véritablement analyser. Parce que l’appellation « bande dessinée québécoise » recouvre une réalité moins simple qu’il n’y paraît.

On peut en effet considérer la « BDQ » sous l’angle des éditeurs, sur la base de leur situation géographique. La scène locale (et spécifiquement francophone) est d’ailleurs particulièrement animée, avec des structures plus ou moins importantes. Celles-ci sont assez facile à identifier — La Pastèque, Pow Pow, Mécanique Générale, Les 400 Coups, Front Froid, Ecosociété… auxquels il faut rajouter Glénat Québec et l’anglophone local, Drawn & Quarterly. L’absence d’une structure comme Colosse, pourtant très active jusqu’au début des années 2010, est probablement révélateur de la question cruciale de la distribution (et de la visibilité) en France qui touche les productions québécoises.
Cependant, la bande dessinée québécoise peut aussi être envisagée comme étant le fait d’auteurs et d’autrices québécois.es, qu’ils soient publié.e.s par des structures elles-mêmes québécoises ou non. Des québécois.es infiltré.e.s, si vous préférez. On pense bien sûr à Guy Delisle ou au duo Delaf-Dubuc (la série Les Nombrils, chez Dupuis)… mais aussi la série des Druides chez Soleil (dessinée par Jacques Lamontagne) ou Moréa toujours chez Soleil (dessinée par Thierry Labrosse), et bien d’autres encore.
Selon mon décompte (un rien fastidieux, il faut le reconnaître), on a un peu moins de 400 références du fait des éditeurs québécois, pour un peu plus de 200 références d’auteurs québécois publiés par des éditeurs non québécois (391-233, à prendre avec les pincettes d’usage). Mais lorsque l’on passe du côté des ventes (en volume, pour simplifier), la situation apparaît comme… euh, assez contrastée, on va dire.

Sans aucun doute, la production québécoise souffre d’une présence très réduite en librairie — absente ou presque des grandes surfaces, très sous-représentée dans les grandes surfaces culturelles (1/6e des ventes) et dépendant des librairies spécialisées (presque 60 % des ventes). Pour rappel, voici ce qui ressortait de l’étude « Les français et la BD » (Le CNL / Ipsos, 2020) concernant les lieux d’achat des bandes dessinées neuves… qui montre combien n’être présent qu’en librairie spécialisée peut être un handicap.

En fait, la bande dessinée québécoise la plus présente dans nos bibliothèques est une bande dessinée québécoise qui ne s’affiche pas comme telle… comme Guy Delisle et la série des Nombrils, qui représentent à eux deux 70 % des ventes de « BDQ » au sens large.

Mais est-ce encore de la « BDQ » ? Tout dépend comment on envisage le terme : que ce soit sous l’angle d’une simple provenance géographique, ou comme regroupement d’œuvres présentant des caractéristiques communes, qu’elles soient stylistiques, thématiques ou culturelles. Cela illustre bien la nécessité, quand on conduit ce genre d’analyse, de toujours questionner la réalité de ce que l’on cherche à observer, et les multiples interprétations qui peuvent y être rattachées. La question importe souvent plus que la réponse que l’on veut y apporter.

Dossier de en octobre 2022

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