#TourDeMarché (2e saison)

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(note : cette rubrique reproduit sous forme d’article à fin d’archivage des fils thématiques publiés au départ sur Twitter)

Premier vendredi de l’année, et pour être honnête, j’ai hésité avant de me décider à reprendre dès aujourd’hui la routine du #TourDeMarché hebdomadaire. Mais comme on est en pleine élection du Grand Prix d’Angoulême, c’est l’occasion de s’y intéresser. C’est parti !
Si vous avez des auteurs de bande dessinée dans vos rézosocios, il est probable que vous aperceviez en ce moment des déclarations de vote sous la forme de listes de trois noms, plus ou moins connus. Signe que l’élection (et le prosélytisme qui l’accompagne) bat son plein. On avait bien aimé mars en 2022, mais retour à la normale en 2023 : en effet, c’est à la fin de ce mois de janvier (du 26 au 29, précisément) que va se tenir la 50e édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ou FIBD pour les intimes. Le Festival (qui n’était alors encore que Salon) décerne des prix dès sa première édition. ces prix deviennent les Alfred en 1981, puis les Alph-Arts en 1989 avant de devenir les Fauves en 2008 (pour faire simple). Au fil du temps, on va passer de catégories professionnelles (dessinateur/scénariste/éditeur) à des catégories éditoriales (par genre ou par public), abandonnant en 2002 la distinction entre productions « étrangères » et… euh, locales, peut-être ?

Seule constante au cours du demi-siècle d’existence de la manifestation, ce « Grand Prix » qui vient récompenser une carrière… et dont les modalités d’attribution vont évoluer au fil du temps. Au moins jusqu’en 1986, c’est le même jury qui attribue l’ensemble du palmarès, Grand Prix compris (jury que préside, entre 1981 et 1993, le Grand Prix de l’année précédente). En 1987, le Grand Prix s’autonomise en partie du reste du palmarès, et devient le « Grand Prix de la ville ». Peut-être est-ce aussi le moment où sa désignation devient le fait de l’Académie des anciens Grands Prix ? Je n’ai pas trouvé l’information. En 1997, la désignation du Grand Prix est ouverte aux auteurs, qui votent, et vont élire successivement Goossens, Boucq et Robert Crumb. Avant qu’en 2000, on revienne à la désignation par l’Académie des anciens.

Le Grand Prix va ensuite connaître deux crises : une première en 2013, lorsque Lewis Trondheim dénonce l’entre-soi de cette Académie, qui ignorerait des pans entiers de la création de bande dessinée (japonaise en particulier). En 2014, on revient alors à un vote ouvert à l’ensemble des auteurs, qui sont appelés à choisir au sein d’une liste d’une vingtaine de noms le ou la future lauréat.e. Et en 2016, c’est le drame : pas une femme proposée dans la short-list des trente candidats. Devant la levée de boucliers, l’organisation du Festival décide alors de supprimer cette short-list, et de passer à un vote complètement ouvert, les auteur.e.s exprimant leur choix lors d’un scrutin à deux tours.
Un premier tour (3-9 janvier 2023) où chacun donne trois noms, puis un second (11-17 janvier 2023), où l’on départage les trois noms ayant reçu le plus de suffrages. Le nom du Grand Prix sera annoncé le mercredi 25 janvier, durant l’ouverture officielle de la 50e édition. Le vote s’effectue sur une plateforme ad hoc en ligne, la liste des auteurs étant communiquée par les éditeurs eux-mêmes à l’organisation, qui communique en retour aux votants les identifiants nécessaires.

Voilà pour les aspects techniques de désignation de ce Grand Prix. un livre sur l’histoire du Festival doit paraître à l’occasion de la 50e édition (aux éditions PLG), il y aura probablement beaucoup plus de détails (et peut-être des corrections) dedans.

Pour autant, le Grand Prix continue de susciter des tensions et de faire couler beaucoup d’encre — face à des résultats qui ne correspondent pas toujours aux attentes des uns et des autres. alors, on critique le manque de transparence ou on crie à la manipulation. (pour ma part, j’y vois beaucoup la prolongation des tensions qui existent par ailleurs au sein de la bande dessinée, autour des questions de nature, d’ambition, d’esthétique, de légitimité et de reconnaissance critique ou commerciale) Une des raisons de ces « surprises » vient à mon sens du fait que l’on connaît finalement assez mal les (goûts des) auteur.e.s, et plus mal encore leur sociologie (poke Pierre Nocerino, qui avait partagé des réflexions sur le sujet l’année dernière) et leurs affinités éventuelles avec tel ou tel courant ou genre de bande dessinée.
Certes, le Festival ne fournit pas de résultats chiffrés sur la répartition des votes, ce qui ne permet d’explorer ces dimensions, et peut entretenir pas mal de fantasmes. Mais c’est à mon sens un mauvais procès. Stéphane Beaujean avait partagé quelques chiffres à l’occasion de l’élection de Rumiko Takahashi, et on avait pu voir combien leur analyse pouvait être complexe, du fait de plusieurs particularités (pas de liste prédéfinie, trois noms pour chaque votant au premier tour). Cependant, depuis la mise en place de ce mode de désignation du Grand Prix, les scrutins successifs ont fait preuve d’une cohérence remarquable dans les trios de tête successifs, retrouvant les candidats « malheureux » d’une année sur l’autre (Manu Larcenet s’étant désisté).

Rendez-vous dans trois semaines pour connaître le verdict de cette 50e édition… et pour voir si cette tendance se retrouvera à nouveau confirmée.

Dossier de en janvier 2023

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