#TourDeMarché

de

(note : cette rubrique reproduit sous forme d’article à fin d’archivage des fils thématiques publiés au départ sur Twitter)

Voilà, Angoulême, c’est fini, chacun est rentré chez soi ramenant pour certains un vilain virus (mais on s’y était résignés), c’est donc le moment de reprendre une activité normale. Et puisque le FIBD a révélé son palmarès samedi soir, c’est l’occasion de revenir (rapidement) sur la question épineuse des prix, et de ce que l’on peut en dire.
Dans le petit monde de la bande dessinée, les Fauves d’Angoulême ne sont pas les seules récompenses décernées, même si elles occupent une place (symbolique) importante. D’où les polémiques qu’ils ne manquent pas de déclencher. Je ne vais pas aborder ici la question de l’attribution du Grand Prix de la ville d’Angoulême, qui relève d’un processus de désignation bien particulier (vote des auteurs sur deux tours) et qui cristallise lui aussi son lot de crispations. (j’ai évoqué rapidement ici le trio de finalistes de l’édition 2022 avec quelques réflexions sur le sujet)

Afin d’avoir des points de comparaison, depuis quelques années, je fais un suivi d’un certain nombre de prix portant sur la bande dessinée, que j’avais évoqué dans ce texte sur du9. L’idée étant de considérer non seulement les titres récompensés, mais également les listes plus larges des titres nommés, permettant d’embrasser dans une certaine mesure l’expression de la reconnaissance critique. Pour rappel, voici les six prix que je considère, en plus du FIBD : Grand Prix de la Critique ACBD, prix Ouest-France Quai des Bulles, Grand Prix RTL de la Bande Dessinée, Prix de la BD Fnac-France Inter, Prix des Libraires de Bande Dessinée et prix Landerneau BD. Je me suis arrêté sur ces six prix parce qu’ils publient chaque année une liste de titres nommés avant de désigner leur lauréat, et qu’ils sont généralistes (même si certains écartent comics et manga, comme l’ACBD, avec un prix spécifique pour chacun). Par ailleurs, les listes de titres nommés sont à mon sens plus intéressantes à analyser que les palmarès, puisque ces derniers sont souvent le fait d’un jury, avec des partis-pris qui leur appartiennent.
Moyennant quelques fluctuations, on a en gros 75 « slots » disponibles dans les listes de ces six prix, occupées par une cinquantaine de titres — soit en moyenne, un titre se trouvant nommé 1,5 fois. Le graphique ci-dessous montre le nombre de titres nommés deux fois, trois fois ou quatre fois et plus depuis 2012. Attention, ce sont à chaque fois les années considérées pour la sélection, 2021 correspond donc à l’édition 2022 du FIBD.

Détail amusant : sur 2012-2021, on a en moyenne à peine plus de titres nommés deux fois (11,6) que de titres nommés trois fois ou plus (11,2). On est donc bien en présence d’un véritable consensus critique, année après année. Sur les 483 titres nommés hors FIBD, 338 (soit 70 %) sont publiés par l’un des quatre grands groupes d’édition (Média Participations / Madrigall / Delcourt / Glénat)… mais seulement 32 (soit moins de 7 %) sont apparus dans les tops 50 des ventes annuelles.
C’est là que ressurgit l’accusation récurrente d’une critique élitiste, qui snoberait injustement les best-sellers. Sauf que c’est justement le rôle de la critique que d’apporter une autre « échelle de valeur », si l’on veut, basée sur d’autres critères. Le fait que les best-sellers y soient peu représentés est à mon sens au contraire le signe rassurant d’une critique qui s’assume comme telle. L’inverse serait très préoccupant. En cela, il faut également saluer le fait que les 7 prix que j’ai évoqués aient accouché de 6 lauréats différents cette année (Jours de Sable faisant le doublé Libraires-Quai des Bulles). La bande dessinée a besoin que l’on fasse valoir sa richesse.

Dossier de en avril 2022