[SoBD2021] Revue de Littérature

de

Renaud Chavanne : Laissons donc Thierry Groensteen et les livres qu’il a publiés cette année et venons-en à présent au livre de Bounthavy Suvilay, Dragon Ball, une histoire française, publié aux Presses Universitaires de Liège, dans la collection « Acme ». C’est une collection universitaire consacrée à la bande dessinée sur laquelle nous avons attiré votre attention lors de la dernière revue de presse en février 2021, qui s’est tenue en ligne à la BPI. Ce livre fait suite à une thèse et a été accompagné d’un petit ouvrage de la même autrice, intitulé La culture manga. Ce dernier titre a été édité par Les Presses Universitaires Blaise Pascal de l’Université de Clermont-Ferrand, dans une collection encyclopédiste dénommée « L’Opportune ». Il y a eu beaucoup de ces collections encyclopédistes qui se dédiaient à la culture contemporaine, généralement pas chez les universitaires, et ceci depuis longtemps. Parmi ces collections se sont trouvés de nombreux ouvrages consacrés à la bande dessinée, écrits par Thierry Groensteen, Pierre Fresnault-Deruelle, Benoît Peeters et d’autres. Chez « L’Opportune », on trouve un autre livre sur la bande dessinée, écrit par Nicolas Labarre, publié en 2017 et intitulé La Bande dessinée contemporaine. Bounthavy Suvilay a publié simultanément ses deux livres, Dragon Ball, une histoire française et La Culture manga. Nous allons surtout nous attarder sur le premier.
C’est pourtant par le second que j’ai entamé mes lectures, et il a constitué une très bonne entrée en matière, puisque je l’ai trouvé excellent. C’est un exploit remarquable que l’autrice, en soixante pages d’un tout petit format, parvienne à nous faire un panorama du manga, certes de grande vulgarisation. Mais enfin, quelqu’un qui ne connaît rien au manga et veut s’en faire une idée rapide pourra arriver à ses fins en une demi-heure. Le livre est clair, précis, bien écrit et globalement sans gros reproches à lui adresser.

Manuel Hirtz : Si vous n’avez pas envie de lire une thèse de doctorat (c’est l’autre livre), mais plutôt un bref résumé de ladite thèse, saisissez-vous de La Culture manga. C’est un livre bien fait et disponible à un prix modique. C’est sans doute un titre qu’il faut avoir dans sa bibliothèque.

Harry Morgan : J’irais même plus loin, si vous avez l’intention de lire sa thèse, commencez par lire ce petit bouquin, parce qu’il vous met bien les idées en place, pour la thèse. C’est une propédeutique.

Renaud Chavanne : Pour refroidir un peu cet enthousiasme, je dirais que ce livre vous le lirez… si vous le trouvez. Car comme beaucoup de collections universitaires, « L’Opportune » est formidablement “bien“ distribuée. Pour le reste, Dragon Ball, une histoire française

Florian Rubis : Ce livre est nettement plus enrichissant que l’habituel livre de fan rencontré souvent lorsqu’on s’intéresse aux écrits en français sur le manga. Il obéit à une optique qui diffère que ceux publiés, par exemple, par Glénat, l’éditeur français de la série, concernant Dragon Ball ; de gros volumes qui nous noient dans les détails sur chaque personnage et autres. Même si des ouvrages de cette catégorie, d’abord destinés à satisfaire la passion des amateurs, peuvent être certes bien faits, comme là.
Bounthavy Suvilay, elle, étudie particulièrement, avec plus de sens critique, tout l’univers de fiction qui a été constitué autour de la série en bande dessinée, « l’univers étendu », l’extended universe comme on dit en anglais. Il est analysé sur tous ses supports, dans une logique transmédia. Je rappelle que Suvilay est une spécialiste d’autres supports, notamment des jeux vidéo et des films d’animation. Elle a beaucoup contribué à divers magazines spécialisés, notamment à Animeland, toujours avec une écriture claire et l’esprit de synthèse que soulignait Renaud. Ce sont des textes qui rendent accessibles des sujets parfois complexes, même aux néophytes.
Ici, elle examine d’abord la manière dont la série s’est développée au Japon, notamment dans cette logique transmédia, appellé là-bas le mediamix. Il est alors question de la stratégie éditoriale et commerciale qui englobe le manga lui-même et les autres médias sollicités par Dragon Ball : l’animation, les OAV (original animation videos) commercialisées sans passer par la diffusion télévisuelle ou cinématographique, les films, la vidéo, les jeux, etc.
L’autrice analyse les incidences provoquées à leur tour par ces développements sur une telle série, conçue initialement que pour le seul marché japonais, sans se soucier de son formidable impact à l’échelle internationale, intervenu après. Suvilay nous décrit de manière fascinante la réception de cet univers étendu hors du Japon et, d’abord, en France.
L’un des aspects remarquables du livre réside, comme je le signalais, dans l’absence de cet esprit de connivence qui imprègne trop souvent les livres rédigés par et / ou pour les fans. C’est-à-dire par des auteurs qui partagent avec le public visé par le livre les mêmes références, qui en cultivent sinon célèbrent des codes partagés en commun. Ici, on est face à une étude distanciée, qui rend l’ouvrage intéressant et qui, comme le dirait Albert Londres, n’a pas peur de porter la plume dans la plaie. L’ouvrage revient par exemple sur le « péril jaune », c’est-à-dire le cliché qui a consisté, notamment, à réduire le Japon au « pays de la copie », ou la diabolisation bien connue de l’émission Club Dorothée, laquelle a grandement contribué à la popularisation de ce genre de séries en France, et bien d’autres.

Renaud Chavanne : Ainsi qu’à la fabrication d’une littérature de fans vingt ans plus tard.

Florian Rubis : Bounthavy Suvilay rappelle en outre comment le succès de Dragon Ball et les ventes vertigineuses qui s’en sont suivies provoquèrent des attaques virulentes de la part de politiciens et de figures publiques, s’étant emparés du sujet pour accroître leur notoriété. Pour finir, spécifions que ce titre, pourtant issu du monde universitaire, se lit aisément. C’est une lecture absolument à recommander.

Renaud Chavanne : Nous avons relevé plusieurs fois dans la Revue de littérature, cette appétence, cette « mode » pour le dire gentiment, des universitaires pour les études transmédias. Et nous avons très souvent signalé que nous ne trouvions que peu d’intérêt à ces travaux, que nous considérions comme une espèce de lubie du moment. Ce livre-là vient nous démentir. C’est une étude transmédia universitaire, employant tout le champ lexical du médiamix cité par Florian : il est question ici de transmédia, de crossmedia, d’adaptation, de transfert culturel, de continuation transmédiatique, et j’en passe. Et pourtant, le texte n’est jamais fastidieux. J’ai lu ce livre dans la dernière ligne droite de préparation du SoBD, dans un contexte de fatigue et de stress où, d’ordinaire, je suis incapable de lire des textes trop théoriques. Il se trouve que j’ai parfaitement pu aborder celui-ci. Il se lit donc avec facilité, mais aussi avec plaisir et intérêt ; on y fait de nombreuses découvertes.
Laissez-moi vous lire un court passage qui exprime bien la raison pour laquelle l’autrice a trouvé la bonne façon d’aborder les questions transmédia : « Nous nous focalisons sur les processus de transfert culturel, plus que sur ceux de l’adaptation transmédiatique ». Autrement dit, la colonne vertébrale de l’ouvrage consiste à comprendre comment un produit culturel strictement conçu pour le Japon a pu migrer vers un autre, la France. Il ne s’agit pas, et j’insiste sur ce point, de décrire le récit global qui pourrait avoir été élaboré via plusieurs médias. La littérature de fans, qu’évoquait Florian, est friande de cette dernière approche, en particulier vis-à-vis de la littérature dessinée japonaise. Les amateurs de cette littérature la consomment largement : ils la lisent, regardent les adaptations télévisuelles, filmées ou romancées, puis tiennent des commentaires laudatifs sur la continuité de l’univers. Ils le décrivent, cet univers, du dedans, ce qui n’a pas beaucoup d’intérêt. Ce n’est pas le cas du travail de Suvilay. Elle s’attache plutôt à observer comment l’objet « littéraire », va se déplacer de la bande dessinée au dessin animé, puis dans l’autre sens. Elle analyse les forces en jeu. Autrement dit, les aspects culturels qui affectent l’œuvre entendue comme objet culture et non comme un récit.

Florian Rubis : Les aspects culturels, mais aussi économiques…

Manuel Hirtz : Je partage tout cela, mais je vais faire quelques critiques. La première est de moindre importance. Quand l’autrice sort de son champ de compétences, qui recouvre le manga, les jeux vidéo etc., elle a tendance, comme beaucoup d’universitaires, à faire aveuglément confiance à ce que disent ses collègues. Elle cite des articles qui sont parfois problématiques et qui parfois même manquent de fondements. En science-fiction, elle utilise un article absolument étonnant que n’importe quel historien de la science-fiction peut déconstruire sans effort. Ce sont des petits moments qui m’ont un peu agacé durant la lecture, mais ils ne sont pas si fréquents. Un autre aspect de ce travail me semble plus problématique : c’est le constat que nous sommes en présence d’un texte qui porte sur une œuvre littéraire où celle-ci n’est jamais prise en considération pour elle-même, ce que Renaud vient de nous expliquer. Cependant, si Dragon Ball a eu tellement de succès, il doit bien y avoir des raisons objectives à cela. Je trouve problématique le fait que jamais cette question ne soit pas posée.

Florian Rubis : Je trouve ton objection un peu dure. Après tout, Suvilay donne des explications sur l’adaptation, elle évoque le classique qui inspire la série, La Pérégrination vers l’Ouest, l’un des « Quatre Ouvrages extraordinaires » de la littérature médiévale chinoise, et sa légende du Roi singe. Elle donne des clés, des explications……

Manuel Hirtz : Oui, mais l’œuvre n’est jamais comprise par elle-même. Elle n’est jamais l’objet de jugements.

Renaud Chavanne : Il me semble que c’est hors de propos. Non seulement le livre ne porte pas de jugement sur l’œuvre, mais il n’en porte pas sur l’auteur non plus. Depuis la perspective d’où l’autrice se place, l’auteur est invisible. L’angle par lequel elle aborde son sujet évacue tout cela. C’est assez logique d’ailleurs, parce qu’elle adopte un angle économique pour nous expliquer comment fonctionne la machine à produire Dragon Ball. Dans cette dynamique culturelle, il y a des auteurs, mais ce qui intéresse Suvilay, c’est la grosse machine industrielle qui tourne derrière. Et pour cette machine-là, l’auteur et l’œuvre sont secondaires.

Harry Morgan : Non… J’aimerais concilier tout le monde en faisant l’unanimité contre moi. À mon sens, Bounthavy Suvilay ne fait pas abstraction de l’œuvre. Mais le fil conducteur de son ouvrage est l’esthétique de la réception telle que l’a proposée le chercheur allemand Hans Robert Jauss. Par ailleurs, elle s’inscrit dans la ligne du groupe de recherche de l’université de Liège, ACME, autrement dit dans les media studies. Ce groupe se préoccupe non pas de telle bande dessinée ou de tel manga en particulier, mais de l’analyse des médias. D’où l’emploi qui est fait ici de concepts tels que le transmédia ou encore le transfictionnel (ce qui, pour moi, est assez flou). De même pour la question de « remédiation », où il s’agit, si j’ai bien compris, de remédiatiser un code dans un autre média. Il s’agit, par exemple, de transcoder dans un dessin une photo prise face au soleil (donc avec une tâche lumineuse sur l’objectif). Reste donc en effet l’angle mort sur le jugement esthétique que signale Manuel dans le livre de Suvilay.
Par contre, si l’on se place dans l’optique théorique de Jauss, il faut aborder la question de l’œuvre. Ceci car, dans la théorie de Jauss, se trouve la notion d’horizon d’attente, le « Erwartungshorizont », à savoir ce que le lecteur attend du fait des codes culturels. Cette théorie définit également ce qui caractérise la grande œuvre, la distance esthétique, « Ästhetische Distanz ». Et, d’après Jauss, plus le livre analysé est loin de l’horizon d’attente, plus il appartient à la grande littérature. Et c’est un problème, car dans ce cadre théorique, puisqu’il faudrait que l’autrice aborde à un moment l’œuvre Dragon Ball. Qu’elle nous parle de l’horizon d’attente du lecteur et de la façon dont l’œuvre, si c’est une grande œuvre, dépasse cet horizon ; de la distance esthétique qui existe. Ce que Suvilay ne fait pas.
Pour reprendre ce que disait Florian, nous autres, lecteurs spécialisés, faisons face à deux types de méta littératures très différentes. D’une part, celle qui aborde la bande dessinée en termes de media studies, de transmédiatique et de transfictionnel, sans jamais s’occuper de l’œuvre elle-même, c’est à dire du contenu et de la façon dont il est façonné, de la façon dont il est émis par l’auteur, et reçu par le lecteur. Puis d’un autre côté, une seconde littérature, celle des fans, qui se place, elle, à l’intérieur de l’œuvre, mais au risque qu’elle ne la voie plus. La littérature de fans s’avère souvent incapable d’aborder les questions esthétiques. Elle parle de l’histoire pour l’histoire dans laquelle le fan est immergé. D’autre part, il paraît impossible de coordonner ces deux littératures. Pour rejoindre une discussion que nous avions à l’occasion de notre précédente Revue de littérature, je dirais qu’il me semble que la première école, celle des media studies, court le risque de s’engouffrer dans une impasse si les auteurs ne parviennent pas à coordonner leurs travaux avec ceux qui abordent l’œuvre pour elle-même.

Florian Rubis : Il y a tout de même un chapitre dans Dragon Ball, une histoire française, où on explique les grands principes et mécanismes de la série, qui font son succès…

Renaud Chavanne : Je suis d’accord pour dire que le livre ne parle pas de l’œuvre, mais ça ne me pose pas de problème.

Manuel Hirtz : C’est peut-être moi qui suis un vieil idéaliste.

Florian Rubis : Il me semble que le projet, ici, est de s’adresser à des lecteurs qui connaissent déjà l’œuvre et qui veulent aller plus loin.

Renaud Chavanne : Nous sommes entrées très brutalement dans la discussion. Peut-être aurions-nous dû mentionner que l’ouvrage est organisé en trois parties. L’autrice nous explique d’abord comment le succès de l’œuvre l’a conduite à passer du manga à d’autres supports, d’autres médias (je n’aime pas trop ce terme de « média », il est très problématique, et il est utilisé à tort et à travers). Du manga aux dessins animés, aux figurines constituant ainsi au Japon tout un univers de références croisées. Suvilay observe comment une industrie culturelle est parvenue à constituer un univers. Mais cette industrie n’est pas un auteur. Il faudrait plutôt l’assimiler à un producteur de biens culturels. Ce faisant, l’auteur qui est à l’origine de l’œuvre initiale s’enrichit, par le biais des royalties qu’ils touchent sur les productions secondaires. Mais dans le même temps, il est dépossédé de son œuvre. C’est très intéressant : Suvilay montre comment, à chaque fois que l’œuvre est portée vers un nouveau support, l’auteur en est un peu plus dépossédé. Et il est conscient du mécanisme, cela ne le dérange pas. Il sait qu’il va céder ses droits, et que le contrôle qu’il va conserver est ténu. Cette première partie du travail est déjà très intéressante, ne serait-ce que parce que la situation japonaise ici décrite nous est assez peu connue.
Dans un second temps, Suvilay explique comment l’œuvre, pardon… le produit, est arrivé en France. Cette partie est très rigolote, car on comprend à la lecture que ce portage est dû à un concours de circonstance, absolument pas anticipé par les Japonais, qui n’ont pas eu l’idée qu’un produit conçu si spécifiquement pour leur marché puisse avoir un quelconque succès ailleurs. Ceci alors même qu’ici, en France, on va les traiter de spécialistes de la copie, les accuser d’emprunter des concepts occidentaux pour en faire des répliques bas de gamme. Quand les éditeurs français décident d’essayer de publier Dragon Ball en France, ils s’adressent aux Japonais et ne reçoivent pas de réponse. L’autrice raconte, sans qu’on sache si cela est vrai ou si c’est une histoire sans fondement qui circule, que les équipes de Glénat adressent chaque semaine un fax aux Japonais en leur indiquant leur intérêt et en demandant le montant des droits à payer pour Dragon Ball. C’est au bout de plusieurs mois qu’ils obtiennent une réponse, peut-être parce qu’au Japon un stagiaire passe à côté du télécopieur et montre le fax à son responsable (« Quelqu’un veut nous donner de l’argent »). Ce schéma, qui organise les relations internationales des producteurs de contenus culturels, évolue dans le temps, Suvilay le montre bien. Elle explique qu’aujourd’hui, au Japon, il n’y a plus de production dans le secteur du manga qui soit faite indépendamment de la pensée d’une possible exportation. L’approche se fait en termes économiques, il s’agit de marchés. L’autrice nomme les entreprises parties prenantes, elle donne des informations sur leurs chiffres d’affaires…

Manuel Hirtz : Et par ailleurs, sa conclusion est qu’économiquement, c’est le début de la fin. Ce qu’elle pense, probablement à juste titre à mon avis, c’est que le manga, comme art de masse, va bientôt disparaître.

Renaud Chavanne : En tout cas, au Japon. Peut-être qu’il va perdurer ici et ailleurs. Je voudrais encore ajouter deux ou trois petites choses. D’abord, je suis du même avis que Manuel, lorsqu’il signalait que dès qu’elle s’éloigne de son domaine d’expertise, elle tombe dans les pires platitudes, qui sont parfois des inexactitudes. Je me permets d’en citer une : « Dans la bande dessinée japonaise, la prépondérance de l’image est accentuée par la totale liberté de la mise en page. Les auteurs sont affranchis du carcan rectangulaire et peuvent multiplier les vignettes aux formes hétéroclites ». Alors ça, c’est le niveau zéro de l’étude de la bande dessinée, à peu près partout. Dès que quelqu’un qui ne connaît rien aux questions d’organisation des images veut en parler, il répète la même chose. En général on attend des formulations comme « l’explosion des codes ». Mais, il ne faut quand même pas lui en tenir grief. C’est agaçant, mais pas fondamental. Il vaudrait mieux que les gens qui n’ont pas de compétence sur ces questions n’en parlent pas. C’est bête, parce qu’au bout du compte, on a un très bon bouquin, avec des passages agaçants.

Manuel Hirtz : Et on ne peut pas lui reprocher de faire confiance aux collègues. C’est aux collègues qu’il faut dire d’arrêter de multiplier les articles sans fondement…

Renaud Chavanne : Il y a une deuxième chose très surprenante que Suvilay affirme et qui me paraît contestable. Elle souligne l’existence au Japon du principe rhétorique du kishotenketsu, une décomposition rhétorique du discours en quatre parties qui s’applique à tous les arts (au théâtre, au cinéma, à l’opéra, au manga, etc.). Selon Suvilay, on ne peut pas comprendre le manga sans connaître ce principe.
Elle prétend que ce principe est diffus dans toute la littérature japonaise, y compris dans le manga. On ne peut pas aller au théâtre, au kabuki, ni lire un manga sans connaître ce principe. Cela me semble absurde. Comme si on essayait d’appliquer le principe thèse/antithèse/synthèse à toute la littérature occidentale. Ces principes sont tellement généraux qu’on arrivera toujours à leur trouver des occurrences. Mais faut-il lire les strips américains en trois cases sur le mode thèse, antithèse, synthèse ? D’autant qu’on sait bien que pour bon nombre d’artistes et d’auteurs modernes, la distinction, le caractère novateur et original de l’œuvre est un critère déterminant. La réitération de formes immuables fut peut-être un facteur fondateur de la création artistique, mais plus depuis quelques siècles déjà me semble-t-il.

Manuel Hirtz : On reproche parfois aux artistes de reprendre les formes anciennes et de les rejouer. La bande dessinée avec texte sous l’image, c’est un moment disparu, même s’il y a eu de grands auteurs qui se sont amusés à relancer la machine.

Renaud Chavanne : Nous avions prévu de discuter d’autres livres, mais nous nous sommes attardés sur quelques-uns. Il est temps de terminer. Nous espérons donc vous revoir l’année prochaine. Merci de votre attention.

Dossier de en novembre 2023

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