Vues Éphémères – Décembre 2013

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En cette première moitié du mois de décembre, il est encore trop tôt pour tirer le bilan de l’année, même si listes d’incontournables et tops en tous genre commencent à faire leur apparition. Depuis deux semaines, les nouveautés se sont taries, et les mises en place ne bougeront plus en librairie. Les grosses sorties ont pris position pour profiter au maximum de la saison des cadeaux, et l’on peut donc se passionner pour les ventes qui s’enflamment et l’économie qui redresse la tête.

«La bande dessinée finit l’année en beauté» titre ainsi Livres Hebdo à l’occasion de son dernier top des meilleures ventes (du 2 au 8 décembre). Et si la formule laisse planer un doute sur l’angle d’approche, la suite dissipe tout malentendu : «A l’heure des fêtes de fin d’année, les bandes dessinées s’imposent dans le Top 20 Ipsos/Livres Hebdo des meilleures ventes, tous genres confondus, pour la semaine du 2 au 8 décembre. Le 22e tome des aventures de Blake et Mortimer, L’onde Septimus, fait son entrée à la seconde place du classement. Imprimé à 500 000 exemplaires, cet album est la deuxième plus grosse sortie de l’année en termes de tirage derrière Astérix chez les Pictes (2 millions).»
On ne s’attardera pas plus sur le contenu du livre en question, se limitant à ce qui devient une accroche incontournable que l’on retrouve à l’identique dans la plupart des articles de presse : Blake-et-Mortimer-deuxième-plus-gros-tirage-de-l’année-derrière-Astérix rejoint ainsi Astérix-chez-les-Pictes-premier-Astérix-sans-Uderzo.

Du côté des Echos[1], on se montre naturellement beaucoup plus décomplexé — et si le titre affirme d’emblée «Blake et Mortimer, la très bonne affaire du rayon BD», l’adresse de la page révèle une version antérieure encore plus directe : «Blake et Mortimer, la machine à cash». Au moins, les choses sont claires, et il ne fait aucun doute qu’entre le «petit événement culturel» et l’«événement économique», le cœur du journaliste ne balance guère.
Il y a d’ailleurs quelque chose de fascinant dans cette admiration assumée de la réussite commerciale, où les éditeurs «tirent les marrons du feu», où l’on «met la main» sur une série, où la création est confiée «à des équipes de pro», et où l’on évoque avant tout un «business important». Pas de mystère, et pas de chichi : «La BD ça pèse très lourd. Ça pèse autant que le marché du livre de poche.» Ce n’est que sur la fin que David Barroux quitte le champ lexical des (bonnes) affaires et de la roublardise, pour se laisser aller à un rien de lyrisme : Média Participations «est un groupe avec plein de petits ruisseaux comme Blake et Mortimer et à la fin de l’année ça fait une belle rivière.» L’Esprit de Noël, sans doute.

Loin des oppositions entre tenants d’une bande dessinée avant tout populaire, et ceux d’une bande dessinée qui ne serait que d’auteur, la violence de ce discours révèle peut-être la principale raison pour laquelle les médias acceptent un peu de parler de bande dessinée : le facteur économique, à l’exclusion de toute autre considération, qu’elle soit de genre, d’école, de contenu ou de projet éditorial.
«La BD ça pèse très lourd.»

Notes

  1. Par l’intermédiaire de David Barroux, spécialiste bande dessinée de la maison.
Humeur de en décembre 2013

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