Osamu Tezuka - Biographie de Tezuka Productions
En français Osamu Tezuka - Biographie, publié chez Casterman (Ecritures)
Dans une langue exotique Tezuka Osamu Monogatari, publié chez Kin no Hoshi-sha
Chroniqué par Loïc Massaïa en décembre 2009

Décédé en 1989, Tezuka Osamu laisse en héritage plusieurs dizaines de milliers de pages de manga, mais aussi une empreinte forte sur le monde de l’animation. Innovante, ingénieuse, intelligente, remplie d’humanité, c’est ainsi que l’on décrit souvent l’œuvre de Tezuka. Souvent considéré comme « le Pape du manga moderne » de par les apports cinématographiques qu’il a su intégrer dynamiquement, mais aussi un des principaux initiateur du story manga, qui étale une histoire sur des milliers de pages, la vie de Tezuka Osamu est impressionnante et l’importance de son œuvre influence encore aujourd’hui, vingt ans après sa mort.
La biographie que nous présente ici la collection « Ecritures » de Casterman offre un récit au dynamisme et à la naïveté proche de ce qu’aurait pu faire le maître lui-même. Il n’est donc pas étonnant de constater que c’est la Tezuka Production, un studio créé par le dessinateur, qui a réalisé cette biographie dans un ton typiquement Tezukien. [1] N’évitant pas l’écueil trop didactique de la présence d’un narrateur, la biographie dessinée parvient pourtant à séduire par un aspect particulièrement divertissant, n’hésitant pas à accumuler les anecdotes qui ont jonché la vie de l’auteur. Ainsi, les éditeurs dormaient chez lui pendant deux à trois semaine pour l’obliger à finir ses planches à temps ; il changeait régulièrement d’hôtel pour justement leur échapper ; espiègle, il filait par la porte opposée du taxi lorsque l’un de ses éditeurs voulait le dérober à ses concurrents en l’emmenant dans un lieu isolé ; il a vu Bambi 51 fois ; Leiji Matsumoto a été son assistant pendant une semaine... Bref, tout un tas de choses amusantes et croustillantes pour égayer cette vie de légende...

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Mais le nom des « Tezuka Productions » apporte aussi son lot d’inquiétude quant à leur objectivité. Et effectivement, s’il est vrai que Tezuka Osamu est souvent considéré comme le « Dieu du manga », il faut bien avouer que cette biographie enfonce le clou. Lorsqu’on lit ces pages, tout porte à croire que l’homme n’en était pas un. Il dessinait à une vitesse folle, travaillait tout le temps, ne dormait presque jamais (en tout et pour tout une à deux heures par nuit et par tranches d’à peine un quart d’heure), il est arrivé à poursuivre ses études de médecine en parallèle à la publication d’une dizaine de séries en même temps réalisées au rythme effréné que l’on sait, puis à réussir son concours de médecine et passa même un doctorat, monta un studio d’animation avec tout se que celà entraîne comme investissement de temps... Rajoutons à ça qu’il ambitionnait de voir 364 films au cinéma par an, soit un film par jour, ce qu’il arrivait parfois à réaliser !
Si l’on en croit cette biographie dessinée, Tezuka Osamu était de plus drôle, candide, malicieux, vif, il produisait avec une facilité déconcertante, son engagement personnel envers son art et ses lecteurs était inouï, ses œuvres sont formidables. Bref, Tezuka était génial et fascine encore. Mais non content de nous présenter l’artiste comme un surhomme sur le plan du travail, Tezuka Productions en remet une couche : toujours souriant et plein d’entrain, rempli de bonté et d’humanisme, écolo dans l’âme, il ne se serait disputé avec sa femme qu’une seule fois...

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Si les qualités humaines du maître sont certainement établies, chacun sait que personne n’est parfait. Et en cela, le portrait de Tezuka frôle quelque peu le ridicule. Tezuka Osamu est porté sur un piédestal par son studio, [2] et ce respect s’étend jusqu’au dessin, tellement Tezukien dans le style, que l’on pourrait croire en feuilletant ces livres qu’il s’agit d’une autobiographie.
Rajoutons encore que les échecs de Tezuka sont tout juste esquissés, ne semblant pas atteindre le maître, qui parvient toujours à rebondir et à se servir de ses échecs. Tezuka est largué pendant l’âge d’or du gekiga ? Son studio d’animation dans lequel il avait mis toutes ses économies fait faillite ? Aucune importance, le maître garde le sourire, produit à tout va et finit par remonter la pente ! Pas l’ombre de ses questionnements ou de ses doutes sur l’évolution de son travail, sur sa relation avec les autres (assistants, éditeurs, famille...) qui aurait pu se détériorer ou au contraire se préciser pendant cette période difficile. Non, Tezuka Osamu ne semble savoir faire que deux choses : sourire, et travailler. Avec génie, en plus.

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Avec un regard de néophite Tezukien tel que le mien, [3] on peut véritablement se demander finalement, l’appellation de « Dieu du manga » ne tient pas plutôt de l’autoproclamation, ou plutôt de proclamation faite par ses disciples ? Perpétuer, consacrer, alimenter le mythe, tel semble être le rôle des studios fondés par Tezuka, comme si en son absence les disciples ne pouvaient se détacher du passé et se devaient d’en proposer une sorte de relecture qui idéalise l’image de leur maître.
Au final, on peut sérieusement se questionner sur le choix de Casterman de publier une telle hagiographie. Casterman, qui ne s’est vraiment intéressé au manga qu’assez tardivement, et qui plus-est ne connaît dans son catalogue qu’un nombre infime d’œuvres de Tezuka, [4] en publierait la biographie ? Cela peut déjà étonner. Mais le plus étrange est cette volonté de la proposer dans la « prestigieuse » collection « Ecritures », qui se veut gage de qualité, d’œuvre d’auteur, de poésie, de sensibilité, alors que nous avons au final tout son contraire. Une nouvelle preuve que l’exploitation d’un nom a plus d’intérêt pour certains éditeurs que de publier des œuvres de qualité, ou du moins d’une plus grande honnêteté ?

[1] Notons que le nom du superviseur du projet a été mystérieusement oublié dans les trois premiers volumes publiés par Casterman, n’apparaissant que dans le dernier tome, en tout petit, bien évidemment. Il s’agit de Ban Toshio, assistant principal de Tezuka de 1978 à sa mort pour la production manga destiné aux magazines de prépublication.

[2] Dont la soumission à l’image de son créateur atteint ici des sommets rarement atteints, même chez Disney.

[3] J’ai très peu lu d’œuvres du maître, ayant généralement du mal à finir ses livres, qu’ils soient grand public ou plus « matures ».

[4] I.L. et La femme insecte, tous deux chez Sakka.

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14 RÉACTIONS
#01
Osamu Tezuka - Biographie
Écritures est une collection un peu bancale, elle cherche surtout à se faire passer pour la collection éperluette de l’Association... Rien de spécial à attendre d’eux en termes de qualité j’en ai peur. Personnellement j’ai eu du mal à lire cette biographie. Certes elle donne une idée de l’existence de Tezuka (mais très peu de son oeuvre), en revanche c’est fait sur un ton - vous employez le terme - tellement hagioagraphique, que le résultat est suspect. On pourrait à mon avis écrire une bio du maître bien plus sombre, plus "black Jack" que "oui oui" quoi. On pourrait aussi raconter comment le nom de l’auteur est devenu une marque sous laquelle ont été publiées des oeuvres parfois furieusement opportunistes et de qualité assez inégale... Drôle de bouquin.
par Jean-no le 25 décembre 2009 | Répondre à ce message
>01
Osamu Tezuka - Biographie
Bonjour. Sans aller vers une biographie "plus sombre" comme vous dites, quelque chose de plus "crédible" serait déjà honorable ! Réaliser une biographie littéralement incroyable c’est non seulement une terrible absurdité, mais aussi un véritable tour de force dans un sens...
par Loïc Massaïa le 27 décembre 2009 | Répondre à ce message
#02
Osamu Tezuka - Biographie
En fait, je n’ai pas eu la même lecture que vous de ces ouvrages. Si on sent effectivement bien la volonté générale d’en faire un récit hagiographique, l’image dépeinte de Tezuka n’est pas spécialement reluisante. La façon dont il se conduit avec ses éditeurs est irrespectueuse au possible. Vous trouvez ça amusant ? Essayez donc de vous éclipser en douce de votre lieu de travail pour aller voir Bambi au cinéma pendant que votre patron attend en urgence votre travail. Je ne suis pas sûr qu’il vous laisserait 51 occasions de voir le film avant de cesser de vous faire confiance. C’est effectivement cocasse la première fois, mais l’animal était coutumier du fait (à ce niveau-là, celà faisait d’ailleurs très remplissage dans les bouquins... je pense qu’on aurait pu gagner quelques pages grâce à des ellipses), n’avait aucun scrupule et n’hésitait carrément pas à disparaître dans la nature. Personnellement, je n’avais pas d’avis sur Tezuka avant de lire ces livres, j’en suis ressorti avec l’image d’un type assez antipathique alors même qu’on essayait de me vendre le contraire. Du reste, le récit manque de rigueur chronologique et certains évènements sont parfois mélangés. (bonds en avant, retour en arrière alors qu’on a déjà changé d’époque...).
par Seb le 25 décembre 2009 | Répondre à ce message
>02
Osamu Tezuka - Biographie
bonjour et bonnes fêtes à tous ! je me mets en porte-à faux avec ce qui a été dit précédemment. D’abord, parce qu’en Europe, Tezuka a longtemps été mal perçu autrement que comme un ancêtre préhistorique du manga moderne. Secundo, je dirais que c’est le propre de la biographie que d’avoir un parti pris. Cela participe du genre. Personnellement, j’ai commencé par lire cette biographie avant d’entamer l’oeuvre de Tezuka, et qui depuis ne m’a jamais quittée. Si vous regardez l’ensemble de son oeuvre, et le nombre d’hommages qui lui sont rendus à travers le manga "moderne", vous ne pouvez qu’admettre que cet artiste était un personnage hors-norme. Il suffit de lire les commentaires et souvenirs d’autres auteurs dessinateurs pour s’en faire une idée (Matsumoto, Terasawa...). De plus, il est de fait qu’au japon, le travail de magaka est très exigeant (Il aurait dessiné 150 000 pages durant toute sa carrière).Et puis à savoir si Tezuka était antipathique en voulant échapper à ses rigoureux et courageux éditeurs, je invite à découvrir ce qu’est le monde de l’édition au Japon. S’agissant de son optimisme sans faille, je ne peux que vous renvoyer à l’humanisme et à l’espoir porté par la plupart de ses oeuvres, et ce jusqu’à la fin de sa vie (ou de l’imaginaire contre la maladie). Enfin, je trouve que cette biographie, aussi édulcorée soit-elle, doit d’abord être considéré comme un hommage(Tezuka lui même a su rendre un certains nombre d’auteurs, tels Goethe, Dostoïevski,Asimov...) Notons par ailleurs que cette bd n’occulte pas certains aspects moins glorieux de sa vie, comme ses échecs commerciaux et son manque d’implication familiale (NB : au Japon, on ne s’engueule pas comme du poisson pourri) . Je dirais pour conclure qu’à la manière d’un Walt Disney ou d’un Tolkien, Tezuka fut un créateur d’Univers, s’essayant à tous les genres, et dont la clef de voûte réside en une réflexion sur l’avenir de l’homme et son rapport avec la Nature et le Monde.
par Kurilin le 26 décembre 2009 | Répondre à ce message
>02
Osamu Tezuka - Biographie

Ah, voici la scie de "l’humanisme" de Tezuka, ha ha ha.

Pour l’humanisme de Tezuka et l’espoir qu’il y a dans ses œuvres, je vous invite à aller lire ce message : http://www.forum-mangaverse.net/vie...

Sinon, la chronique de Loïc Massaïa était très plaisante à lire et je partage en très grande partie son point de vue sur l’hagiographie de Toshio Ban et Tezuka Prod.

par Herbv le 26 décembre 2009 | Répondre à ce message
>02
Osamu Tezuka - Biographie

je tiens à répondre à cette injure par conversation interposée et anonyme de surcroît. D’abord, je trouve cela réducteur de reprendre mon avis à partir seulement d’un propos cynique et sans fondement, suivi d’un argument affectif et subjectif confondant. Le registre polémique n’a de sens que s’il est accompagné d’une argumentation logique et raisonnée. Quant à cette pseudo démonstration que vous relayez à partir du site mangaverse, j’y vois plus une problématique portant sur la notion d’humanisme que sur son acceptation dans l’oeuvre de Tezuka. "Personnellement", j’essaye toujours d’adopter un langage commun, usuel pour discuter d’un sujet. l’emploi philosophique du nom se prêterait plutôt à l’exercice d’une thèse, ce qui n’est guère mon cas ici. Je te renvoie donc tout simplement à la définition du Petit Robert : "théorie, doctrine qui prend pour fin la personne humaine et son épanouissement". A partir ce ces quelques mots, il faudrait dans un premier temps m’expliquer en quoi Tezuka ne serait pas un humaniste ? quant à ce terme que j’affectionne particulièrement et que tu qualifies vulgairement de "fourre-tout", faudra-t’il que vous associiez la réflexion d’un Tezuka avec celle d’un Miller (The Dark Knight) ou d’un McCarthy (The Road)(pour ne citer que des ouvrages lus récemment) ? Avant d’enterrer définitivement cette notion d’humanisme, ne conviendrait il pas plutôt de réfléchir par exemple aux "humanités" en redéfinissant ce que pourraient être les individualités ? Enfin, votre source semble n’accorder guère d’importance à l’Humanisme de la renaissance, mais à travers les exemples que vous citâtes précedemment (Bouddha, BlackJack), ne pourrait-on voir une double dimension physique et spirituelle dans l’oeuvre de Tezuka ?

Bref, je ne dirais pas que j’ai trouvé votre opinion désagréable et inconsistante à lire, car nous nous fourvoiierions en invectives sans issue.

vous savez ce qu’il vous reste à lire (je conseille quant à moi la lecture de Blackjack, Ayako, Demain les Oiseaux, et de Phénix)

par kurilin le 26 décembre 2009 | Répondre à ce message
>02
Osamu Tezuka - Biographie

Effectivement, on va en rester là :)

Je ne sais pas à qui s’adresse le "vous" final mais j’ai lu à peu près tout ce qui est sorti en français de Tezuka. Si c’est à l’auteur du message que je liais, je lui ferais suivre le conseil.

par Hervb le 27 décembre 2009 | Répondre à ce message
>02
Osamu Tezuka - Biographie
je n’apprécie pas le narcissisme et la vanité de tes propos sans aucune autre argumentation que de satisfaire ton ego. Et pour tenir le spropos que tu tiens, je te conseille de relire les oeuvres que tu dis avoir déjà lues.
par kurilin le 27 décembre 2009 | Répondre à ce message
Osamu Tezuka - Biographie

Bonjour.

- Pour ce qui est du parti-pris, bien évidement qu’une biographie à nécessairement un point de vue, car il faut sélectionner les anecdotes et les faits pour garder une cohérence et une fluidité de lecture. Une biographie ça n’est pas qu’une suite d’évènements annotés et datés... Néanmoins, ce qui est criticable justement, c’est le parti-pris lui-même. Ce que je fais dans cette chronique.
- Tezuka était certainement un auteur hors norme, oui. Personne ne remet ça en cause, je pense. Par contre, qui était l’homme ? La biographie ne nous le dit pas, ou à peine, ce qui est un comble. De plus, être extrêmement facile, rapide, et avoir une imagination débordante sont certainement des caractéristiques évidentes du Tezuka auteur, mais on peut légitimement se demander si la vision d’un auteur (d’un "génie" qui plus est) peut se limiter à ça ? Je ne le crois pas...
- Pour ce qui est de son rapport aux éditeurs (notez que je ne le trouve pas antipathique personnellement), donner pour excuse le rythme effréné de l’édition manga au japon me semble absurde, car Tezuka avant même de penser à proposer ses premiers mangas connaissait ces contraintes-là. Il a multiplié les projets en connaissance de cause. Il est lui-même responsable de ses propres retards, les délais de parutions auraient été 2 fois plus longs, qu’il aurait produit 2 fois plus de séries en même temps ! C’est son tempérament, il avait besoin de donner vie à toutes ses idées qui fourmillaient dans sa tête, et au plus il se sentait débordé au plus il se sentait efficace. C’était quelqu’un de finalement assez irresponsable (la biographie le montre espiègle, naïf et immature comme pour excuser cette attitude), l’aventure de la Mushi Pro était une folie de plus, mais il faut avouer qu’il avait un certain génie pour retomber sur ses pattes, et arriver toujours à avancer... Ce qui est reprochable c’est de faire de ce "génie" un véritable Dieu. Hommage ou pas, faire une hagiographie plutôt que la biographie d’un homme génial est particulièrement louche, surtout venant d’une boite fondée par Tezuka lui-même, boite qui ne survie que grâce au mythe, et à la ferveur qu’elle met à entretenir la légende... Car c’est bel et bien une légende : Tezuka n’est pas un Dieu ! J’aimerais rajouter un passage qui à été coupé pour des raisons de cohérences et de fluidité, à propos de cette façon qu’a la Mushi Pro, et la société japonaise en général, à magnifier l’homme en sur-homme :

« Mais un autre aspect me dérange.

Cette biographie, ou plutôt cette hagiographie comme le dit si bien Xavier Guilbert dans un commentaire de sa chronique de la femme insecte, est une véritable apologie du surhomme. Il aurait été intéressant d’approfondir ses doutes, sa vie familiale (comment parvenir à être un mari et un père avec un tel planning !?), sa vision de l’acte créatif, son approche artistique... Non, au lieu de cela, la Tezuka Productions idéalise l’homme, le martèle de divin et consacre le mythe. Ceci me dérange tout particulièrement parce que la vision de Tezuka donnée ici tend à entretenir l’image de l’homme totalement dévoué à son travail, qui ne vie et n’existe qu’à travers celui-ci. Quand on sait que cette vision est celle du citoyen masculin adulte et père de famille idéal au japon, et que nombre de sociologues, artistes et penseurs en dénoncent les effets pervers (notes : les otakus et les hikikomoris en sont des symptomes, mais aussi le taux particulièrement élevé de suicide au japon. Je conseille d’ailleurs très fortement le film suicide club de Sion Sono, qui traite particulièrement bien de ce sujet sous ces airs de film hype.), on ne peux qu’être géné par une démarche qui rend fascinant une idéologie certes fondatrice de la société japonaise, mais qui en est devenu aujourd’hui l’un des principaux disfonctionnements. »

par Loïc Massaïa le 27 décembre 2009 | Répondre à ce message
>02
Osamu Tezuka - Biographie

Pour mieux comprendre ce qu’était l’individu Tezuka et non pas l’auteur, peut-être qu’il faudrait lire le livre qu’a écrit son épouse. Malheureusement pour moi, il est en japonais. Pour ma part, j’ai toujours pensé que Tezuka n’était pas très stable car son comportement dénote quand même une certaine dose de "folie".

Je trouve dommage, même si j’en comprends les raisons, la coupe effectuée et je te remercie, Loïc, de l’avoir rajoutée. Je n’ai effectivement pas pensé au côté "politiquement correct" de cette biographie qui, effectivement, glorifie cet aspect de la société japonaise. Or, il est vrai qu’il faut toujours avoir en esprit le côté "formateur social" des mangas quand on en lit.

par Hervb le 27 décembre 2009 | Répondre à ce message
>02
Osamu Tezuka - Biographie
A ce sujet, lire le point de vue D’HervB sur le forum mangaverse,ou encore dans Osamu Tezuka : dissection d’un "mythe", dans un article intitulé le "dieu du manga",
par kurilin le 27 décembre 2009 | Répondre à ce message
Osamu Tezuka - Biographie

Il est tout à fait légitime de remettre en question ce parti pris. Pour moi, j’insisterai plutôt sur l’hommage qui est rendu à Tezuka à travers cette œuvre, plutôt que d’insister toujours sur la notion de mythe, de dieu, ou de légende, relayé sans cesse à son propos. Tezuka a été, est et sera une référence pendant encore longtemps. En reprenant le style de l’auteur, et en faisant intervenir ses personnages, cette ouvrage s’apparente à une mise en abyme de l’oeuvre à l’intérieur de laquelle est mis en scène l’auteur-narrateur personnage. Cet exercice fait écho aux nombreuses apparitions de l’auteur dans ses ouvrages (Métropolis) pour souligner le lien intrinsèque entre la vie de l’auteur et son monde imaginaire. C’est en cela que j’apprécie le choix de la « bd », comme une biographie fictive et fantasmée, et non comme un ouvrage objectif et impartial. Cependant, j’ai l’impression tout de même que tu doutes de la réalité de certains éléments de la vie de l’auteur, notamment ici :

« Lorsqu’on lit ces pages, tout porte à croire que l’homme n’en était pas un. Il dessinait à une vitesse folle, travaillait tout le temps, ne dormait presque jamais (en tout et pour tout une à deux heures par nuit et par tranches d’à peine un quart d’heure), il est arrivé à poursuivre ses études de médecine en parallèle à la publication d’une dizaine de séries en même temps réalisées au rythme effréné que l’on sait, puis à réussir son concours de médecine et passa même un doctorat, monta un studio d’animation avec tout se que celà entraîne comme investissement de temps... Rajoutons à ça qu’il ambitionnait de voir 364 films au cinéma par an, soit un film par jour, ce qu’il arrivait parfois à réaliser ! »

Je trouve qu’au contraire, cet aspect de l’ouvrage souligne l’imaginaire omniprésent qui envahit progressivement la vie de l’auteur au détriment de sa carrière, de sa famille, de sa santé. Pourquoi vouloir à tout prix connaître les défauts, la sexualité, la part d’ombre d’un auteur ? Pour mieux comprendre le sens de son œuvre ? « Le contrat social » ne peut-il être lu qu’à la lueur d’un Rousseau ayant lâchement abandonné ses enfants ? Est-il si important de connaître le visage de Léopoldine pour lire Victor Hugo ? Bien évidemment non. Et là n’est pas le but de ce manga. Le choix des auteurs fut de privilégier l’aspect artistique et « génial » de la vie de l’auteur, et c’est tant mieux. En témoigne la dernière page des quatre tomes Pour ce qui est de son rapport aux éditeurs, Tezuka intègre un système éditorial lui préexistant et qu’il renforcera lui-même en devenant éditeur. Sa vision du neuvième art fut conditionné par cette « contrainte » à partir de laquelle il sut trouver tant d’audace et de liberté, comme en témoigne l’ensemble de son œuvre. Tu dis ensuite que la biographie excuse Tezuka d’être « irresponsable », et le poste suivant va jusqu’à le qualifier de « fou ». Bon, que dire ? Ne trouves tu pas le choix du vocabulaire un peu exagéré, surtout avoir critiqué l’aspect mélioratif de l’œuvre ? Pour moi, il faut être fou, (mais pas dans le sens péjoratif du terme), pour arriver à un tel travail. Tezuka a porté son œuvre sur ses épaules, au détriment de sa vie personnelle, parce qu’il se sentait investi d’une connaissance et d’un savoir faire, celle de transmettre des valeurs souvent foulées à nos pieds aujourd’hui, parce que considérées trop souvent comme acquises. Parler d’humanisme, de devoir, de bien ou de beauté, est-ce faire preuve de naïveté ? Je vous renvoie au contexte d’écriture de ces œuvres, afin de mieux comprendre le sens de son engagement : (le Japon détruit par la guerre en 1947 (Hiroshima, Nagasaki, reddition du Japon…). S’ensuivit une période d’accalmie, pendant laquelle Tezuka n’eut de cesse de prôner des valeurs universelles, et ce malgré les nombreux conflits qui agitèrent l’Asie et l’Occident : « le roi Léo » mène ainsi une réflexion sur la place de l’environnement, « Black jack » questionne le lecteur sur l’importance de la vie, « Phénix » sur la religion et la philosophie, et enfin « les trois Adolfs » sur l’endoctrinement et la guerre. Il n’eut de cesse de surcroît de brasser des oeuvres appartenant au patrimoine mondial : que l’on songe à « Nanairo Inko », par exemple. Tezuka toucha à tous les genres, tous les publics, tout en sachant critiquer la société dans laquelle il s’inscrivait (Ayako). De ce fait, cessons de le considérer comme un Dieu ou un fou, mais plutôt comme la figure d’un homme engagé, tenant d’une tradition humaniste fragile et essentielle (relire à ce sujet le post de Hervb). Et puis, si vous commencez à penser un scénario, un récit, ou une autre œuvre, vous devez savoir combien cela vous omnibule, vous obsède. L’œuvre s’imprègne en vous, se nourrit de vos connaissances, de vos lectures, de votre temps, et de ce qui vous entoure. Ecrire une œuvre est un acte de foi, de courage et d’engagement, telle est ma façon de voir les choses. Tezuka n’était pas un Dieu ou une légende, et pourtant la plupart de nos rédactions éditoriales n’ont de cesse de reprendre cette expression à bon compte. Hommage ou pas, nous avons donc bien à faire à une hagiographie ou à une biographie fictive, qu’il convient d’apprécier dans son genre et dans sa forme. Quant à l’apologie du surhomme, vanter les valeurs du mérite et du courage en soutien à l’Imagination confrontée à la censure, au sarcasme et au matérialisme de nos sociétés, est pour moi essentiel, comme l’était la révolution de 1968. Tezuka Productionsne déifie pas l’homme, il décrit son labeur, il ne consacre pas la légende, il personnifie celui que l’histoire et les critiques ont érigés en mythe. Quant à cette vision de l’homme japonais voué à son entreprise corps et âme, s’il est facile de critiquer la société d’hier, il n’est pas toujours aisé de s’élever dans une société qui impose son propre rythme et ses propres dogmes ( comme aujourd’hui le « travailler plus pour gagner plus », ou quand le mérite au travail est dissocié de l’épanouissement personnel) (Nb : à propos du suicide au japon, je te conseille aussi la lecture du cercle du suicide de Furuya). Cette biographie montre un homme résolu à faire ses propres choix, dans l’abnégation à son travail et le sacrifice de sa personne, et ce dans une société matérialiste et sclérosée. Pour moi, cet ouvrage représente donc exactement le contraire de cette « vision est du citoyen masculin adulte et père de famille idéal au japon, et dont nombre de sociologues, artistes et penseurs en dénoncent les effets pervers ». Je tiens pour finir à ajouter qu’en dépit du formalisme inhérent à la culture manga, la société japonaise fut l’une des premières à considérer ce type de production comme un art à part entière ou « quand tu allais, j’y retournais ! »

Nb : il faudrait accorder aussi un temps à la réception de l’œuvre par le public, au-delà de l’analyse et du jugement de certains critiques. NB : j’avais ajouté un post concernant l’essai consacré sur Tezuka par les éditions H, mais qui n’apparaît pas à la suite de mes messages NB : même si ces post vous semblent pétris de contradictions ou de topos inutiles, j’aurai au moins essayé de transmettre ma passion pour cette auteur en y consacrant un peu de mon temps (et je remercie encore à Tezuka Production de m’avoir fait découvrir un artiste souvent considéré comme archaïque et dépassé). Je remercie enfin loïc d’avoir su entretenir le dialogue, et ce malgré l’interruption de quelques posts tempétueux. J’ai dit ce que je pensais du propos de HervB,(que je considère comme un « troll » visant à créer une polémique parmi les participants)) et ne reviendrais pas dessus. J’espère que parmi vous, d’autres lecteurs, après la lecture de cette bd, trouveront la volonté de découvrir l’œuvre de Tezuka au charme certes désuet, mais (et je persiste et je signe) à la vertu instauratrice et de portée universelle !

Sayonâra,

par kurilin le 27 décembre 2009 | Répondre à ce message
>02
Osamu Tezuka - Biographie

Votre intervention est intéressante, car passionnée, et je dois avouer que comme vous, cette biographie dessinée m’a donnée envie de retenter de lire Tezuka (avec qui, je le redis, j’ai du mal). Bien que je n’ai toujours pas réussit à trouver du plaisir avec les livres de cet auteur (j’ai essayé Blackjack, l’enfant aux trois yeux, les 3 Adolfs, Metropolis, Vampires, Astro Boy, Kaos...), la biographie dessinée donne vraiment envie de découvrir, et ça c’est bien (même si quelque part ca peut sonner comme une sorte de marketing de la part de Tezuka Pro). Je ne renie pas l’intérêt de cette biographie dessinée, je tique juste sur certains aspects qui m’ont dérangés. Le fait que Tezuka avait du génie est indéniable, je ne le remet pas en cause, je trouve juste, avec cette phrase que vous citez de mon texte, que Tezuka Pro se limite à cet aspect du bonhomme, et que non seulement je trouve ca dommage, mais que ca rend vraiment Tezuka Osamu sur-humain, ce qu’il n’était évidemment pas. Du coup comment "croire" en cette biographie (pas dans le sens ou ce qu’elle dit est faux, mais plutot dans le sens ou elle nous masque de manière flagrante certains aspects de l’homme) ? Rajoutons que je ne suis absolument pas d’accord avec votre argument selon lequel Tezuka Osamu serait l’anti-thèse de la vision japonaise du travailleur et père de famille idéal. Au japon, traditionnellement, le père de famille travaille pour nourrir sa famille, il doit sacrifier sa vie à celle des autres : sa famille, il passe peu de temps avec elle mais il la loge et la nourrit, et les autres citoyens auquel il apporte des services... C’est une vision totalement holistique, alors que la société japonaise depuis l’après guerre tend à aller vers l’individualisme, tout comme nos sociétés occidentales. Le cercle du suicide parle effectivement de ça (c’est un manga qui complète le roman et les deux films de Sono Sion intitulés Suicide Club. A propos des problèmes familiaux au japon, Suicide Club 0 : Noriko’s Diner est à voir absolument). Tezuka est au contraire montré ainsi par la Tezuka Pro : Il ne passe quasiment pas de temps avec sa famille car il semble totalement dévoué a son travail, même quand sa santé est chancelante (notons que sa vocation de médecin était aussi dans cette optique : apporter aux gens ! Ca fait partie du bonhomme...) Je ne critique pas Tezuka pour celà, l’humanisme, le sacrifice de soi envers autrui, et la volonté d’apporter du réconfort sont des vertues ! Le problème est plutôt qu’il le fait au détriment de sa famille, et qu’une société ne peux être composée que d’êtres ainsi vertueux sans amener divers dysfonctionnements, lié à la négation de l’individu au profit de la collectivité. Ce qui est particulièrement gênant pour moi, c’est surtout comment la Tezuka Pro érige une telle attitude comme un modèle à suivre, et parvient même à le rendre fascinant ! Il y a un côté totalement réactionnaire dans cette biographie, ce qui est assez gênant.

Sinon, vos exemples avec Rousseau et Hugo sont mauvais, vous citez des oeuvres d’auteurs, et non des biographies. Les oeuvres de Tezuka peuvent très bien se passer d’une connaissance plus profondeur de leur auteur. Par contre, une biographie ne peux se passer d’une connaissance approfondie de son sujet. On a pas besoin de lire une biographie pour capter le message, la philosophie d’un auteur. Par contre si on fait la démarche de lire une biographie c’est pour en savoir plus sur l’homme, et pourquoi pas faire un lien avec ses oeuvres, mais c’est secondaire. Ici la Tezuka Pro ne nous apprend pas grand chose de plus sur l’homme que ce que la "légende" nous dit déjà. D’où cette idée que cette biographie n’a qu’un seul but : entretenir le mythe ! Pour quelles raisons ? Si la Tezuka Pro cherche bien à honorer la mémoire de son créateur, elle force tellement le trait en posant Tezuka Osamu comme un Dieu (cette dernière image que vous citez ressemble plus à une scène de culte qu’à un simple hommage) que la démarche semble exagérée. Je me pose donc la question d’une éventuelle autre motivation de leur part, et il apparait évident qu’entretenir le mythe permet non seulement de perpétuer son oeuvre sous forme de rééditions ou d’adaptations animées par ex (en celà c’est bien un hommage), mais également celà entretient l’entreprise, qui coulerait bel et bien si Tezuka était oublié... En celà la biographie de la Tezuka Pro ne pouvait pas être objective (même si on ne peux jamais vraiment considérer une oeuvre comme étant objective...)car il y a trop d’enjeu dans l’image de Tezuka qui dépassent le simple respect de sa mémoire.

par Loïc Massaïa le 28 décembre 2009 | Répondre à ce message
#03
Osamu Tezuka - Biographie
Une petite précision par rapport à l’hagiographie de Tezuka. Il faut savoir (ou ne pas oublier) que les japonais, n’ont pas la même notion que nous de la critique aussi bien dans la presse que dans les livres. Internet est d’ailleurs un peu en train de bousculer tout ça avec 2ch et les blogs. Donc indépendamment du fait que ces livres sortent de chez Tezuka Prod, il y a fort à parier que vous ne trouverez pas beaucoup plus grinçant ailleurs, au Japon. Par contre, Frederick L. Schodt, pourtant ami avec Tezuka, est déjà un peu plus mordant et objectif dans ses textes sur le mangaka. Après, avec un peu de recul, le meilleur critique sur Tezuka reste Tezuka lui-même. Il suffit de lire ses postface pour se faire une opinion du personnage. Celle de Dororo est éloquente : faire une série par jalousie du succès du voisin et l’arrêter abruptement sans aucun respect pour ses lecteurs juste parce qu’il en a eu assez, ça me laisse sans voix.
par Seb le 27 décembre 2009 | Répondre à ce message
SITES OFFICIELS
BRÈVES
D’ici de là-bas
25 janvier 2012
A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Neuf
4 décembre 2011
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Tirer un trait/Tisser des liens
4 novembre 2011
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.
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