Extrait de "Fred, l’histoire d’un conteur éclectique"
Fred, l’histoire d’un conteur éclectique
Hum. Depuis l’ouvrage de Numa Sadoul sur Hergé, beaucoup de monographies sur un auteur de bande dessinée reprennent le principe d’un long entretien associé à quelques documents et/ou archives. Ce livre n’échappe pas à cette règle de plus en plus implicite en neuvième chose.
Si le maître belge affirmait que Tintin c’est lui ou quasi, Fred affirme le contraire avec son personnage Philémon, et ce de manière d’autant plus appuyée que Marie-Ange Guillaume, qui a recueilli et rédigé les textes de ce livre, s’efface au profit du personnage pour poser les questions au dessinateur.
Pourquoi ce jeu peut-être littéraire, peut-être poétique d’un Philémon interrogeant son auteur ? Parce que c’est amusant ? Euh. Oui, certes, mais aussi rapidement lassant et surtout apparaissant comme le meilleur moyen d’éviter des questions d’humains et non de personnages. On me dira que, peut-être, la fiction de ce personnage fait mieux apparaître une biographie plus surprenante que la fiction, surtout quand Fred évoque le parcours de ses parents, au début du XXe siècle, pour venir en France.
Hum. Reste que même si la filiation d’Othon Aristidès côtoie les affres de l’Histoire, sa vie elle-même n’est pas moins une aventure que celle de monsieur tout le monde et que c’est moins comme fiction que comme rapport aux fictions qu’elle a produites qu’elle nous intéresse. Pour les lecteurs, cette façon de faire a plus des allures de fuite d’une auteure trop proche de son interrogé, n’osant questionner un dessinateur connu pour être très pudique et fuyant l’analyse sous toutes ses formes. Les questions restent aussi (ou conséquemment) approximatives car peut-être allant de soi pour les deux. Rien d’aussi précis que ce qu’ont pu faire un Numa Sadoul avec Hergé et Moebius[1] ou un Dominique Petitfaux avec Pratt. Peu de choses pour éclairer d’un autre jour les aventures de Philémon, quasi rien sur l’usage du dessinateur des gravures du XIXe siècle ou du début du XXe siècle, rien sur les tentatives d’auto-édition de Fred, etc.
Ce livre enchantera évidement par défaut, puisqu’il arrive dans un désert total d’ouvrages sur l’architecte du château suspendu à rien. Il apparaîtra tout de même extrêmement décevant à de nombreux lecteurs, pour ne pas dire frisant l’arnaque vu son prix (30€ !). L’entretien n’est pas si long que ça,[2] il est plein d’erreurs parfois incroyablement grossières,[3] il est gonflé par beaucoup d’extraits d’albums connus et souvent disponibles, d’hommages/dédicaces à l’œuvre de Fred très convenues,[4] et les documents les plus intéressants sont souvent sans sources, ni dates. Ajoutons qu’il n’y ni sommaire, ni index, ni chronologie, aucune bibliographie digne de ce nom, bref, toutes ces petites choses non superflues qui font d’un livre autre chose qu’un objet qui s’achète et se range pour blinder une étagère à regarder béatement d’un œil humide par le devoir d’achat accompli.
On finit alors par se demander si ce livre n’est pas autre chose qu’un ouvrage promotionnel mal ficelé de l’œuvre de Fred, pour mieux mettre en avant par exemple les très médiocres intégrales de la série Philémon que l’éditeur sort fortuitement au même moment. Dire que ce livre manque aussi totalement d’imagination pour parler d’un maître de l’imaginaire et que cela est un comble serait certainement de trop. Oui, vraiment et forcément de trop, à se faire traiter d’incrédule ou de critikacouatique.
Notes
- Mais aussi Tardi, Uderzo, etc.
- Environ 65 pages sur les 224 du livre, et sur ces 65 pages plus de la moitié ont une image qui divise par deux la présence du texte.
- p. 156, Le Journal de Jules Renard lu par Fred aurait été initié pour le journal Le jour en 1992… alors que c’était pour Le matin de Paris, une dizaine d’année plus tôt. L’album lui-même a été publié par Flammarion en 1988. Que Fred mélange les dates, pourquoi pas. L’auteure de ce livre et l’éditeur peuvent par contre faire leur boulot et vérifier certaines informations. C’est ce qu’on appel le respect des lecteurs.
- 20 pages, et par des dessinateurs principalement de chez Dargaud.
l’autre bande dessinée

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