Eiland 5 de Tobias Schalken & Stephan van Dinther
En français Publié chez FRMK
Chroniqué par Jessie Bi en novembre 2010

En couverture ce serait un archipel. Un « il », deux « elle » sur un bleu turquoise comme on s’imagine les mers du sud. Justement, ce « il » à côté d’elles paraît voler de ses propres ailes, et flotte d’une autre manière que le semblent les îles, [1] apparaissant au loin sur l’horizon. « Il » n’a pas pied sur ce socle immergé servant de piédestal/chez soi aux deux « elles » souriantes et idéales. « Il » est dans la matière picturale, brut, brossé plutôt que peint, au bord de l’opacité définitive du mélange additif et de l’informe. « Il » est renversé comme un mirage, mais ne serait pas renversant puisqu’« il » les fait pouffer. La mère, la fille, toutes en éclats de rire et de soleil, oscilleraient entre « Arrête de faire l’idiot chéri » et « C’est quoi ce drôle de truc maman ».

Si « pour elle rien ne change vraiment », « Elle comprend qu’un homme parfois devient ce qu’il prétend être, et parfois, à sa propre surprise, découvre qui il est vraiment ». [2] Sur une île, la mère comprendrait donc qu’« il » se serait découvert devant « elles ».

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Mais qui est ce « il » ? L’auteur ? Non, ils sont deux, certes du genre masculin, mais « il » n’est pas double.
Tobias Schalken, Stefan Van Dinther, deux auteurs complets moins hommes qu’humains dans une « Eiland », une île, qu’ils transforment en point flottant sur le flux du monde. Un à-côté au temps, idéal, mais différent de celui qu’affichent des figures publicitaires désuètes et d’une autre époque. Un à-côté dans l’idéalité intemporelle de ce qui constamment se pense, se dit et/ou se dessine. Ce ne serait pas une île à explorer, mais l’inverse, une île qui explorerait ce qui l’entoure. Un point de départ sur l’océan, faisant perspective d’une parallèle et d’un méridien qui s’y croisent exactement. De leur plateforme d’observation sur ces ondes du monde, les deux iliens en démontent certains faits qu’elles contiennent et qui sont décrétés ou se décrètent idéaux. Le langage, l’économie, le sentiment amoureux, l’architecture, des choses de la neuvième chose, etc. tout cela et bien d’autres sont vues de là-bas par deux regards croisés.

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Mais alors ce « il » ? Qui est-il ? « Il » serait cette matière à réflexion, de ce reflet de nous même sans duplicité renvoyé tel quel par la surface agitée du flux qui nous entoure. Nous sommes tous isolés [3] et s’entourer d’un décrété idéal nous isolerait encore plus, empêcherait de nous voir au monde qui nous entoure.

Le tour de force serait là, parler de ce qui isole idéalement à partit d’une île comme figure idéale de l’isolement. S’isoler du monde humain et ses artifices pour mieux le voir, le dire et le montrer à ce qu’il appartient, et in fine nous voir nous même. Une cinquième émergence d’un archipel (volcanisme), une mise en revue d’une multitude de travaux de deux auteurs comme autant d’incorrections de regard pour toujours revoir, revoir enfin peut-être, faire de la blancheur d’un sourire publicitaire un rire jaune, mise à jour, gauchie par une immédiate obsolescence.

[1] « Eiland » signifie « île ».

[2] Phrase du quatrième de couverture, peut-être la légende de la couverture : « (Pour elle rien ne change vraiment.) Mais elle comprend qu’un homme parfois devient ce qu’il prétend être, et parfois, à sa propre surprise, découvre qui il est vraiment. »

[3] Les mots « isoler », « isolement » dérivent du mot île.

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