Nekomura-san t.1 de Hoshi Yoriko
En français Nekomura-san t.1, publié chez Dargaud (Kana)
Dans une langue exotique Kyô no Nekomura-san, publié chez Magazinehouse
Chroniqué par Jessie Bi en novembre 2008

Madame Nekomura est une chatte, qui affiche un caractère exactement opposé à ce que sa condition de félin suggérerait. Elle est serviable, empathique, travailleuse et affirme sa domesticité non en animal de compagnie, mais en temps que chatte de ménage.
Elle excelle à ce point dans cet emploi, qu’elle saura convaincre Madame Murata, qui tient une sorte d’agence d’intérim et foyer pour femmes de ménages, de l’accepter dans son petit commerce. Madame Nekomura y trouvera sa place, sera rapidement indispensable et, de part la qualité de ses services, sera dépêchée chez la riche famille Inugami comme employée de maison.

Cette famille est justement en phase critique, dans ce grand classique où les enfants adolescents [1] font leur crise et renvoient leurs parents à eux-mêmes, au propre comme au figuré. [2] Madame Nekomura se met alors en tête de résoudre ces problèmes à la manière d’une sorte de « super Nanny ». Mais à sa débauche de gentillesse et de conseils, elle reçoit généralement une fin de non-recevoir plus ou moins cordiale, comme si l’imaginaire avait ici plus de réalité que l’imaginaire des télés dites « réalités ».

Même si Nekomura persiste en se rendant indispensable et en jouant sur l’attrait de sa cuisine, la famille Igumi semble traîner un secret qui plombe ses relations intérieures, et se matérialise par une pièce reculée où notre chatte de ménage a expressément été informée de ne pas mettre les pattes. Que recèle cette pièce ? Un chien, qui semble y aboyer régulièrement ? Une vieille dame aux allures de fantôme, voire peut-être un fantôme ?
La fin de ce premier volume [3] ne répondra pas à ces questions tout en soulevant bien d’autres.

On saura peu de chose de Madame Nekomura. Séparée de sa mère très jeune comme bien des chats, son grand traumatisme reste pourtant la séparation d’avec son « jeune maître », son précédent propriétaire où sa domesticité semblait déjà s’étendre à celle d’employée de maison, voire de gouvernante. Ce jeune garçon ayant déménagé sans qu’elle ait pu faire partie des bagages, sa grande ambition sera de le rejoindre un jour en travaillant dur pour y arriver.
Un des attraits majeur de ce livre tient à cette condition de chatte de ménage sui generis, aporie qui fini par être acceptée après avoir initié la lecture. L’animalité de Madame Nekomura ne s’explique pas par une identité totémique littérale et il faut donc l’accepter comme tout le monde l’accepte dans cet univers.

Les autres éléments particulièrement intéressants de cet album sont la structure feuilletonesque de l’histoire et les qualités graphiques remarquables des images.
Le premier point semble venir de la publication initiale de cette bande dessinée sous forme de « webmanga » [4] au rythme d’une case par jour. [5] C’est moins dans la structure du récit, la recherche d’une chute (qui aurait dû être ici à chaque case), que dans les particularités et les rythmes des dialogues que cela se ressent. De ce que l’on peut en déduire, Hoshi Yoriko ne semble pas faire de sa publication d’une case quotidienne une fin en soi, une sorte de strip d’une case, mais un élément de plus (qui peut être très dialogué, comme purement graphique et alors dans une autre forme de dialogue) d’une construction plus vaste, elle-même partiellement en devenir. C’est en cela que l’aspect feuilletonesque se décèle, et si ce n’est évidement pas nouveau dans l’histoire de la bande dessinée, le fait que cela se fasse case par case reste à ma connaissance relativement inédit et original. [6]
Le deuxième et dernier point est ce graphisme cultivant un minimalisme sensible, essentiel et pointu, où l’auteure arrive avec dextérité à brosser la psychologie d’un personnage en quelques traits. Le portrait de Madame Murata est, par exemple, emblématique de ce savoir-faire et de cette économie. Un travail d’une fausse naïveté, très observateur, qui rejoint celui du scénario, où, en filigrane, derrière un univers « trop mignon » et de par la fonction officielle de Madame Nekomura, tout un aspect social et de changement de mœurs du Japon contemporain émerge. Cette chatte n’est pas une Bécassine moderne. Les goûts esthétiques de Madame Nekomura ne sont pas une marque de béotisme, mais bien plutôt d’idéalisme peut-être critiquable parce qu’à l’eau de rose, plus certainement enviable parce qu’indice d’une générosité et d’un dévouement vital semblant aujourd’hui se faire rare, et pas uniquement au sein de la société japonaise.

[1] Ici un fille collégienne qui sort peu de sa chambre et y invite une bande de garçons, et un fils qui traîne à la Fac sous des prétextes restant encore obscurs.

[2] Monsieur tout à son travail, Madame tout à sa logique de femme-objet au foyer de moins en moins attrayante.

[3] Nekomura-san est une série actuellement composée de trois volumes au Japon.

[4] D’abord sur le site @NetHome en 2003, et depuis 2006 sur un site dédié accessible par inscription. Notons que cette publication de par son succès a conditionné sa publication sous forme de livre qui a touché plus d’un million de lecteurs/lectrices.

[5] La publication en manga met deux cases par page.

[6] Nous noterons aussi que cet aspect feuilletonesque est mis en abîme par les scènes où Madame Nekomura évoque et regarde un feuilleton sentimental à la télé (un autre écran). Un moyen aussi de montrer ce qui distingue les deux univers, et d’accentuer l’aspect « vie au quotidien », « madame tout-le-monde » de cette chatte de ménage pourtant fondamentalement « extra ordinaire ».

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Ah oui, et puis sinon, il paraît qu’il y a aussi quelque chose au Palais de Chaillot jusqu’au 28 novembre... alors bonne(s) visite(s).
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