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| (c) Jochen Gerner | ||
Ces derniers temps, j’avoue que le feuilleton du numérique commençait un peu à m’ennuyer. La première saison, placée sous le signe de l’enthousiasme, ne m’avait pas vraiment convaincu — l’intrigue n’avançait pas trop, et les grands sourires des personnages principaux, les éditeurs, finissaient par sonner un peu creux. Bref, c’est un peu dubitatif que j’avais suivi, de loin, le début d’une seconde saison qui semblait s’annoncer sous les mêmes auspices — et ce, jusqu’à ce qu’apparaissent de nouveaux personnages, les auteurs. Et là, soudainement, le rythme changea du tout au tout: adieu la chronique plan-plan et les discours bien rôdés, place aux grands mouvements, aux déclarations passionnées et aux affrontements dramatiques. Certes, depuis le moment fort de la mobilisation à la veille du Salon du Livre, il y a à peine deux mois, l’intensité est un peu retombée. Et très franchement, je ne me voyais pas me pencher sur les derniers rebondissements, si le MOTif (observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France) n’était arrivé sur scène ces derniers jours.
Ce n’est pas un coup de théâtre à proprement parler. Mais, pour le spectateur un peu distant qui considère toute cette agitation sans vraiment avoir à sa disposition tous les tenants et les aboutissants, l’arrivée de ce protagoniste mineur permet de comprendre un peu mieux et de savoir à quoi s’en tenir. Car, dans un contexte de négociations visiblement épineuses, et d’enjeux financiers supposément considérables, il faut bien reconnaître que nous, spectateurs, manquons cruellement de repères.
La pièce à conviction est donc là, une étude intitulée «Le coût d’un livre numérique», et commandée à Aldus Conseils en avril dernier. 36 pages portant sur l’ensemble de l’industrie du livre, donc, mais qui touchent également à la bande dessinée. 36 pages qui détaillent, chiffrent, estiment et comptabilisent. D’un côté, le coût d’un livre numérique; et de l’autre, la répartition de la rémunération pour chacun des acteurs.
Certes, la première partie est intéressante, même si elle manque malheureusement de mise en perspective par rapport aux coûts d’un livre papier. Ce que l’on en retiendra surtout, c’est finalement le faible coût de la numérisation d’un livre existant, et par conséquent une rentabilité quasi immédiate. Jusque là, rien de très nouveau — après tout, tout le monde s’accorde sur le fait que le numérique est le marché de demain, un marché chargé de promesses et de profits.
Non, c’est très certainement la question de la répartition de ces profits (détaillée dans le tableau de la page 33) qui se révèle être la plus éclairante. A première vue, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. On pourrait presque s’interroger sur les raisons de la mobilisation des auteurs, au vu de ce tableau: même si le taux de 15% pour les droits d’auteurs sur le numérique est une «base de travail» pour plusieurs éditeurs, comme le rapporte l’auteur de l’étude, leur position semble tout à fait raisonnable. Au contraire — alors que la rémunération des éditeurs reste inscrite autour des 35%-40%, comme pour le papier, celle des auteurs passerait de 8% (papier) à 15% (numérique). Franchement, de quoi pourraient-ils se plaindre?
Sauf qu’il y a anguille sous roche. Car les 36% de revenu éditeur calculés par la Direction du Livre englobent 15% de coût de fabrication. Des coûts de fabrication qui, pour le numérique, sont totalement marginaux [1] — comme on vient de le voir tout au long des trente premières pages de cette étude. Et cela change tout. Il suffit, pour s’en convaincre, de prendre un exemple concret et d’observer qui gagne quoi. Dont acte.
| Répartition des revenus | Prix TTC | Auteur | Editeur | Autres |
|---|---|---|---|---|
| Sur papier | 9,80€ | 0,74€ | 1,95€ | 5,20€ |
| Sur site e-commerce | 4,99€ | 0,63€ | 1,46€ | 2,08€ |
| Sur Amazon/Apple | 4,99€ | 0,63€ | 2,29€ | 1,25€ |
| Sur plate-forme éditeur | 4,99€ | 0,63€ | 3,42€ | 0,13€ |
Le calcul est simple: entre l’album papier, et la bande dessinée numérique vendue sur plate-forme éditeur, l’auteur fait face à une baisse de 8,5% de ses revenus, alors que l’éditeur voit sa marge nette (hors coûts de fabrication, donc) augmenter de 75%. On comprend désormais mieux le volontarisme dont fait preuve le groupe Média Participations, qui a lancé sa plateforme Izneo lors du dernier Salon du Livre. Certes, l’investissement initial est sans doute conséquent — mais le jeu en vaut la chandelle. [2]
D’ailleurs, début mars, le directeur général du Lombard s’adressait ainsi aux auteurs publiés par sa maison d’édition [3]: «Il est indispensable de donner une valeur à nos contenus numériques (notamment sur Internet où règne la gratuité) sous peine de déprécier rapidement vos albums.» Valoriser nos contenus, ou déprécier vos albums — on appréciera la subtile nuance sémantique. Un peu plus loin, on pouvait encore lire: «Nous sommes heureux de vous annoncer que certains de vos albums seront disponibles dans l’offre de départ, et vos éditeurs vous ont déjà informés ou s’apprêtent à le faire.». Désignés volontaires, en quelque sorte.
Depuis, en vitrine, le discours est mieux rôdé, et vise à se faire rassurant dans un contexte plutôt agité. Ainsi, Amélie Rétorré, directrice de développement chez Izneo, indiquait dans un article du Soir:«Tous les titres présents sur la plate-forme ont fait l’objet d’un accord préalable avec chaque auteur. Une fois la TVA décomptée, les éditeurs et les auteurs se partagent le prix de la location de l’album.»
Alors? Les éditeurs sont-ils sincères? Les auteurs ont-ils raison de s’inquiéter? Réussiront-ils à régler leurs problèmes d’argent? Le Ministère de la Culture pourra-t-il les réconcilier? Et avec toutes ces conjectures, ai-je fait fausse route? Le mystère reste entier — en attendant la suite du feuilleton...
Les sorties de Mai 2010
Cäät - Paf le piaf - Diantre !
Chihoi & Hung Hung - Le Train - Atrabile, collection Sang
José Correa - Rimbaud brothers - Alain Beaulet, collection Les Petits Carnets
*Démoniak - 4. Cursus Amor - Frémok, collection Flore
Roope Eronen - El ’a’imi’a (Animals) - Boing Being
Sylvie Fontaine - Sous le manteau - Tanibis
Pascal Girard - Jimmy et le Bigfoor - La Pastèque
Ludwick Hernandez - Bessam et Mucho - Diantre !
Lionel Koechlin - Le football punk - Alain Beaulet, collection Les Petits Carnets
Jean-Christophe Long & Vincent Tholomé - Photomatons 10.09 - Frémok, collection Flore
Rémi Lucas - Mouton - Flblb
Lucas Méthé - L’apprenti - ego comme x
Mizuki Shigeru - Mic Mac en Enfer - Cornélius
Paulette P. - Dead End - Flblb
Aapo Rapi - Naaburger (Neighburger) - Boing Being
Nadia Raviscioni - Vent frais vent du matin - Atrabile, collection Flegme
Carol Swain - Foodboy - Editions çà et là
Rui Tenreiro - La Célébration - La Pastèque
Collectifs
Knitting Dolls - Frémok
Les nouveaux Pieds Nickelés - Onapratut
Revanche - Employé du Moi
Revues
Lapin n°42 - L’Association
Requiescat in Pace
- Frank Frazetta (82 ans), illustrateur emblématique de fantasy et de science-fiction, après un passage dans la bande dessinée durant les années 50.
Big in Japan
Pendant ce temps-là, de l’autre côté du globe, ont été décernés les 34èmes Annual Kodansha Manga Awards, ainsi que les 39èmes Japan Cartoonist Awards.
Au choix: du côté de Kodansha, c’est Giant Killing, un manga de football publié dans Morning qui raffle la mise, alors que la Japan Cartoonist Association a préféré Shinya Shokudô, dans lequel on découvre la vie des employés d’une mystérieuse cafétéria à Tokyo, qui n’ouvre qu’à minuit.
[1] L’étude indique un coût moyen autour de 1000€ pour la version «de luxe» d’une bande dessinée avec éléments multimédias ajoutés.
[2] Notons que la formule actuellement choisie par Izneo est celle d’une location de 10 jours, tarifée à 1,99€. Avec la répartition ci-dessus, l’auteur recevrait 0,25€ à mettre en perspective avec les 1,35€ perçus par l’éditeur.
[3] Dans un courrier qui m’a été communiqué.
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#01
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Pour préciser la position du Groupement des auteurs de BD du SNAC (Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs), notre inquiétude vient du fait qu’on nous propose en réalité le même pourcentage sur le livre numérique que sur le livre papier et non une augmentation de 8 à 15%. C’est ce qui était prévu au départ mais finalement, nos éditeurs considèrent qu’un livre est un livre, qu’il soit numérique ou non, et donc, les mêmes conditions contractuelles doivent être appliquées. Or, 8% de droits d’auteur sur un livre vendu 11 euros et 8% sur un livre vendu entre 1,99 et 4,99 euros, ce n’est pas la même chose. Des éditeurs nous disent qu’il faut voir les revenus du livre numérique comme un complément aux revenus du livre papier, mais quel éditeur pourrait aujourd’hui, nous garantir que dans les prochaines années, le livre numérique ne va pas remplacer le livre papier ? Et si le livre numérique remplace le livre papier, aucun éditeur ne peut garantir que sous sa forme numérique, nos albums se vendront deux à trois fois plus ! Donc, la possibilité de voir nos revenus divisés par deux ou trois dans les prochaines années existe. On ne peut pas accepter de signer ces contrats numériques simplement parce que certains jouent les voyantes en nous affirmant qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter parce que la BD papier ne disparaîtra jamais, que la BD numérique ne sera qu’une offre de complément !!! Qui peut affirmer une chose pareille ? De simples convictions, croyances ou suppositions ne sont pas des garanties suffisantes. C’est pour cela que, parmi d’autres revendications, nous demandons à ce que les auteurs touchent la même somme sur la vente de leurs albums, que ce soit sous leur forme papier ou sous leur forme numérique.
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par Olivier Jouvray le 20 May 2010
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>01
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Ça me semble logique. D’autant plus que le livre numérique finira par être piraté, et là, il n’y aura plus du tout de revenu ...
L’avantage d’une plateforme électronique permettant de faire un maximum d’économie sur l’impression, le stockage, la distribution, il me semble évident que la maison d’édition doit baisser sa part.
par WiBz le 20 May 2010
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#02
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par Tony le 22 May 2010
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A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.