Les Yeux à Vif de Adrian Tomine
En français Les Yeux à Vif, publié chez Delcourt (Contrebande)
En anglais Sleepwalk and Other Stories, publié chez Drawn & Quarterly
Chroniqué par François Boyer, Xavier Guilbert, Yvan Capowiez en août 1997

Passons sur le titre. C’est très certainement la chose la moins réussie de ce recueil. Passons également sur les jolies couleurs de la couverture, avec son ciel bleu Hollywood. A l’intérieur, il n’y a que des pages noir et blanc — et surtout noires.

Douze histoires. Douze tranches de vie, parfum doux-amer. De son style un peu anguleux, un peu farouche, Adrian Tomine nous cisèle de petits drames, de ceux dont on ne parle que rarement : ces douleurs sourdes que l’on apprivoise avec le temps, ce mal-être que l’on ne s’avoue jamais, ces petites peurs et ces grandes inquiétudes d’une vie en mal de contact humain ...
De ce livre, il faut écouter les silences.

Aux artifices faciles, à la débauche de verbe ou d’images fortes, Adrian Tomine préfère la justesse et la subtilité d’une narration en ellipse, légère et sensible. Ici, la douleur est toujours hors-champ ; que ce soit dans la plus courte de ces histoires — l’une des plus terribles, dans la brutalité de son unique page — ou dans celles, plus lentes, qui accompagnent plus longuement ces non-héros qui nous ressemblent.

Et c’est certainement cela qui fait toute la force de ce livre : cette ressemblance, cette proximité, cette sympathie (dans le sens premier du terme, « souffrir avec ») que l’on ressent à la lecture. On se retrouve dans ces histoires, on reconnaît l’écho de l’une de ses expériences inavouées ... et l’on a à nouveau le coeur serré.

[XaV]

Publié précédemment par Drawn & Quarterly, l’univers d’Adrian Tomine nous est familier. Non seulement par ses décors et ses personnages qui prennent pour cadre notre vie de tous les jours, mais aussi, point essentiel, par les travers psychologiques dont il dote ses acteurs. Chaque jour, la vie nous réserve des surprises. Un drame quotidien ou occasionnel, un accident, une agression, ou une simple incartade à la routine quotidienne. Comment y réagissons-nous ? Nous ne savons pas, nous n’y faisons pas attention, car nous n’y sommes pas préparés.
Adrian Tomine met en place ces différentes situations, et nous fait pénétrer dans l’intimité du ressenti de ses personnages. Et quelquefois, selon le vécu de chacun, l’on s’aperçoit que leurs pensées sont les nôtres. Que sans avoir vécu ces situations, nous pouvons faire le parallèle avec des émotions que l’on connaît, mais que l’on ne prend pas le temps d’analyser.

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Tomine maîtrise un dessin assez commun au premier abord qui devient extrêmement riche à la lecture tant l’adéquation entre le texte (très souvent off) et les images (dont les visages ne dévoilent leur expressivité qu’à la lecture) est parfaite.
Tomine alterne entre des récits très courts et d’autres beaucoup plus longs où l’intensité narrative peut paraître faible mais où l’intensité psychologique est fantastique.

Après la lecture de ce petit chef d’oeuvre, on peut rechercher à faire des parallèles avec des auteurs francophones. Pour les ambiances Sylvain Victor, pour le dessin et les thèmes Fabrice Néaud ou Laure Del Pinto peuvent s’en rapprocher. Si Tomine était français, il serait publié dans Ego comme X (meilleur collectif du moment).

Les yeux à vif d’Adrian Tomine, est un voyage déroutant dans notre vie de tous les jours. Il y met en exergue les situations et les sentiments les plus difficiles à vivre. Ceux que l’on veut oublier, ceux que l’on ne souhaite jamais vivre ... Merci pour la balade.

[François & Yvan]

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32 Stories de Adrian Tomine
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Ah oui, et puis sinon, il paraît qu’il y a aussi quelque chose au Palais de Chaillot jusqu’au 28 novembre... alors bonne(s) visite(s).
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