Nocturne

de

Avez-vous écouté le dernier album de Pascal Blanchet ? Comme pour ses œuvres précédentes, la musique est à la base de la construction narrative de Nocturne. Cette fois-ci, ce sont les voix qui forment le filin de cette nuit du 28 août 1948.

On entre dans ce livre, à la couverture somptueuse, doucement sur la pointe des pieds. L’ambiance est feutrée, alourdie par les lourdes tentures de tissu fleuri. Tout d’abord, il y a le silence, relatif, de la grande ville qui ne dort jamais, New York. Nous sommes dans un studio d’enregistrement. Anne Scheffer apparaît courbée, se détachant de l’obscurité, un tonnerre d’applaudissements suscités par le réalisateur de l’émission. Et c’est le début du périple. C’est à travers cette voix, qui se réverbère partout dans la cité, qu’on lira le drame de la chanteuse, d’une serveuse de restaurant et d’un auteur. Et les tempêtes qui s’ensuivent.

Les personnages sont éclairés comme sur une scène. Écrasés par la mythologie grandiose des édifices art déco de la ville, leur présence évanescente est accentuée par le papier glacé, qui les rend fugitifs. Leur point de vue contamine aussi les sons neutres comme la voix mécanique égrenant les correspondances dans une gare d’autocars.

Quand une chanson se tait, pour que plus loin une autre prenne le relais, ce sont les bruits des objets familiers qui transmettent les drames, les tempêtes intérieures. Le grésillement des mouches sous les lampadaires ou celui des néons ponctuent les vides immenses où évoluent les personnages. Le bruit du café qui se déverse lors de l’annonce d’un mort.

Et pourtant cette nuit s’achèvera et l’aube apportera un dénouement heureux, fatigué, mais lumineux. On y regrettera au sortir de Nocturne, sa mélancolie et le respect ancien qu’on lui doit. Celui présenté par la dédicace  : « À ceux que la nuit effraie ».

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Chroniqué par en avril 2012

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