Vues Ephémères – Mars 2011

de Xavier Guilbert

His-to-ri-que. Les grands éditeurs sont formels, c’est un accord historique qui vient d’être signé en ce 15 mars 2011, et qui voit (enfin ?) «les éditeurs de bandes dessinées unis vers le numérique.»[1] A la veille de l’ouverture du Salon du Livre 2011, on sent la pointe de fierté qui habite les huit héros de ce qui marquera, sans aucun doute, une nouvelle ère. Jugez plutôt :
«Pour la première fois, les acteurs majeurs d’un marché de biens culturels ont décidé de construire ensemble leur avenir numérique. Ces éditeurs de bandes dessinées franco-belges lancent BANDE NUMERIQUE pour développer une politique concertée de mise en avant de la BD numérique, en mettant en commun leurs moyens et leurs catalogues afin de construire, avec les auteurs et les libraires, les modèles économiques et les standards correspondant aux spécificités de leur genre littéraire.
Les éditeurs prennent l’initiative, dans l’intérêt conjoint de tous les acteurs du marché (auteurs, éditeurs, libraires, lecteurs…) de proposer une offre commune légale, simple et attractive, qui réponde au double défi du piratage et de l’ambition des grands opérateurs internationaux sur un marché de la lecture numérique en formation.»

Aucun doute, l’histoire est en marche, l’imagination s’emballe — les voyez-vous, ces huit éditeurs, s’avançant d’un pas résolu vers l’avenir, le regard dirigé vers l’horizon, la caméra savourant l’instant au ralenti, alors que la musique enfle, chargée de l’espoir qu’ils portent ? Et, pour les seconder dans cette noble tâche, ils pourront s’appuyer sur une solution exceptionnelle, un outil interprofessionnel, une plateforme de diffusion et de distribution de bandes dessinées numériques — IZNEO.

Et là, le soufflé retombe un peu. Ben oui, parce qu’IZNEO, c’est de l’histoire ancienne. Souvenez-vous, l’année dernière, à la même époque, les auteurs de bande dessinée avaient massivement signé l’«Appel du numérique» (plus de 1300 signatures), cristallisant le malaise ambiant qui régnait depuis quelques temps entre auteurs et éditeurs sur la question. La pétition demandait en particulier la mise en place d’un groupe de travail réunissant auteurs et éditeurs, afin de définir ensemble les règles du jeu du livres numérique.
Bien sûr, dans un tel contexte, l’annonce en grande pompe d’IZNEO à l’occasion du Salon du Livre, le 25 mars 2010, avait fait un peu l’effet d’un pétard mouillé. Alors, cette année, on revient à la charge mais la communication a été soignée : il s’agit avant tout de travailler «dans l’intérêt conjoint de tous»,[2] et l’on prône l’union sacrée en agitant les deux épouvantails que sont le spectre du piratage et la menace des «grands opérateurs internationaux» — une manière comme une autre d’éviter le «eux contre nous» de l’année dernière, en introduisant un ennemi commun, aussi hypothétique soit-il. Par ailleurs, on nous souligne aussi combien cette initiative (privée[3] ) est d’utilité publique, puisque «salué(e) par OSEO (soutien à l’innovation et aux PME)», alors qu’IZNEO s’est vue «aidée par le CNL (Centre National du Livre) dans le cadre de ses dispositifs d’aides numériques».
Enfin, on nous annonce fièrement l’arrivée de «BANDE NUMERIQUE», mais c’est IZNEO que l’on retrouve derrière, toujours positionnée comme plateforme à vocation œcuménique, «ouverte aux titres numérisés de tous les éditeurs de bandes dessinées».[4] Pour autant, un an après le lancement de la plateforme, ce «catalogue de près de 2000 albums à date» n’a rien de véritablement excitant : le 26 mars 2010, plus de 600 titres étaient déjà disponibles, et devaient s’enrichir d’une centaine d’albums par mois — pour arriver (mathématiquement) à environ 1800 titres au premier anniversaire. CQFD, le compte est bon.

En définitive, la seule véritable nouveauté de cette annonce «historique», c’est le ralliement des éditeurs Delcourt, Glénat et Soleil à la solution technique mise en place l’année dernière par Média Participations. Les grands éditeurs se serrent les coudes et s’organisent — s’appliquant à soigner «le renforcement de (leur) capacité de négociation». Certes, les ennemis désignés sont les fameux «grands opérateurs internationaux», mais avec à l’esprit le contexte de contestation dans lequel s’était faite l’annonce (similaire par bien des aspects) d’IZNEO en mars 2010, je ne peux m’empêcher de lire entre les lignes une autre forme de menace : les auteurs n’ont qu’à bien se tenir.

Les sorties de mars 2011
Pakito Bolino – Ultramad ZXLes Requins Marteaux
Judith Forest – Momon, apostille à 1h25La 5e Couche
Pascal Girard – MetropolisLes Enfants rouges
Paul Hornschemeier – La vie avec mister dangerousActes Sud
Jacques Jouer – Agatha de BeyrouthCambourakis
Sylvain Ricard & Didier Maheva – La Trilogie urbaine t.1 : On a mangé ZidaneSix pieds sous terre
Mahler – EngelmannL’Association
Pierre Maurel – BlackbirdL’employé du moi
Nicolas Presl – L’HydrieAtrabile
Sonia Pulido – Duel d’escargotsCambourakis
Sylvain-Moizié – Les aventures de Jean-Pierre Vortex t.1 – 2024
Tezuka Osamu – Debout l’humanitéEditions FLBLB
Amandine Urruty – Robinet d’amourLes Requins Marteaux
Jim Woodring – Frank et le congrès des bêtesL’Association
Eléonore Zuber – Lorsque je me fais draguerCambourakis

Collectifs
Ax AnthologyLe Lézard Noir
Cheval de Quatre N°10 – Cheval Quatre

Identité ?
Pour le meilleur ou pour le pire, donc, IZNEO est destinée à devenir la pierre angulaire du marché de la bande dessinée de demain. Le communiqué de presse est formel : «BANDE NUMERIQUE entend [...] notamment constituer la “bédéthèque” en ligne la plus exhaustive, actualisée en permanence, qui devienne la référence en matière de bande dessinée francophone sur Internet et sur les nouveaux écrans tels que l’Ipad et autres tablettes de lecture» — la solution étant bien entendu IZNEO, «IZNEO, plateforme de diffusion et de distribution de bandes dessinées numériques».
Numériques, vraiment ? Même au sein d’IZNEO, il semblerait que l’appellation fasse encore débat : pour preuve, le dossier de presse (qui présente «IZNEO, le plus grand choix de BD en ligne»), le logo (qui indique «IZNEO, le plus grand choix de BD digitales») et enfin le site (qui annonce «IZNEO, le plus grand choix de BD numériques»). Au moins, ce qui est sûr, c’est qu’on a le choix.

Notes

  1. Sauf mention contraire, les citations de ce texte sont toutes extraites du communiqué de presse.
  2. Même si l’évocation de l’implication des libraires est des plus vagues : «IZNEO propose des solutions techniques à tous les libraires qui souhaitent se positionner sur le marché naissant de la BD numérique et leur permet d’avoir accès à la même offre, et dans les mêmes conditions. Dès ce début d’année 2011 de nombreux libraires, généralistes comme spécialisés, se sont mis en contact avec IZNEO pour proposer une offre dans le courant de l’année.» Que faut-il comprendre ? Les libraires ont-ils accès à une offre (et si oui, laquelle ? la même qu’auront leurs lecteurs ?), ou vont-ils proposer quelque chose d’autre ? On sent bien la volonté d’éviter de reproduire le couac de l’annonce de 2010, mais l’ensemble reste assez fumeux…
  3. IZNEO est à l’origine le projet commun de Média Participations (qui est majoritaire), Flammarion et Bamboo. La société a pour président Claude de Saint Vincent, qui est par ailleurs directeur général de Média Participations. Cf. ici.
  4. On notera que le site de la plateforme, après une déclaration d’intention similaire, se montrait beaucoup plus terre-à-terre : «IZNEO, c’est un système de lecture simple à un prix attractif. L’offre de base propose ainsi la location à partir de 1,99 € et l’achat à partir de 4.99 € l’album (lecture en streaming) !»
Humeur de Xavier Guilbert en mars 2011
  • Béto-Béto

    J’aimerais acheter la version papier d’une BD du catalogue izneo.

    Vous pouvez directement commander la version papier d’une BD via les liens libraires (Fnac.com, Amazon.com) proposés sur les fiches album.

    Est-ce que je peux télécharger sur mon ordinateur les BD que j’ai commandées ?

    Sur izneo,seule la lecture en streaming est disponible, c’est-à-dire que vous ne pouvez télécharger aucun fichier. Une simple connexion à Internet suffit. De la même façon, il n’est pas permis d’imprimer les pages d’un album ni de les enregistrer sur son ordinateur.

    Je n’arrive pas à me connecter à izneo via mon iPad !

    Pour des raisons de sécurité, l’accès aux BD sur un compte izneo est limité à 5 ordinateurs (IP fixes) pour la lecture sur internet, et à 1 identifiant iPad (UD ID) pour la lecture sur terminaux mobiles.

    Ou on paye quand même plein pot si on veut du papier après lecture numérique, ou on achète non pas une BD numérique mais l’accès à une BD numérique, qu’en plus on ne peut pas utiliser d’où on veut. Rendre le numérique plus contraignant que le papier, c’est donc ça l’avenir pour résister aux grands opérateurs internationaux (avec une application dédiée sur Ipad, de surcroît… si ça c’est pas de la résistance ma bonne dame) ? Avec une usine à gaz pareille, le scan a encore de beaux jours…

    Vraiment, je ne sais pas si ça marche (je leur souhaite), mais les démarches telles celle d’Ego comme X me paraissent bien plus innovantes et au fait de l’usage numérique…

  • Wandrille

    Moi aussi je veux jeter ma pierre sur l’édifice, en disant tout de même que le Logo d’Izneo est immonde.
    Gris souris et Orange Modem… avec ce pauvre triangle de lecture, là… C’est sûr qu’on est plus dans le numérique que dans le graphique.

    Bon sinon, j’ai pas d’avis.
    ça fait un peu « tous ensemble, tous ensemble, ouais ouais !
     »
    Ce qui veut dire aussi que, possiblement, on a une sorte d’acteur unique pour toute la bande dessinée grand public. Donc, une sorte de monopole de fait.

    Alors théoriquement, ça devrait donner du poids pour négocier face aux plates-formes de diffusion, mais, face à Apple, par exemple, qui est encore le principal diffuseur d’application sur support mobile, j’ai peur que les gros de la bd à la française fassent un peu office de nains.

    En revanche, pour les auteurs, c’est parfait, on a un géant encore plus géant pour leur dire que « le contrat c’est ça, de toute façon t’as pas le choix, y a que nous, alors va pas immaginer un autre modèle, y en a pas ».

    Hum, je processe d’intention, c’est mal.
    Mais bon… j’ai toujours pensé que la diversité était source de richesse, pas tellement la concentration… qui a plutôt comme résultat de tarir la source au profit de la concentration des richesses.

    L’avenir nous dira ce qu’il en sera, lala…

  • Thierry

    Il faut aussi prendre en compte les dernières annonces d’apple qui imposent la rétrocession de 30% du montant des transactions. Izneo nourrissait aussi des craintes sur la volonté d’apple de bloquer tout contenu pornographique, qui, appliqué de manière trop zélée, pourrait impacter izneo (voir http://bederama.blogspot.com/2011/02/bd-numerique-apple-un-frein-au.html).
    On pourrait aussi se demander, d’une manière plus générale, si la multiplication des appli, outre le fait qu’elles remetytent en cause le « tabou » de la gratuité d’internet, représente un cadenassage du net, parce que l’accès au réseau ne se fait plus que de manière contrôlée par des applications prédéfinies, qui sont elle-mêmes contrôlées par des plateformes aux méthodes de plus en plus discutables (Apple étant à la pointe de cette dérive)

  • Thomas

    C’est marrant, ce réflexe : les « opérateurs internationaux » sont hypothétiques, ils sont des « épouvantails »… Amazon, Google, Apple, deviennent forcément les gentils… Ha ha ! Mais enfin, parlez-en aux auteurs et éditeurs américains, de ces faux épouvantails et ces vrais gentils… Sans même parler de la musique… Quand vous dites « la musique enfle », désolé, mais il n’y a plus de musique – hors celle libre de droits ou hors-la-loi…

  • f*Parme

    « Alors, cette année, on revient à la charge mais la communication a été soignée : il s’agit avant tout de travailler « dans l’intérêt conjoint de tous », et l’on prône l’union sacrée en agitant les deux épouvantails que sont le spectre du piratage et la menace des « grands opérateurs internationaux » — une manière comme une autre d’éviter le « eux contre nous » de l’année dernière, en introduisant un ennemi commun, aussi hypothétique soit-il. »

    Malheureusement pas si hypothétique que ça. Désolé, je n’adhère pas à vos vues plus courtes qu’éphémères. Quels intérêts auraient les éditeurs à travailler contre les auteurs ? Quels intérêts auraient les auteurs à se dresser contre leurs éditeurs ? franchement, je ne vois pas et je trouve même qu’un tel discours est tronqué et hypocrite.

    f*

    • Xavier Guilbert

      Oui, vraiment, quel intérêt auraient les éditeurs à travailler contre les auteurs, je me le demande. Et j’avoue que je ne comprends toujours pas pourquoi le SNE met toujours autant de mauvaise grâce à traiter avec le Syndicat BD — voir par exemple leur recontre de l’année dernière, ou plus récemment la réaction du Snac-GABD à une pétition du SNE, évoquant «l’obstination du SNE, et notamment du SNE-BD, à refuser tout dialogue avec ses partenaires et en premier lieu les auteurs». Peut-être que mes vues sont courtes (après tout, ce sont des «Humeurs», du genre qui se dissipent bien vite), mais peut-être faites-vous pour le coup un excès d’angélisme.

      [je me permets également de signaler que l'on pourrait simplifier à l'extrême la situation vis-à-vis des grands éditeurs comme suit: pour un auteur édité en numérique, Apple ou Amazon «prennent» 30% des revenus, là où les éditeurs qui sont derrière IZNEO prennent 90%. Le pire n'est peut-être pas là où on le voit.]

      • Thomas

        Où est l’angélisme ? Amazon prend 30% des revenus nets, pas du prix de vente. Révisez la loi Lang et avant, vous comprendrez. Izneo ne prend pas du tout 90% des revenus, c’est malhonnête de dire ça : c’est 10% de droits pour les auteurs sur le prix de vente public – c’est radicalement différent. Au final, l’écart est très minime…

      • f*Parme

        Oui, vraiment, quel intérêt auraient les éditeurs à travailler contre les auteurs, je me le demande.

        Aucun.

        Et j’avoue que je ne comprends toujours pas pourquoi le SNE met toujours autant de mauvaise grâce à traiter avec le Syndicat BD — voir par exemple leur recontre de l’année dernière, ou plus récemment la réaction du Snac-GABD à une pétition du SNE, évoquant « l’obstination du SNE, et notamment du SNE-BD, à refuser tout dialogue avec ses partenaires et en premier lieu les auteurs ».

        1 – Le SNAC BD représente des auteurs, pas tous les auteurs.
        2 – Discuter avec Emmanuel de Rengervé ne mène à rien sinon à de la perte de temps et d’énergie.

        Peut-être que mes vues sont courtes (après tout, ce sont des « Humeurs », du genre qui se dissipent bien vite), mais peut-être faites-vous pour le coup un excès d’angélisme.

        Ni un excès d’angélisme, ni un excès de satanisme. Je compare, je lis, j’observe.Et les slogans faciles qui font se lever les foules, j’aime pas.

        [je me permets également de signaler que l’on pourrait simplifier à l’extrême la situation vis-à-vis des grands éditeurs comme suit : pour un auteur édité en numérique, Apple ou Amazon « prennent » 30% des revenus, là où les éditeurs qui sont derrière IZNEO prennent 90%. Le pire n’est peut-être pas là où on le voit.]

        30% et 90% par rapport à quoi ? À conditions égales ? Impossible.
        Comparez les couloirs de répartitions proposés dans les deux offres. Comparez les commissions pour agents, les charges sont plafonnées ou pas, tant de % sur le H.T., sur le chiffre d’affaires, sur les bénéfices nets, sur quoi ? etc…
        Comparez ce que proposent Iznéo et Aquafadas.
        Comparez tout et revenez me dire à quoi correspondent concrètement vos 30 et 90 %.

        Et dites-moi aussi quelle autre solution vous avez pour lutter contre le piratage ? Parce que pour les pirates, ce n’est pas 30 ou 90, c’est 0 tout court. Et les pirates ne sont pas hypothétiques.

        f*

        • matto

          les « pirates » peuvent aussi être les « lecteurs »…les personnes qui vont sur le site de Boulet ne sont pas considérées comme des pirates, pourtant elles lisent ses notes sans rien avoir à payer, et cela n’empêche pas les dites-notes de bien se vendre quand elles sont éditées, si je ne m’abuse.
          Je pense qu’on voit les choses de manière paranoïaque et complètement erronée, internet est l’occasion pour les auteurs de tous bords de se rendre un peu plus indépendants des éditeurs, d’envisager plus sereinement que par le passé des projets d’auto-édition, à condition de se prendre en main, à condition d’accepter une part de générosité et de ne pas suspecter celui qui s’intéresse à son travail forcément de « piratage ».
          Les solutions ne viendront ni d’izneo ni d’amazon, mais plutôt de notre propre créativité. Je ne pense pas non plus que les éditeurs travaillent contre les auteurs, mais je pense que les auteurs gagneraient à un rapport disons plus équilibré que celui qui existe aujourd’hui, je pense que c’est ce qu’offre le numérique, mais que l’on ne comprend pas encore.

          • Beatriz

            Avant de s’occuper des pirates, il aurait fallu s’occuper des faussaires…

          • matto

            Tâche insurmontable, je le crains.

          • f*Parme

            Qu’ils proposent ou disposent, les pirates sont nécessairement des lecteurs.

            Les blogs BD proposent quasiment un seul type d’écriture : notes plus ou moins autobiographiques et narcissiques sur les futilités de la vie quotidienne avec un dessin souvent bâclé. Et les blogs les plus intéressants s’amortissent avec l’édition papier. Super nouveau modèle économique !!!
            L’avantage, est que la diffusion internet fait connaître ses « œuvres » plus rapidement, un peu comme les transistors dans les années 60 pour vendre du 45 tours. Donc, l’avantage c’est surtout de la com’. Normal, avant d’être un support pour s’exprimer artistiquement, internet a été inventé pour communiquer.

            Si un éditeur laisse un auteur s’exprimer librement, quel intérêt peut avoir un auteur à être plus indépendant ? Pour gagner plus et passer plus de temps à s’éditer et moins de temps à créer ?

            En quoi internet peut-il mieux équilibrer les rapports entre auteurs et éditeurs ?

            f*

          • matto

            « En quoi internet peut-il mieux équilibrer les rapports entre auteurs et éditeurs ? »

            je pense, et ce n’est que l’avis d’un humble anonyme, qu’il serait préférable pour certains travaux de n’être diffusés seulement sur internet, que d’emprunter le circuit traditionnel. Cela aiderait (théoriquement, hein…) les auteurs à tirer un plus grand bénéfice s’ils vendaient ces travaux, destinés à un public peut-être plus confidentiel, à partir de leur propre plateforme numérique, et les éditeurs auraient finalement moins à y perdre. A terme, cela rendrait service à tout le monde, car qui ne se plaint pas de la surproduction, auteurs, lecteurs, éditeurs comme libraires?
            pour résumer, parce que j’ai peur d’être confus, internet pour les petits projets, le gros des droits d’auteur allant à l’auteur justement, et le circuit éditorial « classique » pour les plus gros projets, nécessitant du beau papier, des moyens de diffusion plus complexes,etc… et là, il est normal que le travail de l’éditeur soit reconnu (et rémunéré en conséquence!). Voilà l’équilibre que je m’imagine, mais qui n’est pas si évident en pratique à atteindre, je dois l’admettre, et qui présente un danger potentiel pour l’édition alternative, je dois l’admettre aussi, c’est d’ailleurs le plus gros inconvénient. Potentiellement. Nous verrons bien…

            « Les blogs BD proposent quasiment un seul type d’écriture »

            je partage largement vos sentiments là-dessus mais théoriquement encore, rien n’empêche d’aller au delà du « blog intimiste bâclé » et de proposer du nouveau, et là, c’est une question de créativité. J’ose espérer que le « blog intimiste bâclé » ne représente pas un cap indépassable!
            Pour finir, parce que je ne voudrais pas polémiquer, ou pire, vous saouler, je suis sincèrement persuadé qu’un auteur a tout à gagner en étant le plus indépendant possible (les réalités économiques de tout un chacun déterminant aussi les conditions de cette indépendance, mais à ce sujet, nous sommes malheureusement tous dans le même bateau), et que l’édition peut également être une forme de création. Qui n’est pas sensible à une belle couverture ou à l’odeur du papier?
            j’espère avoir été plus clair.

          • mr_megot

            C’est tout de même de moins en moins vrai, voir bien sur « Les autres gens », mais aussi de nombreux blogs anglo saxons ou étrangers, comme « Questionable content » ou « Anders loves Maria ».
            Et si on reste sur du francophone, plusieurs blogs méritent d’être lus au même titre qu’une bonne bd papier, même si en effet ils sont noyés dans les bouses.

          • f*Parme

            Et c’est facile d’être noyé sur le net… d’où la nécessité de plateformes, non ?

            f*

  • B.D.Z.mag

    Nouveau webzine sur la bd numerique a decouvrir
    http://issuu.com/b.d.z.mag

  • mr_megot

    De mémoire, c’est bien la première fois que je ne suis pas d’accord avec une humeur de Xavier Guibert!

    Certes, présenter Izneo comme une révolution est un peu fort de café et présenter la situation de facon caustique est tentant, mais pour le coup je ne pense pas qu’il soit légitime d’accabler les éditeurs à ce point.

    Ces derniers doivent à la fois lutter contre un piratage grandissant et se positionner sur un marché encore balbutiant mais ô combien prometteur, ils se positionnent donc (et arrivent à se mettre d’accord) pour avoir une grosse part du gâteau, c’est aussi leur boulot, que leur reprochez vous exactement, de ne pas se comporter comme JC Menu l’aurait fait?

    Et sans aller jusqu’à parler d’évènement « historique », le fait que tous les gros éditeurs de bd s’allient pour créer une grosse plate forme numérique commune est quelque chose d’intéressant qui mérite d’être suivi de près…

    • f*Parme

      Ce qui sera historique, ce sera le jour où les auteurs de BD comprendront qu’une société civile pour gérer leurs droits collectivement est bien plus urgent et nécessaire qu’un syndicat à la française. Peut-être que la Sofia a un rôle plus important à jouer … Pourquoi ? Parce que si les plateformes marchent, les rémunérations les plus importantes pourraient bien provenir de la publicité… Et si la pub rapporte aux éditeurs, elle devra aussi rapporter aux auteurs… mais comment ? Ce n’est pas un syndicat qui va récolter ces gains et les reverser.
      L’édition sur internet me fait plus penser à la télévision et ses bouquets qu’à l’édition classique avec son papier et ses camions. J’ai un pied dans l’édition et un autre dans la télévision depuis 25 ans, j’ai forcément un regard différent de la majorité de mes collègues auteurs.
      Je suis pour les plateformes parce que leur nécessité est évidente. Ensuite, en fonction des évolutions, il faudra partager. Mais partager avant de savoir comment et quoi partager, je ne sais pas faire.

      f*

      • Tony

        Ce qui sera historique, ce sera le jour où les auteurs de BD comprendront qu’une société civile pour gérer leurs droits collectivement

        Tout à fait d’accord!

  • david t

    un peu dommage qu’on focalise sur la «peur du piratage» quand le véritable problème en est un de droits d’auteur. iznéo est un peu ridicule certes, mais ce n’est pas une mauvaise solution en soi (pour autant qu’on souscrive à certaine philosophie de l’entreprise qui personnellement m’écœure un peu, mais c’est une autre histoire). le problème est qu’on agite le «spectre» du piratage comme raison pour passer outre toute discussion sur le partage des droits. je me trompe?

    et là-dessus, il est plutôt déplorable de ne trouver personne du syndicat BD pour nous éclairer quelque peu sur les enjeux. non plus que des éditeurs capables de nous «vendre» le projet iznéo. allez, personne pour nous renvoyer la balle? nous rendre, mettons, plus responsables dans nos choix de lecteur?

    tous ces gens-là, éditeurs comme syndicat, nous promettent de s’adapter «au net», mais curieusement, quand il s’agit d’être présent sur internet (ici, par exemple), on ne les voit guère.

    • f*Parme

      Hahaha ! Ici ou ailleurs… internet est une invention merveilleuse mais pas l’invention du don d’ubiquité non plus.
      Vendredi dernier à 21H J’étais avec Jean Léturgie au Salon du Livre de Paris pour débattre de tout ça, et à part le modérateur et une seule personne… la salle était vide ! Tout le monde devait sans doute être derrière un écran et avoir mieux à faire. Une armée de chaises blanches. Pourtant, même si les avis de Jean et moi divergent sur certains points, nous sommes au moins d’accord sur un point : une société civile pour gérer collectivement les droits des auteurs BD serait bien plus utile qu’un syndicat aux intentions floues.

      Donc voilà, tout le monde fait bien marrer, comme d’habitude.

      Et comme me disait récemment Claude de Saint Vincent :

      « Le piratage est à Internet ce que la pesanteur est à la construction »

      Ni un mal, ni un bien, un fait. Il faut faire avec et une offre légale qui puisse rapporter aux auteurs et éditeurs me semble bien plus intelligente pour tous que de laisser faire et être dépassés bientôt.
      Définir des régles avant de construire un truc. Cela me rappelle Hadopi. J’ai lu tous les rapports de la SACD là-dessus. Refaire les mêmes erreurs avec le livre, c’est stupide.

      Des plateformes alternatives à Iznéo, ce serait très bien aussi…

      f*

  • Tony

    Et… on l’invente quand la bande dessinée numérique?

    • f*Parme

      Le rôle de l’éditeur n’est pas de créer une œuvre mais de lui permettre d’exister. Aux auteurs d’inventer la bande dessinée numérique… et ce ne sera certainement plus de la bande dessinée mais une nouvelle forme d’Art ou alors, rien du tout. Il ne s’est pas inventé un Art particulier avec le téléphone, ni avec la télévision.
      Une »BD numérique »… au début, je vois le truc, jouer sur le fond et la forme, des trucs à la Oubapo avec des tas de réseaux de lecture genre « l’histoire dont vous êtes le héros » ou jouer sur le fond et la forme avec des mises en abyme, des trucs ludiques un peu comme Little Nemo… (cela ne veut pas dire que ce n’est pas bien, c’est très bien, j’adore la preuve : OVNI qui est quasiment tout fait avec des outils informatiques, mais faut pas que ça reste des trucs à effets). Celui qui arrivera a dépasser ça, à trouver une linéarité et transposer autrement des émotions et des sentiments aura inventé « la BD numérique » ou une nouvelle forme d’Art. Je l’ai déjà dit, Chaplin a inventé le cinéma, pas les frères Lumières. MAis bon, on ne décrète pas en se levant le matin : tiens, je vais inventer la théorie de la relativité. On observe, on a une idée, du bon sens et les choses s’imposent presque comme une évidence… ou ne s’imposent jamais. « Quand est-ce qu’on invente la BD numérique ? » C’est une drôle de question, beaucoup trop théorique, non ? Il faut faire et on verra bien ce qu’il en sortira. Sinon, si on pense dans l’autre sens, on va faire comme le syndicat BD, on invente des règles d’abord et des moyens ensuite. HAHA !

      f*

      • Gipo

        Vous dites :

        « Aux auteurs d’inventer la bande dessinée numérique… et ce ne sera certainement plus de la bande dessinée mais une nouvelle forme d’Art (…) Celui qui arrivera a dépasser ça, à trouver une linéarité et transposer autrement des émotions et des sentiments aura inventé « la BD numérique » ou une nouvelle forme d’Art »

        Je ne peux m’empêcher de réagir à ça, car j’ai réellement l’impression que cette « nouvelle forme d’art » est déjà en route. C’est le TURBO MEDIA.

        (je suis d’ailleurs surpris de ne pas en voir plus d’analyse dans « du9 l’autre BD »).
        « TurboMédia » est le nom récent de « la BD Flash de BALAK » dont vous avez peut-être entendu parler depuis 2 ans. Un moyen de recentrer l’objet (à mi chemin de la BD, du cartoon, et du slide) autour d’une dénomination internationale non connotée.

        Le meilleur exemple actuel est à mon avis ce récit (justement parce qu’il échappe enfin à un format expérimental pour s’approcher du court-métrage ou de la nouvelle)
        -> Cliquez sur « Français » puis plein de fois sur la touche « suite » de votre clavier.

        Mais vous pouvez suivre le cheminement de ces recherches dans mon blog de « veille artistique ». (il mène à tous les sites fondateurs)

        Parce qu’IZNEO et BANDE NUMERIQUE (ou autres 8comix.fr), c’est bien pour transposer la BD que nous connaissons déjà vers un écran (et les tablettes semblent nous prouver que cela peut finalement être satisfaisant).
        Mais pourquoi se contenter de reproduire alors qu’on pourrait ré-inventer ?

        L’écran permet le flip-book, il permet la rémanence d’images superposées (cases, morceaux de dessins, bulles…), il oblige parfois à rester concentré sur une seule case à la fois, la lecture gauche-droite des images n’est plus indispensable, l’effet « volume » de plusieurs vue d’une scène rend mieux en superposition qu’avec l’étalement des cases d’une BD, etc…

        Tout cela nous pousse à retrouver l’essence du récit dessiné pour l’écran, à travers cet hybride né de la bande dessinée et du cartoon.

        Le tout en respectant une règle absolue et incontournable : cela doit rester de la « lecture ». C’est à dire que jamais l’utilisateur ne doit attendre passivement un « spectacle » : il lit ou agit, mais n’attend jamais qu’on lui rende la main.

        L’avantage et l’ennui de cette nouvelle « espèce » de BD (génétiquement parlant), c’est qu’elle s’imprime assez mal…

        Donc pour moi, la BD « planche », qu’elle soit numérique ou papier perdurera, mais une nouvelle façon de raconter en image est née.

        • Mattias-Fausse-Monnaie

          Le meilleur exemple actuel est à mon avis ce récit (justement parce qu’il échappe enfin à un format expérimental pour s’approcher du court-métrage ou de la nouvelle)
          - > Cliquez sur « Français » puis plein de fois sur la touche « suite » de votre clavier.

          Mouais… bon… c’est typiquement le genre de fausse bonne idée… D’abord, parce que ce genre de truc existe depuis au moins l’amstrad (et que c’est réinventé tous les 2 ans sous le nom de « bande-dessinée interactive », et où pour toute définition de bande-dessinée, on a des phylactères et le fait de lire « des cases » une à une — et là, chose terrible…, on vire le principe de lecture simultanée de plusieurs cases !! –, ce qui est une bien pauvre et malheureuse définition de la bande-dessinée…). Ensuite, cela a été fait, auparavant, et de manière magistrale –
          certes, à partir du concept « roman photo » — par Chris Marker avec la jetée (on est pas obligé de s’embêter à cliquer sur un bouton… et, puis, il n’y a pas ces bulles qui ne servent à rien, vu que l’on peut sonoriser le tout). Et encore auparavant (1916), il y avait les dessins-animées de krazy kat de George Herriman, où, pour faire « bande-dessinée », des phylactères signifient la parole : http://www.youtube.com/watch?v=FCK288kGXow

          (pour terminer, les recherches de Tony (celui qui est venu ramener sa fraise ci-dessus…) sont, pour moi, beaucoup plus intéressantes !!)

          • Gipo

            La question n’est pas « est-ce que cela a déjà été fait ? », mais est-ce adapté aux nouveaux supports, avec une ergonomie suffisante pour le grand public ? (simplicité, évidence)
            A côté de cela, les oeuvres artistiques, pleines d’originalité et d’audace, sont très intéressantes à observer (hello Tony ;-) .

            Au passage, on aura beau mettre des bulles sur tous les supports de « spectacle », elle ne se justifie pleinement que dans les supports de « lecture ». Et la BD était déjà considérée comme une « fausse bonne idée » ;-) . L’avenir nous dira si cela aura été le cas pour le TurboMedia…

          • Béto-Béto

            Mince ! j’avais pas vu que cela avait déjà évoqué La Jetée à quelqu’un. C’est amusant, d’ailleurs, car dans celle-ci Chris Marker crée le mouvement à partir d’images fixes prises comme telles, alors que sur le site dont il est question, c’est l’inverse : on introduit des séquences animées dans des plans fixes.

            En fait, je crois que ce qui est dérangeant avec ce qui est montré dans le « TurboMedia », c’est que ça exploite beaucoup la cassures des animes japonais, ces moments de ruptures dans le récit qui capitalisent leur effet sur une certaine pose des personnages. Du coup, on a plus l’impression d’avoir a faire à des tics qu’à autre chose…

            Pour le travail de Tony, je suis d’accord que c’est une réflexion intéressante — le dernier article qu’il a pondu ici aurait mérité plus de commentaires — mais je ne vois vraiment pas comment sortir le « paradigme » de l’interactivité du sous-jeu vidéo.

            En tant que lecteur, j’ai toujours l’impression d’être un rat de labo quand j’essaie ce genre de dispositif ; forcer l’arrêt de la lecture pour forcer le lecteur à tourner la roue et mettre en branle les mécanismes de l’œuvre est àmha une erreur. Mieux vaudrait, je pense, travailler autour de l’idée de « niveau caché », quelque chose qui n’arrête pas la lecture cursive, mais invite le lecteur à une quête plus active pour affiner ou pervertir le sens premier donné par l’histoire « par défaut » (qui peut être de qualité, ça n’empêche pas et c’est même mieux).

        • philippe capart

          L’exemple de « Turbo Media » est intéressant mais renvoie à la technique issue de l’animation: l’ »animatic », mais ici avec un storyboard avec un temps non induit où chaque image chasse l’autre (comme le flipbook/animated cartoon/cinéma). Il me semble qu’un des intérêt de la bande dessinée en planches (ou strip) est la confrontation des images entre elles (le jeu de va et vient) et pas une simple cascade du type cinématographique). Je pense que des discussions sur l’aspect « lecture »/ »projection » de ces médias seraient intéressantes et pour les auteurs et (dans un second temps) pour les éditeurs. L’innovation doit naturellement venir des auteurs (et l’innovation économique des éditeurs/producteurs et libraires). Le passage d’actions comme « play », »stop », « go back », « jump » induisent également un rapprochement avec l’univers du jeu interactif (jeu vidéo/visuel numérique). Pourquoi ne pas penser des bandes pour les consoles? est-ce qu’un auteur comme Lewis Trondheim n’est pas plus en enfant du jeu vidéo que de la bande dessinée?

          • Gipo

            Quelle différence y-a-t’il entre tourner une page et cliquer sur « suite » ? On peut appeler cela de l’interactivité si l’on veut, mais la véritable interactivité (disons la plus commune) implique un choix multiple, pas un simple signal de passage à la suite. Or, c’est justement par opposition aux « jeux » des bidules « multimédia » (interactifs) que le TurboMedia s’est défini.

            L’objectif est de retrouver un flux de lecture continue maîtrisé (donc ni interactivité à choix multiples, ni flux automatisé). De la LECTURE.

            Et le paradoxe, c’est d’employer des techniques issues du dessin animé pour cela ! Les animateurs, eux, raillent le fait de ré-inventer le storyboard de cartoon en y intégrant des bulles et des cases.

            Et pourquoi pas ? L’essentiel est que cette nouvelle façon de lire apporte un intérêt au lecteur ! Or, il y a un véritable plaisir à ne pas savoir ce que réserve la case suivante, à la susciter du bout du doigt, à être surpris ou frustré par ce qu’on y découvre, à ouvrir une à une toutes ces poupées russes qui dévoilent le récit dans son entier. Rien que pour ça, j’estime qu’il y a une inventivité folle !

            Car l’inventivité ne consiste pas forcément à aller vers toujours plus d’originalité et de complication. Savoir rester simple et évident est un Art plus grand encore.

            Mais on peut en rester à la traditionnelle planche, bien sûr… Comme le prône IZNEO (là, j’essaie maladroitement de revenir au débat principal ;) .

          • david t

            Quelle différence y-a-t’il entre tourner une page et cliquer sur « suite » ?

            il y en a peu. sauf que. on ne parle pas de tourner une page mais de déplacer le regard d’une case à l’autre, sur la même page.

            obliger à cliquer sur «suite» pour passer à la prochaine case, c’est imposer des œillets au lecteur. donc lui retirer une part de son confort de lecture, sans lui rendre en échange la fluidité du cinéma, sans même le plaisir tactile du flip-book. reste à espérer que le récit en lui-même sera assez divertissant pour pallier ces déficiences (c’est pas gagné, au vu du «meilleur exemple actuel»).

            tout ça relève du mauvais choix, à mon sens.

            une interactivité (un libre choix à travers le récit, comme pour les «livres dont vous êtes le héros») serait déjà une utilisation plus fructueuse de la technologie en question, qui pour une fois pallierait la manipulation un peu laborieuse du livre dans ces cas-là. évidemment, tout ça existe déjà, ça s’appelle la fiction interactive. et ça demande un boulot qui dépasse les capacités de la plupart des auteurs «traditionnels».

            la «traditionnelle planche» a de beaux jours devant elle. une page de chris ware, de marc-antoine mathieu, voire de trondheim, voilà des modèles d’interaction avec le lecteur, dépourvus pourtant de la moindre «technologie». (parenthèse, il est facile d’oublier que le livre de papier est le disque dur le plus fiable et le plus durable jamais inventé.)

            quant au terme même de «turbo média». non, en fait, rien.

          • Gipo

            Là, là, je suis d’accord… pour le nom ! Mais il a son histoire, alors on l’a, on le garde, et on fonce.

            Quant à la fiction interactive, Malec a testé ça aussi (lui il adore, moi je trouve ça… ma foi… « bien », pour faire joujou une fois de temps en temps, mais pas plus) : http://leblogamalec.blogspot.com/2011/02/new-era.html

          • Béto-Béto

            Dans la démarche (le fond me semble un peu… disons limité), ça m’évoque (curieusement, j’en conviens) La Jetée de Chris Marker, qui se situait à la frontière du cinéma et du roman-photo.

            Aussi, je me demande si en fait le numérique, qui investit tous les arts ou presque (la littérature, la musique, le cinéma, la bd, etc. ) ne va pas plus révolutionner la porosité entre les différents domaines que les domaines eux-mêmes. Car après tout, le numérique est présent depuis suffisamment longtemps dans la musique et le cinéma, mais peut-on dire pour autant que les structures des objets cinématographiques ou musicaux d’aujourd’hui sont radicalement différents de ceux de l’ère pré-numérique ?

            Le numérique banalise les manipulations complexes et facilite la diffusion des œuvres, je pense que c’est indéniable, et c’est dans ce sens qu’il va devenir certainement moins difficile pour un artiste d’emprunter des techniques extérieures à son art et de proposer des objets hybrides. Cependant, j’ai du mal à voir en quoi cela — facilité de manipulation et de diffusion — obligerait en quoi que ce soit une redéfinition radicale du contenu de chaque art ? Le numérique, au fond, n’est-il pas beaucoup plus, si ce n’est essentiellement, une nouvelle manière de manipuler les objets artistiques existants plutôt qu’un champ de création original à part entière ?

          • f*Parme

            Lewis Trondheim est plus un enfant gâté. HAHA !

            L’animatic est le futur de la BD numérique, génial ! Le dessin animé du pauvre sur des machines luxueuses.
            On va s’embêter à un inventer un nouveau moyen d’expression alors qu’il y a le dessin animé et le jeu vidéo qui sont déjà complètement adaptés. On mixe les deux et on l’a notre nouveau moyen. Pourquoi se compliquer la vie avec des images fixes et du texte à lire si on peut avoir le son et le mouvement ?

            f*

  • Gipo

    Oui !
    - « Avantage » car le medium entre directement dans le monde et le modèle économique du Numérique, sans passer par la case « histoire et traditions » (même s’il subsiste des liens avec les supports desquels il est issu)
    - « Ennui » car je pense que pendant encore quelques années, le livre imprimé est nécessaire pour compléter la rentabilité de la chose (cf les blogs édités, « Les Autres gens », etc…).

    • f*Parme

      Pour compléter la rentabilité, il n’y a pas que le papier, il y a les annonceurs. Je doute que les ventes par clics suffisent à rémunérer raisonnablement les auteurs sur le net. Quelles autres solutions que l’argent de la publicité ? Des redevances sur les machines ? Des abonnements ?… Je ne sais pas, mais quoiqu’il en soit, si les éditeurs (plutôt que les auteurs…) trouvent le modèle économique, les auteurs devront gérer collectivement leurs droits pour garder un contrôle sur les bénéfices.

      f*

      • Tony

        Vous aurez compris que ma question était une boutade… Pour l’instant, la création originale pour le numérique est quasiment inexistante… Alors tout le monde s’entre-déchire au sujet de la bd numérique, mais tout ce qu’on fait pour l’instant, c’est charcuter des albums de bande dessinée pas du tout prévu pour cela…
        (Pour plus de précisions, j’en parle dans le dernier numéro de Jade).

        Beaucoup de choses à dire sur le Turbomedia et je songe à un article pour Du9 depuis un certain temps… Mais faute de temps…
        Dans les grandes lignes voilà ce que j’en dirais:
        je décrie à tout va les formats standardisés. Mais avec le turbomédia en voilà un qui semble très intéressant principalement pour 2 raisons: c’est une forme née « naturellement » par la création originale et qui aboutit donc à un format fait pour la création originale; et qui présente des modalités de narration et de lecture propres, qui en font un médium à part entière, qui ne relève plus, ou plus totalement du « système » de la bande dessinée, mais qui a son propre système.

        • Thomas

          Ben, y a bien nous qui faisons de la BD numérique… notre écriture est spécifique, nous ne sommes pas d’un un mode intéractif ou extrêmement élaboré, certes, mais nous faisons de la BD numérique. Il me semble.

          En ce qui concerne le modèle économique : Nous ne sommes pas fondé sur un modèle hybride (numérique + livre), le livre est un plus inattendu, pas un élément du business plan.

          Thomas (Les Autres Gens)

          • Tony

            Oui Thomas, j’ai dit « quasiment pas de création originale », il va sans dire que LAG en fait partie. Reste que je considère que c’est toujours le paradigme de la bd papier qui domine la bd numérique. A savoir que la bd numérique « originale » reste pensée et conçue comme de la bd papier. Et je ne crois pas que LAG échappe à cet écueil, même si le scénario et le genre (la fameuse « bénénovella ») collent au mode de « communication » du blog et que les dessinateurs pensent un minimum à l’écran (format, dessin, couleurs). Preuve en est l’adaptation facile pour la publication en album. On en est à la prise de conscience des caractéristiques du numérique, pas encore à la prise en compte… Les propos que les uns et les autres, toi inclus, peuvent tenir au sujet de cette prise de conscience dans LAG sont à peu de choses près les mêmes que tenaient les fondateurs de Coconino World en 1998 (cf: 9è art n°8). Sans parler de progrès (ce n’est pas un argument!), cela prouve néanmoins que cette façon d’envisager le numérique reste embryonnaire et j’ose même dire superficielle. Mais ce n’est que mon humble avis (que tu connais d’ailleurs déjà, j’écris surtout pour alimenter le débat), et je continue de saluer l’initiative sur le plan « éditorial ».

  • Stéphanie

    Je crois qu’on devrait lire « Christophe Girard » plutôt que « Pascal Girard » au titre Métropolis dans les sorties du mois.
    Bonne journée.

Les plus lus

Brèves

Commentaires