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Bonjour, monde cruel !

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Jojo, la série régulière d’André Geerts, est une sorte d’anachronisme dans le journal Spirou, où elle paraît régulièrement : en tout cas, cette bande peut sembler bien polie en comparaison des Kid Paddle et des Petit Spirou de ce monde. Pourtant, tous les lecteurs de Jojo vous le diront, cette série est délicieuse, avec son côté authentiquement gamin mêlé à une qualité d’observation tout ce qu’il y a de plus adulte, un regard lucide et gentiment cynique sur l’univers d’un petit garçon normal dans une famille atypique, à l’âge des découvertes et de l’école élémentaire.
À la rigueur, on pourrait reprocher à Geerts une manière surannée, une vision du monde moderne fait de bric-à-brac, un «système de valeurs» très Dupuis (on n’est pas si loin du terrain vague de la Ribambelle…). Mais alors, c’est le critique qui pinaille : le lecteur de bonne foi se fichera bien de ces considérations et se régalera au contraire du talent de conteur, sans parler de l’élégant dessin, rond et nerveux, de Geerts.

Tout ceci pour dire qu’avant Jojo, il y a eu l’album Bonjour, monde cruel !,[1] recueil de dessins comiques en une planche, où se dévoilait déjà cette combinaison de gaminerie et de lucidité qui le caractérise. Dit sommairement, Bonjour, monde cruel ! est à Jojo ce que les dessins d’humour de Sempé sont au Petit Nicolas.[2]

La comparaison avec Sempé n’est pas innocente, autant l’étoffer immédiatement. C’est que les deux auteurs pratiquent à peu de choses près le même art, il est donc aisé de parler du premier en se plaçant du point de vue du second. On note d’abord que la lecture des panels de Geerts est un exercice aussi complet que chez Sempé : on a d’abord une vue d’ensemble (ce bon vieux gestalt), où le regard détecte ce qui semble, a priori, important à la compréhension de l’image. Dans le meilleur cas, ce qui attire d’abord l’œil n’est pas le détail qui rend l’image drôle ou cocasse.
Par exemple, on verra d’abord une famille pique-niquant au milieu d’un lieu dont un écriteau nous annonce qu’il s’appelle : «Vallée des grands espaces». Le décor, que Geerts dessine majestueux, ne nous donne aucun indice supplémentaire. C’est alors qu’on examine la petite famille de plus près. Nous notons alors l’attitude étrange du père et de la mère, et la position du petit garçon. Et de là, le sens du gag, que l’on constate et contre-vérifie ensuite en reprenant la vue d’ensemble. Pour le lecteur, cette gymnastique est non seulement partie intégrante du plaisir de lecture, elle décuple l’effet comique.

Mais Geerts ne partage pas les sujets et les personnages de Sempé, pas plus que son dessin. Sempé possède au fond un trait bien froid, soucieux d’un certain luxe de détails, d’ornementations finement élaborées, d’une exactitude dans les décors qui, en des mains moins expertes, confinerait à la carte postale. Geerts, à l’inverse, a un dessin rond, sommaire et souvent inexact, qu’il rehausse d’aquarelle, donnant à l’ensemble un rendu plus flou, un peu impressionniste. Et, là où Sempé fait dans la volupté et la sophistication, illustrant en quelque sorte un certain fantasme de la bourgeoisie, Geerts conserve un petit côté «prolétaire», de sentiments nobles et ordinaires, d’amours simples plutôt que de passions troubles, de colères franches plutôt que de frustrations dissimulées.

Il est notable que ces dessins aient été faits pendant la première moitié de la décennie 1980, époque d’enrichissement relatif pour beaucoup de ménages occidentaux. Époque charnière également dans la marche vers la modernité avec tout ce que cela comporte d’inquiétant, en font foi les trois pages consacrées à cette invention très datée : l’abri antinucléaire. Beaucoup de ces gags, de fait, traduisent une certaine difficulté à s’adapter à ces temps nouveaux de richesse, de cruauté et d’incertitude. On y évoque sans paravent le désespoir, la solitude, et on y subodore à demi-mot que la fin du monde n’est probablement pas loin.

De même, Geerts ne souligne que très rarement la mesquinerie du genre humain, alors que ç’eût été un procédé comique efficace et facile à exploiter. Même lorsque la situation est franchement absurde, c’est surtout par la force des choses et pas tant par la faute des protagonistes. En fait, Geerts invoque plus volontiers un sentiment de tristesse que de condescendance. On peut même dire qu’à plusieurs endroits, il cherche manifestement la compassion du lecteur bien plus que son rire. Il s’agit d’un exercice difficile mais peu spectaculaire, aussi ce recueil s’adresse-t-il sans doute d’abord aux lecteurs attentifs au petit détail qui fait mouche, peu pressés en revanche d’en découdre avec les grandes questions.

La plus belle page de Bonjour, monde cruel, la voici. Lors d’un bal masqué, une jeune femme souriante, déguisée en Chaperon rouge, s’adresse à un Grand méchant loup plutôt timide : «Peur de moi ? !… Voyons, Georges, c’est ridicule… !» C’est toute la subtile promesse d’une idylle naissante qui s’est blottie dans le coin inférieur gauche d’une scène de fête déjà empreinte de gaîté. Dans toute les littératures dessinées, je ne connais pas beaucoup d’images plus tendres que celle-là.

Notes

  1. Bonjour, monde cruel ! a été d’abord publié en 1985 dans l’éphémère collection «Les étoiles Dupuis», dans une édition plutôt luxueuse pour l’époque (grand format, élégante couverture, dos toilé, papier glacé). Cet album, ainsi que son successeur, Adieu, monde cruel !, fut ensuite réédité dans la collection «Humour libre», chez le même éditeur. Réédition d’ailleurs fort malheureuse (couverture sans goût, format réduit, etc.), aujourd’hui corrigée par une troisième ( !) édition, différente mais dans l’esprit de la première.
  2. Sauf erreur, Jojo fait d’ailleurs sa première apparition en page 24 de Bonjour, monde cruel !.
Site officiel de Dupuis
Chroniqué par en novembre 2008
  • David, tu as vraiment l’art de me rappeler les bons vieux souvenirs de Spirou ! (Ca avait commencé avec l’inattendu La pire BD du monde de Pévé dans les coulisses de Dans ta bulle). Et du même coup de trier le bon grain de l’ivraie de ces pages de l’époque (où tout n’était pas bon mais où tout n’était vraiment pas à jeter). Et encore du même coup de donner envie de se replonger dans ces pages de Geerts que je revois rien qu’en lisant l’article !!

    Le lien planches de Sempé-Petit Nicolas/Bonjour monde cruel-Jojo est tout à fait pertinent, au passage.

    La troisième édition de ces planches, est-ce que c’est récent ? Je n’ai plus revu ça depuis longtemps chez les libraires.

    • ça vient de ressortir en france…

  • Anonyme

    Comment oser écrire des balivernes pareilles sur Sempé, comment oser comparer un véritable et sublime dessinateur et le souiller d’intentions qui ne sont pas siennes par ces racourcis grossiers que vous oser faire avec ce petit artisan, suiveur de Sempé qu’est Geerts… vous déplacez le champ de ses intentions à votre guise bien facilement, si Le petit Nicolas résume pour vous tout Sempé, là est bien la bédé, toujours tout ramener à elle, étriquée.

    • david t

      eh oui, sempé est un dessinateur et un humoriste de génie. c’est bien vrai et j’admire l’ensemble de son travail. et pourtant j’ai pu ressentir que geerts jouait d’une corde différente de sempé, qu’il amenait une tonalité différente par son travail et que souvent, cette tonalité me parlait davantage que celle de sempé. pourquoi? je ne sais pas. j’ai essayé de l’expliquer par ces raccourcis que vous me reprochez. comment faire autrement? peut-être en écrivant un texte sans raccourcis, donc trois fois plus long qui, à force de mais et de cela dit, s’affairerait à ménager votre sensibilité à fleur de peau. à la place, j’ai décidé de couper grossièrement, là où je voyais la distinction, imaginant, vous allez rire, que les lecteurs de bonne foi comprendraient sans me prêter des intentions qui n’ont jamais été là.

      mais au-delà de ces broutilles, comment puis-je oser préférer parfois untel à tel autre, qui a l’heur de vous plaire davantage? ah, çà, vous avez bien raison de me le reprocher, cher justicier anonyme. c’est une faute de goût impardonnable de ma part, voyez: je m’en fustige vigoureusement.

      • justicier masqué

        Je vous reprochais juste de faire des rapprochements faciles et de comparer deux champs de création qui n’ont rien à voir, Geerts est un auteur de bande dessinées, Sempé est un dessinateur, j’espère sans m’apesentir là dessus marquer là, la nette différence… L’amalgamme du dessin et de la bande dessinée est un sujet où même les meilleures intentions sombres parfois.

        • david t

          très bien, maintenant il ne vous reste plus qu’à nous expliquer:

          1) en quoi geerts, qui manie comme sempé un outil qui s’appelle le crayon, n’est «pas» un dessinateur;

          2) en quoi sempé, lorsqu’il raconte des histoires en séquences d’images (ce qui lui est arrivé à quelques reprises) n’est «pas» un auteur de bande dessinée;

          3) en quoi le soi-disant amalgame entre «dessinateur» et «auteur de bande dessinée» serait, si je vous entends bien, un péché mortel de la critique, en général ou dans le cas qui nous intéresse;

          4) en quoi la distinction entre «dessinateur» et «auteur de bande dessinée», en admettant qu’elle soit un outil critique utile, s’applique dans le cas présent, puisqu’on parle de «gag panels», donc de dessins en une page qui ne sont pas de la bande dessinée;

          5) en quoi il est inconcevable qu’un «auteur de bande dessinée» puisse être également, même dans certains cas spéciaux, un «dessinateur».

          n’ayant pas été gratifié de ces éclaircissements, tout ce que je réussis à comprendre de votre intervention, c’est que vous cherchez à déguiser en «théorie du dessin» un bête jugement de valeur (sempé = genie insurpassable, geerts = immonde suiveur).

          rien n’est simple, n’est-ce pas?

          • Anonyme

            je vous l’ai déjà dit : deux champs de création différents, aussi différents que peinture et sculpture, sauf que bien plus ambigue puisque comme vous le remarquez, utilisant le même outil, mais pour moi à des kilometres l’un de l’autre… les intentions de geerts sont narratives celles de Sempé sont dans l’acte de dessin… bien sur si on malaxe tout cela avec les quelques essais de l’un et l’autre dans le champ de l’autre et notre mutuelle mauvaise foi sur le sujet, on en fini plus… sinon, sur un tout autre sujet, vous en voyez beaucoup vous des auteurs de bandes dessinées sachant passer dans le champ du dessin

          • Etienne

            Ben oui, ce ne sont pas les exemples qui manquent (même si cette division ‘des champs’ me parait totalement fallacieuse). Pour n’en citer que quelques uns, a froid: Blutch, Jim Woodering, Stephane Blanquet, Hugo Pratt, Lolmede…

            La réciproque (dessin -> Bande Dessinée) est aussi riche d’exemples: Richard McGuire, Blex Bolex, Gus Bofa…

            Et franchement, utiliser la narration comme critère de discrimination entre ‘le dessin’ et la Bande Dessinée me parait simpliste et artificiel. Qui oserait dire que Guernica, ou un dessin de Sempe justement, n’a pas de vocation narrative?

            Il serait peut être temps de dépasser le stade de la catégorisation maladive.

          • Matrok

            Pas de narration chez Sempé ? On aura vraiment tout lu… Lorsque Sempé dessine des petites filles qui dansent, puis une fois sorties qui sautent dans les flaques d’eau avec les mêmes gestes, il utilise une technique narrative qui est celle de la bande dessinée. Après sur la question « Geerts est il un plagiaire de Sempé », je passe mon tour. J’ai un immense plaisir à lire Sempé autant que Geerts, et oui l’influence de Sempé est immense sur la bande dessinée, et pas seulement sur le pauvre André Geerts.

    • Raymond

      Je ne pense pas que cette critique contienne des balivernes à propos de Sempé, et il n’est pas justifié de mépriser André Geerts qui, dans cet album, ne fait pas de la bande dessinée mais bien du dessin de presse. Il est légitime de comparer « Monde Cruel » aux illustrations de Sempé puisque ces oeuvres se ressemblent, et il est tout aussi logique de relever leurs différences. On les observe aussi bien pour le dessin que pour l’ambiance, et il est normal de les définir.

      David évoque une froideur du dessin de Sempé, alors que j’aurais plutôt évoqué un trait caustique que l’on ne trouve pas chez Geerts, et ces remarques n’ont rien de péjoratif. Il y a plus d’ironie chez Sempé et plus de tendresse chez Geerts, et il n’y a là rien de méprisable, ni pour l’un ni pour l’autre. Sempé est plus célèbre que le dessinateur de Jojo, c’est indiscutable, mais pourquoi mépriser un dessinateur sous prétexte qu’il fait des bandes dessinées. Il est très probable que Geerts a pensé à Sempé en dessinant ses illustrations dans Spirou il y a une vingtaine d’années, mais Sempé lui-même n’a pas inventé le dessin de presse. Avant lui, il y avait Chaval, ou Dubout ou d’autres dessinateurs prestigieux qui ont servi d’exemples. Chaque dessinateur commence par avoir des modèles avant de trouver son style propre. Je suis un grand admirateur de Sempé, et c’est exactement pour cette raison que j’ai beaucoup apprécié Monde Cruel. J’y retrouve la même magie.

      En bref, je trouve que la critique de David est excellente, et qu’elle rend justice à Geerts aussi bien qu’à Sempé.

      • justicier

        Sempé dessinateur de presse, balivernes… sachez choisir vos qualificatifs, on parle de Sempé pas de Plantu. Sinon bien sur tout le monde aime Sempé, mais pas toujours pour de bonnes raisons, ce qui fait également de lui un délicieux dessinateur pour mémères

        • Geerts

          Encore un truc: tout le monde s’ est un jour inspiré de quelqu’un… Au moins! Peu de gens savent que Sempé a décidé, au début de sa carrière, de s’inspirer très étroitement du style de Cobean ( je ne garantis pas l’orthographe), dessinateur d’humour anglais qui n’aurait laissé que deux recueils de dessins, aux dires d’un mien ami, admirateur de Sempé. J’ ai eu l’occasion de les voir, et c’est troublant… Mais normal! Cela n’a pas empêché Sempé de devenir l’énorme et incontournable artiste, véritablement créateur, que nous admirons.

      • Christian Rosset

        Le dessin de Sempé n’est pas froid. Son trait, extrêmement vivant, change au fil du temps tout en restant clairement identifiable. Chacun (ou presque) de ses dessins tient tout seul, supporte le mur comme le regard, le mauvais papier comme le « beau ». Seuls quelques uns, de ceux qui font le plus « jolie image à encadrer », peuvent paraître un peu complaisants. Si on veut tenter de voir le dessin de Geerts, il faut essayer d’oublier cet ancêtre encombrant, ce qui n’est pas facile et même pour moi impossible. Du coup, je l’avoue, je n’y vois rien et, sans ce texte de David qui est un bon passeur, je n’aurais aucune envie d’aller y voir. Ceci dit, je ne me presse pas… Mais, si je répond rapidement, c’est qu’il n’est pas question de tomber dans le piège de l’opposition, quasiment « de classe », entre le pur dessin et l’impure bande dessinée. C’est un faux débat. Déjà mille fois clos faute de combattants sérieux.

        • david t

          froid n’est pas le mot le plus juste pour parler de sempé dans l’absolu, mais par rapport à geerts il ne me semblait pas trop incorrect. j’admets que mon texte aurait pu être mieux écrit.

          sempé fait des compositions d’une intelligence subtile et certainement sublime; geerts est «facile», il s’éparpille dans son dessin, mais cet éparpillement «naïf» a quelque chose de beau, d’authentique, de «chaleureux», du moins je crois que c’est par cette porte dérobée que l’on doit entrer chez geerts, et non par la grande porte où nous accueillent déjà en effet sempé, blutch ou steinberg (pour n’en nommer que trois quasi au hasard).

          quant aux reproches de notre trublion aussi anonyme qu’insistant, je vais devoir les ignorer pour le moment. la raison supérieure invoquée pour les faire tenir debout ne s’est pas matérialisée: je l’attends toujours. et puis je ne peux souscrire à cette espéce de sous-entendu, qu’on me sert souvent sous une forme ou une autre, comme quoi il ne faudrait parler en bien que des textes parfaits, que des dessins sublimes, des formes pures, comme si, à travers les œuvres moindres, grotesques, hybrides, on ne voyait pas justement tout autant, et même parfois mieux, les soleils qui les éclairent.

          face à la perplexité que m’inspire cette micro-controverse, je me rassure en constatant que tous les autres intervenants sont parvenus à très bien comprendre la nature et le sens de ma chronique. ouf: finalement, je ne suis pas en plein solipsisme.

          quant à moi, que voulez-vous, je conserve une réelle tendresse pour ce livre de dessins sans grande prétention et qui ne passera sans doute pas à l’histoire (d’autant plus que geerts n’a pas continué dans cette voie; il aurait pu alors raffiner sa manière, en venir à faire de meilleures choses encore). et ça, cette tendresse, cette impression d’y être chez moi, elle est et restera sans doute inexplicable.

          • Li-An

            Le vengeur masqué patauge dans la semoule…
            Sempé peut avoir un dessin très froid puisqu’il met en scène régulièrement la froideur de notre monde. Mais je ne le qualifierai pas de froid.
            Geerts a pensé très fort à Sempé quand il a réalisé ces dessins mais on n’est pas dans le tâcheron puisqu’il développe un humour différent avec des thèmes personnels.
            Ses personnages (gros nez, visage peu marqué) sont directement issus du travail de Sempé pour ces images. Mais la gestion du trait est en effet différente. Sempé cherche la suggestion, Geerts n’hésite pas à aller vers la description. Je suppose que c’est la grosse différence qui provoque le caca nerveux de monsieur le masqué. Un dessin descriptif se rapprocherait du dessin classique et donc ouh, pas beau, pas moderne. Il est à remarquer que le dessin de Sempé devient quelque fois tellement suggestif qu’il ne montre plus grand chose. Certains se pâmeront, d’autres se demonderont s’il n’y a pas faiblesse sous roche.
            Au final, on voit bien que Geerts n’a pas continué dans cette voie et que son dessin a évolué vers quelque chose de plus net et « clair ». Moi j’y vois une envie de faire « comme si » qui n’est pas condamnable si elle débouche sur d’autres choses.
            Pour continuer sur le thème du dessin, je suis marri que tu ne cites pas Moebius ou Franquin. Il est à remarquer que certains critiques d’art considèrent que le trait de Juillard est plus intéressant que celui de Moebius. Ce qui prouve que leur point de vue peut-être ridicule lui aussi.
            Au final, il est clair que le dessin pur n’a rien à voir avec le dessin BD avec des contraintes et choix très différents. Mais le choix de Sempé comme représentant d’un pur dessin face à la lie BD me parait capillotracté. Et je n’aime pas trop le dessin de Blutch quand il fait du « pur dessin ».

          • vengeur masqué

            Je n’ai aucunement parlé de modernité ni de classissisme, cela ne m’intéresse pas et mon propos n’est pas là. Non plus de ressenti froid pour l’un, chaud pour l’autre, nous ne sommes pas en thalasso… On dirait que les couches successives de commentaires, couvrent et déforment states par strates mes propos, peut être un peu élliptiques, il est vrai, mais que j’espérais malgrès tout lisibles et ne pas les retrouver aussi déformés par l’interprétation de chacun. J’avoue que le sujet est complexe, et que je prêchais sur le postulat, que l’on a pas voulu prendre en compte, ou chacun de ces deux créateurs oeuvraient dans un champ artistique différent (ne tenant pas compte des exceptions anecdotiques par rapport à la somme de leur oeuvre). Si je reprends et que l’on se débarasse de cette stupide question de narration, puisque de toute façon tout dessin pose avec ou malgrès lui une narration (consiente ou pas), c’est à dire une histoire, les intentions globales de chacun, sont là bien différentes, Geerts celles de la bande dessinée, Sempé celles du dessin humoristique. Donc forcément, l’acte de dessin, qui était mon propos, est conséquemment différent, et de cela la matière dessinée qui en découle, elle-même. Matière dans mon idée si différente que le rapprochement de David Turgeon m’a semblé ne reposer que sur un rapprochement facile, allant à l’évidence commune.
            Donc comme le disait très simplement (à mon opposé) Li-An «il est clair que le dessin pur n’a rien à voir avec le dessin BD avec des contraintes et choix très différents.», n’oublions pas de mettre entre parenthèses nos codes de lecture BD, lorsque l’on ne parle pas d’elle.

          • André Geerts

            Très amusant, ce débat, mais les tentatives de comparaison entre le dessin d’humour et la bande dessinée ne m’ont pas satisfaites. Voici ce que mon expérience m’a amené à penser… Le dessin d’humour et la bande dessinée sont opposés. Le premier DESACRALISE les choses, les êtres, les institutions, il abat les statues, fait tomber les mythes. Les personnages mis en scène sont des anonymes, qui ne seraient pas même des seconds plans dans une bande dessinée, juste des figurants. Les personnages sont au service de l’IDEE. Il n’y a pas de lien affectifs forts et pérennes entre le lecteur et eux. La bande dessinée, c’est le contraire. Elle est l’héritière des récits mythologiques, ses personnages sont des  » héros « , ou  » antihéros « , ce qui revient au même, puisqu’ils sont mythifiés ( Gaston, Blueberry… ). La bande dessinée a une tendance à ériger des statues, celle de Tintin, les statuettes en produits dérivés, le pire ( évité! ) aura été le projet de lever la fusée d’  » On a marché sur la lune « , grandeur nature, en place d’ Angoulême. Les idées sont au service des personnages. Il y a un étroit lien affectif entre les personnages et les lecteurs ( et l’ auteur ). Bien sûr, aucune frontière n’ est inviolable, heureusement, et certaines bandes dessinées opèrent comme des dessins d’humour. Je parle ici des bandes dessinées déclinées en série, avec des personnages récurrents. André Geerts, petit artisan.

          • Geerts

            La dernière phrase de mon intervention aurait dû être:  » Ma comparaison ne concerne que les bandes dessinées déclinées en séries, avec des personnages récurrents. ». C’est plus clair!

          • david turgeon

            bien le bonjour, monsieur geerts. je trouve assez pertinente la distinction que vous opérez entre les deux pratiques. j’avoue que je n’avais pas pensé à cette particularité que vous attachez au dessin d’humour, la «désacralisation», apparemment absente en bande dessinée —

            quoique… certains passages de chris ware; le récit court here de richard mcguire; ainsi que certains livres de lewis trondheim (je pense aux genèses apocalyptiques); ces trois exemples de bande dessinée pourraient, je crois, entrer dans la catégorie d’œuvres narratives mises entièrement au service d’une idée sans jamais demander à créer de «lien affectif fort» avec le lecteur.

            en d’autres mots, je ne pense pas que cette désacralisation soit une spécificité du dessin d’humour mais en y pensant bien, dès que l’on a une répétition de personnages, il est facile de jouer sur l’attachement.

            en outre, relisant votre bonjour, monde cruel, je ne suis pas si certain qu’il soit totalement exclu que l’on puisse jamais s’attacher à l’un ou l’autre de vos personnages, même qu’on aurait vu une seule fois. je pense que dans beaucoup de cas, on ne peut s’empêcher d’imaginer ce qui se passe en-dehors du dessin pour eux, la «suite des événements» si vous voulez… mais ici je ne fais qu’ajouter un bémol sur votre observation que je continue à trouver globalement juste. merci de votre passage ici et tant qu’on y est, j’en profite pour vous souhaiter une excellente année 2009.

          • André Geerts

            Vous avez bien raison, Monsieur Turgeon, c’est pourquoi je terminais moi-même sur un bémol, tout pareil au vôtre. Merci pour vos voeux, vous avez les miens.

          • Lambico

            J’ai une question absolument anecdotique monsieur André Geerts : avez-vous un rapport avec Paul Geerts ?

          • Geerts

            Eh bien non, Lambico, aucun…

          • Mattias-Fausse-monnaie

            Beaucoup de bandes-dessinées sont au service d’une Idée plus qu’au service d’un lien « affectif » personnages/lecteur – qui, au reste une dérive mercantile, des années 30 où le roman populaire migre vers le cinéma, le sérial/télévision et la bande-dessinée, des média soit-disant plus à même d’intéresser le populo / enfant. Les exemples, outre les trois cités par vos soins, ne manquent pas, d’ailleurs :
            Ruppert & Mulot, Georges Herriman, très certainement les peanuts etc.
            De plus, je pense que le débat dessin humoristique (de presse / estampes) / bande-dessinée est caduc : la bande-dessinée a été engendrée par le premier – relisez Töpffer, il se dit inspiré par Hogarth. La bande-dessinée recherche
            , ou devrait rechercher, les mêmes buts. En fait, l’un est simple, synthétique et l’autre est complexe, narrative et post-XIXe.

  • Anonyme

    Juste un petit mot pour rendre hommage à Geerts qui est mort il y a quelques jours.
    Merci pour tout monsieur.