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Le Club de la Fin du Siècle

de

Imagine l’ami(e) que l’A.M.I. (heureusement tombé à l’eau (pour l’instant)) ait triomphé.
Moi aussi, je te rassure, je ne souhaiterai pas ça à mon pire ennemi. Mais c’est ce que propose quand même l’anglais Ilya, qui dans cette histoire de prospective/s.-f. (commencée il y a 10 ans …) aujourd’hui devenue uchronie par le temps qui file, imagine une Angleterre ultra ultralibérale (mais pas libérée car plutôt carcérale) et en pousse toutes les conséquences jusque dans les recoins du quotidien.
Résultat, en cette fin de siècle tout est privatisé, même la police … Alors dans ce monde de rêve d’inspiration Thatcherienne (Thatcher hyène !) auquel les économistes du monde global aspirent, tu dois bouffer l’autre ou te faire bouffer, et tu ne thunes qu’en t’aliénant plus de 12 heures par jour et 6 jours sur 7 à un boulot merdique. Alors et seulement alors, tu peux (peut-être) survivre, sinon ben … t’es mal, et tu crèves tout seul, car mort et solitude sont gratuites (« free » en anglais).

Mais tout n’est pas perdu, à ce triomphe du barbarisme du fric, il existe une et une seule solution : les amis.
Cela évite en parti de répondre à cette violence économique par la violence tout court (à toi ou envers les autres). Un « s » au sigle mnémotechnique de l’O.C.D.E, pour préciser que le collectif, le publique, c’est finalement très important. L’individu n’a conscience de son individualité, et ne se construit comme individualité, que parmi d’autres individus perçus autrement que comme des ennemis. Tout le reste est du décorum.

Association, communauté, famille, tribus, ces 4 mots cernent et ne cernent pas le club de la fin du siècle.
D’autant plus qu’il y a derrière ce mot club, toute la tradition du club à l’anglaise, allant du Hellfire à ceux des buveurs de bergamote au thé.

Amis, pour s’en sortir mais pas seulement, les personnages veulent monter un resto-café-concert.
Bof, pas très original me direz-vous. Sauf qu’ils lorgnent (informellement) plus vers une sorte de lieu mélangeant la petite salle de concert et le café Terrasse des dadaïstes, le tout baignant dans une London toujours swinging malgré les éclopés de la guerre économique (nouveau Blitz).
Le but : faire une bonne base pour démarrer. Surtout ne pas survivre pour survivre, mais survivre pour changer (tout). Nobles et douces idées, mais dur le monde (économie oblige) ; il y a des embûches, et des gros cons, il faut naviguer entre l’autorité interlopée et l’interlope autoritaire, entre soi et les autres (altérité), entre le ça et le surmoi, entre elle et lui, entre l’intérieur et l’extérieur (érosion), etc. De la vraie aventure !

Une bande décidée, beaucoup de personnages et un joli brassage de psychologies de la part d’Ilya. La bande (dessinée) y gagne en mouvements, musiques et rythmes. Sans connotations péjoratives, il y a un coté clip dans le club de la fin du siècle.
Il y a aussi du dandysme, du shocking/provoque, de la liberté de moeurs, du conservatisme, du fish-and-chip … bref, de l’esprit anglais à 100 % que l’on connaît bien ailleurs mais à saluer ici car si rare dans la britt bande dessinée phagocyté par les comics super héroïques et niveleurs des amerloques.
Le club de la fin du siècle n’est peut être pas fondamental, mais il est de son temps ; une belle équipe, un croisement réussi entre Trainspotting et My beautiful laundrette. Une joyeuse bande dessinée de crise, la vraie de vraie, celle en dehors des statistiques déréalisées de l’A.N.P.E. et du toutvasbienàlabourse.

Pour finir ajoutons que (comme d’hab) l’édition de Béthy (supervisée par Jennequin) frise le sans fautes (format, façonnage, traduction), et qu’elle comprend en plus un dossier quasi-exhaustif sur l’auteur (inconnu en France) et ses personnages. Du vrai travail d’éditeur du prochain millénaire.

Chroniqué par en novembre 1998

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