Clumsy

de

Dix ans après le I never liked you de Chester Brown, l’autobiographie continue de représenter, pour la bande dessinée indépendante, un filon inépuisable d’œuvres plus ou moins réussies, plus ou moins talentueuses.
Clumsy se découvre comme un journal intime décousu, dont les pages auraient été éparpillées, puis réunies sans véritable souci chronologique. Le livre s’ouvre ainsi sur la première nuit de Jeff passée avec Theresa (qu’on devine être la nouvelle), avant de s’intéresser à la dernière nuit passée avec Kristyn (l’ex). Et il faut attendre une vingtaine de pages avant de voir (brièvement) évoquée la première rencontre avec Theresa.

Cet apparent désordre renforce l’aspect cristallin, fragile de ces moments capturés par le trait mal assuré de Jeffrey Brown — des moments simples, qui seraient presque banals s’ils n’étaient teintés d’une intimité presque gênante, d’une sensibilité à fleur de page.
Sans pudeur, Jeffrey Brown se dévoile. Petites mesquineries et grandes inquiétudes, soirées de solitude et siestes crapuleuses, instants complices et désaccords passagers … toute une galerie de moments vrais, qui sonnent juste, et parmi lesquels nous, lecteurs, retrouvons des échos de notre propre expérience.

«Clumsy» — en français, maladroit, malhabile. Et sans conteste, Jeffrey Brown se montre malhabile dans ses relations humaines. Mais c’est bien là toute la maladresse que l’on trouvera dans cette première œuvre. De l’organisation non-chronologique de ces tranches de vie au dessin a priori fragile et mal assuré, l’ensemble rayonne d’une grande maîtrise de la narration — sachant se montrer juste, émouvant et subtil à la fois.
Il est rare de trouver un livre qui, en quatrième de couverture, arbore fièrement les louanges d’un Chris Ware et d’un James Kochalka enthousiastes. Mais c’est armé de telles recommendations que l’on découvre Clumsy — et il n’y pas à redire, le conseil est bon.

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Chroniqué par en octobre 2004
  • un lecteur

    Moi j’ai trouvé ça un peu beauf, un peu facile et donc un peu cher par rapport au contenu. Les autobiographies nombrilistes (du type fraise et chocolat, Shenzhen…) qui ne racontent pas grand chose, même si elles ont un graphisme séduisant, me laissent un gout de trop peu. Ca manque de raisonance, de profondeur. C’est un peu vite dit, (et mal dit) je m’en excuse.

    • Régis Courge

      Depuis quand est-ce que Shenzen ne raconte pas grans chose ? L’auteur réduit son personnage à une humeur – amusement, étonnement – parce qu’il n’est au fond pas question de lui, rien de nombriliste dans Shenzen où on apprend un peu plus à lire le monde. Clumsy par contre, j’ai un peu de mal, on touche aux limites de l’autobiographie : la vraie vie; c’est très enuyeux finalement.

  • yaya

    J’ai vraiment beacoup aimé clumsy. C’est d’un réalisme touchant. Rien n’est caché, il n’y a pas de honte. Jeff brow s’ouvre au monde sans crainte. C’est rare d’avoir une vision d’une histoire d’amour aussi transparente.