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Dark Night, une histoire vraie

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Une nuit profondément sombre, à laquelle s’ajoute la garantie de vertiges, voire des sueurs froides. Dans sa version française il s’agit d’une « histoire vraie » ; dans la version originale c’est « a true Batman story ». Oui, le super héros est là, toujours présent, mais à une place qui le renvoie à sa nature fictionnelle, à sa présence symbolique, à son rapport au réel.

Personnage profondément individualiste, il est néanmoins et comme bien des supers-héros, un symbole plus général oscillant dans son cas entre l’idée de justice, de la vengeance et/ou du libre arbitre. Suivant la tonalité de l’époque, ses aventures sont plus ou moins sombres, plus ou moins au diapason du sentiment et de la présence des foules successives.
Dans cette « histoire vraie », Batman est surtout le symbole d’un individu. Tout jeune ce dernier en avait fait son verbe, ainsi qu’un de ses amis imaginaires. Ce masque impressionnant le rendant présent/absent faisait écho au sentiment d’un jeune garçon se sentant transparent dans le monde, à l’identité encore secrète car en devenir. Si Paul Dini a intériorisé Batman comme bien des enfants de son âge, il en a aussi fait très tôt un mode d’existence, au point, devenu jeune adulte, d’en faire son métier et de connaître le succès comme un des scénaristes chargé de ses adaptation en dessins animés. Né peu après le Comic Code Authority, la suspicion parentale et institutionnelle vis-à-vis de cet intérêt précoce pour un personnage de comic book se voyait ainsi transformée en victoire personnelle. L’on comprend aussi que Dini ait pu transformer un de ces psys de son enfance discourant sur la nocivité de ses lectures, en une de leur consœur sexy dans un costume d’arlequin et, beau transfert, amoureuse (à la folie) du Joker, le pire ennemi de son héros préféré.

Reste que ce triomphe cache une fuite d’une autre nature. Dini mentait au psy de son enfance qui l’interrogeait sur la réalité de ses personnages favoris. Par l’une des ces nuits pourtant digne de Gotham, une violence de fait divers le rattrapera, le fera tomber, le ramènera à la fragilité de son corps et à l’impuissance de ses illusions. Lui qui a rendu vivant (animé) les personnages de son enfance jusque sur un écran, en voit désormais la maigre protection en ayant frôlé la mort, en voit aussi l’étrange nature mensongère personnelle. Le destin se révèle farceur (Joker) et meilleur scénariste. Dini gagnait sa vie avec ses illusions, on lui démontre qu’il peut la perdre sans elles.

Etait-il un super geek, dans sa geek cave avec ses geek gadgets ? Dini aurait tendance à le penser finalement, et laisse entendre en filigrane que l’identité qu’il cachait s’est révélée par ce drame. Dark Night n’est pas pour autant une charge contre les comics de super-héros. Il montre au contraire ce qui fait leur force en tant que mythe et langage. Le refoulement tient aussi à celui d’une époque qui a vu naître le scénariste, quasi vingt ans après celle d’une décennie de crise d’où sont nés des super-héros.

Chroniqué par en avril 2017

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