De la chevalerie

de

Dissection de l’exercice du pouvoir. Un roi archétypal, ses conseillers et la reine glosent sur l’ordre patriarcal et l’emprise religieuse, le cynisme et la « stratégie lexicale » des maîtres. Malgré la houppelande, certains termes n’auraient pas été employés sous l’ancien régime et puis les cochons ne se chevauchent pas comme des chevaux. Peu importe, il est bien clair que Juliette Mancini parle de son époque.

« Et si on leur disait que c’est une chance de travailler ? », suggère un conseiller au roi. Plus tard, quand celui-ci émet des doutes quant à l’existence de Dieu, un prélat rappelle qu’il ne tient son pouvoir que de Lui : « c’est très courageux cela dit, très moderne comme pensée. Vous pourriez complètement changer l’ordre social. Pourquoi cette dure vie de labeur, de vertu et d’honnêteté si le paradis n’est qu’une illusion ? Il vous faudrait faire face à une révolution de grande ampleur car le peuple demanderait justice mais bien sûr vous n’auriez plus aucune légitimité sur le trône, on vous ferait sûrement payer pour les années d’asservissement, en vous coupant la tête par exemple ».

La malice s’exprime sous un crayon virevoltant, les chapitres sont ponctués par un gaufrier révélant l’absurdité des vies soumises à une organisation sociale que chacun-e reconnaîtra — un peu, beaucoup. À la fois drôle et cruel, un livre comme on les aime : aussi maîtrisé sur le fond que dans la forme, par le langage soutenu, l’invention du dessin et de la composition. Et il s’agit d’une première œuvre !

[Texte initialement publié sur le site de l’excellente librairie Contrebandes, à Toulon]

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Chroniqué par en novembre 2016

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