Family Compo

de

Family Compo débute avec un concept assez incongru : un jeune homme, devenu orphelin à la mort de son père, est adopté par sa tante et son mari, gagnant au passage une (très jolie) cousine. Seul problème, il découvre bien vite que ses parents adoptifs sont tous deux travestis — le père est en réalité la mère, et inversement. Et la cousine serait-elle un cousin ? Mystère.
Pour un auteur comme Katsura Masakazu, cette idée aurait été l’occasion rêvée d’aligner les scènes de douche et les petites culottes, histoire de savoir ce qui se cache vraiment sous les jupes des filles. Et à en juger par les pin-up qui ornent les couvertures de la série, on pourrait craindre le pire … mais il n’en est rien, au contraire.

A partir de ce point de départ, Hôjô Tsukasa se lance dans un récit qui a tout du vaudeville, un étourdissant jeu de masques, dans lequel chacun essaie de deviner qui est l’autre sans trop révéler de lui-même, et où le qui pro quo (dans son sens premier, «prendre une chose pour une autre») règne en maître.
On y retrouve tout l’attirail narratif du théatre, organisé autour du lieu principal qu’est la maison, chaque nouvel épisode étant présenté comme une (folle ?) journée. Il y a donc des jeux de portes, des coups de théatre, des coïncidences incroyables et des chassés-croisés incessants. Et, au centre de tout cela, le travestissement.

Mais encore une fois, il s’agit d’un travestissement de théatre, dans lequel l’habit fait décidément le moine. Qu’un homme s’habille en femme, et il devient femme, dans son comportement, ses attitudes et ses gestes — la métamorphose est totale, l’illusion est parfaite, tout le monde s’y laisse prendre. Et, grace à la finesse du dessin d’Hôjô, même le lecteur finit par y croire.
Y croire, sans vraiment être dupe, car tout ceci n’est possible que par la magie de la mise en scène. La présence du père manga-ka et les interventions des cinéastes amateurs de l’université viennent rappeler et renforcer cette idée de spectacle, atteignant le summum dans le quatorzième et dernier volume, lorsqu’une scène sera rejouée devant la caméra, avec inversion des rôles (et des sexes) pour les protagonistes.

Cat’s Eye et City Hunter étaient pensés comme une série d’épisodes indépendants, autour d’un noyau très réduit de personnages récurrents. Avec sa galerie sans cesse grandissante de rôles secondaires, Family Compo se situe à l’opposé, et entremêle régulièrement les différents fils narratifs, jusqu’à donner un écheveau d’une complexité réjouissante.
Restent cependant de petits défauts, comme quelques répétitions dans la longueur et les personnages au (trop) bon fond caractéristiques des histoires d’Hôjô — certaines scènes auraient sans doute bénéficié d’un peu plus de «mordant» et de moins de mielleux. Mais néanmoins, Family Compo demeure un divertissement agréable, dans le sens le plus théâtral (et positif) du terme.

Site officiel de Hôjô Tsukasa
Site officiel de Tonkam
Chroniqué par en mai 2001

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