Idylle

de

Le petit format des bandes dessinées de treize étrange est parfait pour le petit récit de Marc Lizano : un coup de foudre.
Mais pas un coup de foudre dramatique, flamboyant, torturé, passionnel. Non. Un coup de foudre quotidien. Un coup de foudre normal. Comme ça arrive chez les gens.
Le dessin de Lizano est toujours aussi chouette, à la fois facile et expressif, discret et équilibré. Parfait pour raconter cette petite tranche de vie ordinaire et attendrissante, pendant laquelle, à la veille d’un départ en week-end à la mer, Victor et Lily se cherchent, se draguent, se tournent autour, sans savoir tourner leur déclaration.

La plus jolie réussite de ce petit album, c’est l’intervention d’Emmanuel Guibert : alors que Victor et Lily courent pour ne pas rater leur rendez-vous (« – le premier arrivé embrasse l’autre. — pardon ? »), Guibert raconte en cinq planches sur fond noir l’accouplement des pigeons.
L’intermède, qui dure le temps de la course, porte un regard à la fois amusé et décalé sur l’histoire de Victor et Lily qui, bien sûr, finissent essoufflés, écroulés dans l’herbe du parc où ils doivent retrouver les copains.

Après les Hybrid Comix dans lesquels il avait déjà essayé la technique de l’invitation des collègues, Lizano renouvelle donc le principe, et ouvre une voie à une pratique prometteuse : parasiter le récit principal en y faisant intervenir, dans un ton décalé, un autre auteur qui apporte avec lui son propre regard et son propre style graphique. Le mélange est réussi, et donne envie de voir plus souvent ce type de dialogue dessiné, qui multiplie les possibilités du récit et lui donne une épaisseur nouvelle.

Et pour Victor et Lily ? Ben, c’est un coup de foudre, non ? Alors, évidemment, ils s’embrassent à la fin …

Site officiel de Marc Lizano
Chroniqué par en février 1999