Intermezzo

de

Tooku e ikitai pourrait se résumer en quelques mots : du Monty Python à la Japonaise. Au fil de ces recueils, Tori Miki aligne les gags nonsense-sques dans une grille immuable de 9 cases muettes.[1]
Généralement, l’auteur prend comme point de départ une idée abracabrante, mais s’applique ensuite à la développer avec une logique frappée au sceau du bon sens — versant alors dans un surréalisme où flotte toujours, sous-jascente, une certaine inquiétude.
D’autres strips s’attachent à détourner l’organisation de la page, les cases n’étant plus seulement séquentielles, mais constituant alors autant de «carreaux de fenêtre» s’ouvrant sur un espace unique — évoquant certaines des expérimentations OuBaPiennes.

Par contre, soyez prévenu : les gags de Tori Miki ne sont pas toujours intelligibles, et si certains «tombent sous le sens», une bonne partie d’entre eux restent abscons, ne laissant au lecteur qu’une vague indication du sens à y trouver (et ce, à ce qu’il paraît, même pour les lecteurs Japonais — donc pas de panique).
Qui plus est, Tori Miki fait fréquemment référence à des éléments de la culture japonaise (de la figure traditionnelle de Momotarô, l’enfant-pêche, à la fabrication du mochi, la pâte de riz, en passant par de multiple situations des bains publics), ce qui rajoute un obstacle supplémentaire à la compréhension du lecteur occidental.

Mais au-delà de ces spécificités culturelles, Tori Miki évoque au fil des pages des inquiétudes, des malaises, des interrogations viscéralement humaines. Des angoisses finalement bien résumées par le sous-titre[2] de Tooku e ikitai : «Anywhere but here». On serait sans doute mieux ailleurs — n’importe où ailleurs, mais pas ici…

Notes

  1. Sur ce point, Tori Miki se démarque nettement de la structure traditionnelle du strip «à la Japonaise», le yon-koma manga : quatre cases se succédant verticalement, avec un chute souvent absurde comme conclusion.
  2. En anglais dans le texte, et repris comme titre de la traduction américaine.
Site officiel de Tori Miki
Site officiel de IMHO
Chroniqué par en septembre 2005