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Johnny the Homicidal Maniac

de

« And, yes, there will be a semblance of a continuous storyline by the time it’s over ». Dès le premier numéro, Jhonen Vasquez annonce la couleur : Johnny the Homicidal Maniac est un joyeux foutoir, un truc exubérant et débordant d’idées, mais …
Pour la défense de Jhonen Vasquez, disons qu’il est jeune, très créatif, et … très doué. Son dessin, sombre et anguleux, particulièrement sensible et expressif, réussir à fixer sur la page tout un univers très personnel, dans lequel on trouve des personnages filiformes et hautains, des petits garçons aux yeux immenses et des maisons hantées emplies d’instruments de torture.

Et oui, vous aurez été prévenus par le titre, ce comic ne fait pas dans la dentelle. Il est bien question d’un homicidal maniac, Johnny, sorte d’anti-héros romantique, prisonnier de son destin de meurtrier et manipulé par des entités étranges et fantasmatiques.
Autour de lui gravite un certain nombre de personnages immuables : Squee, le petit garçon voisin de Johnny, destiné à être traumatisé ; Happy Noodle Boy, le comic déjanté dessiné par Johnny ; et Wobbly Headed Bob, génie métaphysique égaré au milieu d’un univers de cartoon, et dont la conversation pousse au suicide ses interlocuteurs. Ces deux derniers personnages, présents uniquement dans leur strip d’une page, viennent ponctuer régulièrement un récit par ailleurs chaotique.
Histoires de longueur (très) variable, passages complètement gratuits, remarques critiques sur son propre dessin, Jhonen Vasquez se permet tout. Un comic dense, par conséquent, mais enlevé par une narration dynamique et énergique.

C’est certainement là que l’on sent le plus la jeunesse de Jhonen Vasquez : poussé par son désir de raconter, emporté par son élan, il oublie parfois de se relire, de refaire le tri dans ses idées, de lisser un peu son récit. En effet, on en vient à regretter que certains passages terrifiants de vérité et de cynisme soient perdus dans la masse des délires parodiques. Les relations parent-enfant dépeintes au vitriol, la condamnation sans appel de ses admirateurs goths, les interrogations cruciales sur la religion (dans le #6, Johnny se retrouve face à Dieu, qui reste sourd et endormi ! à ses questions … et c’est le Diable qui va lui répondre), tous ces thèmes auraient mérité d’être plus développés. Mais peut-être le rire de Jhonen Vasquez est-il la seule solution pour affronter la noirceur de ces constats ?

[XaV|signature]

JtHM, c’est fini depuis le n°7 paru en Janvier 97. Enfin, fini … Johnny devrait revenir … un jour. Quoi qu’il en soit une compilation est sortie sous le titre JtHM Director’s Cut.

J’ai lu quelque part : « This is not a comic for everybody. But then, everybody sucks, so their opinions don’t matter anyway. » That’s the attitude JtHM should be read with. »

Le héros de cette série c’est Johnny, Nny pour les intimes. Misanthrope jusqu’à la violence, psychopathe philosophe. Le monde est rempli de crétins : Quand Woody Allen fait la queue dans un cinéma et se retrouve à côté d’un empaffé, son fantasme (Annie Hall) est de lui damner le clou. Nny réagit de manière, comment dire, plus extrême … (Quand ce n’est pas pour ramener la personne chez lui et la torturer longuement … )

Bien sûr, Nny n’est pas un bien bel exemple, il entend des voix dans sa tête (incarnées dans deux poupées de polystyrène et une tête de lapin mort !) mais il se demande, quand même, pourquoi il ressent le besoin de faire ces « choses ». Ce besoin de comprendre l’emmènera à rencontrer Dieu et le Diable. (Le paradis et l’enfer imaginés par Vasquez valent le détour !)

Chaque numéro contient également une histoire échappée d’on ne sait où : Les Meanwhile, pendant ce temps-là, qui vont des enlèvements extra-terrestres aux fantasmes de vampire d’un gamin gothique. Les amateurs d’humour noir, tendance C’est arrivé près de chez vous ou Beetlejuice devraient se régaler.

Un mot sur le dessin de Jhonen Vasquez, c’est une vraie merveille qui n’est pas sans rappeler Tim Burton, la composition des planches est vive donnant énormément de rythme aux récits, certains sont encore plus beaux car merveilleusement tramés. (même si ces derniers temps JCV a tendance à abuser des trames en dégradé.)

« Mais c’est hyper-violent ! » qu’vous allez m’dire !
« Oui mais non » que j’vous rétorquerais avec la fidèle répartie qui est mienne. Vasquez n’est pas totalement idiot, il n’excuse pas son personnage et n’en fait pas un héros. Nny n’est pas heureux, Nny s’interroge. et s’il est violent JtHM reste un comic comique ! Tout ça c’est pour de rire. Il est d’ailleurs assez triste de constater que malgré cette évidence (Jhonen en jouait et encourageait ses lecteurs à le rendre responsable dans leurs notes de suicide !) suite à certains courriers, Jhonen s’est senti obligé d’expliquer que c’était de l’humour, que la violence ne résout rien et que le suicide n’est pas une solution …

[Gregg|signature]

Chroniqué par en avril 1998