Kûshitsu Arimasu

de

La couverture ressemble à une vielle photo, aux couleurs jaunies par le temps. Comme un message provenant d’une époque révolue, le souvenir fragile d’un âge d’or disparu. Et il y a un peu de cela dans le premier recueil de Yamaaki Dôton, après près d’un an de publication tranquille dans les pages de Morning. La dizaine d’histoires réunies ici a beau se dérouler dans le Tôkyô d’aujourd’hui, le petit monde de la pension Ponwaka-sô semble suspendu hors du temps et de la fébrilité de la ville.

«Kûshitsu Arimasu» — «Chambres à louer». A la manière de Balzac, on retrouve ici une pension comme microcosme, une société en miniature sur laquelle veille l’ombre bienfaisante et le visage sans âge de Hanayama Tamako. Et de découvrir, au fil des chapitres et des pensionnaires, ces blessures qui ne se referment pas, ces douleurs que l’on cache et qui hantent ceux qui viennent chercher refuge auprès de Tamako-san — figure maternelle dotée de tous les attributs d’une madonne, y compris une certaine forme de «virginité».

De son trait un peu tremblé, Yamaaki Dôton dépeint ici toute une galerie de personnages attachants et humains, saisissant avec justesse expressions et attitudes. Par touches subtiles, il esquisse petit à petit les portraits de ces vies douloureuses. Cependant, on le voit plus d’une fois apporter à ses récits une conclusion quasi-miraculeuse et un rien précipitée — petit défaut que l’on mettra sur le compte de l’inexpérience et des difficultés à gérer la pagination impartie à chacun des chapitres.

Au final, Kûshitsu Arimasu est un manga attachant et humain, imparfait mais prometteur — dont on aimerait bien que l’auteur se lance dans un récit un peu plus long, histoire de pouvoir laisser libre cours à son rythme narratif. A suivre, sans hésitation.

Chroniqué par en février 2002

Les plus lus

Les plus commentés