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La planète impossible

de

Cette planète est vraiment impossible. Elle apparait et s’impose quand la réalité de la Terre et sa pesanteur s’effacent. Tout semble y aboutir et tous vont y aboutir : un cosmonaute, un agent féminin et une intelligence artificielle nommée Céphalée.
L’astre contenant serait pourtant le contenu. Un mystérieux Docteur Manganèse en serait le possesseur possédé, de qui et d’où (par glissement et étymologie) est enseigné la «magnésie noire», i.e. une connaissance, une magie/alchimie obscure et attirante, dévoilant ou donnant à voir l’occulte, le secret et le primitif.

«Animal à tête distincte» et «migraine», le double sens du mot Céphalée résumerait presque à lui seul les possibilités de ce livre. Un moyen de se voir pour certains, un mal de tête pour d’autres. L’auteur fait d’une surréalité «science-fictive», l’introspection ou l’analyse créative d’une personnalité. Trois personnages, Moi, Ca et Surmoi autonomes, qui se confrontent en un lieu, une terre, une planète impossible à la singularité possiblement infinie puisqu’en chacun, en tout lecteur/lectrice.

Un cosmonaute médiateur entre les interdits et les impératifs de la réalité. Un agent féminin incarnant  la pulsion et vivant dans l’atemporalité (elle voyage dans le temps). Une intelligence artificielle (bien nommée — surmoi source de migraine), semblant désincarnée comme l’instance savante qu’elle représente, où le possible et l’interdit se définissent. Trois dans une même tête, faisant récit en neuvième chose, cet autre curieux carrefour.

L’auteur ne fait pas que nommer sa planète. Il en garantit l’impossibilité scientifique pour en asseoir l’aspect fictionnel. Une invitation clin d’œil à la suspension de certitudes pour mieux affirmer mais aussi relativiser un discours désormais à l’aune d’un imaginaire collectif qui s’est éloigné de la Grèce antique et de sa mythologie génésiaque, pour préférer aujourd’hui les Etats-Unis et leurs mythes populaires tissés dans l’idée du futur.
Reste que pour lui, dans son art, une surréalité s’y retrouve, s’y féconde ; et la filiation avec de glorieux prédécesseurs en neuvième chose y circule, fait souffle. Poésie, recherche, humour et nonsense, pour une  évolution qui permet de se tenir debout, d’atteindre une forme de sagesse en se percevant entre ciel et terre, désignant/pointant son désir tout en comprenant faire du surplace quoique l’on fasse de sa vie.

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Chroniqué par en mars 2014

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