Ligne de conduite

de

L’aventure extérieure la plus courante, celle de tout à chacun, se résume en un trajet du logement au lieu de travail. Pour beaucoup il se fait par la bagnole qui, dans les embouteillages, révèle ses options supplémentaires, symboliques et toujours « offerte par votre concessionnaire », d’armure et d’exosquelette maintenant une vie informe.

Hermétique aux corps, la bagnole reste, même au milieu de ses gaz opacifiant (« opiacifiant »), relativement translucide. Les vitres fumées n’étant que des accessoires renvoyant à une situation sociale et/ou hiérarchique particulière comme : star, rappeur, fan de tunning, p.d.g., politicien, etc.
Ce qu’il reste de relativement libre (auto-nome) et de perceptible dans l’absorbante conduite, sont : une main gauche et un visage expressif orientable à 180° [1] .
C’est peu, mais cela suffira pour communiquer, pour que l’aventure devienne intérieure, avec ses hauts et ses bas contrastants avec les autoroutes nivelées, rectilignes ou largement courbées, mais toujours uniformes.

L’au-delà du trajet se fait dans d’autres réseaux, ceux des croisements de regards et de saluts gauches mais émouvants comme des priorités à droite respectées.
On peut nier tous ça bien sûr, mais c’est l’impasse qui s’impose alors. La sortie de l’histoire ce fait quant la testostérone qui imbibe (inhibe) ce monde moderne à la Tati, fait place à la diversité des genres (féminin masculin). L’ auto [2] devient la voiture (moyen de transports), permettant l’élan (amoureux) plutôt que le trajet (nerveux). C’est alors le bonheur de la fin des contes, en duo dans un monde célibataire.

Et moi, simple lecteur, c’est d’un pied léger que je reprends une route (une conduite) s’ondulant du souvenir de rythmes savamment orchestrés, d’une histoire au dessin élégant (qui mêlerait Avril et Sempé), essentiel dans son expressivité, donnant tout son timbre poétique à ce charmant petit livre.

Notes

  1. Une constatation qui fait l’hypothèse de la non utilisation du téléphone portable, bien sûr.
  2. « Auto- : Du grec autos «soi-même, lui-même» (opposé à un autre) » in Le grand Robert.
Site officiel de Les Oiseaux de Passage
Chroniqué par en mars 2003

Les plus lus

Les plus commentés