Longshot Comics

de

Laissez quelqu’un feuilleter ce comic, et vous obtiendrez immanquablement la même réaction : la personne pose un oeil déjà blasé sur quelques pages, puis soudain s’arrête, et, incrédule, y regarde de plus près. De plus près ? Et bien non … car The Long and Unlearned Life of Roland Gethers est un « longshot comic », donc un comic réalisé de très loin. A tel point que les personnages n’apparaissent plus que sous forme de … points.
Le procédé fait sourire, d’autant plus que la quatrième de couverture explique avec beaucoup de sérieux qu’il s’agit en fait de gravures réalisées dans la plus pure tradition victorienne, réduites à des dimensions publiables grâce à des photocopieuses. Curieux objet, donc.

Et c’est un véritable exercice de narration auquel nous assistons.
Alors que le support visuel est réduit à sa plus simple expression, les mécanismes de la bande dessinée (sa « grammaire », en quelque sorte) restent seuls à soutenir le récit, à donner du rythme et du sens. Et le résultat fonctionne.
Mais au-delà de la pirouette oubapienne, c’est un récit captivant et drôle que l’on découvre. L’histoire est dense — après tout, avec 160 cases par page sans coupure publicitaire, il y a de la lecture. De plus, on y trouve un humour acide, qui tourne en dérision les grandes catastrophes de nos voisins britanniques : la guerre, la religion, le racisme bien sûr, mais aussi le mariage, les enfants ou le travail.
Shane Simmons fait donc de la vie tourmentée de Roland Gethers une grande fresque humaine, passant en revue les petits et grands travers de la société — pas si éloigné de La Comédie Humaine de Balzac. Une oeuvre originale et intéressante.

Il existe une suite à cette oeuvre icononclaste : The Failed Promise of Bradley Gethers est en effet la vie du petit-fils de Roland, et décrit ses turpitudes au cours d’une nouvelle guerre et sa découverte du monde impitoyable d’Hollywood (notons au passage une scène d’un érotisme torride, entre Bradley et Ida). Le tout avec le lot habituel de bons mots et de remarques acides. A lire, bien sûr.

[XaV|signature]

The long and unlearned life of Roland Gethers
« Spanning eighty-nine years in the British Empire »
Laissez moi vous présenter les personnages de cette saga épique longue de 3840 cases. Le tout sur 24 pages au format comic. Oui, oui, vous avez bien lu, ca fait 160 cases par pages ! (et si l’on ajoute la suite, cela nous fait un total de 7680 cases ! ! !)

Je pense que ces images sont plus explicite qu’un long discours.
Les personnages de cette histoire sont donc des points. Enfin, pas des points, ce sont de vrais personnages, mais ils sont dessinés de très très loins. Aussi, ils sont tout petits. (Longshot comics CQFD !)

Vous vous doutez bien qu’on ne peux pas tenir 3840 pages avec des bavardages inutiles et sans un minimum de scénario. Longshot Comics n°1, c’est la longue vie d’un homme. 89 ans. Sa naissance. Son enfance. Dix ans passés à nettoyer des planchers. La mine. Trois guerres.
Deux mondiales. Un mariage. Des enfants. Des petits-enfants.

C’est un récit a la fois drôle et profond aux dialogues finement ciselés (On peut penser au meilleur de Trondheim). L’ensemble est non seulement humoristique mais aussi fin, pertinent et profond. Shane Simmons aborde des thèmes tels que l’absurdité des guerres, du racisme et des intolérances religieuses.

Sans oublier que ce comics a également un excellent rapport quantité/prix. (Le prix qu’il vous en coûtera, 25 francs ; le temps qu’il vous faudra pour le lire ? Longtemps …)
Il y a une suite a cette histoire. 3840 cases de plus, la vie d’un des fils de Roland Gethers : The failed promise of Bradley Gethers «Another seventy-three years in the British empire (and colonies past and present)»

[Gregg|signature]

Site officiel de Shane Simmons
Chroniqué par en juin 1998

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