O.M.W.O.T.

de

Benjamin Marra n’est pas seulement auteur, mais aussi éditeur, fondateur de la maison d’édition Traditional Comics. Ce nom résume parfaitement son ambition éditoriale et artistique qui, ensemble, prolongent et interrogent plusieurs traditions de la culture populaire nord-américaine en général et de sa neuvième chose en particulier.

La première serait celle de ce « free-will » vulgarisé, à la base aussi bien de l’héroïsme hollywoodien, que de celle des comics books super héroïques. Cela se traduit dans les contextes les plus divers par des créations plus ou moins conscientes et originales, mettant en scène des héros invincibles, des combats à n’en plus finir, des héroïnes à sauver pour leur plastique, et des méchants voulant tout détruire par vengeance ou frustration. La tradition est là, à la fois dans ses thèmes (dans cette volonté héroïque de maintenir le monde tel qu’il est, et qu’il doit le rester), et dans une conception de technique narrative s’établissant en poursuivant un succès pécuniaire, avec ensuite son maintien pour le moins, ou son dépassement perpétuel pour le mieux.

La deuxième tradition serait celle des comix avec un « X ». Celle souterraine, où les bandes dessinées sont aussi des langages formateurs de l’enfance, et dont, bien plus tard, dans l’adultat, certains voudront faire usage pour dire leur place dans et face au monde. Pour Benjamin Marra, Space Beaver aura eu autant d’importance que les magazines Disney pour Crumb.

Bande dessinée traditionnelle ne veut pas dire bande dessinée de tradition. Dans cette dernière on la maintient, dans l’autre on la poursuit. On continue d’en faire un rapport au monde, mais aussi d’interroger et de questionner les habitudes qui la forgent. La maintenir c’est par contre lui donner l’identité de ses succès, qui détermineront son orientation, entre rentabilité nécessaire et à maximiser. Bref en faire un folklore.

Benjamin Marra prolonge donc des traditions au point d’en faire le quasi sujet d’O.M.W.O.T. Il le fait avec humour et de manière paradoxale en apparence, en poursuivant la tradition des comix pour mieux se moquer de celles des comics books ou d’Hollywood. Il outre le langage de ces derniers, leurs thématiques, il les mime dans leurs surenchères cyniques en construisant un nouveau théâtre de l’absurde fait d’hyper-violence et de pornographie. Plus les scènes se succèdent dans leur déchaînement grossier, plus la finesse et l’intelligence de l’auteur se manifestent, dessinant en creux le portrait de nos sociétés contemporaines qui éludent la question de la nature de leur terreur, pour ne produire que des commentaires oscillant entre celui d’une action à peine exécutée et le dénigrement de l’altérite provoquant la peur du changement. O.M.W.O.T. est sans fin dans un monde uniformisé. Son personnage n’existe que dans l’action, dans la démonstration d’un corps faisant face à tout ce qui ne l’atteindra jamais, de la petite mort à celle jamais précédée de grande.

Le portrait de l’auteur dans l’ultime page, qui reprend les codes de certains clichés érotiques de revues d’hommes hétéros, est le contrepoint de son personnage (mêmes lunettes par exemple) montrant en quelque sorte la source d’un imaginaire dans une chair périssable et imparfaite, dans une posture invitant à l’admiration pour mieux provoquer une dernière fois le rire salvateur.

Site officiel de Les Requins Marteaux
Chroniqué par en juillet 2016

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