Pages Intérieures

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Sachant que c’est toujours la même histoire, elle se racontera par ses formes, par ses différences. Celles extérieures d’abord : une ville, une bibliothèque municipale dans un bâtiment cylindrique sur l’une des ses places, un hôtel en face de celle-ci, un pont, un tramway. Celles temporelles ensuite : un futur pour tous, un projet pour deux et le présent en soi au rythme de sa lecture et du monde qui y vibre. Enfin celles intérieures, façonnées par l’existence et bien sûr par le genre. Donc une femme, donc un homme, et l’idée de couple au sens mécanique, faisant moteur, faisant forces et donc récit. Ils se rencontrent, cela se voit, ils se parlent, cela se lit. Le tout fait des pages, le tout fait un livre. Et comme ils se livrent un peu à chacun et beaucoup en nous, cela fait pages à nouveau, cela fait deux qui se livrent dans une bibliothèque en forme de cylindre, de volumen peut-être ; cela fait deux livres dans un seul qui lui est évidement du codex et se trouve dans nos mains.

Qu’il se déroule ou qu’il se tourne à la page, le temps de l’imprimé, de l’écrit,[1] est celui intérieur d’une lecture (une écoute, un regard) qui avance et/ou revient sur elle-même. Elle reviendra sur lui qui l’aime et qui écrit, sur elle qui aimerait et qui lit. Comme c’est l’amour c’est hors du temps, c’est un autre monde, c’est au dessus et cela submerge. Comme c’est la grande mort aussi, c’est la fin du monde, cela surpasse et cela annihile. Ils sont bien peu de chose. Nous aussi.

Conclure serait qu’il faut vivre à l’intérieur de toute façon, en ces pages de ce monde toujours panorama d’une diégèse personnelle d’intensité variable, se confrontant à une autre plus ou moins fortement suivant l’attirance ou les sentiments. Des livres par l’union (qui fait la force et délivre), en tout cas pour celui-ci où, ultimement, la lecture parallèle fait une seule page. Dedans ce sont aussi deux images au ciment d’une phrase, pendant/profitant que les écrits restent encore un peu. On se questionne : entre ces deux cases, comme dans certains jeux, s’agirait-il de chercher une erreur ou bien des différences ? On vous l’a dit, tout cela est question de lectures et de pages intérieures qu’il faut tourner. Puis l’on referme. Et ce livre d’un duo apparaît comme l’anticouple d’histoires toujours les mêmes, quêtant finement l’idée d’une intensité du vivre dans l’entrecroisement d’une lecture plurielle.

Notes

  1. Ajoutons le «pensé-écrit», puisque les personnages peuvent avoir un «scrib» dans leur tête, une puce retranscrivant par écrit leurs pensées. Le stylo est devenu inutile sauf pour ceux, comme l’homme, écrivain, qui refuse cette possibilité technologique. La femme sait utiliser un stylo, en connaît l’usage mais utilise un «scrib».
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Chroniqué par en novembre 2011

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