Rakugaking
Pas exactement un auteur «productif» avec seulement un unique manga à son actif (le premier volume de Saiyukiden : Daienô), Terada Katsuya fait partie, avec Kurata Range et Tsukasa Jun, de ces illustrateurs qui, bénéficiant du statut d’«artiste culte», se contentent d’aligner de temps à autre un recueil de pin-ups au format démesuré et au prix inabordable.
Ainsi, paraissait l’an dernier Terra’s Cover Girls, où l’auteur déroulait au fil des pages sa fascination pour les filles pulpeuses et sexy, le tout savamment mis en couleur sur ordinateur avec un rendu très «peinture à l’huile» – quelque part du côté de Frazetta. Talentueux, certes, mais trop léché et convenu dans ses thématiques.
Enorme volume de mille pages très exactement, Rakugaking propose une vision du travail de Terada Katsuya beaucoup plus brute et intéressante. «Rakugaki», ce sont ces traits de crayon qui nous échappent, ces petits miquets que l’on griffone lorsque l’on est au téléphone, bref, tous ces dessins sans véritable intention qui prennent vie dans les marges des cahiers. Ainsi, depuis près de vingt ans, Terada Katsuya ne se sépare jamais d’un carnet de croquis, afin d’y laisser libre cours à son «rakugaki» – il en aurait couvert plus de 16,000 pages, dont Rakugaking se veut une sorte d’anthologie.
Il y a là tout et n’importe quoi. Des portraits et des études de pose, des ébauches d’illustration et des recherches d’attitude, des idées de créatures fantastiques et des croquis de samurai traditionnels. Du stylo et du crayon, de l’encre de Chine et un peu de couleur. Des choses à peine esquissées, des idées futiles jetées en images, des griffonnages qui ont dégénéré, des dessins aboutis ou presque.
Alors bien sûr, le tout reste le plus souvent empreint des thèmes de prédilection de Terada Katsuya – à savoir, l’heroic fantasy et les jolies filles généreusement dotées. Mais là où sa mise en couleur informatique vient habituellement gommer les erreurs et flatter les rondeurs, les dessins de ce recueil gardent encore toute leur spontanéité, tous les dérapages et les petits défauts qui les animent d’une énergie vibrante.
Mille pages de «rakugaki» en liberté. Mille pages d’un peu de tout assaisonné d’une bonne dose de talent. Mille pages enfin, dans lesquelles on se (re)perd avec bonheur, à la recherche (souvent infructueuse) d’un croquis aperçu plus tôt, savourant chacune de ces (re)découvertes. L’oeuvre d’un «Rakuga-King», sans conteste.
l’autre bande dessinée

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