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Rocky t1 : La Revanche

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Si la presse française est frileuse en terme de publication de bandes-dessinées originales, ce n’est heureusement pas le cas de celle d’autres pays. Ainsi les lecteurs suédois du quotidien gratuit Metro ont pu y découvrir en 1998 Rocky, un strip quotidien semi-autobiographique résolument cru, évoquant la vie de jeunes stockholmois entre jobs pourris, one-night stand désastreux et beuveries vomitives.[1]

Quand Martin Kellerman commence Rocky, il vient de perdre son emploi de dessinateur pour un magazine porno, de se faire virer par sa copine, et vit (donc) chez ses parents. Plaçant son «héros», Rocky le chien humanoïde,[2] dans la même situation, il va profiter de ce véritable alter-ego pour étaler sur le papier le « désordre » de son quotidien d’alors. Et de continuer dans cette veine semi-autobiographique, puisant dans sa vie et celle de ses ami(e)s le matérieu brut pour alimenter ses strips.
Non pas que cette vie soit séduisante, bien au contraire. Manifestement les jeunes Stockholmois des années 2000, surtout les slackers, sont loin de mener une existence de rêve. Car il en faut du courage, entre les transports en commun défaillants, les soirées pourries, les boulots alimentaires, sans compter les copains égoïstes, squatters de canapé et pas vraiment dignes de confiance. Et pas la peine de compter sur l’Amour pour trouver un quelconque échappatoire, pollué qu’il est par des petites amies infidèles, des petits amis lâches, insupportables (et pas plus fidèles), et du sexe désastreux. Reste alors peut-être l’alcool, même s’il est plutôt synonyme de dégueulis, de cellule de dégrisement et de gueule de bois…
De cette base un peu sinistre, Martin Kellerman parvient toutefois à tirer des scénettes à l’humour féroce et cru(es), n’hésitant à malmener ses personnages. Car à l’opposée de sitcoms alignant les personnages trop parfaits ou surfaits, Rocky brosse le portait peu flatteur mais honnêtement réaliste d’une «population» (et par extension d’une génération). Loin du glamour et des phantasmes, elle se retrouve au contraire coincée dans les vicissitudes d’une vie trop peu ragoûtante pour être totalement inventée. Et c’est sans doute grâce à cette sincérité que nombre de lecteurs, en Suède et ailleurs, se sont reconnus et continuent à se reconnaître dans les personnages et situations de Rocky.

Rocky se situe dans une filiation parfaitement revendiquée avec le Hate de Peter Bagge. Bien sûr le format du strip est limité graphiquement[3] et ne permet pas de donner une réelle ampleur à la chronique de cette «Génération X» stockholmoise. Mais il est parfait pour concentrer l’humour féroce de Martin Kellerman, multiplier les gags et ainsi servir le but premier de l’auteur, faire rire. On obtient alors une réussite du strip d’humour, dans un registre inédit, et très adulte, pour ce genre.
Quand on sait que l’auteur estime bien réaliser Rocky quand il est au plus bas, il ne reste plus, après la lecture de ce premier volume (et en attendant les suivants), qu’à lui souhaiter la vie la plus merdique possible, pour notre plaisir (égoïste) de lecteur.

P.S. : Si c’est la version américaine qui est chroniquée ici, Rocky en version Suédoise compte déjà dix volumes chez l’éditeur Kartago Förlag. En France, Rocky t.1 La Grande Revanche est une reprise de l’édition de Fantagraphics, annoncée pour Novembre par Carabas.

Notes

  1. En comparaison, les lecteurs français de Metro peuvent y lire… Garfield.
  2. Tous les personnages sont des animaux anthropomorphiques.
  3. Même si on se surprendra à découvrir de nombreux petits détails humoristiques dans les décors.
Site officiel de Martin Kellerman
Site officiel de Editions Carabas
Chroniqué par en novembre 2006

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