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Rouge est ma couleur

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Notes de (re)lecture

Rough

Le dessin de Chauzy est habituellement assez souple et relaché. Peu de lignes droites, les contours ondulent légèrement… Dans Rouge est ma couleur, ce style est accentué jusqu’à une certaine extrémité. L’impression laissée par la lecture de l’ouvrage est celle d’un dessin parfois nerveux, toujours rapide, au point d’en être inachevé, ou de sembler inachevé. La grande aisance graphique de Chauzy lui permet de livrer une bande dessinée qui paraît jetée sur le papier au fil de la lecture de la nouvelle éponyme de Marc Villard… ce que d’autres dessinateurs, plus méticuleux et plus laborieux considèreraient comme un «rough», comme une étape intermédiaire.
Par exemple, page 36 (donc planche 34), dans la case en bas à gauche, le personnage de Reno paraît réellement être issu d’un croquis de scénario.
Personnages croqués, fonds hachurés, contours de cases tracés à main levée… tout concourt à cette impression de rapidité d’exécution : Comme si l’intention de l’auteur était de raconter avant tout, comme s’il était urgent de raconter…

Accélérateur narratif

Ce style de dessin me semble jouer un rôle d’accélérateur narratif. De la même manière que le découpage, très elliptique, fait rentrer une histoire finalement assez touffue dans (seulement) 56 planches
Pourquoi un dessin proche du croquis convient-il à une histoire en tension ? La rapidité d’exécution qu’on devine à la lecture (ou à laquelle l’auteur veut nous faire croire… il se pourrait qu’elle ne soit qu’illusion, comme les dessins de Reiser, répétés des dizaines de fois avant la forme finale livrée à nos regards), la rapidité d’exécution, disais-je, fait écho à la rapidité du récit, ou plutôt à la tension du récit (le suspense), en même temps qu’elle crée cette tension ou y contribue : Si cette case est aussi rapidement dessinée, c’est que l’auteur se précipite pour exposer la suite de l’histoire, c’est que la case d’après est cruciale, qu’il est urgent de la rejoindre…

Comparaison et rapprochement avec la ligne claire

C’est finalement un procédé qui poursuit les mêmes objectifs que la ligne claire, mais avec des moyens différents : en épurant le dessin, en le réduisant à une information minimale, un dessinateur comme Hergé nous indique qu’il n’y a plus d’informations à prendre dans cette case et que nous devons passer à la suivante.
Avec des moyens différents (rapidité d’exécution d’un coté, simplification de l’autre), les deux auteurs visent à projeter le lecteur vers la case suivante, dynamisant ainsi leur narration.

Site officiel de Casterman
Chroniqué par en avril 2014

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