Vermetto Sigh

de

Le petit ver expire et aspire à la respiration régulière d’un sommeil tranquille marqué par la sonorité ronronnante de la dernière lettre de l’alphabet.
Mais dans un monde s’inspirant des cartoons et s’exhalant à chaque case comme un trajet sur une route cabossée et vallonnée, il se retrouve ballotté (ballonné) à en devenir nommément un soupir ; ce témoignage respiratoire réactif et naturel évitant l’anhélance sensible en cherchant à rétablir l’équilibre d’un souffle (fumetto) «perturbé par certains états affectifs et émotionnels généralement pénibles»[1] dont se font les récits, qu’ils soient tragiques ou burlesques.

Il faut dire aussi que ce petit ver avait tout pour faire le mirliton de cette affaire. Regarde-le ami lecteur, lectrice mon amour. Eh oui ! Vermetto est une bulle vivante et animée, l’embrayeur transformé en flagelle et la noosphère devenue tête par deux éminences oculaires. L’astuce étant d’avoir séparé et rejoint en même temps ces deux parties par un petit trait/soudure fermant la circonférence devenue céphalique, marquant le cou et transformant notre fumetto[2] en têtard héroïque, devenant lui-même générateur de bulle (parthénogenèse ?).

En tant qu’ex-bulle, son nom en devient plus qu’évident,[3] de même que son aspiration d’anti-héros (victime du décor) à reprendre son état de souffle par l’emblématique Z, indéniablement lettre mais à la fois fin (du récit), équilibre sans fin (car réversible) et onomatopée (bruit et donc absence de pensée).
Vermetto cherche par conséquent son second souffle (spiritus). Il est en quête de sérénité, et s’assoit sous une fleur comme un éveillé sous un arbre. Mais bien sûr il y dort. Car humanisé par le discours qui l’a fait naître, il médit plutôt qu’il ne médite, ce qui est certes plus facile mais tout aussi fatiguant, surtout si l’on ajoute à cela sa fonction quasi basique dans la chaîne alimentaire de ce mini-monde dessiné qui en fait la proie tentante d’un essaim de mangeurs de chaires animales.

Si «Sigh» rejoint le fumetto italien dans sa fonction prouvant la respiration et donc une partie de l’aspect vivant d’un personnage,[4] il est aussi dans sa ponctuation onomatopéïque de dialogues la trace d’une autre bande dessinée influençant tout les dessinateurs de strips par son goût pour le minuscule (ce pas grand-chose à d’autres échelles) et son humour poético-métaphysique : les Peanuts.[5] Car «Sigh» est le quasi-emblème de Charlie Brown, la lexicalisation de ce soupir marquant les grandes émotions enfantines estampillant les souvenirs d’adultes, dans cet étrange rapport para psychanalytique qui fait tout le sel de ce chef d’œuvre.[6]

Vermetto Sigh a été publié dans la revue italienne Vitt entre Février et Novembre 1968. C’est l’œuvre d’un jeune dessinateur qui montre déjà toute la cohérence de son œuvre à venir, mais qui est aussi marquée par une époque qui croit encore à la puissance des fleurs, s’intéresse aux champignons provoquant de belles couleurs, affirme que le «small is beautiful» et qui découvre l’originalité intrinsèque de la bande dessinée dans l’inventivité de ses onomatopées et la lingua franca qu’elles suggèrent et/ou qu’elles adoptent.

Habillé d’un rouge à la fois italien et Pif Gadget, ce livre offre une introduction réussie à l’œuvre de Massimo Mattioli pour qui ne connaît pas son œuvre et pour qui la connaît et l’admire depuis M le magicien à Squeak The Mouse et cherche a en voir les prémisses ou les persistances.[7]
A la lecture, cette œuvre apparaît aussi fondamentale à l’œuvre de Mattioli que le trépidant Early Bird Dood It à celle de Tex Avery, l’autre influence majeure de l’italien. Point commun entre les deux, un ver pour héros… Après cela plus de doute possibles, dans les deux cas l’animalcule était dans le fruit, non pour le pourrir, mais fournir ainsi une preuve de sa saveur à qui n’aurait pas peur d’y mordre.

Notes

  1. Source Le grand «Bob».
  2. Fumetti, qui designe les bulles puis par extension les bandes dessinées, vient du mot désignant le «petit nuage» de condensation que tout à chacun produit quand il fait froid.
  3. Surtout en Italien.
  4. L’autre venant de l’expression du mouvement.
  5. Rappelons que l’œuvre de Schulz avait fait, dès 1963, l’objet d’un article de Umberto Eco, resté célèbre en Italie.
  6. Ce goût pour l’œuvre de Schulz se retrouve aussi dans les scènes de discussion ou de repos au sommet de champignons, qui évoquent celles sur le toit de la niche de Snoopy. Bien entendu, Herriman, Hart, Felix le chat sont aussi et déjà les autres sources inspiratrices de Massimo Mattioli. Voir à ce propos l’introduction de Jean-Pierre Mercier pour M le magicien chez le même éditeur.
  7. Un livre qui reste un peu cher pour 28 planches de bande dessinée, auquel il manque surtout une introduction expliquant la genèse et le contexte de l’œuvre, mais aussi les problèmes rencontrés lors de la restauration et qui donnerait tout sa valeur à un travail éditorial qui reste remarquable. Notons qu’inversement M le Magicien avec ses 320 pages couleurs et son introduction apparaît relativement bon marché et complet. Rien n’est simple.
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Chroniqué par en juin 2006

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