#TourDeMarché (5e saison)

de

(note : cette rubrique reproduit sous forme d’article à fin d’archivage des fils thématiques publiés au départ sur les rézosociaux) 

A nouveau vendredi, à nouveau #TourDeMarché, et une fois n’est pas coutume, c’est l’esprit de l’escalier qui préside, pour parler (à nouveau) du bilan de l’année 2025. C’est parti !
Si vous vous souvenez bien, à la fin janvier, je m’étais penché sur le traditionnel Top 50 des meilleures ventes, tel que publié comme chaque année par Livres Hebdo à la veille du Festival d’Angoulême (et ce, même en absence de). Pour rappel, c’est ici. Je me demandais d’ailleurs si le dossier annuel sur la santé du secteur allait passer à la trappe, vu le contexte. inquiétude infondée, avec cette enquête intitulée : « 2025, année « éprouvante » pour la BD et le manga ».

Pour être honnête, je suis toujours un peu partagé face à ce genre d’article, construit à partir des commentaires de divers responsables éditoriaux sur l’année écoulée. Non pas que je pense qu’iels savent pas de quoi iels parlent — après tout, ce sont les « professionnel.les de la profession », et leur avis sur la santé du marché est bien sûr très intéressant à découvrir. Mais il faut bien reconnaître que chacun.e parle depuis un point de vue particulier, dans un contexte qui l’est tout autant, et que cela peut influer sur (et voire parfois fausser) leur vision de l’ensemble (passons sur le fait que certains ne peuvent pas s’empêcher d’y placer l’une ou l’autre de leurs publications pour mieux en souligner le succès, renforçant alors cette impression de commentaire depuis son perron).
Et même si ces articles sont des sources précieuses de citations à ressortir dans mes propres analyses, je reste toujours un peu sur ma faim. La faute au dispositif journalistique ou à mon insatisfaction chronique, au choix. Ce qui ne m’empêche pas d’attendre chaque année ce dossier avec impatience, de les lire avec attention et de les archiver soigneusement. c’est donc un incontournable et pas seulement parce que cela me donne matière à râler. Bref, big up à Benjamin Roure pour tout ce boulot essentiel. et la critique étant aisée, je vais rebondir sur quelques phrases qui m’ont fait réagir et sur lesquelles je voudrais revenir. Let’s go.

1. « les locomotives traditionnelles, Largo Winch, Blake et Mortimer ou Le Chat »
… cela fait bien longtemps que Largo Winch ou Le Chat ne sont plus des locomotives, navigant autour des 80 000 exemplaires à la nouveauté pour 2025 (respectivement 23e et 27e du Top 50). Pour rappel, il y a dix ans en 2015, le tome 20 de Largo Winch pointait à la 5e place avec près de 160 000 exemplaires vendus, devant le tome 20 du Chat à la 6e place avec 145 000 exemplaires vendus. C’était mieux avant. Quand on observe qu’il ne reste que les reprises de vieux succès (Astérix, Gaston, Lucky Luke, Blake & Mortimer) pour emmener la bande dessinée franco-belge dans ce qu’elle a de plus classique, il y a de quoi s’interroger.

2. « La saisonnalité des sorties a, en effet, tendu nombre de libraires. »
… durant une crise, on a tendance à se rabattre sur les valeurs sûres, et à écarter toute prise de risque. d’où une focalisation accrue sur la période de Noël, toujours rassurante. Avec, comme conséquence, une visibilité moindre pour certains de ces titres, dans une rentrée (littéraire) des plus chargées. ce qui nous amène au point suivant…

3. « La surproduction serait toujours la faute des autres, à écouter les éditeurs »
… j’applaudis de voir enfin ce genre de petite pique dans ce bilan, qui reflète un ressenti de longue date quant aux vœux pieux affichés par les un.es et les autres. Je suis par ailleurs dubitatif quand je lis deux lignes plus loin que Glénat fait « moins mais mieux » en limitant le nombre de ses sorties. En 2025, Glénat a sorti plus d’un livre par jour ouvré (samedis compris), modération toute relative.

4. « Des BD trop chères ? »
… la question est mise en avant dans un intertitre, alors qu’à en lire le texte, il faudrait plutôt regretter « des BD pas assez chères », dans un constat d’une rentabilité défaillante. Sébastien Gnaedig (Futuropolis)  évoque un seuil psychologique à 25€, mais l’idée est plus que discutable quand on voit quels ont été les plus gros succès en roman graphique de ces dernières années (Le Monde sans Fin, l’Arabe du Futur, La Route…). Ce qui amène Benoît Pollet (directeur général de Glénat) à faire ce constat assez surprenant :

5. « La bande dessinée est désormais un loisir de CSP+ »
… mais la bande dessinée a toujours été un loisir de CSP+. C’est un fait établi dès l’apparition de la bande dessinée dans les Enquêtes sur les Pratiques Culturelles des Français (1988) ou la première étude sur le lectorat que j’ai pu retrouver (Ifop 1998). (j’avais d’ailleurs consacré tout un article à ces « quelques idées reçues sur la bande dessinée » dans le numéro de janvier 2010 du Monde Diplomatique, ça ne nous rajeunit pas) Au mieux, c’est le manga qui est allé chercher du côté des CSP-, comme a pu le révéler l’enquête du CNL « Les Français et la BD » (Ipsos 2020). Et puisqu’on parle de manga…

6. « Le manga attend la relève »
… avec une analyse que je rejoins (sur la fin des grosses séries du moment), mais qui s’inscrit de plus dans un contexte économique compliqué pour une population majoritairement CSP-.

Il ne reste plus qu’à attendre le prochain bilan, histoire de voir si, malgré tous ces signaux préoccupants, la bande dessinée tiendra encore.

Dossier de en mars 2026

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