Et si le 9 se donnait en genre ?

de

Et si le néologisme qui désignerait la bande dessinée en pouvant se conjuguer, s’adverbialiser et s’adjectiver, s’articulait autour de ce chiffre à la symbolique si riche à nos sens avides de sens ?

Ami lecteur, lectrice mon amour, souviens-toi d’un petit édito créé aux ouvertures de Du9 ondulatoire, où j’avais essayé de montrer les choses que l’on ne pouvait pas dire avec l’expression bande dessinée, et ainsi en déduire les limites de son cantonnement.
Pour dépasser et briser cet isolement non-adjectif car non objectif, j’avais proposé un cahier des charges en espérant beaucoup du coin-accointances et de ce cyberspace auréolé de neuf et alors auréolant du 9 pour la première fois.
Nous étions en mai 1997 et depuis l’eau polluée (de nuit comme de jour) a coulé sous les ponts. Les espoirs furent déçus, mais avouons-le tout était de ma faute. Mon cahier des charges était impossible à réaliser car mal formulé. A part créer un mot du type de ceux faisant plaisir à Mary Poppins (superfragili… etc !), je ne vois pas comment y répondre. Avec le recul, le seul mérite de ce cahier des charges aura été de montrer cette impossibilité.

Il fallait donc chercher ailleurs.
Oublier aussi (pendant 9 mois et 9 semaines) et laisser le regard vagabonder (marcher la tête nue) mais avec cette question/désir tapie derrière la rétine.

(Reader my friend, reader my lover je propose, pour marquer cet espace temps, que tu ailles (s’en faire ouille) te faire un thé, un café ou une pose pissous pour, ensuite, reprendre la lecture de ce texte).

Avez-vous remarqué ?… Aujourd’hui sous nos latitudes, longitudes et altitudes, on semble avoir pris l’habitude (sans en faire forcément une attitude), d’utiliser l’expression neuvième art pour désigner la bande dessinée [1] . Plus d’ironie en utilisant cette expression, juste une utilisation, de-ci, de-là. Certes, cela accompagne encore certains discours ou revendications, mais au reste la place est accordée, c’est rentré dans les m urs, dorénavant on en joue et/ou on l’exhibe.
La revue officielle du C.N.B.D.I. s’appelle désormais Neuvième Art, et des sites ou des fanzines jouant de la polysémie du chiffre devenu fétiche ne se compte plus : du9, Quoi de neuf ?, Preuve par neuf, Neuf à la une, Neuf à la côte, Neuf d’occasion, Tu me casse les neufs, Ouah ! T’as vu la neuf !, etc.

Mais pourquoi la bande dessinée fait-elle nombre aujourd’hui ?
Pour certains, parce qu’elle chiffre encore et toujours, pour d’autres, parce qu’elle est un art encore et toujours, mais surtout parce qu’on y voit son unité (en tant que média) et ce (malgré les confusions avec le genre) peut-être plus qu’avant.

Si ce numéro 9 a souvent été tourné en dérision, ce ne le fut que quand la bande dessinée se plaçait comme concurrente dans la course à l’Art. Vieux et sempiternel match stérile, organisé par des gardiens d’un goût, souvent celui de l’amertume (et/ou amères thunes), mais qui meurt lentement avec eux (j’vous rassure).
La place numéro 9 lui avait été assignée un peu vite et en déconnant au départ (entre amis), mais finalement elle a gardé le maillot comme souvenir. Plus adulte, ayant grandie un peu, elle l’a bien lavé, ajusté aux entournures et en a fait un habit neuf (pour ses nouvelles formes sensuelles), car elle sait, aujourd’hui, que sa force ne se chiffre plus uniquement en dollar, yen ou euro/francs, mais en neuf.

Mais pourquoi donc le neuf devient-il évidence ?
D’abord pour des raisons logiquement mathématiques. Le 9 en tant que nombre est utilisé dans sa fonction ordinale (la bande dessinée vient après les 8 autres : 1 la peinture, 2 la musique, 3 la poésie, 4 l’architecture., 5 la sculpture, 6 la danse, 7 le cinéma, et 8 la photo/vidéo [2] ) ainsi que dans sa fonction cardinale celle de la quantité (hey Oui ! 9 fois sur 10 la bande dessinée c’est de la merde).
C’est donc plutôt bien vu, non ?

Les mauvaises langues (diviseurs) disent qu’il n’est pas premier parce qu’il n’est pas seulement « divisible par 1 ou par lui-même ». C’est vrai, mais cela ne fait qu’augmenter sa valeur aux yeux du bédéphile.

Roturier, le neuvième art n’a pas peur de se laisser juger, ni de s’analyser. Langage à part entière, il se connaît et apprend à se connaître. Par là il est premier. Il peut se décortiquer, faire apparaître par lui-même ses différentes parties aussi bien par volontés poétiques (Fred), littéraires (l’OuBaPo), formelles (les Schuiten de NogegoN) qu’analytiques et pédagogiques (Scott MacCloud). Généreux avant tout, il n’a pas peur non plus de se faire diviser que par le 1.

Le 9 ne lèche pas les bottes aux premiers, en égocentrique peureux. Il ne tient aucun compte du chiffre après la particule … pardon virgule, et quelque soit la situation il se débrouillera toujours pour rester entier et naturel.

Et quand les mathématiciens jugent le 9 imparfait car il n’est pas (en plus !) « égal à la somme de ses diviseurs propres », le bédéphile sourira et plutôt que le signe = verra le signe > et de l’imperfection une preuve supplémentaire (en +) de la qualité, de l’ouverture de champs et de l’intégrité qu’il revendique à son média préféré ainsi qu’une réponse à ses détracteurs (ces sales « diviseurs » !).

Vous me direz : Mais d’abord quel est donc ce 9 où l’on a positionné la bande dessinée, celle qui cherche à montrer/comprendre qu’elle est infinie par le neuf qu’elle contient et qui la fait participer au monde réel (celui du contact à la surface du corps) ? La position est assumée et revendiquée soit ! Mais symboliquement ! culturellement ! Tu peux préciser ?
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Y’a pas d’prob ! Y’a pas d’prob ! l’ami(e).
D’abord sache que neuf est le dixième chiffre (à partir de zéro) et le dernier. Après lui c’est l’océan sidérant des nombres de deux chiffres à l’infini, auxquels il participe abondamment. Neuf comme frontière de l’extrême, ceux qui s’y placent, sont ceux que les amerloques appelaient des pionniers. Ici pas une nouvelle frontière mais une neuf frontière.
Transposé au monde réel, numérologiquement plutôt que numériquement, le 9 se retrouve logiquement comme la énième partie du ciel comme de l’enfer. La plupart des grandes civilisations ont donc divisé le ciel ou l’enfer en 9 parties (cf. bouddhistes, musulmans, aztèques, Dante pour l’enfer, etc.) 9 est un aboutissement, commençant soit du néant (zéro), soit du grand départ (un).
Notion renforcée et amplifiée par les hasards du calendrier et de la gestation humaine qui font qu’il faut 9 mois (in utero) pour faire un futur lecteur (ou future lectrice) de bande dessinée. (lecteur ou lectrice qui vivra sur l’une des neuf planètes du système solaire !)
Achèvement, but atteint, recherche accomplie, 9 désigne donc un cycle et par extension contient ce cycle. D’où un 9 perçu aussi comme unité contenant une multitude, un univers quoi ! A la fois unique (unité d’un nombre) et complexe (universel).
Complexité complexifiée sans complexe, par le simple fait que 9 c’est 3×3, que 3 c’est la fameuse trinité, le passé, le présent et le futur, le ciel, la terre et la mer, père, mère et enfant, naissance, vie et mort, etc. 3×3=9 comment réfuter à un nombre contenant tout ça (tout c’est 3 à la fois !) le statut de nombre universel qui lui est reconnu depuis des millénaires ?
Pour un certain René Allendy le nombre 9 est le nombre complet de l’analyse totale [3]  ! ! ! ! Gasp ! Sentez-vous la fierté d’être placé sous l’hospice du neuf ? Fiertitude renforcée quand on sait que ce même 9 est le nombre de la plénitude (et du yang) pour les Chinois !

Pour le domaine artistique qui nous concerne et sa relation au 9, sachez aussi que les Grecs comptaient neuf muses dont voici les noms pour votre culture générale : Clio (la célèbre), Euterpe (la bien-plaisante), Thalie (l’abondante), Melpomène (la chanteresse), Terpsichore (celle que le ch ur réjouit), Ératô (l’aimée), Polymnie (celle aux tant d’hymnes), Uranie (la céleste) et Calliope (la belle voix), la prem’s de la bande. Je suppose que vous comprenez mieux d’où vient ce fameux classement ordinal (mais fluctuant) des arts.
C’est Zeus qui a créé ces belles muses, après 9 nuits de gestation, une nuit pour chacune. A l’époque il avait la santé ! Aujourd’hui, les muses sont surtout un réservoir de prénoms pour les directions produits des grandes entreprises. Vous comprendrez donc que je ne m’y intéresse pas plus.

Pour finir, il faut savoir aussi que le neuf est le seul chiffre qui offre ce double visage polysémique du signifié (neuf et neuf (nouveau)) mais aussi du signifiant si on le retourne. On obtient alors le 6, ce qui nous ouvre alors tout un autre champ symbolique, qui (polysémie oblige) est toujours contenu dans le 9 ! Multiplié, divisé, additionné, factorisé, pasteurisé, le 9 augmentera alors encore en symbolique, toujours plus riche et complexe, vers d’autres horizons !
Le neuf fait voyager car c’est avant tout une porte. C’est ce qui le définit le mieux. Séparation mais ouverture, la neuf frontière, n’est pas hermétique !

Alors ! ? Alors ! ? 9 contient bien le 9 (neuf) ? C’est bien mieux que rien (zéro) ? Hein (un) ?

D’où deuxième constatation ami(e) bédéphile.
Si l’on part du principe que le neuf rallie plus que largement en suffisances symboliques et culturelles la bande dessinée, demandons-nous comment traduire cela en un mot (mais pas une expression !) et regardons comment les huit autres chiffres l’ont fait.
En fait nous nous intéresserons qu’aux deux derniers car ce sont des arts neufs qui ont le même âge que la bande dessinée : le cinéma (art n°7) est né il y a un siècle comme la bande dessinée suivant Outcault, et la photographie (art n°8) est née (officiellement) en 1839 à peu près en même temps que la bande dessinée suivant Töpffer.
On constate alors que ces deux arts contemporains ont été nommés en plongeant dans le grec : Kiné (mouvement), et phôtos (lumière).

Donner de la racine au néologisme pour qu’il puisse croître, était à la mode à cette époque. Mais finalement voilà exactement ce qu’il nous faut : utilisation d’une langue morte pour ne pas faire peur aux langues vivantes, ni les piller et les violenter plus que ça. D’autres s’en chargent suffisamment tous les jours [4] .

Alors voici comment le neuf s’offre en grecque racine :
ENNÉA- Mot grec signifiant neuf, et entrant dans la composition de mots savants tels que : ennéacorde, n. m., 1839, Boiste ; comp. avec corde cithare* à neuf cordes.

Quelques exemples d’utilisations courantes :
ENNÉADE (enead) n. f. – Didact. Groupe de neuf personnes, de neuf choses semblables.
ENNÉATIQUE (eneatik) adj. – Didact. (astrol.). Années ennéatiques, qui se comptent par neuf.
(Total définitions de l’ami Robert)

Surprise ! Ennéa, c’est plutôt joli, on dirait un prénom féminin, ce qui tombe bien puisqu’on ne dit pas le bande dessinée. Voici donc les propositions suivantes :
Ennéart, Ennéagraphie, Ennéaplastie on peut aussi parler ennéartiste, d’ennéalogie, d’ennéalogue, d’ennéastes, d’ennéaplasticien(ne)s, d’ennéaphiles et d’ennéathèques.
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Ennéartiste ne sonne pas bien car ennéart sous-entend trop le problème de la voyelle double. Comme je ne cherche pas le graal, il n’a pas trop ma faveur (ha ! ha !).
Je pencherais plus pour ennéagraphie et ennéaplastie. Ils ont chacun leur potentiel. Ennéagraphie suggère plus le côté écriture et le lien au livre qu’ennéaplastie qui insiste plus sur la forme, le rôle du dessinateur. En affirmant l’art positionné en 9, on peut aussi créer le mot ennéalogie (-logie du grec logos qui veut dire langage) qui est pas mal non plus. Le problème est que ce mot peut être facilement confondu (à deux lettres prêt) à généalogie qui n’a rien à voir vous en conviendrez. Ce problème n’en est un (of course) que si ennéalogie n’est jamais utilisé.
Le terme ennéalogie offre surtout l’avantage de ne pas être ancré dans l’image ou l’écriture. Il désigne la bande dessinée comme langage à part entière sans favoriser un quelconque pôle du rapport texte/image. De ce mot on peut aussi penser à ennéalogue qui permettrait de désigner le(la) critique et/ou l’historien(ne) de la bande dessinée. En suivant toujours la même idée, une pensée en bande dessinée (i.e une pensée en rapport texte/image + séquentialité + reproductibilité technique) pourrait aussi être qualifiée d’ennéalogique, d’ennéalogisme.
Ces termes permettent de gagner en abstraction, en objectivité. On évite les expressions connotées du type : à la manière de la bande dessinée, comme une bande dessinée, etc. En outre, on obtient un bel adverbe : ennéalogiquement. Ennéaste est peut-être trop lié à son cousin inspirateur : le mot cinéaste. Mais ennéaste a le mérite de ne pas distinguer le scénariste du dessinateur, distinction qui se traduit toujours par une dichotomie mot/image, souvent au profit du mot, ce qui est des plus révélateur.
Ennéaplasticien(ne) évoque plus le dessinateur que le scénariste, mais il reste assez flou pour désigner les deux. Quant il désigne le dessinateur, c’est d’une façon plus large, comme personne responsable de la mise en image, quelque en soit la technique. L’ennéaplasticien s’offrant en exemple des plus complets, est Dave McKean qui utilise toutes les techniques picturales possible, qui par-là est aussi photographe, infographiste, sculpteur, peintre, etc.
Dans le même ordre qu’ennéaplasticien(ne) on aura : ennéagraphiste, mot qui restreint classiquement le sens autour du dessinateur. Il y a aussi la possibilité du mot ennéagraphe, pas très heureux du point de vue de la sonorité, qui pourrait éventuellement désigner le scénariste.
Ennéaphile est beaucoup plus léger que bédéphile, idem pour ennéathèque à la place de bédéthèque. Ces 2 mots permettront enfin de se dégager de l’ignoble bédé qui fait penser à bébé et symbolise toute l’immaturité infantile dans laquelle on cantonne la bande dessinée.
Ennéaphile ne peut être compris dans le sens actuel de bédéphile que si ennéalogie, ennéaplastie et ennéagraphie sont rentrés dans les moeurs, et que la racine « ennéa » est confondu avec l’expression bande dessinée. Sinon ennéaphile veut dire pour le non connaisseur de l’existence de la bande dessinée : fan du chiffre neuf et il aura raison. En fait, il faudrait dire ennéagraphophile ou ennéaplastophile. Mais tous ces termes seraient alors trop longs, et donc peu pratique. Bien entendu, on rencontre les mêmes problèmes avec ennéathèque…

Pour ce qui est d’ennéagraphie, je sais bien que l’on n’écrit pas avec le neuf (ennéa) mais le cinéma n’écrit pas avec le mouvement [5] ni la photo avec la lumière [6] .
Ces différentes racines grecques associées au mot graphie étaient là surtout pour signifier une inscription (paradoxalement plus vite et au-delà de l’écriture et/ou du dessin), et la permanence d’un moyen (le mouvement inscrit dans le film, et la lumière inscrite à un moment donné sur une plaque sensible).
Lithographie (terme inventé à peu prêt à la même époque)[7] est lui beaucoup plus juste puisqu’il y a en effet écriture avec (car sur) le support pierre. Le nom du cinéma aurait dû se former autour de son support, le film projetable, et la photo autour de son support, la plaque sensible (négative/positive). C’est cette insuffisance qui poussa André Bazin, le grand critique et théoricien du cinéma, à voir en celui-ci un art du montage plutôt que du mouvement. Mais cinéma et photo réalisant un vieux rêve, ils ont été confondus dans leur support et leur fin, justifiant ainsi le moyen (média).
Ici ennéa en tant que racine, ne signifie ni un moyen ni un support, mais un état et un rapport un peu comme vidéo (du latin qui veut dire je vois). C’est aussi pour cela qu’il me semble convenir, car la bande dessinée est avant tout un état et un rapport de textes et d’images.
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Notre ami Robert dans sa définition explique qu’ennéa entre souvent dans la composition de mots savants. Le mot savants ne doit pas faire peur. L’on sait le milieu de la bande dessinée rétif à toute réflexion, mais il faut que ça change. Il en va de son avenir. Ici, cela n’effrayera que l’infantile qui ne voit dans les bandes dessinées que du divertissement rassurant sa peur du temps qui passe. Ne m’accusez pas non plus d’être un savantasse, la médiocrité ici ne sera que celle de ne pas comprendre que ma proposition est une proposition, une tentative de réponse à un cantonnement qui lui est indéniable et stérilisant.
On pourra aussi objecter que cette racine grecque, reflète un point de vue occidental, et que le pays de la manga par exemple, peut volontiers me dire de me faire voir en Hellénie et ses garçons.
Mais comme la bande dessinée n’est pas une invention technique révolutionnaire et universelle comme le cinématographe ou la photographie mais juste un rapport inédit et complexe entre les mots et les images, et que je n’offre pas l’ennéagraphie comme d’autres ont offert la photographie au monde, l’objection n’a pas lieu d’être. Mon but est juste francophone et de décloisonner par un néologisme. De toute façon, le classement ordinal des arts est purement occidental, même grec d’origine (et en plus ne préoccupant que les Européens). Si on n’échappe pas à ses racines, assumons-les.

Vidéo (art n°8 aussi) vient du latin, alors pourquoi ne pas le préférer au grec, c’est tout aussi mort et ça pourrai être bien aussi ? me dirons ceux qui suivent. C’est vrai, d’où deuxième proposition l’ami(e) !
Neuvième en latin ce dit nonus mais comme ça ne sonnait pas bien je me suis intéressé à son dérivé multiplicateur :

NONUPLE [nónypl] adj. – Didact. Multiplié par neuf, à neuf éléments 1550 ; repris par l’Académie, 1798, qui introduit le verbe nonupler multiplier par neuf ; du lat. nonus neuvième, d’après septuple, octuple.
(remercions une fois de plus l’ami Robert pour sa gentille contribution)
Ce qui peut nous donner : Nonuplastie, nonugraphie, nonuplart, mais aussi nonuplaste ou nonuaste, nonugraphiste, nonuplophile, nonuplothèque.

Dans l’ensemble le résultat me semble peu convainquant, et la sonorité y est un peu lourde [8] . Et puis, je vois d’ici les jeux de mots : Ouah ! c’est nonul ton histoire ! ! Warf ! Warf ! ! !

Sachant que je joue régulièrement sur le double sens du neuf, certains se demandent peut-être aussi, pourquoi je ne cherche pas la version latine ou grecque du neuf (le nouveau) ? Eh oui ! Pourquoi ne pas utiliser le néo, c’est du grec aussi !
Et là je dis : Halte à la connerie !
Néo c’est aussi et surtout être plus rapidement vieux ou soutient du vieux (ancien nouveau d’avant). On finit copiste, à la mode revival (façon le roman familial de la psychanalyse), come back et ensuite oubli (dans les calendes grecques).
Oublions ce néo pas nouveau et préférons donc les néologismes sans néo.

Je penche donc nettement pour ennéagraphie, ennéaplastie, ennéalogie, ennéaste (désignant sans distinction scénariste et dessinateur), ennéaplasticien (plutôt le dessinateur), ennéaphile (bédéphile) et ennéathèque (cette partie en bacs et innomée (ou ignorée car pour ignorants) des bibliothèques).
Ces propositions ont peut-être déjà été faites, feront bien rire les linguistes et au pire feront passer les gens de du9 pour des Bouvard et Pécuchet suffisant et adipeux du cerveau.
Utilisez ses mots, arrangez-les ou oubliez-les. Il ne s’agit que de propositions, améliorables par l’usage et d’autres propositions. Le plus gros défaut de ces mots est qu’ils peuvent rapidement apparaître savants, voire pédants et jargonneux (surtout en ces temps de novlangue manifeste).
Un seul moyen d’éviter ça : y voir sans peur leur nécessité par l’usage fréquent et naturel…

Pour finir, j’ajouterais simplement qu’en ces temps consacrés aux chiffres statistiques, utiliser le 9 sans y glisser des pourcentages, des taux et des kf, c’est aussi faire uvre d’une certaine subversion. Troubler l’usage du chiffre est un grand sacrilège à notre époque !
Le 2 + 2 = 4 de Don Juan a sa beauté essentielle [9] que s’il n’a pas de rapports analogiques avec le monde, que s’il est sans variation corrigée des données saisonnières.
En utilisant le 9, nous n’inversons par le rapport analogique car nous ne pouvons nous soustraire à ce rapport. Même si elle est numérisable (technologiquement) la bande dessinée est analogique, car ses créateurs le sont et que son support reste encore le papier.
En fait, en utilisant le 9, on fait pire qu’une simple inversion (-2-2=-4) ou annulation (2-2=0), on garde 2 + 2 = 4, sauf qu’on le traduit neuf plus neuf égal (plus de) neuf. On n’utilise pas le chiffre de façon pseudorationnelle et cultuelle (ou économique et numérologique) mais de façon symbolique et culturelle. Ainsi il n’y a pas de contradiction, puisqu’on les assume et les revendique ! Juste du 9 pour parler de la beauté essentielle du 9 et du neuf qu’il contient. Voilà où l’on se situe.

Ami(e)s ennéaphiles soyez multiple du 9 et nonuplez donc vos interventions dans le coin-accointances et poculons ! C’est si bon la polysémie !

Ennéalogiquement vôtre, mais sans être de Neuf châtel.

Légende pour les photos :
Traces inversées de lumière hivernale 98, inventées(*) par Jessie Bi.
((*) au sens archéologique)

Notes

  1. A l’origine de cette expression il y a Francis lacassin et ses amis (dont le cinéaste Alain Resnais) qui au début des années 60 ont contribués (avec d’autres en Europe) à sortir la bande dessinée de son ghetto de l’enfance et a en faire un champ d’étude à part entière. L’expression Neuvième Art est née d’une analogie avec l’expression Septième art déjà couramment utilisée. Il s’agissait alors de montrer efficacement, que la bande dessinée était un art comme les autres (peinture, etc.) et aussi populaire que le cinéma qui lui était déjà largement reconnu comme art. Pour en savoir plus : LACASSIN (Francis) : Pour un neuvième art, la bande dessinée, Paris, U.G.E., Collection 10/18, 1971.
  2. Pour l’origine de ce classement, voir la définition de l’expression septième art in MONTVALON (Christine de) : Les mots du cinéma, Paris, Belin, Collection Le français retrouvé, 1987.
  3. Cité in CHEVALIER (Jean) et GHEERBRANT (Alain) : Le dictionnaire des symboles, Paris, Robert Laffont, 1988, p.664.
  4. En particulier les s.a. (sociétés (d’)anonyme) des pilleurs organisés des services marketing et publicitaires, cultivant le « ing » et le « y » en fin de mots et entretenant le beauf/consommateur (tautologie) blablatant le franglais pour les entretenir. Standardisation du vocabulaire, au futur on n’augmente que les maux ; et moins de mots, moins d’idées pour comprendre et guérir…
  5. Le cinéma n’est pas plus fondamentalement un art du mouvement que le théâtre ou la danse. Il enregistre le mouvement sur un support film, pour l’utiliser et le restituer. A la limite la danse et le théâtre enregistrent le mouvement sur un support danseur/acteur, pour l’utiliser et le restituer…
  6. La photographie n’est pas plus un art de la lumière que tous les autres arts, car en ce bas monde tous nous est transmis par la lumière. Donc, tout art est art de la lumière, un jeu avec elle, basé sur son renvoi dans différentes longueurs d’ondes. La peinture, par exemple, n’est en fait qu’un jeu de matières renvoyant certaines longueurs d’ondes composant la lumière blanche. Un tube de peinture rouge n’est pas rouge, il est d’abord un tube de matière renvoyant la lumière uniquement dans ses hautes longueurs d’ondes que nous percevons, distinguons et appelons le rouge (l’infrarouge n’est pas une couleur car il a une longueur d’onde supérieure à celle du rouge, qui n’est pas perceptible par l’oeil). Aujourd’hui, on définirait d’abord la nature de la photographie comme un rapport analogique, un phénomène de l’ordre de la trace (surtout quand avec un négatif on fait un positif).
  7. Du grec lithos qui veut dire pierre. Système d’impression jouant sur le rejet du gras (encre) et de l’eau imbibant une pierre calcaire fine et polie qui sert de support.
  8. Seul Nonuplastie me paraît à la rigueur utilisable. Mais j’avoue que j’ai ajouté cette note uniquement pour en avoir 9 en tout.
  9. Je pars du principe que le 2 + 2 = 4 est apprécié par Don Juan non pour sa logique rationnelle et mathématique (opposable à l’irrationnel/providentiel représenté par le Commandeur) mais pour sa beauté essentielle (platonicienne), comme une vérité pure inaltérable. Ceci permettrait peut-être d’expliquer pourquoi Molière ne fait jamais concrétiser (par des rapports anal ogiques) son personnage. Les possibilités du théâtre de l’époque et la censure n’expliquent pas tout. Don Juan séduit et multiplie les conquêtes, mais ne reste que dans un rapport numérique de séduction (rapport sous la forme d’une liste de noms de plus de 1000 femmes séduites…). Il est en dehors du concret qui peut se résumer (concrètement) ainsi : P’tain y’a aucune scène de cul dans c’te pièce ! J’croyais qui tirait comme une bête le D.J. ! Mais dès que la meuf est d’accord, y s’casse ! ! ! !
Dossier de en septembre 1998

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