Pour une bande dessinée interactive

de

2009 a vu la multiplication des éditeurs de bande dessinée numérique comme d’autres ont vu celle des petits pains.[1] Au milieu de tout ce fatras d’annonce, force est de constater la pauvreté des sorties : les apports potentiellement infinis des technologies numériques sont largement négligés. La bande dessinée numérique, qu’il s’agisse de bande dessinée numérisée[2] ou de bande dessinée spécifiquement créée pour les supports numériques, reste envisagée par les auteurs et les éditeurs sous le paradigme et les codes de la bande dessinée papier. Faisons abstraction des questions bassement commerciales qui guident les choix éditoriaux et créatifs dans ce domaine,[3] et tentons de voir pourquoi l’approche de la bande dessinée numérique reste cantonnée à une vue aussi courte…

Numérique. Quatre syllabes pour un vaste monde. Les acteurs de la bande dessinée papier sont encore à l’orée de cette forêt, quand il faudrait y pénétrer pleinement afin de l’explorer. Cette exploration peut se faire de différentes façons, selon différentes stratégies, c’est de ces stratégies dont il est question ici.

De manière schématique, on peut opposer deux premières stratégies : l’une relevant de pratiques d’édition et de diffusion, l’autre travaillant au cœur du médium. Aujourd’hui, c’est la première qui prime. Ce qui intéresse dans l’usage des technologies numériques sont les nouvelles possibilités d’édition et de diffusion. Dans le cas de Bludzee,[4] Lewis Trondheim justifie cette stratégie de la manière suivante : la francophonie n’a laissé que peu de place au strip. L’écran de l’iPhone et autres smartphones permet de faire revivre ce genre négligé, et l’abonnement permet d’en faire un rendez-vous quotidien. C’est aussi la stratégie des blogueurs : le rythme régulier imposé par le blog, la publication sous forme de notes brèves et les réactions potentiellement instantanées des lecteurs ont remis au goût du jour le journal ou encore le feuilleton. Puisque ces auteurs ont compris certaines particularités liées au support numérique, qu’y a-t-il à y redire ? Il se trouve que cette approche du numérique, si elle est tout à fait légitime et justifiée, se révèle très vite pauvre et limitée en regard de la seconde stratégie. Celle-ci consiste à travailler au cœur du médium et à le transformer, ou plutôt à l’hybrider[5] avec ce que l’on pourrait appeler le «médium» numérique, entendu en un sens large. Nous y reviendrons un peu plus loin, mais ne brûlons pas les étapes…
Ces deux stratégies se reflètent étrangement dans une autre dichotomie qui oppose une approche empirique et une approche formelle (ou formaliste) de la bande dessinée numérique. Auteur de ces formules, Thierry Smolderen[6] qualifiait respectivement sa propre stratégie et celle de ses collaborateurs lors de la création du site Coconino World, et la stratégie défendue par Scott McCloud.[7] La stratégie formaliste de McCloud propose de repenser la planche en fonction de la fenêtre du navigateur. C’est la théorie de la toile infinie : le numérique, et en particulier Internet et l’interface des navigateurs, permet de ramener la bande dessinée à sa forme la plus originelle, celle d’une bande non segmentée par les pages de l’album.[8] La planche peut prendre des dimensions infinies, et la narration s’en trouve fluidifiée, à la vitesse du défilement du scrolling, ce qui revient en quelque sorte à la déplacer derrière la fenêtre. On peut être d’accord ou non avec cette approche, ou comme moi la trouver encore trop limitée. Par contre, elle est agissante au cœur du médium : ce qu’il s’agit de faire ici est bien de revoir complètement ce qu’est la bande dessinée (sa forme, son système, sa narration, etc.) quand on la fait jouir des apports formels du numérique. L’approche empirique quant à elle, consiste, à partir de ce qu’on connaît, à savoir la bande dessinée sous sa forme papier, et, en conservant cette forme, à tâtonner pour voir comment elle pourrait être portée par Internet.
A l’époque, Smolderen critiquait l’approche formelle, qui s’éloignant trop de ce que les acteurs de la bande dessinée connaissent ne pouvait que les dérouter.[9] Et c’est là que le bât blesse. L’approche empirique est avant tout une approche éditoriale. Lorsque l’équipe de Coconino World a créé ce site, elle ne s’est pas posée la question de la forme que la bande dessinée pourrait prendre, hybridée avec les technologies numériques. Le seul but (louable) de cette entreprise a été de réfléchir à la manière dont pouvaient être diffusées des bandes dessinées sur Internet, avec en arrière-plan l’idée que des formes nouvelles naîtraient d’elles-mêmes, naturellement. C’est évidemment le cas : le blog par exemple a vu naître des formes de notes très brèves ou au contraire des strips verticaux à faire défiler. Le téléphone portable a vu naître différents systèmes de lecture, que ce soit case à case, en manipulant une planche (défilement, zoom et dézoom) ou diaporamas plus ou moins animés (motion comics).[10]

On pourrait sagement en rester là, si ce n’était l’absurdité de certaines situations que cela engendre. L’une d’elle concerne le Prix de la Révélation Blog, et a été relevée par Fred Boot dès sa création. Je vous la livre à la forme déclarative, c’est ubuesque : les trois gagnants du prix du blog-bd sont récompensés par la publication d’un album papier. Ici, on entend les rires enregistrés. Connaissant l’humour de Wandrille, j’aimerais croire à une bonne grosse blague. C’est pourtant la réalité. La faute à l’approche empirique : les acteurs, auteurs comme éditeurs, font ce qu’ils connaissent, et ce qu’ils connaissent, c’est la bande dessinée papier. Résultat : les blogueurs bloguent en vue d’une publication papier, et si ce n’est pas leur but, continuent de créer sous le régime de la bande dessinée papier.
Il en est de même pour les bandes dessinées numériques sur téléphones et autres terminaux, quand bien même elles ont été créées spécifiquement pour ces supports. Car ces formes nouvelles sont accidentelles, et restent pour toutes les raisons évoquées ci-dessus cantonnées au degré zéro du numérique. Les différents acteurs concernés restent, pour filer la métaphore forestière, à l’orée du bois. Ils ont à peine écarté quelques feuilles, alors qu’ils devraient s’enfoncer dans les fourrés à grands coups de machette ! La difficulté est avant tout d’ordre pédagogique : par frilosité ou par ignorance,[11] seul le versant éditorial de la bande dessinée numérique est exploré, et donne parfois par le plus grand des hasards naissance à un embryon de forme nouvelle.

L’approche formaliste, ancrée au cœur du médium, serait donc la réponse. C’est en fait plus compliqué que cela. Cette approche peut elle-même prendre trois directions, ou plutôt relever d’un parmi trois grands ensembles, qui se chevauchent à leur intersection. La bande dessinée numérique peut tendre vers l’animation et/ou vers le multimédia[12] et/ou vers l’interactivité. C’est ici que le titre de cet article (manifeste ?) va commencer à prendre son sens : il y a une direction qui me paraît bien plus pertinente que les deux autres. Je pense que la principale caractéristique du «médium» numérique, celle qui le différencie le plus de tout autre médium, est l’interactivité. Tendre vers une bande dessinée numérique qui use vraiment du champ de possible de ces technologies, et qui par-là s’éloigne le plus du régime papier, revient à entrer de plein pied dans une bande dessinée interactive.
Ce placement de l’interactivité en tête des trois ensembles est certes une préférence personnelle, mais n’est pas que subjectif. Il est d’abord validé par mes propres recherches en ce domaine.[13] Il est aussi la conséquence logique des remarques suivantes. Le multimédia n’est pas propre au numérique : le cinéma par exemple mêle image et son. De même, l’animation n’a pas attendu l’apparition des ordinateurs. Par contre, le terme interactivité est bel et bien né pour qualifier une spécificité de l’informatique, et qu’aucun autre médium ne possède.[14] Il convient également de prendre en compte les imperfections de ces deux ensembles que je disqualifie, et qui les limitent très rapidement. Une bande dessinée qui tendrait vers l’animation se trouve face à deux options : en rester au niveau du diaporama plus ou moins évolué,[15] ou alors mettre en mouvement un maximum de ses constituants et devenir au final un vrai dessin animé. Le principal défaut de l’ensemble multimédia est qu’il est très rapidement chevauché, voire absorbé par l’ensemble interactivité, à laquelle il se retrouve très souvent inféodé pour une raison toute simple : c’est l’interactivité qui va permettre l’accès aux différents média intégrés dans la production multimédia.

Certes, la voie de l’interactivité est elle aussi risquée : du gadget superflu au risque de tomber dans le jeu, l’équilibre est délicat. Le lecteur avisé se fera par exemple cette réflexion : si je dois faire défiler la planche ou encore cliquer sur le bouton «suivant», le blog ou la bande dessinée sur portable sont déjà interactifs. Ce lecteur a raison, car la voie de l’interactivité elle-même comporte plusieurs paliers ; j’aurai l’occasion d’y revenir dans un prochain article. Néanmoins, quelles que soient les difficultés et les pièges, c’est bien en défrichant les broussailles de la bande dessinée interactive que l’on s’éloignera le plus du papier, et surtout que l’on rendra impossible un retour au papier de cette bande dessinée numérique principalement interactive. Complètement déliée du régime papier, la bande dessinée numérique interactive devient alors rien de moins qu’un nouveau médium.

Notes

  1. Les deux noms qui reviennent le plus souvent sont ceux d’Aquafadas et sa filiale Ave !Comics et Digibidi. Janvier 2010 a déjà vu apparaître sur ce secteur Tekneo et iGoMatik. Et la liste serait longue…
  2. Et soi-disant «adaptée» aux supports numériques.
  3. Exemple flagrant et contre lequel je m’insurge est la question de la création de dispositifs de lecture (players) standardisés. But suprême de ces derniers : permettre d’accueillir n’importe quelle bande dessinée. Lewis Trondheim lui-même, lors de son intervention au sujet de Bludzee au dernier festival d’Angoulême (après-midi consacrée à la bande dessinée interactive, le jeudi 28 janvier 2010) a prêché en faveur de ce qu’il convient d’appeler le «48CC» de la bande dessinée numérique. Autant dire que cela ressemble cruellement à un avortement de la bande dessinée numérique, qui se trouvera cantonnée avant sa naissance au degré zéro des possibilités qui s’ouvrent pourtant à elle.
  4. Bludzee est un petit chat noir. Pour 0,79€ par mois, vous recevez votre gag quotidien en six cases à lire sur l’écran de votre téléphone ou de votre ordinateur.
  5. Pour reprendre un terme cher à quelques théoriciens des arts numériques, Edmond Couchot ou Norbert Hillaire par exemple.
  6. Thierry Smolderen, Coconino World, explorer l’espace des formats BD/I, in 9è Art, n°8, janvier 2003.
  7. Scott McCloud, Reinventing comics, Harper Collins Publisher, 2000.
  8. Rappelons que McCloud voit dans la peinture rupestre ou autre tapisserie de Bayeux l’ancêtre direct de la bande dessinée, ce qui explique cette idée de retour à une forme qui aurait été perdue à cause de l’imprimerie.
  9. On peut noter qu’à l’époque, c’est cette approche qui est selon lui majoritaire. Les blogs-BD n’existaient pas encore, les choses ont donc bien changé !
  10. Je renvoie ici à la note 3.
  11. Et parce qu’il s’agit de faire du chiffre… mais j’avais promis de feindre de l’ignorer !
  12. Et plus encore aujourd’hui le rich-media. Par souci de clarté, je les classe encore dans la même catégorie, cependant ils sont bien différents.
  13. Une bande dessinée multimédia et une bande dessinée interactive et un mémoire.
  14. On l’utilise depuis (à tort) pour qualifier des œuvres qui mettent en interaction artistes et/ou œuvres avec le spectateur, quelque soit la nature de ces œuvres.
  15. Tels ceux mis en place sur téléphone portable que j’évoquais plus haut, et qui ne sont d’ailleurs pas nés d’une approche formaliste mais d’une approche empiriste.
Dossier de en février 2010
  • Anonyme

    On pourrait aussi envisager cette question sous l’angle de la dimension « trans-média ».
    Sans doute l’interactivité propre au numérique ouvre de nouveaux horizons, mais aujourd’hui, il semble qu’une oeuvre, pourquoi pas une bande-dessinée, puisse aussi s’articuler sur différents média simultanément. J’ai l’impression que cette possibilité offerte de ne plus se cantonner à un support donné est vraiment ce qui se joue aujourd’hui.

    • ben

      La dimension « trans-media » semble un peu augurer d’une volonté commerciale forte plus que d’un besoin d’innover, adapter un même album à plusieurs support semble contre nature.
      Un album est dessiné et mis en page d’une certaine manière , pour répondre à l’impératif d’un format de page et d’un enchainement de page, comment découper cela pour un autre média et en conserver toute la cohérence et la substance?

      • Anonyme

        Oui, je ne suis pas étonné que d’emblée le « trans-média » fasse penser à une démarche commerciale. Cela m’a traversé l’esprit, on le voit avec l’industrie du cinéma. Mais je continue à penser qu’il est possible d’envisager la création de bande-dessinée au delà (et en même temps avec) du support papier. Il existe bien d’autres média que le jeu vidéo ou le cinéma d’animation pour aller à la rencontre de la BD. Pourquoi pas des musiciens, de l’installation, des chorégraphes?…
        Et en cela, le numérique et l’interactivité pourrait trouver un rôle de relais pour la cohérence de tels projets.
        Oui j’avoue, je suis assez rêveur 😉 Mais je ne sais plus qui a dit « Tout semble impossible à ceux qui n’ont rien essayé »

        • Mattias-Fausse-Monnaie

          Pourquoi pas des musiciens, de l’installation, des chorégraphes ?…

          Cela se fait déjà : par exemple du côté du frémok ou de Ruppert & Mulot (pour la performance associée à la bande-dessinée).

          • Tony

            Oui mais il s’agit là d’une définition erronée de « interactivité », voir note 14.
            Cela dit, cela peut être lié à une des pistes de recherches que j’envisage pour une éventuelle thèse, qui consisterait à déployer la bande dessinée dans l’espace (vidéoprojetée par ex), avec la possibilité, via l’interactivité, d’interagir avec elle par le mouvement (capteurs, caméras…), ce qui peut amener à la lier directement à la danse, au théâtre, etc…

          • Mattias-Fausse-Monnaie

            Mon post n’est en rien une réaction à votre article — aussi je ne parle pas d' »interactivité », & encore moins selon votre définition — mais au commentaire de l’inconnu ci-dessus. Merci.

            Et je le répète toutes ces choses (performances, projections, danse contemporaine…) existent déjà, que ce soit des artistes venant d’autres média (la danse par exemple : y a un chorégraphe qui a monté, il y a qq mois, une chorégraphie inspirée par la bande-dessinée, à laquelle ont notamment participé Ruppert & Mulot) ou des auteurs de bande-dessinée s’inspirant d’autres média (la danse chez baudoin, Blutch ou Ruppert & Mulot).

          • Tony

            Oui oui j’avais compris que vous répondiez à Mr « inconnu », et je voulais également y répondre, notamment parce que ça pouvait être relié à cette idée d’une bande dessinée « en espace et interactive ».

  • loic

    le projet les autres gens est peut-être une avancée dans le développement de la bande dessinée numérique.

    http://www.lesautresgens.com/spip.php?page=teaser

    Pour une fois, des créateurs s’emparent d’un outil, d’un médium.

    Le problème du numérique et de son développement est simple.
    Tant qu’il ne sera pas possible de faire de l’argent avec, les éditeurs et malheureusement les auteurs ne s’investiront pas dans son développement. C’est triste mais c’est un fait.

    Pour le moment, le blog est un tremplin vers l’édition papier. Les premières intentions de Boulet n’allaient pas dans ce sens.. pourtant, il a évolué (il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis). Je ne serai pas surpris de voir les strips de Trondheim en livre papier dans la collection shampoing.
    Je pense que cela est du à la sacralisation (que je partage) de l’objet livre.

    • lewis trondheim

      Bien sûr qu’il y aura un recueil en livre de Bludzee. Chez Shampooing. Un très joli livre de 370 pages.

      Concernant le strip lui-même sur iPhone, vous me faites dire uniquement que c’est né de ma frustration de ne pas voir de strips quotidiens dans les journaux en France. C’est incomplet.
      – Il y avait aussi la frustration de ne voir que des albums bd adaptés sur iPhone et pas de création.
      – Et vous n’avez pas préciser que les strips sont traduits en 19 langues. Chose que l’on ne pas pas faire autrement qu’avec le numérique.

      Bien évidemment, Bludzee n’est pas innovant d’un point de vue narrativo-numérique. je suis d’accord.
      Vous écartez dès le début le nerf de la guerre qui est le modèle économique de tout ça.
      Il n’y a pour l’instant (et peut-être n’y aura-t-il jamais) de modèle économique pour un auteur de subsister avec le numérique.
      Le rôle du replacement en support papier est alors d’encourager l’auteur à persévérer…

      Autre élément, sans doute sémantique, mais je ne suis pas sûr que l’on parlera encore de « bande dessinée » lorsque des solutions seront trouvées.
      Je suis très circonspect quand à des bandes dessinées interactives. On risque fort de se retrouver avec des story-boards de jeu vidéo.

      Dernier point, pour contre-balancer un ton un peu négatif.
      Je pense que les auteurs auront beaucoup à gagner si un modèle s’installe. Et les éditeurs pas forcément beaucoup à perdre. Nouveaux supports, nouveaux publics…

      • loic

        Je partage l’opinion de Lewis Trondheim sur le risque d’un résultat proche du story-board de jeu vidéo.
        Je pense qu’il y aura beaucoup de concept.

        Par contre,si les auteurs auront beaucoup à gagner, je crois que les éditeurs pourraient avoir beaucoup à perdre.
        Je peux me tromper mais les éditeurs semblent être en position d’attente et d’observation.
        J’ai bossé presque 10 ans dans l’industrie.
        Une société n’attend pas de voir ce que va proposer le concurrent. Elle a un service recherche et développement.
        Elle cherche l’innovation.

        J’observe que les éditeurs sont actuellement passifs.
        Il devrait faire plus attention.

        Bien évidement, les auteurs doivent faire des propositions mais l’investissement pour l’édition numérique est beaucoup moins conséquante que pour l’édition papier.
        Il y a un développement à faire mais ensuite, il n’y a pas les énormes frais fixes d’une structure conventionnelle.

        Dans les années 1990, la création des labels indépendants avait été l’amorce d’un choc éditorial.
        Dans les années 2010, le coup de pied dans la fourmilière viendra peut-être de la création d’éditeur numérique indépendant.
        Il suffira de quelques auteurs actifs pour voir naitre une structure numérique indépendante.

        • bigmac

          je pense quant à moi que c’est beaucoup de bruit pour rien. Le téléphone tend à devenir un mini-portable téléviseur, sur lequel nous pouvons regarder des films, et notamment des films d’animation. Son intérêt réside dans sa « portabilité », et c’est peut-être ce qui le rapproche le plus de la bande dessinée. Je trouve personnellement que les approches de la bande dessinée à travers des médias comme le jeux video, la télévision, l’ordinateur sont toujours restées expérimentales et finalement assez vaines. Cependant, je reconnais un intérêt majeur à l’ordinateur, et plus particulièrement encore au téléphone portable: ils permettent à chacun de s’exprimer et de pouvoir partager ses créations. A cet effet, le Japon est en avance sur son temps, en proposant des bibliothèques interractives à moindre prix, et surtout en permettant à chaque individu d’exposer son oeuvre sur la toile. Par un effet de « kuchi komi » (bouche à oreille), celle-ci peut être lue par de smilliers de lecteurs. En bouleversant la pratique éditoriale, progressivement le thème et la forme des textes qui sont diffusés s’adaptent au format numérique. Ainsi, les textes qui sont partagés sont souvent de format court, et traitant de sujets d’actualit ou de société. Enfin, je dirais que la lecture par vignette convient plutôt bien au découpage du manga.
          Mais de là à annoncer le renouvellement des genres, il y a un pas que je ne saurai franchir

  • Tony

    Je vois que ce sujet ne laisse pas indifférent, c’est déjà ça ! Quant à la teneur des commentaires, ils confirment ce que je disais, non ? Je vais tenter de répondre à quelques remarques :

    Ben et L’inconnu > Sur le trans-media, l’essentiel se joue dans ce que dit Ben : « comment découper cela pour un autre média et en conserver toute la cohérence et la substance ? »
    La question du trans-media est bien celle de l’adaptation, qui a d’ailleurs fait l’objet d’articles sur ce site. Du papier au numérique ou du papier au ciné, on est dans le même cadre. Personnellement je serai très curieux de voir un jour un travail en sens inverse : l’adaptation en album d’une bande dessinée pensée uniquement pour le numérique (je ne parle pas des blogs imprimés, qui ne sont pas des adaptations, mais vraiment d’une bande dessinée numérique qui serait animée, interactive, ou que sais-je, bref impossible à retranscrire sur papier a priori).

    Loic et Lewis >

    « Il y avait aussi la frustration de ne voir que des albums bd adaptés sur iPhone et pas de création.
    Et vous n’avez pas préciser que les strips sont traduits en 19 langues. Chose que l’on ne pas pas faire autrement qu’avec le numérique. »
    D’abord merci pour ces précisions. Ces éléments relèvent pleinement d’une approche éditoriale.

    « Vous écartez dès le début le nerf de la guerre qui est le modèle économique de tout ça. Il n’y a pour l’instant (et peut-être n’y aura-t-il jamais) de modèle économique pour un auteur de subsister avec le numérique. »
    Je ne suis pas devin, et encore moins spécialiste des questions économico-juridico-propriété-intellectuelle. J’invite les auteurs à se pencher sur ces questions : il serait dommage de laisser les éditeurs agir comme dans l’industrie musicale, qui méprise totalement internet au lieu de s’en servir. Ironie du jour : les anciens responsable de The Pirate Bay réfléchissent actuellement à un système de rémunération nouveau pour les artistes diffusés sur le web, à mi-chemin entre la licence globale et le crowfunding (corrigez-moi si je m’embrouille).
    Maintenant à titre personnel, je ne me souci pas de ces questions : d’une part parce que je suis jeune et con et que pour moi la gratuité de la culture est essentielle (encore plus sur le web !), d’autre part parce que les bandes dessinées que je réalise (papier ou numérique) ne me permettront jamais de gagner un kopeck.

    « Autre élément, sans doute sémantique, mais je ne suis pas sûr que l’on parlera encore de « bande dessinée » lorsque des solutions seront trouvées. Je suis très circonspect quand à des bandes dessinées interactives. »
    « Je partage l’opinion de Lewis Trondheim sur le risque d’un résultat proche du story-board de jeu vidéo. Je pense qu’il y aura beaucoup de concept. »
    Trois réponses à cette remarque :
    D’abord que la question de l’interactivité ne va pas de soi évidemment : ce sera l’objet de mon prochain article.
    Ensuite, que la qualité d’une bande dessinée numérique ne tient pas à son type (orientée animation, orientée interactivité, orientée blog, etc…). Dans tous ces types, il y a(ura) de bonnes et mauvaises créations, comme sur papier il y a de bonnes et mauvaises bandes dessinées d’heroic fantasy, et de bonnes et mauvaise bandes dessinées d’auteur.
    Enfin, moi non plus je ne suis pas sûr qu’on parlera encore de « bande dessinée » : je vous invite à relire la toute dernière phrase de mon article, vous l’avez un peu vite oublié !

    • Manu temj

      « d’une part parce que je suis jeune et con et que pour moi la gratuité de la culture est essentielle (encore plus sur le web !) »

      Je sais, c’est un autre débat, mais je ne peux pas ne pas réagir à ça. Où cela nous mène-t-il ?

      1/- A une culture « gratuite » (l’est-elle vraiment d’ailleurs) financée par les investissements publicitaires et marketing de grands sponsors ? Je crains que les dégats soient colossaux à très court terme en matière de liberté d’expression et de création…

      2/- A une culture « publique » financée par l’impôt ? Les limites seront vite atteintes (elles le sont déjà).

      3/- A une culture de « peintres du dimanche » qui gagnent leur vie par ailleurs et s’amusent le week-end. Epargnez-nous ça par pitié !

      4/- A une culture de « crève la faim », plus underground qu’underground, cantonnée dans des squats et diffusée dans la rue « à vot’ bon coeur M’sieur Dame »…

      Je suis comme tout le monde : je trouve à la gratuité tout plein de qualités « essentielles »… mais j’attends toujours qu’on m’expose la martingale qui permettra aux artistes de vivre et de créer dans ces conditions sans une régression majeure.

      Je veux bien croire aux abus des « majors » culturelles et je serai le premier à les combattre, mais ce n’est pas parce qu’un concept est jeune et « de son temps » qu’il est forcément bon. Théoriser sur la gratuité de la culture à partir de ce qui se produit en ce moment sur internet me semble surtout une excellente façon de se donner un alibi pour se justifier de « consommer » de l’art sans rémunérer les artistes.

      Par chance je ne suis pas directement concerné, une entreprise me rémunère pour faire tout autre chose que de l’art, par contre, je crois que je suis définitivement déjà devenu un « vieux con » !… 🙂

  • Big Ben

    Article intéressant, mais qui ne me convainc toujours pas. La bande dessinée interactive et numérique sur le web me laisse assez sceptique aussi, en tant que renouvellement créatif. Qu’est-ce qui a révolutionné la bande dessinée, et la lecture qu’on en a, ces dernières années ? Chris Ware, Blutch… mais pas Boulet ou Pénélope Bagieu.
    Il me semble qu’en cherchant absolument le nouveau concept enfoui dans les pages web et leur interactivité potentielle, on oublie l’infinie potentialité de la simple page blanche, en papier, prête à être remplie de signes et de traits. On oublie que la lecture est déjà une interactivité très puissante, jouant, sans aucun contact physique, par la seule force de la vue et de l’esprit, avec les images, les mots, et le rythme des espaces. Cette interactivité me semble indépassable.
    Il me semble donc que le formidable atout de la bande dessinée sur internet est tout simplement l’immédiateté de la publication, l’accessibilité maximale par tous (bien qu’illusoire), l’échange communautaire… rien de créatif, mais tout de même une petite révolution éditoriale (ou tout au moins, comme il est dit dans l’article, l’effet sur la forme est la multiplication des récits courts, des strips, ou encore du feuilleton… mais encore cela n’a rien de nouveau du point de vue formel).
    A ce propos, la moquerie concernant la récompense du Prix révélation blog est quelque peu naïve, non ? 99% des blogueurs rêvent d’une publication papier.

    • Tony

      Je suis tout à fait d’accord avec ces remarques, et d’ailleurs grand admirateur du travail de Chris Ware.
      Chez moi les deux « domaines » de recherche sont complémentaires: mes bandes dessinées papiers font échos à mon travail numérique et réciproquement (ex: lors de la réalisation du chapitre « Fantômes » de « Prise de tête », qui fonctionne sur des apparitions/recouvrements avec la souris, je réalisai en parallèle une bande dessinée papier utilisant une page transparente pour multiplier les lectures par recouvrement, dans « Bévue » n°6). C’est vraiment complémentaire, et je tenais à le préciser, car cela explique aussi mes prises de position ^^

      Quant à la « moquerie » sur les blogueurs, et pour en connaître un certain nombre personnellement, c’est tout à fait conscient et assumé.

    • Julien

      Je tiens à rappeler que Tony a lui même réalisé une BD interactive (contrairement à Boulet ou Bagieu) et qu’en elle même elle représente un bon argument et un bon exemple des potentiels et des inventions possibles dans le domaine. Certainement que Tony est trop modeste pour le mettre en avant alors je le fais à sa place (le lien est dans son texte). C’est un tentative assez belle, pas toujours évidente à suivre ni aisée à la lecture, mais elle propose un joli bouquet de possibilités (pas toutes nouvelles, le principe de caches ou de recouvrements existaient avant, mais disons qu’ils prennent une nouvelle dimension ici).
      Sa Prise de Tête montre bien je trouve qu’il y a matière à chercher et à travailler de ce côté, sans même convoquer un technique informatique faramineuse.

      • Boulet

        Bon… Personnellement je vois dans cet article une énième façon de dire « il va peut-être se faire des trucs mais en fait on en est pas sûr ».

        Pour répondre à Loïc sur l’intention: effectivement au départ mon blog ne devait pas passer en album. Mais ce n’était pas du tout pour conserver l’intégrité du support ou défendre une quelconque démarche multimédia…

        Depuis le début je n’ai utilisé le web que comme un support de diffusion. Mes BD, à de rares exceptions près, ne sont que des pages de carnet scannées. Au départ ces pages n’étaient pas plus destinées au net qu’au livre, mais juste à mes carnets-souvenir.
        Si je refusais de les passer en album c’était simplement à cause de l’aspect brouillon de tout ça, le fait de passer du coq à l’âne sans arrêt et de n’avoir aucune ligne directrice. j’avais peur qu’un éditeur me demande de trier, d’abandonner ce dilettantisme.
        Comme il a très vite semblé que c’était l’aspect de mon travail qui plaisait au plus de gens, j’ai été confronté à ce paradoxe: mes brouillons et mes croquis intéressent plus que mes albums.
        J’ai donc tout simplement accepté l’idée d’un recueil, tant qu’on me permettait de garder l’intégralité des pages, d’avoir ce luxe qu’est le droit à la médiocrité occasionnelle.

        Bref, désolé de raconter ma vie ici, mais c’est que ça me gonfle toujours un peu d’être cité dès qu’on parle de BD multimédia. Je suis à peu près aussi légitime dans ce domaine que ne le serait n’importe quel auteur papier.
        Je suis auteur, point. Certains optent pour la diffusion livre, quand ils ne le peuvent pas ils se tournent vers les micro-éditeurs, l’auto-édition, le fanzine… Moi je me suis tourné vers internet.

        Après, qu’on déplore que le monde des blogs sous-exploite l’aspect multimédia, ça me fait toujours vaguement suer. Déjà, il faudrait que tout le monde s’y intéresse (ce qu’i n’est pas forcément mon cas, les trucs que j’ai pu voir dans ce domaine, du genre la « petite BD en ombre chinoise avec le roi qui sort de son chateau et où il faut cliquer pour avoir la suite », ça me laisse assez indifférent), et ensuite, c’est un peu comme si je venais reprocher aux auteurs papier de sous-exploiter le média sous prétexte qu’ils n’essaient pas de faire des effets de typo, ou alors des pop-ups, ou encore des pliages, ou pourquoi pas des découpes ? Des formats super-bizarres ? Bref, toutes les possibilités qu’offre le support.

        PS: Je me suis tout de même vaguement intéressé au sujet quand je travaillais avec Aude Picault, Domitille Collardey, Erwann Surcouf et Lisa Mandel sur Chicou-Chicou, c’était assez amusant effectivement de parfois jouer sur la longueur de la page déroulante ou sur du gif animé, mais honnêtement, la lecture verticale était plus souvent complètement pragmatique, ou au mieux purement anecdotique, comme le sont souvent les exercices de style.

        PPS: Je ne crois pas que « le blog girly de Moon » aie été cité, voilà un exemple de recherche qui va plus dans le sens de cette fameuse « BD multimédia » qui vous intéresse.

        • Tony

          Julien > merci de ces précisions que ma modestie a dissimulé ^^

          Boulet > Merci également de ces précisions sur votre approche de la chose. Evidemment je ne demande pas à tout le monde de faire dans l’interactif. Toutefois il me semble qu’un artiste (quelque soit son domaine) qui ne se soucie guère du support de ses créations passe à côté d’un élément de réflexion capital. Et ça ne demande pas des solutions alambiquées (par ex un bouquin à l’italienne au lieu de vertical, et ça peut changer énormément de choses)…
          Merci de citer le blog girly de Moon qui offre effectivement un travail très intéressant et que je suis de près depuis son ouverture. Il ne va pas aussi loin que moi dans l’utilisation de l’interactivité, mais a un parti pris fondé sur le gag et le clin d’oeil vraiment intéressant!

          • Boulet

            « interactif » est un mot qui regroupe beaucoup de choses très variées…

            Un exemple très concret: le reproche qui est régulièrement fait aux blogs est comme je le disais plus haut de sous-exploiter le support multimédia. Or en faisant ce reproche on occulte justement la nature même de ce médium: sa diffusion (quasi)instantanée et surtout à très grande échelle. Le « Temps multimédia » n’est pas le même que le « Temps du livre »…

            Ce n’est pas un hasard si les blogs qui sont ou ont été les plus populaires (je ne parle pas ici de qualité) le sont devenus en adoptant la forme de la chronique ou du feuilleton. Je pense personnellement qu’avant d’offrir des milliards de possibilités en matière de vidéo, de musique, de jeu, Internet est avant toute chose un support de diffusion.

            Et cette caractéristique, la première, la principale, les blogs l’ont au contraire beaucoup plus et beaucoup mieux exploitée que tout ce qui a pu se faire en matière d’exercices de style interactifs.

            Bon et toujours dans l’optique de faire découvrir des belles choses, et vu qu’on parlait de jeux dans le commentaire suivant: une des expériences les plus réussies dans ce domaine est pour moi le blog Eyezmaze, avec ses célèbres « Growcube ». L’auteur a vraiment développé tout un univers interactif, parfois à la frontière avec le dessin animé, dans lequel il exploite différents modèles de jeux et d’animations en arborescence… A découvrir !

  • Pierrec

    Je vois que beaucoup de choses sensées ont déjà été dites, j’aimerais cependant ajouter ma pierre à l’édifice en rebondissant sur cette idée de bande dessinée interactive se rapprochant du jeu vidéo :
    Suivant d’assez près les créations expérimentales de bande dessinées, comme de jeux vidéos, je constate que dans les faits, le jeu vidéo a plus tendance à se rapprocher de la bande dessinée que la bande dessinée à se rapprocher du jeu vidéo.
    En témoigne par exemple ce petit jeu de Daniel Benmergui : http://www.ludomancy.com/games/StoryTeller.html

    Le problème étant peut-être, au delà des contraintes éditoriales déjà citées, que les auteurs BD n’ont pas le bagage informatique nécessaire à l’élaboration de « bande dessinées interactives » tandis que les designers de jeux vidéos (dont les contraintes éditoriales sont plus dures encore)possèdent le bagage graphique nécessaire à l’élaboration d’une bande dessinée.

    Peut-être faudrait-il songer à faire rencontrer ces personnes afin de créer ce « nouveau média » car si certains n’en semblent pas convaincu, je suis comme Tony persuadé qu’il y a là des terres à explorer.

    Si certains d’entre vous sont curieux de découvrir ce qui se passe dans les laboratoires de cet autre média jeune et dénigré qu’est le jeu vidéo, vous pouvez jeter un oeil sur ce blog (le mien).
    J’essaye d’y présenter les nombreux jeux vidéos gratuits en ligne s’inscrivant dans une démarche Ou-X-pienne.

    • SébastienT

      bon, je voudrais dire mille choses, parce que le débat m’intéresse au plus au point, mais je vais tenter de me limiter à quelques points précis. D’abord, pour l’avoir expérimenté il y a une dizaine d’années, je sais que les pistes sont nombreuses lorsque l’on crée une bande dessinée sur support numérique. À mon sens, 2 défis se posent à l’auteur qui aborde ce support. Tout d’abord, sur le plan narratif, concilier tabularité et interactivité. Puis, sur le plan visuel, faire cohabiter l’interface graphique (paradigme d’utilisation de l’oeuvre) et le dessin.
      Sur le premier point, j’ajouterai que l’interactivité, agissant comme vecteur de non-linéarité dans le récit, me semble la plus productive dans un contexte numérique. Il faut alors considérer l’oeuvre comme étant un ensemble ouvert, à découvrir pour le lecteur, alors que pour l’auteur, cette ouverture se traduit par un travail de scénarisation assez exigeant qui ressemble à ce qui ce fait dans le domaine du jeu vidéo.
      Sur le deuxième point, les compétences que doivent acquérir l’auteur sont celle d’ergonomes et de designer d’interfaces, qui, bien que relevant du domaine graphique, diffèrent complètement de la mise en images d’une bande dessinée.
      Toutes ces compétences me semblent assez complexes, voire spécialisées, pour être l’affaire d’une seule personne. Comme le suggère Pierrec, il devient alors nécessaire de repenser aussi le mode de production pour le numérique et de rassembler des créateurs issus de milieux aussi divers que la bande dessinée, le jeu vidéo, l’ergonomie, la scénarisation interactive et la programmation.

  • Vincent

    Je crois vraiment qu’il ne faut pas confondre bande dessinée numérique et bande dessinée interactive.
    Pour moi, s’il s’agit juste de cliquer sur un bouton pour faire apparaître la page ou la case suivante, même si c’est bien pensé, intelligemment réalisé etc, il s’agit de bande dessinée numérique et pas interactive – ce qui n’est pas du tout péjoratif, ça peut être formidable le numérique ! Mais ce n’est que jouer avec le sens de lecture. Et c’est déjà beaucoup quant on voit que la majorité de la bd sur internet n’est que du scan de planches (je ne blâme personne, je fais ça moi-même…)
    Mais pour considérer une bande dessinée comme étant interactive, pour moi, il faut qu’il y ait la problématique du choix. Qu’à un moment, le lecteur intervienne, interagisse dans le cours de l’histoire, dans le déroulement des choses, et que ce ne soit pas seulement choisir à un moment X ou Y de passer à la case suivante.
    Et j’ai beau chercher, honnêtement, j’ai très rarement vu ça.

    • Tony

      C’est exactement ce que je propose dans Prise de tête, et que j’expliquerai dans le prochain article ^^
      Je tiens quand même à préciser, avant d’y revenir dans ce prochain article, que « bande dessinée interactive » n’est pas du tout synonyme de « bande dessinée dont vous êtes le héros », ce que votre message pourrait laisser penser.

      • Vincent

        Eh bien si on est d’accord, tout va bien 🙂

        Je pensais à une proposition de Benjamin Adam, sur numo (chercher « à pile ou face » dans le sommaire), qui, bien que ce soit inachevé, est une proposition intéressante.

        Mais non, « la bande dessinée dont vous êtes le héros » n’est pas forcément mon horizon 🙂

      • SébastienT

        bien d’accord avec Tony, l’interactivité ne se résume pas à faire un choix entre plusieurs possibles, ou à simplement user d’hyperliens, pour imiter les systèmes « dont vous êtes le héros ». Attention, je ne dénigre pas cette utilisation, car comme système primitif, il est facile à mettre en oeuvre et simple à comprendre pour un lecteur, mais je pense aussi qu’il est possible d’élargir le champs d’intervention du lecteur et diversifier les répercussions de ces interventions sur la composition des images en amont. Éventuellement, ça nous amène aussi à réfléchir sur la matière image, alors confrontée à des approches qui se rapporte aussi à l’univers du jeu vidéo et des images 3D : utilise-t-on un système de pré-rendu des images (le contenu des cases est déterminée à l’avance) ou est-ce que les images sont composées en temps réel ?

    • chris64

      Je suis d’accord avec Vincent.
      Je voudrais juste ajouter quelque remarques.
      Dans la BD numérique Bludzee, je penses que l’innovation de Lewis Trondheim est d’avoir dessiné 365 strips de 6 cases en amont pour permettre ensuite à celui qui s’est abonné de suivre l’histoire chaque jour pendant un an instituant ainsi un feuilleton qu’aucun autre support hormis internet ne pourrait offrir. De même, les bonus inclus dans certains strips font que si ce matériel devait être un livre cela représenterait une pavé de plusieurs centaines de pages qui de plus n’aurait pas la cohérence que le net offre.
      Enfin, seul internet permet d’offrir pour 8 euros un livre d’un auteur connu et reconnu.
      Abonné à Bludzee, j’en achèterais néanmoins le livre car pour moi ce sont deux support différents qui peuvent parfaitement coexister et se compléter (voir remarque sur les bonus ci dessus).
      Votre article est intéressant et j’attends sa suite avec impatience mais je reste malgré tout convaincu que comme vous l’abordez en fin d’article que votre démarche s’oriente plus vers un autre médium qui dépassera le cadre de ce qu’est et restera la Bande Dessinée (même numérique)..
      Mais je peux encore changer d’avis, hein !

  • Urwiller

    Merci pour cet article des plus complets vus sur le net à ce sujet…
    La réflexion pourra un jour s’étendre à l’illustration de presse qui n’a pas trouvé sa place sur internet. Le monde par exemple présentait il y a encore 2 ans, sur sa première page du site, les dessins en couverture de la version papier.
    L’illustration des articles est passée du dessin à la photo et à présent à Youtube. Les illustrateurs n’ont pas su proposer à temps une alternative propre à internet, qui leur offre un pourtant un panel de solutions simples et attractives.

  • f* Parme

    « Faisons abstraction des questions bassement commerciales qui guident les choix éditoriaux et créatifs dans ce domaine, [3] et tentons de voir pourquoi l’approche de la bande dessinée numérique reste cantonnée à une vue aussi courte… »

    Quelle audace ! Au fond cela reviendrait à proposer : inventons l’automobile mais passons nous de carburant et de routes !

    Je m’explique et encore une fois, je sais que je ne vais pas me faire que des amis :

    Il y a un truc qui me surprend dans toutes vos interventions « hautement artistiques » (article + commentaires). Personne ne parle des machines, de leur coût et de leur avenir. J’assiste certainement à une réunion d’enfants gâtés pour qui l’argent pousse dans les poches et pour qui les problèmes matériels sont des abstractions.

    Pourtant, si on veut inventer une BD numérique un peu plus élaborée que celle des petites notes bâclées des blogs, le vrai problème et les vraies questions à se poser sont là. Sans la caméra, sans le projecteur et sans les salles d’exploitation, pas de Charlie Chaplin et donc, pas de 7ème Art.

    Si des machines type IPad ou Kiddle ne se démocratisent pas et ne se standardisent pas rapidement, si les éditeurs doivent passer par des opérateurs et des constructeurs pour propager les œuvres qu’ils défendent, la création de BD numériques restera confinée aux blogs. Un hobby pour étudiants attardés.

    Mais bon, avec des écrans qui peuvent offrir des images animées accompagnées de sons, l’avenir de la BD sur le net existe déjà, ce sont ses produits dérivés comme le dessin animé et le jeu vidéo.
    Ou alors , s’il y a un avenir pour les images fixes sans paroles, il existe déjà aussi : le livre et la presse. Donc, si des objets nomades type IPad/Kiddle ne parviennent pas à s’imposer, l’avenir de la création de BD numériques sur le net, sera le papier. Avec une gestion intelligente des forêts, le papier a encore un bel avenir…

    J’insiste sur la dimension nomade du livre parce qu’elle est fondamentale. Sans cette dimension nomade, pas de christianisme, pas d’islam, pas de Peanuts. La portée de la chose n’est donc pas négligeable. N’envisager la lecture de BD numériques que sur de gros écrans fixes, c’est se priver de beaucoup de moments et de lieux propices à la lecture (transports, jardins publics, plages, lit…) et donc, se priver de beaucoup de lecteurs. N’oubliez pas aussi que l’invention du livre de poche a encore popularisé la lecture. La taille de l’objet n’est donc pas négligeable. Pour une bande dessinée, qu’elle serait la taille standard idéale ? Type Iphone ou type IPad-Kiddle ?

    Si les éditeurs les plus puissants restent passifs, ce n’est pas par hasard. La créativité ne suffit pas. La bande dessinée est née de l’industrie, c’est cette dimension industrielle qui l’a démocratisée. La BD est une industrie et pour se développer, elle a besoin d’un modèle économique viable.

    Alors, pour l’instant, la dimension « hautement artistique » n’est qu’une question formelle. Le problème de fond n’est donc pas là. Le problème, c’est : quel modèle économique pour financer, développer et diffuser des œuvres et quelles machines ? Mais cette question qui en contient plusieurs semble certainement trop « bassement commerciale ».

    f*

    • Julien

      Hum, drôle de priorité, le vrai et premier problème serait celui du modèle économique, celui de la forme n’étant que secondaire. Donc il faut se demander comment vendre la BD interactive avant de se demander ce que c’est ? Et l’innovation devrait attendre la demande du marché ?

      Et puis bizarre aussi l’esprit de cette intervention qui sous entend que tant qu’on n’est pas payé, professionnel, on reste un étudiant attardé. Mais encore une fois La BD de Tony montre bien qu’il est possible d’être inventif et de travailler sérieusement sans être payé pour. Je ne dis pas que c’est l’idéal, mais enfin Tony lui même ne se fait pas d’illusion en disant qu’il sait très bien qu’il ne gagnerai pas sa vie avec ce genre de travail. Alors quoi ? Pas d’argent pas de BD ? Pas de recherche ? D’accord pour ne pas évacuer la question commerciale, mais de là à en faire la question principale…

      • f*Parme

        Bien sûr ! Les bases a explorér sont déjà posées. Des formes de BD numériques, j’en ai même plein mes cartons. Pas la peine de chercher à redéfinir les choses pendant des siècles…
        L’innovation ne pourra pas se développer sans un modèle économique.
        Maintenant, pour se payer le luxe de travailler gratuitement, il faut déjà avoir de l’argent. Des parents qui payent jusqu’à ce que ça marche ou un boulot et donc faire de la BD numérique comme hobby ou être rentier ou avoir gagné au loto ou voler dans les magasins et squatter.
        T’as une autre solution viable ou je te classe dans les adolescents attardés et irresponsables ?
        Si t’as le courage de faire de la BD numérique pendant 50 ans sans gagner ta vie et si tu peux avoir des ordinateurs gratuits et créer et surfer sans payer ton abonnement internet ni tes notes d’électricité, bravo ! C’est quoi ton truc ?

        Lewis, Boulet et la plupart des auteurs de blogs qui cartonnent rentabilisent leur blog et leur BD numérique avec des livres. Pour l’instant, ils n’ont pas trouvé d’autre solution. Peut-être qu’il n’y en a pas ? Ou peut-être que si, j’en vois une : la redevance sur les ventes de machines et sur la publicité.
        Maintenant, croire qu’on va révolutionner le monde et inventer un marché juste avec quelques idées artistiques… wha, je suis épaté !

        f*

        • Tony

          Pour votre information: non je ne suis pas riche, je suis un étudiant fauché et accessoirement attardé, si avoir rédigé un mémoire sur la bande dessinée interactive, c’est être attardé. Mais on s’égare là, on s’égare…

          J’ai bien précisé la raison pour laquelle j’ai évacué les raisons économiques: parce qu’elles enferment irrémédiablement la bande dessinée numérique dans un format prédéfini, uniformisé et standardisé, le fameux « player-dans-lequel-je-peux-couler-n’importe-quelle-BD »: tout artiste digne de ce nom devrait s’insurger contre de telles pratiques!!!

          • f*Parme

            Les raisons économiques n’enferment pas la bande dessinée numérique dans un format prédéfini. Tout simplement parce que pour l’instant, il n’y a pas de standard qui s’impose massivement. Donc, pas de format prédéfini à dénoncer.
            Le problème serait plutôt de le définir ce fameux standard pour pouvoir commencer à inventer un langage solide et durable. Et cela passera nécessairement par le format et la démocratisation des machines. Donc par un modèle économique…
            Dans, 10 ou 20 ans, on aura peut-être un standard contre lequel s’opposer…

            On peut le lire où ton mémoire ?

            f*

          • Tony

            « Les raisons économiques n’enferment pas la bande dessinée numérique dans un format prédéfini. »
            « Le problème serait plutôt de le définir ce fameux standard pour pouvoir commencer à inventer un langage solide et durable. »
            >>>Il est là le problème, vous l’écrivez et ne le voyez même pas! Le format standard est en train d’être mis au point à droite à gauche (et pour des raisons commerciales: pourvoir faire rentrer dans un même moule numérique toute bande dessinée). Or, il ne doit pas y avoir de format standard!!!! Le numérique a un potentiel d’usages et de dispositifs INFINI et on voudrait nous imposer UN type de lecture, UN type de player!!!! (Je ne fais que répéter ici la note 3 de l’article…)

            Mon mémoire et mon travail pratique est dispo ici: http://www.prisedetete.net

          • f*Parme

            Ne soyez donc pas si celte, mais soyez un peu plus romain. Un standard est un mal nécessaire. Sans alphabet et grammaire, on ne serait pas en train d’échanger nos idées par écrit…

            Le problème, c’est quel standard serait le plus souple pour permettre de s’exprimer avec le plus de liberté possible. L’Iphone ou l’Ipad ou le grand écran fixe ? Et cessez de vouloir faire abstraction de la dimension industrielle de la BD. La BD est un Art qui utilise l’industrie pour exister. Autrement, à mort ces salauds de capitalistes et vive le tirage limité, l’artisanat et vous faites une page et vous l’exposez dans une galerie (dans un cadre ou dans un écran plasma) et vous trouvez un seul mécène… qui sera certainement aussi un salaud de capitaliste.

            (Je verse dans le cynisme et dans la caricature exprès pour maltraiter votre cerveau idéaliste d’étudiant fauché parce que c’est nécessaire.)

            Merci pour le lien, je vais le lire avec plaisir votre mémoire.

            f*

          • f*Parme

            Tony, ton mémoire est passionnant. Bravo !
            Je crois que tu mets le doigt sur une erreur fondamentale. La BD numérique n’est pas de la BD. Il faudrait inventer un autre terme parce que c’est un autre Art.

            f*

          • Tony

            Ben… C’est ce que je dis dès l’intro du mémoire, et ici dans la dernière ligne de l’article. ^^
            A chaque fois que je présente « Prise de tête » à un public, on me dit « ce n’est pas de la bande dessinée », et je répond: « vous ne m’avez pas écouté! J’ai que c’était de la ‘bande dessinée interactive’! ». Je l’appelle comme ça faute de mieux, car cette expression croise bien les deux média dont elle est issue… Et de toute façon, la bande dessinée ne devrait pas s’appeler bande dessinée, ça ne veut rien dire!

            En tout cas merci pour vos compliments sur mon mémoire, ça me touche vraiment!

          • f*Parme

            Oui, je comprends bien. Faute de mieux. J’insiste exprès car la terminologie prête à confusion. C’est comme si on c’était contenté de « théâtre filmé » pour dire cinéma.
            Faudrait trouver un terme vierge et parlant pour tout le monde pour se libérer de tout ça…

            Autrement; « Prise de Tête » est un projet très formel, intellectuel, théorique, froid et ludique. Ce qui ne me dérange pas du tout. Ce n’est pas une critique, c’est juste un constat. La limite qui me dérange dans ce type de principe, c’est comment faire pour pousser les choses plus loin et traduire des sentiments et transmettre des émotions ?

            Pour moi, le cinéma commence vraiment à avoir une Histoire avec Chaplin parce qu’il a su apporter l’essentiel : des sentiments et des émotions dans tous les sens (ce qui n’est pas le cas des expressionnistes. Leur palette n’est pas aussi universelle). Avant Chaplin, on s’amuse, on invente des tas de trucs ludiques mais on ne transcende pas grand chose.

            Lorsque je lis un livre ou que je regarde un film ou une pièce, je dois oublier que je suis en train de lire et de regarder et je dois me laisser emporter par l’œuvre. Avec ton projet, il y a sans cesse cette distance. Comment faire pour rendre cette interactivité plus spontanée et plus « naturelle » ?

            f*

    • Docteur C

      C’est assez curieux d’attaquer le travail de Tony sur une question de « modèle économique viable » alors que tout cela est fait dans le cadre d’une recherche universitaire, qu’il s’agit là d’une recherche générative en terme d’outils, de possibilités « artisano-techniques » pour la « bande dessinée numérique ». Possibilités interactives, de recouvrement, de déplacement des cases, etc. Bref tout un tas d’outils sont imaginés dans ce travail, outils dont quiconque peut se saisir pour peu qu’il en ait l’envie.

      Balançons quelques faits sociologiques primaires : la très grande majorité des français disposent d’ordinateurs de salon, qu’ils utilisent pour accéder à du contenu sur internet. La très grande majorité des artistes, y compris les auteurs de bande dessinée, ne vivent pas décemment de leurs œuvres (en tout cas rare sont ceux qui en vivent uniquement).

      Je ne vois pas bien, dès lors, en quoi 1) il y aurait nécessité de l’émergence d’un support nomade pour justifier l’existence d’une bd numérique 2) la bd numérique devrait viser une destinée industrielle de toute façon inexistante pour le moment.

      Si faire un livre est forcément un modèle économique viable, je veux bien en recevoir ici la brillante démonstration. Mais ça ressemble plus à une espèce de blague. Comme si tous les livres publiés rapportaient des sommes importantes, permettant de vivre, à leurs auteurs. Evidemment que non.

      Entendons-nous bien. Je ne reproche ici à personne de vouloir vivre de son travail, ni même de gagner de l’argent en quantité suffisante avec celui-ci. Tout ce que je dis, c’est que subsumer la forme de la création à sa rémunération très hypothétique m’apparaît intellectuellement plutôt malhonnête.

  • chris64

    La dimension économique doit rester un élément essentiel pour développer ce genre d’initiative mais cependant la recherche artistique n’a jamais eu de lien avec l’aspect économique ou alors je n’ai pas bien compris ce qu’est fondamentalement le rapport d’un artiste avec son art.
    Le recherche artistique pour un support comme le numérique est une chose et sa rentabilité économique en est une autre.
    Effectivement, c’est certainement la rentabilité qui créera la BD numérique du futur mais rien n’empêche des auteurs de tenter des voies et expérimenter des solutions pour ce support.

    Je comprends bien qu’un professionnel dont c’est le métier doit gagner sa vie mais rien n’empêche ce même professionnel de vouloir tenter de nouvelles voies quitte à y perdre un peu (c’est un choix).

    Encore une fois, l’expérience de Bludzee de Lewis Trondheim me semble intéressante car elle a le mérite de proposer une véritable création pour un support donné avec un coût estimé et un seuil de rentabilité clairement affiché.
    Cet engagement d’un auteur connu est le meilleur moyen de démocratiser ce nouvel espace de création et de faire connaître par la suite des initiatives parfois peut être plus confidentielles et plus expérimentales.
    L’objectif, je pense, dans cette démarche étant de capter un nouveau public « Nouveaux supports, nouveaux publics… » (Lewis Trondheim.).

    Vous avez raison d’insister sur le coté économique de la BD numérique mais tout nouveau média doit avant développement connaître une phase d’expérimentation (avec ses succès mais aussi ses échecs) et des professionnels qui choisissent de s’y investir.

    De même, effectivement l’extension du numérique vers le livre n’est pas, à mon sens, contradictoire dans l’état actuel du marché.
    Je reste attaché au livre mais je pense que la gratuité du net (ou quasi gratuité (8 euros pour 365 strips dans le cas de Bludzee!)) permet d’amener un nouveau public vers la Bande Dessinée. Je me souviens d’une pub pour un grand magasin de vente de produits culturels (partenaire du festival d’Angoulême) où une voix off demandait aux personnes qui lisaient des BD que ce serait bien si elles en achetaient aussi un peu. Je suis intimement convaincu que l’offre gratuite entraine souvent l’acte d’achat par la suite quand les moyens financiers sont là (en tout cas c’est exactement mon cas).
    Peut être qu’un jour, les supports (IPhone ou autre, tout va si vite) feront que BD pour livres et extension numérique cohabiteront chacun avec leur spécificité et leur qualité propre (ce qui je crois est quelque part l’objet de cet article).

    Désolé si cette intervention est un peu brouillonne mais je n’ai franchement pas l’habitude d’intervenir sur des forums.

    • f*Parme

      Je ne connais pas de gratuité. Faut pas croire les publicitaires !
      Les nouvelles formes d’Art ont toujours été créées dans des pays riches. Je ne connais pas d’exemple dans l’Histoire qui puisse me démontrer le contraire… L’Art et l’argent sont toujours liés.

      La tentative de Lewis est intéressante. Mais elle trouve rapidement ses limites. Pas artistiques mais économiques. Il faut avoir une machine et un abonnement pour pouvoir avoir accès et s’offrir Bludzee. Et ça, c’est une sacré limite à la popularisation d’une œuvre.

      D’ailleurs, l’exemple Bludzee démontre que la dimension économique est incontournable…

      Lewis et moi avons projet numérique novateur. Et déjà, la première chose pour son éditeur va être de trouver des subventions pour pouvoir créer un programme informatique…

      Donc le discours « faisons abstraction des dimensions bassement commerciales », je rigole !

      f*

      • chris64

        Ok, il est exact que j’ai les moyens de m’offrir l’abonnement, l’ordi et la connexion qui va avec.
        Je ne conteste en aucun cas la dimension économique mais je reste convaincu que ce n’est pas cet aspect qui a poussé un auteur comme Lewis Trondheim a engager un tel travail et qui, de surcroit, a du représenter un temps non négligeable.
        Néanmoins, à projet novateur, pourquoi ne pas y associer financement novateur comme ce qui s’est fait dans la musique et commence à voir le jour dans le domaine de la Bande Dessinée. Une contribution des internautes désireux que le projet aboutisse. Internet permet aussi cela, éliminer les intermédiaires et le temps de montage d’un tel projet.
        En cela, le numérique est, je crois, un formidable outil économique pour des projets papier mais aussi numérique (et si le papier suit, tant mieux pour moi).

        • f*Parme

          « internet permet aussi cela, éliminer les intermédiaires et le temps de montage d’un tel projet. »

          Il ne faut pas négliger les problèmes de stockage et de sauvegarde des données…Même si c’est virtuel, ça a un coût quand même. Les éditeurs ne vont plus entreposer des livres dans des hangars mais sur de gros serveurs qu’ils devront protéger et entretenir. Le problème de la distribution est différent. C’est son contrôle qui n’est pas simple.

          Le temps de montage d’un projet ? Tout dépend du projet. Si vous avez besoin de créer un logiciel exprès… il vous faut un ingénieur et 6 mois de travail pour lui. L’idée toute simple nécessite parfois des mois de réalisation.

          Je connais bien le monde de l’édition et bien le monde de la télévision. Le fonctionnement de l’économie de la BD numérique, je l’imagine entre les deux.

          Naïvement, on pense tout d’abord qu’on peut se passer d’intermédiaires. À cause de la spontanéité de l’accès. Mais très vite, on se plonge dans la mécanique et on se rend compte que non. Que les rôles des éditeurs, techniciens, juristes, etc… sont différents. Là aussi, il reste beaucoup à inventer : un portail attractif avec des systèmes prescripteurs comme ça se fait sur Musicme ou Deezer… Parce que la BD numérique en tireur isolé, je n’y crois pas. 10 blogs, on arrive à suivre, 20 000, c’est noyé dans la masse. On se retrouve avec des tas de niches avec de beaux chiens dans les niches mais qui n’auront pas beaucoup de croquettes pour se nourrir.

          En ce moment, ce que je regarde, ce sont les chiffres de vente des Kiddle et des IPad. Pourquoi ? Parce que je ne crois pas à l’avenir de la BD (avec des cases) sur des appareils type IPhone. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas le bon mode pour lire une BD. Il faut lire case par case et ce n’est pas ainsi qu’une BD se lit. L’œil regarde d’abord et furtivement l’ensemble de la page ou du strip et ensuite, il entre dans l’image pour lire quasi simultanément le texte et l’image. Tous ceux qui ont fait un peu de sémiologie connaissent de quoi je parle. Sur un petit écran, on a 1 ou deux cases… du coup, ce n’est plus du tout le même mode et le même type de lecture. Et cela pose de sérieux problèmes pour entrer dans le récit. Les chutes n’arrivent plus de la même manière…
          Avec des appareils plus grands, la lecture est plus limpide. Si les ventes de ces machines ne décollent pas, je ne vois pas comment la BD numérique pourrait avoir un avenir économique et artistique.

          f*

          • iKo

            Le temps de montage d’un projet ? Tout dépend du projet. Si vous avez besoin de créer un logiciel exprès… il vous faut un ingénieur et 6 mois de travail pour lui. L’idée toute simple nécessite parfois des mois de réalisation.

            Oui, c’est d’ailleurs assez désespérant de voir que tous les exemples proposés ici sont en flash, un format très fermé : les specs sont disponibles, mais il est interdit de les utiliser pour développer un lecteur alternatif à flashplayer. Autrement dit Adobe contrôle les deux bouts du tuyau (de l' »atelier » à la liseuse); en terme de standard et d’indépendance numérique on peut vraiment rêver mieux…

            Mais pour cela il faudra effectivement définir un format spécifique accompagné d’une implémentation crédible. Or quand on voit le temps que ça a pris et le chemin qu’il reste à parcourir pour des choses comme HTML ou Open Document, on a àmha le droit d’émettre de sérieux doutes sur la maturité (offrir un rendu papier et plus que le papier indépendamment du matériel/logiciel de lecture) de la BD numérique à court/moyen terme…

          • Tony

            Flash est certes un format propriétaire, mais je le considère comme « standard » car maintenant implanté chez tous les internautes. L’idée que je me fais du terme standard est bien la suivante: que le lecteur n’ait pas à subir des complications techniques (installation de plug-in par ex, Flash Player étant répandu et souvent déjà installé) pour accéder à l’oeuvre.
            C’est aussi pourquoi en l’état actuel des choses, je ne conçois la bande dessinée numérique que sous forme de site web: quoi de plus accessible dès lors qu’un navigateur suffit? Ceci exclut d’emblée le format téléphone…
            Evidemment, il faut attendre ce que nous proposerons les ingénieurs, mais je pense qu’on en passera toujours par des formats propriétaires (Apple en rajoute une couche en refusant d’implémanter Flash sur ses Iphone ou iPad au profit de ses formats).
            On peut aussi envisager le travail sur logiciel libre (j’y songe, mais n’y suis pas formé): Gimp, Notepad pour le codage des pages web, FlashDevelop+Flex, etc…

            Quant au travail d’équipe sur le développement des projets, il me paraît indispensable, à condition que chacun reste à sa place. Ce que je reproche aux éditeurs actuellement, c’est de se mêler du développement des formats (d’où problème de standardisation), alors que c’est aux auteurs et techniciens de le faire, et ensemble bien sûr. C’est d’ailleurs de cette manière qu’a été développé ‘Prise de tête’: un ami et collègue a développé 80% des applications Flash, et nous n’avons cessé de dialoguer. La technique et ne peut jamais totalement se plier au projet de l’auteur, auquel cas le projet se voit modifié en conséquence; et réciproquement le projet de l’auteur ne peut pas passer son temps à subir les contraintes techniques, et celles-ci sont alors dépassées.

          • iko

            Flash est certes un format propriétaire, mais je le considère comme « standard » car maintenant implanté chez tous les internautes.

            Non, il est implémenté uniquement dans le plugin flashplayer. Le jour ou Adobe dit « On s’en cogne des utilisateurs Linux/Mac OS X, plus de plugin », c’est terminé pour ce public-là. Idem si un jour ils sont amenés à casser la compatibilité entre deux versions pour X ou Y raison, les oeuvres codées dans des versions trop vieilles ont toutes les chances de devenir illisibles.

            De plus « c’est ce que tout le monde a » est un très mauvais argument : le Web a stagné pendant 8ans juste à cause du principe « tout le monde a Microsoft Internet Explorer 6 ». On commence seulement à s’en remettre avec ce que promettent HTML5 et CSS 3.0, mais la partie est loin d’être gagnée.

            Ce que je reproche aux éditeurs actuellement, c’est de se mêler du développement des formats (d’où problème de standardisation), alors que c’est aux auteurs et techniciens de le faire, et ensemble bien sûr.

            Bin, c’est ce que les éditeurs font aussi sur papier, non ? pour le meilleur (au service de l’oeuvre) et pour le pire (au service du marketing)… pour moi les formats sont clairement leur boulot, le tout c’est que tout le monde soit clair sur comment on « dit » un rond, une courbe, etc. Regardez les possibilités de SVG, c’est assez étendu et parfaitement standard :

            http://www.w3.org/Graphics/SVG/About.html

            Après qu’il existe des logiciels (proprio ou libre, c’est tout l’intérêt d’un standard) qui permettent de manipuler un standard avec aisance, c’est une autre question ; il faut bien distinguer spécification et implémentation. Mais pour moi il est très probable que les auteurs ne pourront pas longtemps faire l’économie d’un certain bagage technique pour que la BD numérique puisse réellement exister. D’ici là, beaucoup se sentiront sûrement beaucoup plus libres avec papier, crayon et scanner…

  • chris64

    Bon ok, « l’art graphique séquentiel et interactif numérique « reste à définir ainsi que son format standard (ben oui je lis aussi les autres notes), et tout ceci reste encore un bel espace à défricher mais je reste quand même sur ma position sur le fait que des voies doivent pouvoir exister et que ce sont des auteurs comme vous ou d’autres qui par leur implication feront le marché aussi. Les appareils commencent à émerger et l’Ipad semble être tout de même un sacré engin qui risque de mettre tout le monde d’accord pour quelques temps. Je penses d’ailleurs que votre participation active à cette discussion montre bien que ce domaine vous interpelle.
    Mais même avec tous les paramètres que vous citez, la BD numérique devrait cependant être dans une logique économique plus intéressante que l’édition traditionnelle. Cet aspect économique devrait jouer en sa faveur. De plus, sa diffusion immédiate (après tous les paramètres que vous indiquez) sur un territoire internet (avec traduction comme Bludzee) est un autre élément qui joue en faveur de nouveau mode d’expression pour des auteurs pro ou pas.

    • iko

      Les appareils commencent à émerger et l’Ipad semble être tout de même un sacré engin qui risque de mettre tout le monde d’accord pour quelques temps.

      Je ne sais si c’est vrai, mais dans tous les cas ce n’est guère réjouissant pour la création… 😐

      • chris64

        Je ne connaissais pas cet article. Espérons que la communauté Apple saura faire évoluer ce comportement typiquement « américain ».

      • f*Parme

        On sait qu’Apple censure des œuvres. Par exemple, pas de sein qui dépasse. Si les éditeurs doivent passer par eux pour diffuser leurs œuvres, cela risque vite d’être très dangereux pour la liberté d’expression. Vous imaginez un imprimeur qui se place en censeur ? Bin non. C’est pour cela que je me demandais si les éditeurs de BD ne devraient pas eux-mêmes fabriquer et commercialiser leur machine. L’idée délirante. Mais après tout, on est entré dans l’ère des groupes de communication et un groupe comme Média-Participation s’est offert Anuman pour pouvoir développer ses programmes et ses projets. C’est déjà une logique industrielle qui va dans cette logique…

        f*

        • Boulet

          Juste une petite réponse rapide concernant la réalité économique qui nous rattrape toujours:
          Même sur les blogs, qui ont pourtant cette image (évidemment fausse) de totale liberté/gratuité, on se heurte à ces contingences:

          A moins de passer par les plate-formes gratuites pleines de pubs et très moches, l’hébergement et le nom de domaine ne coûtent pas très cher quand on a un tout petit blog (de l’ordre de 80 à 100 euros par an) mais ça augmente très rapidement en fonction du trafic.

          Alors effectivement j’ai en tant qu’auteur les moyens de m’offrir mon hobby pour étudiant attardé, mais sans les albums, j’aurais eu sans doute moins de plaisir à bosser pour pouvoir payer mon travail supplémentaire. C’est un des paradoxes qu’on connait moins: le blog, c’est gratuit jusqu’à ce que ça marche.

          La seule solution « viable » qu’on nous propose en dehors de l’édition, c’est la pub.

          Mais déjà je pense personnellement que c’est surévalué. Quand bien même on blinderait son site de pop-ups et de bannières on aurait bien du mal à en vivre, d’autant que chaque pub supplémentaire ferait fuir de plus en plus de lecteurs, et en plus la prostitution marchande de ce type est bien peu compatible avec le bel idéal libertaire (bidon) de la gratuité d’internet et des blogs*.

          (Frantico s’était fait inonder de courriers d’injures quand il avait mis une fausse bannière sur son blog.)

          Et surtout encore une fois: je ne vois pas trop ce que viennent foutre les blogsBD dans un débat sur la bande-dessinée interactive, j’ai l’impression qu’on mélange tout. La recherche formelle se basant sur les outils informatiques est une très belle chose, mais pourquoi aller chier dans les bottes de ceux qui se servent du net comme simple moyen de diffusion ?

          J’ai l’impression de voir des experts en origami qui reprocheraient à des fanzineux de mal utiliser le papier.

          -B-

          *Tiens et une petite anecdote sur la belle liberté/gratuité du net: j’ai été contacté par une plate-forme gratuite (over-blog) pour une interview. Je me suis vu offrir un deal très amusant: le site diffusait mon interview à la condition sine qua non que je mette leur bannière avec leur lien en gros sur ma page d’accueil. J’imagine ça dans la BD traditionnelle: « monsieur Parme, nous allons parler de votre album dans Libé à la seule condition que vous mettiez notre logo en énorme sur la couverture, qu’en pensez-vous ? »

          • chris64

            Vu sur W Art :
            Les Autres gens, nouvelle web-BD feuilleton
            Le 1er mars prochain débute une nouvelle aventure éditoriale sur le Net nommée les Les Autres gens. Orchestré par Thomas Cadène, auteur de la décapante Rosalinde, le principe est simple : proposer du lundi au vendredi, sur une quarantaine de cases par jour, des tranches de vie de Mathilde, jeune étudiante qui vient de gagner au Loto. Quelque part entre Plus Belle la vie et Santa Barbara, Cadène qui scénariste l’ensemble s’est entouré de 12 dessinateurs réguliers parmi lesquels Bastien Vivès, Tanxxx, Bandini ou encore Sébastien Vassant.

            Gratuit durant son premier mois d’exploitation, à lire sur ordinateur ou téléphone portable, l’aventure s’ouvrira par un segment illustré par l’auteur du Goût de Chlore. Chaque nouvel épisode sera proposé dès 5 heures du matin. Passé ce premier mois d’essai, il faudra payer un abonnement compris entre 3 et 5 euros mensuels. Œuvre en pleine gestation, d’autres auteurs interviendront à l’instar de Camille Jourdy, tout juste auréolée du prix Révélation à Angoulême pour son Rosalie Blum, ou de Thomas Allart recruté directement sur le sujet dédié à la série sur le forum Café Salé !

            Comme quoi, le sujet est clairement d’actualité !

            P.S. : pour les blogs BD, je suis d’accord, ce n’est pas le sujet.

          • f*Parme

            « P.S. : pour les blogs BD, je suis d’accord, ce n’est pas le sujet. »

            Si, quand même. Il y a une forme d’interactivité avec le blog qui pourrait faire naître de nouvelles formes.

            Je propose de ne rien écarter pour éviter le dogmatisme.

            f*

          • f*Parme

            « monsieur Parme, nous allons parler de votre album dans Libé à la seule condition que vous mettiez notre logo en énorme sur la couverture, qu’en pensez-vous ? »

            Coucou Gilles !
            Ben… tout dépend de l’argent qu’on me donne. Libération est devenu un journal de droite. Maintenant c’est clair pour tout le monde. Il suffit de voir qui le finance.
            Donc, si Libération me propose, je demande au Figaro si ça les intéresse. Tant qu’à se vendre et être ouvertement cynique, autant prendre le maximum de fric puisqu’on va se prendre un maximum d’insultes en contrepartie.
            Et je me demande même si je ne serais pas assez tordu pour trouver le moyen de détourner le sens de cette pub. En changeant la couverture…
            Et je pense qu’Andy Warhol me donnerait raison, non ?
            Tiens j’y songe, le Cosmoschtroumpf mangeait des BN…

            HAHAHA !

            Sérieusement, le financement des œuvres diffusées sur le net comme ton blog d’adulescent qui me fait toujours autant marrer, n’est pas simple. Est-ce de la BD interactive ? Un peu puisque les commentaires font partie de l’œuvre, non ?
            Faut-il profiter de la manne que peuvent apporter les annonceurs ou pas ? Et que le type qui me dit que la pub c’est mal me jette la première pierre s’il n’a jamais péché. La pub fait partie de notre vie quotidienne et modèle notre façon de voir, de penser, nos opinions et nos goûts. Ou bien on dit beurk c’est nul en buvant son Coca-Cola. Ou bien on dit en buvant son thé vert à la menthe que c’est un moyen comme un autre de financer la création.
            À la TV, les auteurs profitent (aussi) de l’argent de la pub pour se rémunérer. Mais le lien est indirect. Il n’y a pas un gros logo sur l’œuvre. Sur un écran d’ordi, ce serait omniprésent.
            En plus, l’argent de la pub que peut récolter un auteur sur le net n’est pas considéré comme des droits, ce qui pose un sérieux problème pour les cotisations retraites, maladies etc…
            en tout cas, Gilles, je te remercie pour tes précisions parce quelles posent des tas de bonnes questions.

            🙂

            f*

  • Joseph Béhé

    Merci pour cet article très intéressant et les commentaires nombreux et pertinents.

    Beaucoup de choses ont été dites, je rajouterai simplement que les frontières sont aussi poreuses entre les arts du spectacle, de la littérature et des arts plastiques (pour produire de la bande dessinée « classique ») qu’entre le jeu, la lecture et le spectacle (pour produire de l’hyperBD).
    Quand de nouvelles possibilités s’ouvrent, les artistes se basent sur les formes précédentes (ex le théâtre filmé au début du cinéma). Et donc, que ce n’est pas grave si les formes complexes ou innovantes se font attendre.

    Aujourd’hui, je rentre d’une séance de cours aux Arts Décoratifs de Strasbourg où des étudiants travaillent sur des narrations visuelles élaborées spécialement pour une lecture numérique.
    J’espère pouvoir vous en faire profiter dans quelques mois… (si la direction de l’école n’étrangle pas l’atelier)

  • wandrille

    Boah, moi je défendrais juste mon bout de gras, vu que tous les autres ont déjà dis des tas de choses intéressantes et biens.

    Donc pour faire court la « révélation blog » est récompense une personne « révélée par le blog » (d’où le nom) et non une oeuvre numérique
    D’où le côté tout à fait raccord de proposer un album à cette personne qui n’est d’ailleurs pas l’édition de son blog.

    Et qui, au vu du premier album donne quelque chose d’assez bon, soit dit en passant.

    S’il avait fallu récompenser une création numérique, on aurait surement appelé ça « prix de la création numérique » et trouvé une récompense plus en raccord.

    Sachant que bon, le côté récompense édition, est un peu la carotte ultime pour les blogueurs qui ne rêvent que d’édition. Si vous avez suivi la chose, vous verrez que ça permet en général de mettre en avant une trentaine de blog ou webcomics très différents, n’ayant pas tous la prétention à l’édition (voir n’étant pas éditables tout court).

    Le problème de ce débat, c’est que c’est toujours la même rengaine « ohlala on peut faire des trucs incroyables avec l’internet et l’interaction et on fait rien et tout ce qu’on fait c’est nul ». Bon, c’est vraiment très intéressant et surtout courageux comme point de vue, mais ça consiste en général à défoncer ce qui se fait au nom de « ce qui pourrait se faire ».

    J’imagine qu’on est tous des idiots et que vraiment, on ne crée pas grand chose. Et j’imagine que les donneurs de leçon sont, comme toujours, des gens ayant eux même apportés de grandes choses au sujet.

    Mais en général, non.
    Ou je me trompe, et il y a un lien caché montrant une nouvelle création de votre cru qui va tellement révolutionner la création numérique que tous les articles dénigrant le reste seront superflus ?

    Montrez moi cela.

    Avec tout mon humour.

    • f*Parme

      Cher Wandrille,

      Au prochain Salon du Livre de Paris, Dargaud va lancer une nouvelle plateforme de vente de BD en ligne. Ça s’appellera Iznéo. Ce ne sera peut-être pas la grande révolution artistique du siècle mais il me semble que ce sera déjà uen expérience à grande échelle importante. Sans ce type de plateforme, je ne vois pas comment on peut faire avancer les choses. En braillant : place aux jeunes, les vieux sont tous des cons de bourgeois !!! … ? Non. Généralement, ceux qui tiennent ce discours sont les cons de bourgeois de demain. Ils sont frustrés qui veulent le fric et le Pouvoir en faisant croire que non, qu’ils sont des poètes. À d’autres ! Il vaut mieux toujours souhaiter que tout marche pour tout le monde. De toute façon, les œuvres novatrices et importantes finissent toujours par avoir raison et rester durablement. Si cette plateforme marche, alors, on pourra espérer voir financer dans quelques temps des projets artistiques plus ambitieux.

      Avec tout mon pessimisme éclairé, habituel.

      f*

      • wandrille

        Ah mais mon cher Fabrice, je ne dénie pas la chose. D’ailleurs, moi, j’aime les vieux… Surtout les vieux comme vous, plein de jeunesse.

        Il y a un truc à noter d’ailleurs en terme de « nouveaux models » qui a du être peut être mentionnés dans les commentaires, mais il ne me semble pas) c’est la prochaine création collective par abonnement « les autres gens »

        http://www.lesautresgens.com/spip.php?page=teaser

        En proposant une histoire dessinée par un collectif de dessinateurs talentueux (Ak, Aseyn, Tanxxx, Marion Montaigne, Bastien Vives…) le scénariste propose justement de fidéliser et de clientéliser les lecteurs habituels de ces gens là.

        C’est très intéressant en soi : d’abord parce que, contrairement à l’édition traditionnelle papier, l’oeuvre collective semble au contraire plus attractive sur internet, d’autre part, ça permet effectivement de proposer aux fans de ces auteurs de faire une démarche d’achat qui est assez nouvelle par rapport à la vision du blog à la française, qui est chez nous gratuite.

        Evidemment, pour le moment, c’est surtout une tentative de modèle économique. Au niveau narratif, je ne vois pas encore la chose, mais je pense qu’il devrait y avoir des créations drôlement intéressantes.

        • f*Parme

          Chris 64 en avait parlé un peu plus haut mais n’avait pas donné le lien. Donc, merci Wandrille !

          C’est quoi le truc nouveau par rapport à Chicou-Chicou et plus Belle La Vie ? Qu’on peut juste le capter avec n’importe quelle machine même depuis la Chine et l’Iran ?

          f*

          • Tho

            ça ne prétend pas être révolutionnaire,

            simplement c’est payant, c’est quotidien, c’est dessiné par une vingtaine d’auteur, il n’y a qu’une seule histoire qui s’impose à tous les dessinateurs, il y a un des dessinateurs des chicous dedans d’ailleurs (Surcouf). Heu… C’est comme plus belle la vie en fait. mais plus belle la vie c’est mal joué, là ce sera bien dessiné, c’est toujours ça de pris.

            Et puis la longueur/la « quantité » aussi est une spécificité (du moins dans son rapport à la quotidienneté) : chaque épisode fera entre 30 et 40 cases ce qui permet de développer ses histoires et de prendre le temps de la lecture.

            À part ça c’est un soap, c’est une série, c’est un type de lecture déjà vu mais c’est « dessiné » pour ce type de lecture, donc la narration est adaptée. Le dessinateur ne pense pas sa page, il pense sa case. L’air de rien (du moins de mon point de vue), ça change pas mal de chose. mais ça a déjà été expérimenté sur bien des blogs qui n’utilisent pas le format « planche » mais le scrolling comme Gipi à une époque, Vivès (qui fait le premier épisode), Marion Montaigne (qui résume une fois tous les deux mois), les chicous chicous bien sur etc.

          • f*Parme

            Inventer des technologies hyper sophistiquées… pour faire du soap !!!
            Tiens, amusant, le soap est une invention des publicitaires américains…

            J’ai un problème avec le case par case. Je crois bien que le format minimum pour une BD, c’est le strip de 3 cases. Avec le case par case, j’ai l’impression d’une suite de toiles de Roy Lichtenstein… Une autre lecture qui laisse plus de place à l’auto-dérision au rapport texte-image fixe. Un temps de pause plus long. Certainement parce que l’image glisse moins. Christophe Blain a une théorie que je trouve très juste sur l’image de BD qui doit être conçue pour faire glisser l’œil vers l’image suivante. Avec une case fixe, puis une autre qui la remplace dans le même cadre, l’œil ne se déplace plus horizontalement pour lire, mais reste fixe, plutôt au centre de l’image et les images se superposent. Les raccord et les passages d’une scène à l’autre sont forcément différents… C’est évident. Il faudrait plutôt penser vos découpages comme des boards d’animation…
            N’oubliez jamais que le lecteur doit oublier qu’il lit pour entrer dans le récit…

            f*

          • Tho

            ça me fait un peu penser à ceux qui disaient avant 6 feet under ou the wire ou twin peaks que le format télé c’était forcément un format de merde pour vendre de la pub. La deuxième partie de la proposition est quasiment toujours vraie mais il n’empêche que le format série s’est finalement révélé passionnant (même si je n’ai pas de télé, mais le format n’est pas le support).

            Le feuilleton n’a pas été inventé par des publicitaires, c’est sa version « pour vendre du savon » qui l’a été.
            Le feuilleton est un format génial pour raconter des histoires.
            Je ne sais pas ce que ça vaut ce que nous en faisons mais l’expérience est très excitante.

            Quand au mode de lecture, la remarque est intéressante et on n’a pas attendu aujourd’hui pour se demander ce qu’on allait en faire.

            Le fait est que laisser un oeil se perdre sur un strip de 3 cases sur un écran d’Iphone n’a aucun sens et je dirais même plus est une trahison de la moitié du travail de l’auteur. Quand je dessine pour le papier je pense à ma page et même je pense à ma double page, c’est dire si tout mode de lecture me réduisant au strip ou à la case pour me rendre accessible numériquement ne rendrait pas justice à mon travail (quel que soit la qualité de celui ci par ailleurs).
            Nous avons choisi la contrainte du support. ça nous a amusé de jouer sur ce case par case ou ce scrolling qui fonctionne finalement potentiellement (sur l’ordinateur en scrolling) comme un strip vertical sans rupture. Les BD de Gipi sur son blog, jouant du copier coller (comme celle de Vivès d’ailleurs) sont à ce titre de formidables exemples me semble t il.
            Ce n’est pas parce qu’on s’est habitué à quelque chose qu’on ne peut pas faire autre chose.
            Ce que je reconnais volontiers c’est que c’est clairement différent.
            Je précise une nouvelle fois que nous ne prétendons pas révolutionner quoique ce soit, simplement faire l’expérience d’une autre façon de raconter des histoires à travers des dessins dans des cases rendue possible par internet. Notre propos n’est pas d’explorer les possibles mais de nous saisir de l’opportunité d’explorer un possible.

  • wandrille

    Alors je me réponds à moi même, puisque j’ai zappé un commentaire qui disait que l’auteur de l’article avait effectivement produit une bande dessinée interactive, mais, comme le seul lien que j’ai trouvé amène à Coconino et que Coconino pour trouver un truc, c’est le bordel, j’aimerais vraiment bien voir cette chose là…
    Comme d’autres ici, je suis souvent assez dubitatif sur l’intérêt réel de la chose. Pour le moment, ce que j’ai vu est assez gadget et ressemble moins à de la bd qu’à de l’animation matinée de livres dont on est le héros…

    Mais foin d’a priori : le lien ! le lien !

    • Mattias-Fausse-Monnaie

      Le lien est quelque part dans les commentaires… (ok, je vous l’accorde c’est un peu le bordel dans les commentaires).

      Et puis comme le beau temps est de retour, je vous le remets : http://www.prisedetete.net/index.html

    • Tony

      Oui le lien allons-y: http://www.prisedetete.net
      Je ne me permettrais pas ce genre d’article « provocateur » si moi-même n’avait pas les mains dans le cambouis depuis plus de deux ans (un mémoire consacré à la question, et plusieurs créations, mais « Prise de tête » est la principale.)
      Etrange qu’un lien t’ai amené sur Coconino, au pire googlise mon lien (je me permets le tutoiement, puisqu’on s’est tutoyé à chaque fois qu’on s’est croisé en festival!).

      Quand à la Révélation Blog, j’ai bien compris ses enjeux, mais la situation est quand même particulièrement ubuesque. Je ne demande pas aux auteurs de blog BD de faire tous dans le multimedia, interactif, etc… Ce qui m’interpelle, c’est que trop peu s’interrogent sur ce médium, et pire, qu’ils le méprisent puisque visent l’édition papier, comme si le blog n’était qu’un sous-medium et le livre tout pouissant. Bon, comme certains l’ont souligné, le blog n’est pas le sujet de cet article: je m’en suis simplement servi pour montrer très concrètement l’absurdité qui règne du côté numérique de la bande dessinée.
      Reste que j’ai une suggestion pour ce Prix de la Révélation Blog: pourquoi pas un partenariat avec un éditeur de bande dessinée numérique, et laisser les récompensés choisir leur éditeur entre deux propositions, un papier et un numérique? Ca serait beaucoup plus cohérent, non?

      • f*Parme

        « pourquoi pas un partenariat avec un éditeur de bande dessinée numérique, et laisser les récompensés choisir leur éditeur entre deux propositions, un papier et un numérique ? »

        Pour un peu qu’ils choisissent tous le papier, nous ne serions pas très avancés mais nous rigolerions bien !

        f*

        • Tony

          Certes, mais l’initiative aurait le mérite d’exister, et peut-être de faire réfléchir.

  • Fred Boot

    Bonjour à tous.

    Je trouve dommage que l’on ne s’oriente pas plus vers les possibilités « plastiques » spécifiques au numérique. Il y a un terrain de création qui n’a quasiment pas été exploré.

    En 2003, il y a 7 ans déjà, je mettais en ligne cette crotte :
    http://fredboot.com/nmd/yb1/yb1f.html

    Le seul intérêt de la chose (outre de découvrir à l’époque le travail de la japonaise Kan Takahama) est au niveau de la recherche formelle qui se penche vers une particularité toutes bêtes mais que tout le monde zappe depuis des années : la génération de graphisme et d’émotion par la prise en compte de comportements. En clair : chaque élément d’une oeuvre peut avoir des comportements qui lui sont propres et le code peut générer de l’image. Il est aussi possible d’étirer un instant de narration sans que cela ne devienne du dessin animé ou du jeu video.

    C’est très couillon en soi. Mais ça demande un minimum de se mettre les mains dans le cambouis, un cambouis qui ne laisse qu’un peu de corne sur le bout des index.

    C’est un tout petit grain de sable dans un univers de possibles que quasiment personne ne cherche à défricher. Il y a une culture de la création numérique proche du zéro dans le monde la BD. Si si.

    J’espère de tout mon cœur qu’une génération de jeunes auteurs vont mettre un bon gros coup de pied dans nos visions de petits artisans gribouilleurs (je me mets dedans, je ne peux pas dire que depuis quelques années je vais de l’avant côté création numérique). Une génération qui n’aura pas peur de revendiquer un art généré par ce qui est propre au numérique, et qui aura l’audace de ne pas attendre au chaud un modèle économique. D’autant que celui qui s’annonce il est simple : vendre des oeuvres asseptisées voire censurées (5000 app trop sexuées retirées de l’Apple store hier) et laisser un petit 8% aux gentils dessinateurs qui créent comme on créait il y a 50 ans.

    • Tony

      Ha Fred je te reconnais bien là!
      Le récit génératif (plus ou moins aléatoire) est précisément une direction que j’ai oublié de prendre en compte dans les directions possibles de la bande dessinée numérique. Il est assez amusant que tu sois le 2è à me le faire remarquer cette semaine (le premier étant Sébastien Trahan).
      Il se pourrait donc qu’après un article sur la voie « interactivité », je regarde d’un peu plus près ce qui a déjà pu se faire en matière de « récit génératif ». En littérature, ça a au moins 20 ans (estimation à vue de nez)!!!

      Ce genre de constat me fait dire que les auteurs de bande dessinée sont vraiment enfermés dans leur bulle, et que ce jeu de mot serait minable s’il n’était malheureusement approprié…

    • Tony

      Pire: la littérature générative utilisant l’informatique existerait depuis 1959.

  • seb.c

    Il y a évidemment des aspects intéressants à la « bd interactive numérique », certainement dans les essais de Tony. Mais comme constate e.a. Big Ben, la bd n’a pas attendu le numérique pour être interactive. Que nous viennent des histoires appétissantes de ces nouvelles formes « hybrides », je ne l’exlue pas non plus.

    Mais ce qui frappe dans le sujet, c’est une forme de « bdéisme » ou de « bdéite » (au choix) comme on voit aussi dans certains aspects de la bd dite abstraite ou concrète. Tout peut être bd ou bdéifié, il suffit de s’y mettre. Le plus facile, c’est quand ça « y » ressemble, p.e. en s’articulant par des cases, des bulles, des icônes…

    Alors il faut aller au fond de la question. Que veut-on faire? Si la bd répond à une certaine forme majeure, c’est parce que à la fin du 19ème siècle la possibilité et la demande étaient là pour des petits récits courts et comiques en images dans la presse populaire. Le dessin s’imposait comme évident. Comme il fallait donc recouper un évènement temporel (histoire) en images fixes, le choix pour la bande était évident. Plus de cent ans plus tard, cette forme subsiste tant bien que mal et, heureusement, le récit graphique en général trouve d’autres formes en réponse à l’actualité artistique, technologique etc. Quand on s’essaie par exemple à la « bd abstraite », il s’agît en premier lieu de rencontrer les fonds « concrets » du récit en images, pas de faire quelque chose d’abstrait qui ressemble à de la bd ou de faire une bd qui ressemble à de la peinture abstraite…

    Pourquoi faire des bd numériques interactives? Si, c’est « seulement » parce que c’est possible, tant mieux. Comme expérience, ça se vaut. Si c’est pour raconter des histoires en passant par l’aspect le plus rafraîchissant du numérique, c’est à dire l’interactivité: pourquoi alors vouloir faire « bd »? Les jeux vidéos et l’art numérique en ligne ne sont-ils pas justement les approches les plus interactives de la narration numérique? (voir Pierrec) Faire de la bd numérique interactive: est-ce que ce n’est pas avant tout une contrainte qui peut s’avérer très créative mais d’un origine historique plutôt narcissique?

    En tout cas, merci pour relever la question et d’essayer de nouvelles perspectives. Comme dit, je n’exclue pas que ces exercices puissent renouveler la façon de faire des récits graphiques.

    • Mattias-Fausse-Monnaie

      Internet, le numérique etc. changent (ont changé) notre façon façon de percevoir, de lire les choses & notre manière de diffuser (comme la photographie ou l’encart du dimanche en couleur des journaux américains du début du vingtième siècle ont influé sur la bande-dessinée). Aussi il est normal — & sain — que la bande-dessinée (ou plutôt les auteurs) en prennent conscience.

      Donc deux choses :

      — Dans sa forme de diffusion « traditionnelle » (le livre), la bande-dessinée doit se faire écho des changements techniques (la sacro-sainte planche originale est mise à mort par photoshop et ses calques ; cf ruppert & mulot et leur travail par calques) et sensitives du lecteur moderne (qui lit encore aujourd’hui une encyclopédie intégralement de la lettre A à la Z ? On lit l’information par « bonds » — or la bande-dessinée y est particulièrement adaptée).

      — La bande-dessinée se cherche de nouveaux moyens de diffusion. Internet en un. Il a ses contraintes (lecture sur un écran — donc lecture tronquée de la planche –, clic de souris pour « tourner » la page, lignes de codes etc..) et des possibilités techniques, que l’on serait bien sot de ne pas saisir… Les auteurs doivent en tenir compte (par soucie de lisibilité : on ne peut pas transposer tel quel un 48CC sur la toile, un écran!) et jouer avec, de dégager leur potentiel artistique (pour l’art).

      Bref.

      ps : « bande-dessinée interactive » est laid et ne dit pas grand chose (les trucs de l’oubapo sont interactifs, non ?). Et puis les trucs de Tony sont de la bande-dessinée (tout court).

      • f*Parme

        Mouais… faites attention de ne pas tomber dans le formalisme pur !… Parce qu’une bande dessinée (interactive, numérique ou pas) est d’abord faite pour être lue… et si le discours ne tient que sur des formes, vous n’allez pas dire grand chose. Vous sombrerez dans « l’esthétisant ». Il y a une frontière floue entre « esthétisme » et « esthétique ». L’esthétique est d’abord le fruit d’un discours, d’un engagement, d’une façon de dire, de raconter et de réinventer le monde. La forme n’est que l’empreinte de ce qu’on a à dire.

        Tout a déjà été dit. À chaque époque, c’est le ton qui change. Alors, que peut-on dire et comment peut-on dire autrement avec de la BD numérique et interactive ?

        f*

        • Tony

          Hé bien j’espère que Prise de tête atteint ce but, car c’est bien son but: une utilisation poétique et narrative de l’interactivité.

      • chris64

        « La bande-dessinée se cherche de nouveaux moyens de diffusion. Internet en un. Il a ses contraintes (lecture sur un écran — donc lecture tronquée de la planche —, clic de souris pour « tourner » la page, lignes de codes etc..) et des possibilités techniques, que l’on serait bien sot de ne pas saisir »

        N’oublions pas l’évolution du tactile !

      • iKo

        Internet, le numérique etc. changent (ont changé) notre façon façon de percevoir, de lire les choses & notre manière de diffuser

        Basiquement, Internet sert surtout à lire du flux (texte, principalement). Si on a envie de garder quelque chose ou d’y consacrer une lecture attentive, la plupart du temps on l’imprime.

        — Dans sa forme de diffusion « traditionnelle » (le livre), la bande-dessinée doit se faire écho des changements techniques (la sacro-sainte planche originale est mise à mort par photoshop et ses calques ; cf ruppert & mulot et leur travail par calques) et sensitives du lecteur moderne (qui lit encore aujourd’hui une encyclopédie intégralement de la lettre A à la Z ? On lit l’information par « bonds » — or la bande-dessinée y est particulièrement adaptée).

        Si les encyclopédies sont classées de A à Z, c’est précisément pour permettre le piochage. Autrement, on aurait opté pour quelque chose de plus analytique, non ?

        Quant à la planche originale, le traitement de texte n’a pas tué l’écriture manuelle pour la bonne raison que, là comme ailleurs, le monde physique est souvent beaucoup plus simple et intuitif que le monde numérique : s’il vous vient l’idée de mises en page spéciales ou d’enrichissements particuliers, vous n’avez pas besoin de passer des heures à le faire comprendre à votre traitement de texte, vous faites et vous continuez à travailler (la question du rendu en numérique se posant après : d’abord la création, après la diffusion).

        De même pour l’expérimentation des matériaux, si vous n’êtes pas artiste et développeur, ça vous est complètement fermé dans le monde numérique (et encore, en tant que développeur, vous ne pouvez en général faire guère plus que scripter dans le cadre imposé par votre logiciel de dessin).

        — La bande-dessinée se cherche de nouveaux moyens de diffusion. Internet en un. Il a ses contraintes (lecture sur un écran — donc lecture tronquée de la planche —, clic de souris pour « tourner » la page, lignes de codes etc..) et des possibilités techniques, que l’on serait bien sot de ne pas saisir… Les auteurs doivent en tenir compte (par soucie de lisibilité : on ne peut pas transposer tel quel un 48CC sur la toile, un écran !) et jouer avec, de dégager leur potentiel artistique (pour l’art).

        Certes, mais regardez ce qui se fait pour le texte… jetez un oeil au source de cet article par exemple, vous avez un bloc « article » et les « menus » (l’interactivité structurée par le site) autour. C’est le cas de l’écrasante majorité de ce qui est publié sur la Toile. Autrement dit, la Toile et ses possibilités n’ont pas bouleversé grand chose à la manière dont on structure un texte, pourquoi en regard la BD traditionnelle et ses codes devraient-ils donc mourir ? ça ne pose pas de problème de les diffuser via la Toile, le créateur s’y retrouve, le lecteur s’y retrouve, bref ça marche ! alors pourquoi diable décider de tout casser au nom de vaines réflexions sur l’outil ? si les changements majeurs doivent se faire, ils se feront àmha sur cette base traditionnelle et « naturellement », dans une histoire d’auteur à lecteur et pas d’auteur à outil.

        • f*Parme

          « dans une histoire d’auteur à lecteur et pas d’auteur à outil. »

          Pour que la BD numérique, interactive ou pas continue d’exister elle doit rester populaire. Donc, d’auteur à lecteur me semble la voie la plus fertile.
          Auteur à outil, c’est un discours plus intellectuel. De la recherche, du laboratoire, un discours plus élitiste, pour un public réduit et pour les galeries d’Art.

          Moi, je fais comme le directeur de théâtre dans le Faust de Goethe, je prends les deux : le clown et le poète.

          f*

          • iKo

            Pour que la BD numérique, interactive ou pas continue d’exister elle doit rester
            populaire. Donc, d’auteur à lecteur me semble la voie la plus fertile. Auteur à
            outil, c’est un discours plus intellectuel.

            Je ne sais si les deux lignes de fractures se recouvrent vraiment… vous pouvez
            imaginer une BD formellement très classique dont l’histoire serait incompréhensible à qui n’a pas
            lu la Critique de la raison pure. Vous dialoguerez/jouerez bien avec le
            lecteur, mais ça ne sera guère populaire…

            En fait, quand je parle de vaines réflexions sur l’outil, je songe plutôt à la
            frustration dont d’autres ici se sont faits l’écho. Les démos ont toujours
            quelque chose de froid et de vain, j’aime à penser qu’un effet technique doit
            fonctionner au service d’une l’oeuvre plus vaste, comme une belle mécanique qui ne
            s’apprécie vraiment qu’en production. 🙂

  • Ismaël

    C’est un article intéressant, car met sur la table un débat beaucoup plus vaste sur la façon d’aborder les arts et Internet.

    Selon moi chercher à faire un procés (mais ce n’est pas le cas ici) ou un manifeste pour revendiquer le droit à quelque forme de communication artistique d’exister n’a pas d’autre intérêt que de soulever des discussions (ce qui est déjà pas mal).
    Dire à des auteurs d’un média qu’ils ne devraient pas faire ça comme ça, mais autrement est une absurdité, Lewis trondheim ou Boulet font ce qu’ils aiment, l’art ou l’Art comme ils le ressentent. Il n’y a aucune raison de les blamer pour ce qu’ils ne font pas, qui juge qui ?

    Celui qui souhaite qu’une nouvelle forme de narration multimédia existe n’a qu’une chose à faire, se retrousser les manches, attraper une pelle, une pioche et passer au charbon.
    Internet est là, les outils aujourd’hui existent, celui là a des chances de ne pas creuser pour rien et il va peut être trouver quelque chose de magnifique au fond.
    Celui là doit aussi assumer qu’il prend des risques, se tromper, perdre du temps et de l’argent. Il y’a un côté de recherche dans tout ça, et les chercheurs sont pauvres faut pas se leurrer.

    Pour faire un pas de côté et donner une idée, il y’a un micro débat dans le milieu de la littérature de science fiction depuis quelques années, certains y voit avec une grande peur, la dérive des étiquettes, d’autres se réjouissent que la frontière entre littérature de genre et classique se floue pour une nouvelle forme littéraire. (La révolution numérique n’est pas la cause dans ce débat mais l’évolution des idées.)
    Nouvelles mutations de la littérature et pourtant les étiquettes, fantasy, fantastique, album bd, manga, hard sf ont certainement encore de beaux jours devant eux.
    Pour revenir à ce qui nous concerne, il existera toujours des personnes pour faire la suite de blake et mortimer mais à l’autre bout il y’a des mutations qui feront trembler le neuvième art (je plaisantes, l’enrichiront certainement).

    Quand on regarde le web avec les mots de shakespeare, on se rend compte qu’il y’a une légère avance (rapport de nombres surtout) sur cette mutation des arts d’une manière générale par rapport à nous francophone.
    Cela ne veux pas dire et heureusement, que les arts ‘anciens’ disparaitront, il y’aura toujours des protecteurs et continuateurs inspiré par l’architecture du parthénon, le naturalisme ou le préraphaèlisme. La bande dessinnée n’est pas un monde à part dans l’évolution des arts, il y’aura les continuateurs de peyo, toriyama et eisner, puis ceux qui feront n’importe quoi.
    L’art subit une mutation majeure, hourra ! Est ce que demain on ne pourras pas pour autant trouver une planche de Winsor McCay ou un tableau de Millais magnifique ? Je ne le crois pas.

    Chacun maintenant peu choisir son champion, le classique ou l’innovateur (pour binariser tout ça de manière idiote) ou respecter toutes les démarches, des débats sans fins et stériles auront lieux et feront exploser les baromètres à points godwin, mais aucune importance, l’art subit sa mutation de toute façon avec ou sans ces messages, car les illuminés sont partout.
    Maintenant il va falloir trouver de nouvelles étiquettes, car on commence lourdement à étouffer, bande dessinée interactive ? Narrative Video Games ? Webcomics ? Blog ? Il va falloir jouer un peu plus avec la flexibilité des mots.

    Moi personnellement je fais le choix de croire dans l’art libre et collaboratif loin des pubs et autres idées capitaliste qui sentent le poisson. Mais je ne me battrais pas, l’histoire de l’art fera son chemin sans mes idées « libertaire » et c’est trés bien ainsi.

    Cordialement,

    Ismaël

    PS : J’ai aussi le sentiment que l’illusioniste va être le plus beau film d’animation de l’année.

    • Sébastien NAECO

      Ce qui est très bien avec cet article de l’ami Tony, c’est de faire réagir tout plein de gens très intéressants qui disent tout plein de choses intéressantes qui s’opposent, se complètent et entraînent tout plein de bonnes questions.

      Je voudrais ajouter plusieurs petites choses toutes bêtes :

      – la nomenclature : oui, c’est manifeste la BD numérique de création, ou plutôt les BD numériques, souffrent d’un manque de dénomination vraiment distincte qui n’est que le résultat des incertitudes ici exprimées sur le devenir de la création numérique. Pour que des termes s’imposent, il faut que des formats et des standards s’imposent, pour que des standards s’imposent il faut qu’il y ait suffisamment de création dans un standard précis pour faire pencher la balance et amener créateurs et investisseurs à avancer. Je rejoins Lewis Trondheim, il est urgent d’imposer un standard.

      – Le standard : A la différence de l’ami Tony, je suis très favorable à un standard. Quand Lars Von Triers a arbitrairement créé le dogme, on a vu apparaître des oeuvres très différentes, bien que les contraintes étaient fortes. C’est un mirage de dire que le numérique donne des possibilités infinies, il y a des limites à tout (à commencer par, euh, qu’il faut un écran !) – On peut dire qu’une BD peut être infinie également après tout, on peut mettre (presque) autant de pages qu’on veut (ou que l’éditeur accepte) et y consacrer le temps que l’on veut également… C’est déjà pas simple d’écrire des histoires mais si en plus on ne sait pas sous quels forme, formats, standards, style et nombre de pages/cases on va l’inscrire, et bien bonne chance pour trouver des partenaires !

      – les plateformes et terminaux de lecture et le parc à ce jour installé : comme autrefois au lancement des CD, des DVD ou avant des K7 VHS, il a fallu attendre que le parc de lecteurs magnétoscopes et CD et DVD utilisés soit conséquent pour que les marchés de contenus décolle. Cela a été (un peu) soulevé plus haut. On a tendance à penser uniquement à l’iPhone, mais c’est trop vite oublié qu’en réalité les plateformes nomades les plus répandues aujourd’hui sont les consoles Nintendo…

      – l’usage : cela n’a pas, sauf erreur, été abordé de front dans l’article et les commentaires, quid de l’usage du quidam avec son terminal nomade pour lire de la BD dite, par défaut, numérique ? Quand, comment, avec qui le cas échéant, à quel rythme, dans quel cadre, lira t-on de la BD numérique ? Vous le savez sans doute tous, nombre de manga sont faits pour être lus dans le métro, alors quid de la BD numérique ? Si on lit sur un iPhone, l’approche est différente que si on lit sur une DS ou une PSP – c’est manifeste et c’est dû à la fonction première de l’appareil (téléphone, surf, jeux vidéo, lecture de vidéo etc) – ce n’est ni anodin ni négligeable.

      – l’environnement concurrentiel : en fonction de la plateforme de lecture on inscrit la BD numérique dans des environnements différents. Sur un iPhone, elle est en concurrence avec des applications diverses et variées ; sur une console de jeux avec des jeux et, parfois, des films ; sur un écran d’ordinateur avec encore plus de contenus et de logiciels, ce qui a une incidence sur l’usage.

      – la consommation : ouh, quel vilain mot ! Bon, sérieusement : une BD numérique, vous voulez qu’elle soit lue 50 fois comme vos albums papier préférés, aux feuilles écornées avec amour, aux dos et aux couvertures striés de griffure à force d’être mis et enlevés des rayonnages de votre bibliothèque chérie ? Ben… Est-ce que j’aurai le temps dans les Autres Gens de relire les épisodes précédents une fois lancé dans l’aventure ? Mmm, interrogez-vous. Comment consommez vous les autres fichiers et documents numériques que vous dévorez quotidiennement ? y revenez vous souvent ?

      – les acteurs en présence : je ne vois pas au nom de quoi les éditeurs de BD sont plus légitimes que les éditeurs de jeux vidéo ou les studios de production de dessin animé pour investir dans la création originale de BD numérique (après tout, les séquences d’histoire dans Zelda sont à leur manière de la BD numérique, non ?). C’est la chance de ce nouveau mode de narration hybride d’avoir plusieurs secteurs, avec ses processus de production spécifique, qui peuvent potentiellement s’y investir. Charge à chacun d’entre vous, nous, de trouver les bons partenaires and Let the Party begin!

      – Le créateur omniscient : c’est une approche très française de considérer un dessinateur, voir au plus un duo scénariste-dessinateur comme les seuls créateurs d’une oeuvre. C’est faire peu de cas des coloristes, lettreurs, directeurs de collection, éditeurs… qui influent tour à tour sur la création de l’oeuvre et qui, dans tous les cas, participent de sa présence en librairie. Quelqu’un plus haut a posé la questions des compétences techniques. J’ai des envies de créations en BD numérique, mais je ne touche pas une bille en programmation html, flash, Java, C+ bidule et truc et machin. Suis-je condamné ? Je suis scénariste (si, si), pas dessinateur. Pour la BD numérique, je peux dire je suis scénariste, mais pas monteur-technicien-ingénieur-intégrateur-machineur… Tout ça pour dire que faire sa BD numérique tout seul dans son coin, ok, bon, y’en a…

      – Racontez moi VRAIMENT quelque chose : quand Balak montre ses récits animés, je dis OUAH !, quand Tony ou Moon dévoile leurs expérimentations, je dis OOOH ! Mais je serai bien en peine de dire ce que raconte l’histoire, si ce qu’il me dit du monde, en dehors du défi intellectuel dans l’exercice formel me réjouit ou non. Mc Cloud ne disait pas autre chose à Balak ; ou comme Fabrice Parme : soyez Chaplin une fois que vous aurez maîtrisé les outils.

      – L’argent : questions bêtes : pourquoi Lewis Trondheim a accepté de faire Bludzee avec Ave!Comics ? Ne pouvait-il pas le faire tout seul dans son coin, n’a t-il pas les compétences pour cela ? Est-ce que l’équipe d’Ave!Comics a aligné un énorme chèque qui, ma foi, même si c’est se vendre au Grand Capital, mettrait un peu plus de caviar dans les épinards ? N’y a t-il pas AUSSI une rencontre entre des passionnés ayant des compétences différentes, complémentaires et des envies communes ? Et si l’un d’entre eux se trouve avoir beaucoup d’argent et est d’accord pour l’investir dans le rêve, doit-on le refuser pour continuer de souffrir de sa précarité d’auteur génial et forcément incompris ?

      La publicité : ouuuuh, là aussi c’est maaaaal ! La publicité ça pue, ça corrompt, ça salit ! Bon, et sinon ? Combien de fois sincèrement vous êtes vous arrêté sur une pub de quelque forme que ce soit et vous êtes dit « putain, c’est bien vu ? » – quand Chabat s’amuse avec Orangina, c’est drôle ou c’est mal ? Pour aller un poil plus loin, pour que Tim Burton puisse faire Big Fish, il doit lâcher deux ans de travail sur la Planète des Singes. Bon, en d’autres termes, cela s’appelle des concessions. Moi je crois qu’une publicité en BD numérique serait la meilleure réponse à développer pour financer la BD numérique de création originale. Je dis ça, je dis rien… Etre méfiant, oui, être con, là…

      Bon, et accessoirement, pour compléter ce message déjà long, j’ai aussi déjà beaucoup écrit sur tout cela : http://lecomptoirdelabd.blog.lemonde.fr/category/bd-numerique/ – merci à Tony et à vous tous de me donner encore tout plein de matière pour alimenter de futurs billets 🙂

      • f*Parme

        Belle synthèse !

        D’autres choses auxquelles je pense :

        1/ Une BD, c’est aussi un objet qu’on prête. Un album est lu par plusieurs personnes. Ce qui est bien, c’est convivial, cela permet d’échanger des idées et de les diffuser. On peut prêter un album à un ami. Mais avec l’incontournable et nécessaire protection des téléchargements, je me vois difficilement prêter mon IPad à un ami…

        2/ Pour les dédicaces d’albums numériques, on fera comment ? On gravera sur les écrans nomades ?

        3/ Si la BD était naturellement conçue pour les écrans, on aurait déjà droit à des BD à la TV depuis 50 ans. Alors, pourquoi on n’en a pas ? Parce que peut-être que sur des écrans, le dessin animé est tout simplement plus adapté et plus jouissif. Inversement, le flip-book existe mais il ne s’est pas développé autant que la BD. Le flip-book fait un peu gadget. La BD numérique ou/et interactive fait peut-être un peu gadget aussi…

        f*

        • iKo

          Mais avec l’incontournable et nécessaire protection des téléchargements, je me
          vois difficilement prêter mon IPad à un ami…

          Les indispensanbles DRM, qui n’embêtent que les gens qui achètent sous l’oeil
          narquois et conforté de leurs amis pirates Bah, te bile pas, je te récupèrerai une version
          qui marche sur la mule
          ?

          J’ai grande hâte de lire des Bédés où l’on expliquera longuement au criminel présumé que
          je suis que téléchargement == vol avant de m’inviter à dénoncer mes amis,
          comme sur les jolis DVD du commerce payés à prix d’or… ^^

        • Christo B.

          Je suis fondamentalement effectivemment dubitatif sur le rôle social d’une œuvre numérique verrouillée par un format propriétaire, comme le seraient des BD diffusées via l’iPad.

          Impossible à prêter, impossible à transmettre sur un autre terminal, etc.

          Un blog BD par contre, peut avoir ce rôle social par le simple biais d’une adresse web partagée par mail ou messagerie instantanée.

          Pour la dédicace, même si à l’heure actuelle aucune solution simple n’existe, il ne me semble pas extraordinaire d’imaginer que sur un terminal tel que l’iPad, avec les applications Brushes par exemple, l’éventuelle adjonction d’un stylet et l’accès au fichier unique stocké sur le terminal de dédicacer sur le terminal du lecteur, qu’il emmène à l’auteur comme on amène son album et que celui-ci accède au fichier de l’œuvre et y imprime en dessinant sur un terminal tactile une dédicace qui serait sauvegardée sur le fichier numérique.

          Ça me semble réellement faisable au vu des technologies qui existent à l’heure actuelle, ne reste plus qu’à les combiner.

          Ensuite à la lecture des nombreux commentaires, je vois bien que vous êtes dubitatif à la notion de Bande-dessinée numérique, et je vous rejoint en ce qui concerne les adaptations d’albums papier, c’est une sombre merde qui dénature l’œuvre puisque l’extrayant de son format e conception.

          Mais de la même manière, et c’est pour cela que ce ne sera plus de la bande-dessinée mais autre chose, on peut créer une œuvre, qui emprunte forcement aux codes de la BD, mais intègre le mode de lecture auquel il est destinée, quitte à y perdre l’art de l’ellipse entre cases, mais y gagnant moults autres possibilités qui restent à approfondir comme l’image rémanente, le copier/coller (qui emprunte parfois à l’OuBaPo) ou encore un découpage ou une construction de case/page qui n’est pas limité dans l’espace ou dans un sens de lecture « classique ».

          Et bon, puisque chacun y allé de son lien, j’ai également développé mon point de vue de simple lecteur sur mon blog :

          Phylactères.info

  • Mattias-Fausse-Monnaie

    Si on a envie de garder quelque chose ou d’y consacrer une lecture attentive, la plupart du temps on l’imprime.

    Mouais… Personnellement, je n’imprime rien ou quasiment pas, à partir d’internet. Et puis ce que je voulais signifier, c’est le fait que l’on ne lis plus de la même façon sur internet (on saute plus facilement d’un sujet à un autre, sans bouger de son fauteuil : une note ou un passage de tel ou tel texte nous renvoie à telle ou telle chose ? Là, où avant on se lever et où on se diriger vers notre bibliothèque (si ce n’est vers la librairie du quartier pour acheter ou commander de quoi satisfaire notre curiosité soudaine), on clique tout simplement. Et puis de lecteur, on peut passer d’un coup à auteur (on annote, on contredit, on étaye le texte que l’on viens de lire).

    Si les encyclopédies sont classées de A à Z, c’est précisément pour permettre le piochage. Autrement, on aurait opté pour quelque chose de plus analytique, non ?

    Au XVIIIe & au XIXe si. Et puis j’aurais pu prendre un journal, un magazine, un essai ou même un roman (oui, il m’arrive de lire un roman en piochant à droite, à gauche dedans sans me soucier de l’ordre des pages…).

    Quant à la planche originale (…)

    Le travail sur photoshop (ou autre) modifie la façon de travailler : d’une part, la planche est retravaillé numériquement (mise en couleur, encrage, collages, filtres, corrections, pdf, etc.), et par conséquent la planche papier, si elle existe encore, n’est plus qu’un fragment du travail de l’auteur (et ne peut plus se substituer à la bande-dessinée imprimée comme « œuvre d’art unique »), et, d’autre part, le travail sur calques (physique ou numériques) remplacera le travail sur une feuille de papier unique (les corrections, notamment, en seront plus faciles et moins fastidieuses), ce qui tue la planche originale (pour une planche imprimée, on x calques)

    Certes, mais regardez ce qui se fait pour le texte… (…)

    Premièrement, je soulignais le fait que l’on peut pas publier une bande dessinée de la même façon sur la toile et sur papier (prenez n’importe quelle planche de bande-dessinée, mettez-la sur un écran d’ordinateur, sa lecture en sera plus difficile, si elle n’en est pas complétement pervertie) et que l’auteur doit prendre en compte au moment de la conception l’écran, internet etc. s’il veut que sa bande-dessinée soit lisible (et pour le texte, il y a de gros efforts qui onnt était fait depuis 1995 en faveur de la lisibilité : on pense à des mises en pages et à des polices de caractères spécifiques au web). Deuxièmement, si l’auteur doit se plier à de nouvelles contraintes de lecture, autant qu’il en profite pour créer (C’est ce qu’a fait un McCay avec la page en couleur du dimanche ; c’est ce qu’ont fait un Léonard ou un Raphaël avec le tableau de chevalet).

    • iKo

      Mouais… Personnellement, je n’imprime rien ou quasiment pas, à partir
      d’internet. Et puis ce que je voulais signifier, c’est le fait que l’on ne lis
      plus de la même façon sur internet […]

      Moi aussi je n’imprime que très rarement, pour la bonne raison que peu de choses
      le nécessitent. On ne lis pas de la même manière sur Internet, parce qu’on ne
      lit pas la même chose qu’hors du net… Le passage au numérique n’est pas du un
      pour un.

      Au XVIIIe & au XIXe si. Et puis j’aurais pu prendre un journal, un
      magazine, un essai ou même un roman (oui, il m’arrive de lire un roman en
      piochant à droite, à gauche dedans sans me soucier de l’ordre des
      pages…).

      Au XXe/XXIe non. C’est donc bien que quelque chose à changé qui n’est pas lié au
      numérique. Pour les journaux et les magazines j’ai toujours pratiqué le
      piochage, bien avant de connaître Internet. Pour les romans et essais, pour moi
      c’est inconcevable d’appeler ce que vous faites « lire »… un roman ou un essai
      constitue une unité intellectuelle qui suit une logique… même en sautant les
      passage trop ennuyeux/austères, il y a quand même une certaine nécessité de
      garder le fil pour une compréhension globale. Enfin, OK admettons… 😉

      Le travail sur photoshop (ou autre) modifie la façon de travailler :
      d’une part, la planche est retravaillé numériquement (mise en couleur, encrage,
      collages, filtres, corrections, pdf, etc.), et par conséquent la planche papier,
      si elle existe encore, n’est plus qu’un fragment du travail de l’auteur (et ne
      peut plus se substituer à la bande-dessinée imprimée comme « œuvre d’art unique »)
      […]

      Ça fait des lustres que la planche n’est plus une unité complète, ça fait très
      longtemps, par exemple, que le papier calque s’emploie pour coloriser.

      C’est plutôt la question de la matérialité que je posais. Le pendant de la
      numérisation c’est la dématérialisation. Là où vous aviez vos mains pour manipuler,
      vous avez une interface. Ça change fondamentalement la façon de penser et de
      sentir. Un gros crayonné gras bien énervé avec aplats au doigt pour finir, c’est
      pas la même chose avec une tablette (la pression rendue n’est —
      bienheureusement pour le matériel — pas la même que la pression exercée, pour
      faire les aplats on va d’abord créer une texture puis l’appliquer avec effets
      pour rendre les nuances, etc. )

      Les avantages que vous prêtez au numériques sont àmha tout à fait pertinents
      (trompez-vous de calque en appliquant une texture, pas grave ; renversez une
      bouteille d’encre de Chine sur une planche terminée… ) mais de mon point de
      vue la question de la numérisation sera toujours un conflit entre la spontanéité
      et la facilité. On peut expérimenter à l’infini et à coût nul (les brêles comme
      moi ne se ruinent pas en encres et feuilles canson) mais dans un monde
      complètement normé (pas plus de possibilité que celle de l’interface : logiciel
      de dessin, précision de la saisie, qualité de l’écran) ; une expérience beaucoup
      moins riche, complète et surprenante que son pendant physique.

      Premièrement, je soulignais le fait que l’on peut pas publier une bande
      dessinée de la même façon sur la toile et sur papier […] Deuxièmement, si
      l’auteur doit se plier à de nouvelles contraintes de lecture, autant qu’il en
      profite pour créer (C’est ce qu’a fait un McCay avec la page en couleur du
      dimanche ; c’est ce qu’ont fait un Léonard ou un Raphaël avec le tableau de
      chevalet).

      Mais la contrainte du format n’a rien à voir avec la Toile. Il y a sur ce site
      des articles sur Gaston et Spirou (si mon souvenir est bon) qui montrent déjà
      l’impact des formats sur les oeuvres. Oui, bien sûr la Toile va avoir ses
      exigeances, mais au fond pas beaucoup plus que la publication prévue dans telle
      ou telle revue/collection physique.

      Quant à Léonard et Raphaël, on en revient à ce que j’ai dit précédemment : leurs
      mains étaient encore leurs mains, pas un truc qui calculait ce qu’essayaient de
      rendre leurs mains.

      Enfin… à bien réfléchir, paradoxalement je pense que malgré toutes mes réserves vous avez au
      final raison. La facilité (féconde ou pas) l’emporte toujours et certainement que dans l’avenir
      le curseur en terme de création de BD va se déplacer dans le numérique, laissant
      le travail « physique » et ses richesses propres dans les marges (avec peut-être de temps en temps de gros
      retour de mode).

      Ce sera un peu l’histoire de l’e-mail, ça ne sera jamais la même expérience que
      lire, écrire ou même conserver (le papier et l’encre se patinent, la forme garde
      une constance la rattachant matériellement à l’instant de création/dévoilement) une lettre manuscrite,
      mais c’est tellement facile et efficace qu’il n’est guère étonnant que le gros
      de la correspondance passe aujourd’hui par ce biais (je n’imagine d’ailleurs guère une
      liste de diffusion « papier » ^^ )…

      • Mattias-Fausse-Monnaie

        Au XXe/XXIe non. C’est donc bien que quelque chose à changé qui n’est pas lié au numérique

        Cela fait un siècle à peu près, et cela s’en va en
        accélérant… Néanmoins, je pense qu’internet intensifie la chose (comme pour le fait que le lecteur devienne auteur — Benjamin en parlait déjà dans les années trente, à propos du courrier des lecteurs) : la masse d’information se fait plus épaisse et le lecteur est de plus en plus solliciter.
        (pour ma façon de lire un roman, je sais c’est une tare… mais bon le roman (dans son état actuel), en tant que forme, est plutôt anachronique).

        Ça fait des lustres que la planche n’est plus une unité complète, ça fait très longtemps, par exemple, que le papier calque s’emploie pour coloriser.

        Pas tout à fait d’accord. D’une part l’intégralité du dessin se faisait sur une seule et même feuille (les textes aussi ; les traductions aussi, parfois). Pour les couleurs, c’était dû à une carence technique (sans parler d’un désintérêt (autre que commerciale), sauf exception, de la part de l’auteur / éditeur (certain vieux comics books changent radicalement de couleurs d’une édition à une autre…). Et puis depuis les années 70 (60 ?), il y a eu un boom des couleurs directes (au même moment où l’on inventait la sacro-sainte planche « originale » et son culte fétichiste).

        C’est plutôt la question de la matérialité que je posais

        Je ne disais pas vraiment autre chose. Les temps changent et on ne fait plus de film muet (pourtant d’un point de vue esthétique c’est intéressant), on ne fait plus de lithographie (et pourtant c’est charmant), on ne prépare plus ses couleurs dans son atelier, etc.

        Et puis bon, le numérique intervient à un moment ou un autre dans le processus. (Je ne suis pas un partisan du tout numérique).

        Mais la contrainte du format n’a rien à voir avec la Toile.

        Certes, mais cela ne veux pas dire que l’on ne doit pas prendre en compte cette dernière, bien au contraire.

        Je crois qu’il y a mésentente sur Léonard et Cie : j’ai écrit que ce qu’a fait Léonard (par exemple) est la conséquence des changements techniques, du médium (on passe du mur et du retable sur bois à la toile) et scientifiques (au sens le plus large possible). Même s’il reste dans leur art des scories de la façon de peindre d’avant –la peinture de la Renaissance continue à exploiter certaines représentations médiévales, on continue de peindre les murs, etc. –. Et puis rassurer-vous, beaucoup de leur contemporains se posaient le même genre d’interrogations que vous quant aux bouleversement technologique dans l’art
        (si bien que Léonard en bon « avant-gardiste » a
        écrit des « manifestes » anti- bleu outremer et doré dans la peinture).

        Je terminerai que je ne crois pas à la disparition de la bande-dessinée sur son support physique (livre), du moins à court ou moyen terme. Par contre, je pense que cette dernière doit prendre en comptes les changements technologique et sociologiques actuels (et elle le fait dans bien des cas), pour qu’elle reste de l' »art » (parce qui veut encore une statue sculptée (aujourd’hui) façon Renaissance ?)

        • iKo

          En fait, je m’aperçois que j’aborde la numérisation plus comme un changement de
          nature qu’un changement de technique.

          Du coup dès qu’on sort de l’hypothèse du tout numérique
          — qui nécessitera certainement quelques générations d’auteurs pour s’installer,
          je suis d’accord — on se retrouve sur des positions assez proches au final.

          C’est un débat plus (trop) vaste, mais j’ai sentiment très ambivalent sur le numérique
          et l’Internet ; il y a quelque chose d’indéniablement émancipateur et magique (compression de la
          distance, possibilités de manipulations et de réplications infinies, etc. ) mais qui comme
          souvent repose sur tout un tas d’artifices, de consensus qui n’ont rien
          d’intangibles et dont la rupture peut vite se traduire en Déluge… ça peut paraître bizarre voire irrationnel, j’en conviens, mais c’est une idée qui chez moi reste très persistante. 🙂

  • f*Parme

    « Le feuilleton n’a pas été inventé par des publicitaires, c’est sa version « pour vendre du savon » qui l’a été. »

    Le feuilleton dans la presse, non. Mais à la TV, si. Tu devrais te pencher sur l’Histoire de la télévision américaine…

    « Ce n’est pas parce qu’on s’est habitué à quelque chose qu’on ne peut pas faire autre chose. »

    C’est une évidence ! Seulement, le case par case et le strip ne proposent pas du tout le même type de lecture. Vous allez vous heurter à des problèmes de hiatus (ce fameux petit passage entre deux images où l’imagination du lecteur reconstruit ce qui manque). Des passages qui vont être différents de ceux de la BD. Quelque chose entre la BD et le cinéma et le story-board. Et je suis curieux de voir comment vous allez faire pour éviter certaines rigidité.

    « Je précise une nouvelle fois que nous ne prétendons pas révolutionner quoique ce soit… »

    J’ai bien compris. Vous changez de médium mais pas le fond.. Alors, pourquoi vouloir s’emparer d’un nouveau médium si c’est juste pour servir les mêmes clichés et les mêmes poncifs ?

    f*

    • Anonyme

      que peut on répondre face à de telles certitudes ? La cause est entendue il me semble. Je rends les armes et je retourne aligner les poncifs.

      • f*Parme

        J’ai lu les deux premiers épisodes de la vie des gens. L’appât du gagnant au loto ou pas n’est pas d’une grande originalité. Une MacGuffin classique. Les rapports humains sont stéréotypés (plus des caricatures convenues que de vrais gens) avec les clichés et les tabous de notre époque. Pour l’instant, rien de nouveau dans le contenu et le ton. Je vais lire le troisième épisode demain en espérant que vous allez casser le nez à cette histoire de loterie…

        Alors, techniquement, expliquez-moi pourquoi vous proposez deux types de lecture ? Le « case par case » ou le « scrolling ». Pourquoi ne pas avoir choisi un seul mode, celui qui vous semblait le plus adapté. Là, le scrolling n’a aucun intérêt… et le case par case ne fonctionne pas toujours à 100%. Exemple, dans l’épisode 2, lorsque Mathilde lit la carte de visite, on peut penser qu’il n’y a pas deux mais une seule image, qu’une autre personne (de notre point de vue) vient à sa rencontre avec une autre carte de visite… chose qui ne fonctionnerait absolument pas de la même façon si on avait une planche entière sous les yeux… si on a du case par case et qu’on veut mettre deux cases dans la même case, il y a encore des formes et des principes à inventer…

        Pour ce qui est du graphisme. Il faudra un jour que la nouvelle génération m’explique pourquoi elle utilise toujours la couleur et la ligne de la même façon. Pourquoi cette importance donnée aux vêtements avec des couleurs qui ressemblent à des gammes de styliste de mode, pourquoi les décors blancs et les visages avec ?

        f*

  • Tony

    Juste pour l’anecdote je réponds à la question des dédicaces… En effet je me la suis posé, étant donné que je « dessine » entièrement avec Illustrator.

    Bref, mon rêve de dédicace idéale: avoir une connexion internet sur le festival, dessiner la dédicace sur ordinateur et l’envoyer directement par mail au « fan » qui me l’a réclamé, de manière à ce qu’il récupère le fichier le soir en rentrant chez lui après sa journée de festivalier.

    Ces conditions étant impossibles, encore moins dans le cadre du fanzinat, j’ai choisi un compromis: je compose mes dédicace à partir de pictogrammes pré-imprimés que je découpe dans des planches adhésives et assemble de manière personnalisée pour chaque lecteur.

    • f*Parme

      Et tu colles tes adhésifs sur l’écran du fan ? Parce que tu ne vas quand même pas les coller sur du papier ?!!!

      f*

      • Tony

        Quelle ironie!
        Si je me questionne sur ma façon de dédicacer, c’est par ce que je ne dessine pas à la main. Ce sont là les compromis que j’ai trouvé.

        Maintenant cette histoire est complètement hors du débat, et c’est pourquoi le fait qu’elle apparaisse dans la discussion m’inquiète: qu’est ce donc pour vous que la bande dessinée numérique?????? Si pâle copie du papier, oui on peut peut-être se poser la question de la dédicace…

        Et vous? Vous avez déjà vu un cinéaste dédicacer son film?
        Le principe même de la dédicace de bande dessinée n’a pas de sens: est-ce qu’on demande à un écrivain de dédicacer en écrivant un sonnet à chacun des lecteurs qui font la queue devant lui?????

        • f*Parme

          Bien sûr que c’est de l’ironie ! Juste pour souligner encore une fois que nous sommes dans deux mondes différents. D’un côté la BD avec tout son système jusqu’à ses dérives et de l’autre, un Art qui reste à inventer et ses dérives avec.

          Je ne me fais pas d’illusion et je suis quasi certain que les œuvres qui se diffuseront le plus seront d’abord des versions numériques de BD papier… je me disais qu’on allait bien s’amuser pour les fans qui voudront des dédicaces alors qu’ils n’ont que la version numérique. Ils devront racheter l’album papier…
          Et je suis aussi quasi certain que les dessins animés tirés de Bandes Dessinés se vendront encore mieux sur les petits écrans que les versions numériques des albums.

          😉

          f*

  • iKo

    J’ai des envies de créations en BD numérique, mais je ne touche pas une bille en
    programmation html, flash, Java, C+ bidule et truc et machin. Suis-je condamné ?
    Je suis scénariste (si, si), pas dessinateur. Pour la BD numérique, je peux dire
    je suis scénariste, mais pas
    monteur-technicien-ingénieur-intégrateur-machineur… Tout ça pour dire que
    faire sa BD numérique tout seul dans son coin […]

    Par rapport à une BD physique, déléguer HTML/CSS revient à déléguer le placement
    des cases et donc l’architecture de la planche. Ça touche vraiment au coeur de
    la création alors que, franchement, le B-A-BA peut s’apprendre en quelques weekends via la Toile (il existe des tonnes de tutos et de forums bien faits).

    Après, pour tout ce qui est dynamique (pour modifier la page selon les actions de l’utilisateur, dans le
    cadre de la bédé interactive), c’est clair qu’on entre dans la programmation à
    proprement parler (le HTML/CSS, c’est plus du formatage que de la
    programmation). Et là, bon, c’est un choc des cultures àmha beaucoup plus grand
    qu’entre dessinateur/scénariste/coloriste/…

    C’est comme si vous aviez besoin de votre garagiste pour faire une planche, ça peut être le type le plus chic du
    monde, y a peu de chances que ce soit son univers et qu’il y ait véritablement
    dialogue (il va s’essayer à tenir le cahier des charges que vous lui demandez,
    mais pas vraiment participer à l’oeuvre).

    C’est pour ça qu’àmha il
    faudra certainement que les auteurs de l’ère numérique mettent un peu les mains
    dans le cambouis… Mais bon, ne désespérez pas, comme ce qui s’est fait avec les sites traditionnels, il n’y en aura sûrement
    qu’une poignée qui s’y mettra et créera des plateformes que d’autres
    exploiteront et tenteront d’enrichir de leurs idées et retours. Tiens,
    d’ailleurs il me semble que ce genre de projet existe déjà, faudrait que je
    recherche…

    • Ismaël

      @iKo : Je ne suis pas sûr de comprendre ce que tu dis.
      Cette vision de choc des cultures me semble éronnée, dans de nombreux cas, je ne suis pas sûr qu’un coloriste, parce qu’il touche à un domaine plus proche de l’écriture ou du dessin, s’il n’est pas l’auteur du reste ai plus de facilité qu’un programmeur ou un garagiste pour discuter et essayer de comprendre ce qu’a voulu faire l’auteur. (je veux dire raconter, pas discuter techniques bd)

      C’est se tromper que penser que les programmeurs ne sont bons qu’à suivrent des cahier des charges, ils en ont juste besoin pour comprendre ce que veux faire l’auteur avec une oeuvre qu’ils n’ont pas réalisé, imaginé ou conçu. Maintenant si ce que tu voulais dire c’est que les aborder avec un language bd papier pour parler de narration numérique et qu’il y’a un choc, ce n’est pas la faute du programmeur, mais de l’auteur qui essaye de faire un album 46p couleurs sur internet et qui n’a pas adapté son vocabulaire.

      Le HTML/CSS n’ai pas suffisant pour entrer dans la narration intéractive je suis d’accord, les outils existent et ils sont en effet pleins de cambouis pour le profane.
      Les pionniers vont en effet devoir toucher à des languages barbares tel que le PHP et l’AJAX (j’y comprends pas grand chose non plus) et proposer ces « plate formes » dont tu parles qui seront alors reprise par les auteurs et se les approprier. Mais pour le moment je ne vois pas trop ce qui existent avec « pour » objectif de créer ces plateformes. Je crois qu’il faut regarder du côté des webcomics d’un côté et des jeux vidéos indépendant de l’autre. Je crois qu’il devrait y avoir une jonction des deux communauté à un moment. Et cette jonction sera ce dont nous sommes en train de parler en ce moment.

      J’espère juste que la solution ne viendra pas du Flash.
      Si tu trouves quelques exemples de développement actuel, je serait ravi de les connaitres.
      Cdlt,

      • iKo

        […] C’est se tromper que penser que les programmeurs ne sont bons qu’à suivrent des
        cahier des charges, ils en ont juste besoin pour comprendre ce que veux faire
        l’auteur avec une oeuvre qu’ils n’ont pas réalisé, imaginé ou conçu.
        […]

        Ce que je veux dire, c’est que le développeur ne va pas discuter du rendu
        parce que son univers et ses problèmes sont ailleurs. Son soucis sera de faire
        du code propre, facile à maintenir et à étendre. Si bien qu’il va avoir tendance à
        suivre docilement les directives en laissant la partie artistique à l’artiste.
        Tout comme toi tu n’auras pas tendance à émettre de jugement critique sur la
        qualité et la solidité de son code, il se contentera de savoir si le rendu est ce qui était
        attendu mais ne discutera pas tes attentes.

        À l’inverse un coloriste ou un scénariste peut être impliqué plus facilement et
        critiquer le rendu. Dire et si pour cet effet là, on employait carrément telle
        technique
        , ou non, vraiment le Schtroumpf Anar’ rouge sur noir, je trouve que
        c’est un peu trop, c’est un trait de caractère pas une nouvelle race de
        Schtroumpfs…
        parce que leurs compétences propres on trait au coeur de
        l’oeuvre.

        Le HTML/CSS n’ai pas suffisant pour entrer dans la narration intéractive je suis
        d’accord, les outils existent et ils sont en effet pleins de cambouis pour le
        profane.

        Ça dépend du point où on pousse l’interactivité… par exemple, dans ce que
        propose Tony, je n’ai pas vu grand chose qui ne puisse être rendu avec HTML/CSS
        (je subodore même que le choix de Flash a été guidé par de vieilles limitations
        d’Internet Explorer dans la gestion de la transparence… ) Après, si on veut
        proposer des paramétrages à l’utilisateur ou retenir ses choix précédents pour
        influer sur le contenu, y aura pas le choix il faudra du CGI (ou du Flash).

        J’espère juste que la solution ne viendra pas du Flash. Si tu trouves quelques
        exemples de développement actuel, je serait ravi de les connaitres. Cdlt,

        Je n’ai pas trouvé grand chose de révolutionnaire… des liseuses de scans plus ou
        moins avancées, des solutions de diffusion de webstrip, beaucoup de trucs qu’il
        semble impossible de voir « en production ». Tu peux essayer de chercher « comic » sur
        Freshmeat ou Sourceforge, si
        tu veux aller à la pêche, mais àmha ça restera très classique au niveau de la
        conception BD. 🙂

  • Ismaël

    Je crois qu’on peu quand même féliciter tony d’avoir réussi à détroner les deux articles les plus lu de du9 sans avoir eu à écrire fesse ou sein. Preuve s’il en est que ce sujet n’est pas anodin.

  • Yassine

    Je pense tout simplement qu’un auteur un jour, va débarquer avec des idées neuves, une manière de faire bien à lui qui exploitera simplement et naturellement les possibilités de de cette « bd numérique » tout en développant un univers personnel qui ne soit pas juste une exploration des nouvelles possibilités offertes par un nouveau média. Sans doute il montrera la voie a d’autres, et alors il pourra se passer des trucs vraiment excitant. A l’heure actuelle il est vrai que le débat sur la question reste plus passionnant que ce qui existe déjà.

  • Carine-lefont78

    Excellente idée que cette BD interactive, qui ne viendra pas remplacer le dessin sur papier, mais plutôt la compléter.

    Carine

    http://www.boutique-tele.fr/hamac,fr,3,21.cfm pour des hamacs confortables et pas cher, lisez vos BD tout en étant dorloter au soleil

  • BD-i

    StoryVary : un bel exemple de BD interactive !
    sur mobile et tablettes
    http://www.storyvary.com

  • simon

    Qu’en est-il six ans après cet article et ce long fil de commentaires ?
    Est-ce qu’il existe des exemples concluants?
    Yannis La Macchia a publié récemment un essai intéressant: http://racontars.com/

Commentaires