[sans/100 titre(s)]

de

Ça s’appelle « sans titre », ou « 100 titres ».
Parce qu’à du9, on aime bien les nombres ronds, et jouer sur les mots.
Et puis, parce qu’au lieu de perdre notre temps à trouver un bon titre …
On a préféré voir grand, et vous en proposer plus d’une centaine !

A l’origine, l’idée est simple. Chacun des éléments de du9 devait faire sa liste de 9 titres.
Une liste, parce que Noël est pour bientôt, Noël et ses cadeaux.
Une liste, parce que la nouvelle année arrive, le Nouvel An et ses bonnes résolutions.
Une liste, parce que c’est bientôt la saison d’Angoulême, où les médias semblent découvrir qu’il existe un truc qui s’appelle la « bande dessinée ».
9 titres enfin, parce que 9 … enfin, ça, je ne devrais pas avoir à l’expliquer.

Mais pas nos 9 cadeaux pour Noël.
Pas nos 9 sélections de l’année.
Pas nos 9 pronostics pour les premiers prix.
Même pas nos 9 albums préférés.
Non, mais plutôt un peu de tout ça.

Des albums qu’on a lus et relus cent fois. Sans s’en lasser.
Des albums qu’on vient de découvrir, et on en revient toujours pas.
Des albums qui nous ont fait aimer (passionnément) la bande dessinée, même si on n’a plus que de la tendresse pour eux.
Bref, des albums importants pour une liste coup de coeur, vite écrite, sans trop réfléchir. Une liste qui pourrait changer le mois prochain, parce que … Une liste comme ça, quoi.

Mais à du9, on est déjà une bonne dizaine, alors on a eu peur que ce soit un peu trop long. Alors, on s’est dit qu’on allait faire court, une ligne par album, pas plus. Et puis on s’est dit que ce serait marrant de demander à d’autres de faire leur liste, eux-aussi. A des auteurs, des éditeurs, etc.
Alors, on a envoyé plein de courrier. A plein de monde.
Et on a reçu quelques réponses. Pas beaucoup.

Mais on s’est dit que c’était pas trop grave, parce que dans certaines réponses il y en avait des tartines … et on s’est dit que finalement, on allait pouvoir se laisser aller. Et hop ! A nous les longs commentaires, les grandes disgressions, les petites anecdotes.

Alors voilà nos listes, plus quelques autres. Dans toutes ces listes, il y a du neuf, et du moins neuf … et parfois plus de 9. Ceux qui ont répondu les premiers se reconnaissent, ils ont fait court. Les autres … les autres ont fait comme ils voulaient, et c’est pas plus mal.

Enfin, on espère qu’avec tout ça, on va vous donner envie (de lire, de découvrir).
Et on espère que parmi ces titres, certains resteront ancrés dans vos mémoires.
Pour quand vous aurez à faire vos listes à vous.

Les du9 (par ordre d’apparition)
Jessie Bi, Sylvie Fontaine, Gregg, Yvan, François, Kaze, XaV, Eli, Tish, Loleck

Les autres (par ordre alphabétique)
Franck Aveline (l’Indispensable), Stéphane Blanquet, Frédéric Boilet, Jean-Louis Gauthey (éditions Cornélius), Matt Madden, Pat Moriarity, Pierre Paquet (éditions Paquet), Joann Sfar, Thierry Smolderen
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Jessie Bi

Autour de 9 ans (un bon chiffre), pas loin de l’âge d’Alice, découverte du livre dans une maison de campagne en Bretagne. Un château suspendu ! Ouah ! Génial ! Exclamation car le mot château était alors récemment connoté des cours d’Histoire sur le Moyen Âge, et l’accent circonflexe magique du A pouvait enfin se justifier.
Lecture, puis plusieurs fois mon prénom crié pour ramener à la réalité de la vraie sustentation. Un peu saoûl je vais à table comme un réveillé encore tout à ses rêves : baleine galère, château suspendu à rien, pélican baleinier, hibou phare …  ! ! ! ! ! ! … Le non-sens est la logique de l’enfance et je me sentais un logicien de premier (dés)ordre.
Le lendemain, relecture. Surlendemain pareil, etc. Puis fin des vacances et séparation d’avec le livre (snif !) : en prime une masse de questions dans le for intérieur suspendu, dont les classiques : C’était comment ce A ? Comment Philémon a-t-il connu Barthélemy ? C’est qui ce Fred ? etc. ; puis les autres : Mais comment ça marche cette B.D. ? Pourquoi je marche à fond ?
Aujourd’hui à la relecture ? Pas de réponses satisfaisantes aux deux dernières questions (tant mieux !), et les souvenirs de pull marine avec les boutons sur l’épaule, des bottes jaunes à lacets Aigle, de la pêche aux crevettes entre les rochers, de l’odeur de la mer et des pins, du soleil de Pâques, et des galets de la plage jetés à la face des vagues de la marée montante, pour faire des ricochets. Il me semble une fois, en avoir fait 9 …
Toujours la même ivresse de lecture évidemment, le château est un peu plus lourd des souvenirs aux oubliettes, mais il est toujours suspendu à rien, puisque c’est le tout. Logique. Oui-sens !
Fred : Le château suspendu, Dargaud.

Direction La plaine saint Denis, Killoffer couvre de mots, là, la tranchée autoroutière. Lecture fluide sans accrochage avec les images poids léger, de leurs jeux de calques superposés. La lumière est belle, et bien polluée (très bien même). Traduire l’haleine diésélisée de l’affreux serpent trafic fait de solitudes emboîtées (carrossées), n’est pas une mince affaire. Killoffer y parvient facilement par une perception pouvant rappeler l’Otto (l’auto ?) Dix (ah !) des caricatures et le (cool) Raoul Hausmann des photomontages. Nouvelle objectivité puisque son point de vue en vaut bien un autre, d’autant plus que quand il use de ce style (à calques) Killoffer a l’âme poétique.
Problème dans le 9ème sens, sortie Jessie Bi embouteillée, veuillez prendre la direction Périphéries (pp. 8-12), puis suivre le Killoffer, dans La plaine saint Denis, 1994.

J’aime quand il y a des liens qui se tissent entre les mots, entre les images de mots, les mots images, les images, les personnages, les plans, les histoires, les planches, les cases, les valeurs, et les couleurs (pour la couverture). J’aime quand les liens se tissent aux trois niveaux des signes, sans se faire voir, sans même se faire apercevoir, quand ils ont l’injustifiable évidence des coïncidences. Quant ils ont de l’injustifiabilité comme tourbillon gravitationnel pour l’imagination (qu’elle soit raisonnable ou passionnée). J’aime ainsi être piégé dans cette toile par l’artiste (plutôt Parque, qu’araignée) ; et avec Boilet ces liens/pièges ont en plus la même trame (indicielle) que celle (sel !) de la vie.
Tôkyô est mon jardin, Casterman, 1996.

1989 : Brousaille dans une Bruxelles estivale et humaine, cherche son chat bien avant que chacun le fasse. Une nuit, juste une nuit où le mythe du cambrioleur se déguisant en félin, est inversé pour celui du propriétaire d’un félin responsabilisé par sa disparition. Même forme de quête, mais but différent (plutôt vol que vol), d’où recherche, trouble, vie et mort. Tout ça en une seule nuit, avec des gens de tous les jours (c’est-à-dire exceptionnels), et à l’aube, l’amour comme éclairage (car plus fort que le soleil).
Brousaille : La nuit du chat, Frank et Bom, Dupuis, 1989.

Dans la bande dessinée il y a beaucoup de péripatéticiennes, mais pas de péripatéticiens. Taniguchi veut combler ce manque, et dans de belles ballades, vous montre un homme qui, pendant ses loisirs (skolé), marche métaphysiquement de son il « jouisseusement » contemplatif dans le monde physique. Un rappel à votre empirisme (celui issu du monde sensible), pour bouger (anima).
L’homme qui marche, Taniguchi, Casterman, 1995.

Sur le papier sombre de l’oubli, Chester Brown fait flotter et s’arranger case par case des bribes de souvenirs arrachés du pouvoir évocatif des traits. Il évoque cet âge qualifié de bête, où tout geste est nouveau car le corps l’est (et laid ?)(si perçu comme tel). De ce point de vue en croissance de l’adolescence, il y a soi et les autres. Difficulté d’appréhension des distances (alors toujours croissantes) dans ce monde trop rigoureusement à notre échelle. On finit par ne plus savoir même dire, alors que sentiments et émotions sont là toujours plus forts, aussi en croissance. Chester évoque cette paralysie de l’adolescence. Dans ce livre, tout est extrêmement fragile, tout est de cet ordre.
I never liked you, Chester Brown, Drawn & Quarterly, 1994.

Baudoin parle beaucoup d’amour et ses pinceaux n’en finissent pas de caresser les courbes des jeunes femmes.
Mais face à la ride les pinceaux trébuchent, se lèvent et retombent. D’où tâches (grosses, petites, étalées, etc.) plutôt que ligne (confiée alors à la (dure) plume). Le geste (à dessin) pour montrer les plies du vieillissement, est plus complexe et demande plus d’efforts. Une contrainte dont bénéficie tout l’album, pour une histoire d’amour au 3e âge ; un/le vrai futur pour tous.
Baudoin, La peau du lézard, Futuropolis, 1983.

Mattotti explore un futur et y met le bonheur de ses couleurs. Voyages dans toutes les dimensions (interne/ externe, présent/passé, féminin/masculin, liquide/solide, bateau/train, etc.) et mise en réseau par la narration et les cases agencées. Mattotti écrit à sa descendance comme Villon nous interpelle encore avec sa ballade ; d’une autre sorte bien sûr car ici point de pessimisme. Juste un futur où s’épanouir, non pour s’y pendre. Une offre d’espoir tout en nuance sensible.
Mattotti, Lettre d’une époque éloignée, in (A Suivre), n⩝198, juillet 1994, pp. 89-109.

Etrangeté (novelty) : format immense et petits dessins ; petits dessins, petits caractères (typo) et grand dessein atypique ; articles à fabriquer soi-même (antonyme : le mot anglais ware) ; …
Objets montrés (dévoilement), objets cachés (refoulement). Retour sur enfance (introspection) par le format et le langage qui lui est officiellement consacré (donc une vraie psychanalyse, pas dans un langage uniforme (d’)adulte).
Vieil enfant ou jeune adulte ? En jouer est-ce immature ou super héroïque ?
Une belle et profonde mélancolie cartoonesque (du mouvement de l’ébauche) flotte sur cette œuvre hors norme (hors autorité comique codée ou CA en anglais).
Comment ne pas faire l’article de Ware ? Intraduisible ? …
Nous partageons (share) ici à du9 l’intérêt pour sa fabrique (ACME, warehouse). Il est la révélation évidente de la décennie et ça s’impose à tous, doucement (soft) de bouche à oreille (langage universel).
Ware est un géant de l’ennéamonde.
Ware, Toute son oeuvre, chez Fantagraphics Books.


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Sylvie

Watchmen, de A. Moore & D.Gibbons (Delcourt)
Je m’en fous pas mal des super-héros à la gomme U.S avec leurs collants moulants ringards. Leurs supers pouvoirs me semblent dérisoires, tout juste bons à faire rêver des gamins gentiment neuneus. Et puis on m’a parlé des « gardiens ». D’abord j’ai trouvé le graphisme trop raide, les couleurs trop flashantes. Mais il fallait que ce soit ainsi puisque toute l’histoire est à la fois une référence à l’univers des super-comics et son détournement. Après m’être forcée un peu, j’ai plongé grâce à l’intelligence, la richesse et le brio du scénario. Le récit brasse et unit le genre policier et la science-fiction aussi bien qu’une multitude de personnages de tous horizons. Chaque personnage, même le plus anodin, même le vendeur de journaux a sa voix, son moment, sa vie. C’est ce qui fait la beauté de ce récit à plusieurs tons qu’il faut absolument lire pour ne pas aborder 1999 complètement has-been.

La balançoire de plasma, de Pierre la Police & J. le Cointre (Jean-Pierre Faur Editeur) – 4 tomes
Si votre grand-mère se délecte de romans-photos, offrez-lui ce La Police et vous verrez son dentier lui tomber de la bouche dans le bol de café au lait où flottent des morceaux de pain ramolli, vous verrez sa moumoute tressauter violemment et ses lunettes s’embuer soudainement. Si vous êtes moins facétieux et plus respectueux des mères-grands, gardez-le pour vous, offrez des fleurs à mémé, et faites un petit tour vert-de-gris au pays des larves, des glaires, des taupes humaines et des poils qui poussent.
Dès la première case, Pierre la Police vous pousse vers l’ailleurs d’une main vigoureuse et vous trimballe dans un univers pas net, voire décalé pour ne pas dire très très parallèle. Merci pour la ballade spongieuse !

Mister Nostalgia, de R. Crumb (Cornélius)
The R.Crumb coffee table art book (Little Brown)
Ce qui me touche le plus chez Crumb, c’est son humanité et la sincérité dont il fait preuve quand il se met en scène. Il semble ne rien dissimuler de lui-même – ni à ses yeux, ni à ceux du lecteur. Tout y passe, les questions, les obsessions, les désirs qui le taraudent, jour après jour. Les dépouillements, les aveux de Crumb s’expriment par un des dessins les plus charnels que je connaisse.
La chair, comme elle est au cœur de nos perceptions est au centre de son œuvre. Douleur, irritation, colère, manque, extase, c’est dans notre chair que les histoires prennent corps, s’inscrivent et s’écrivent. La chair, vivante, s’étire, se détend, se compresse, se flétrit, se tend, se crispe et toute cette vie passe dans le dessin de Crumb qui n’hésite pas à malaxer, rétrécir, aplatir, agrandir, gonfler, raidir, assouplir ses personnages et son trait. Ces mouvements de la forme accompagnent et expriment un ressenti, un propos.
C’est ce qui me fait particulièrement aimer Crumb : chez lui, il y a adéquation totale entre l’expression et le récit. C’est un sacré tour de force même si pour Crumb, cela semble tout naturel.

C’était la guerre des tranchées, de Tardi (Casterman)
En général, je ne vais pas voir de films de guerre, et je ne lis rien non plus sur le sujet parce que la guerre me révulse, me donne la nausée et me déprime profondément. Mais pour ce livre, il faut faire une exception parce que tout y est dit de l’abomination guerrière générée par des aberrations politiques ; tout y est dit de l’horreur que l’homme inflige à l’autre donc à lui-même ; tout y est dit du pouvoir et de la manipulation qu’il exerce sur l’individu en lui volant sa vie.
Ce livre-là est superbe et dur et bien plus édifiant qu’un monument aux morts ou qu’un discours présidentiel du 11 novembre.

Moebius — Entretiens avec Numa Sadoul (Casterman)
Le Monde d’Edena, de Moebius (Casterman) 4 tomes
J’aime Moebius et lui voue une admiration teintée d’envie. Comment fait-il pour réussir avec bonheur et grâce dans tous les genres auxquels il s’est essayé ? Western, science-fiction, humour, fantastique, érotique … il est si pléthorique et talentueux qu’il fallait absolument qu’existent ces entretiens qui couvrent une grande partie de se carrière et de ses transformations pour pénétrer le mystère d’une créativité si débordante.
On y comprend qu’art et art de vivre ne font qu’un et qu’un dessinateur ne saurait se désolidariser de ses états d’âme. On y constate aussi que Moebius est un dessinateur qui n’a jamais estimé être « arrivé » quelque part mais qui comme le Major Fatal explore sans se lasser les possibilités d’univers graphiques différents, se superposant les uns aux autres, mille-feuille de mondes parallèles communiquant secrètement entre eux. En fait Moebius est une galaxie et ses livres les vaisseaux spatiaux grâce auxquels il s’explore, rien que ça !

Hard Boiled, de Miller & Darrow (Delcourt) 2 tomes
C’est une injustice criante que Darrow soit méconnu chez nous. Ce type est un géant, un génial manipulateur de l’hyperbole, un as de la surcharge et du détail. Darrow n’est pas zen ; au lieu d’enlever, d’alléger, il charge, rajoute, en met des tonnes, le tout d’un trait paisible et uni.
Le plus étonnant est qu’il ne masque rien ; l’hyperbole chez lui, n’est pas un truc mais une manière de sentir et de restituer la folie et la surabondance du monde. Rien d’étonnant à ce que Darrow soit américain et son scénariste aussi. L’histoire concoctée par Miller nous promène entre le jeu et le piège sur le thème de la nature de la réalité. Sommes-nous réels ? Jouons-nous un rôle écrit par un Dieu sadique ? Sommes-nous les jouets de multinationales indifférentes et cruelles ? À ceux que ces questions titillent, lisez Hard. Boiled et délectez-vous au passage du fabuleux travail de l’hyperbolique Darrow.

Cages, de Dave McKean (Delcourt)
Ce n’est pas si fréquent d’avoir dans les mains une somptuosité graphique qui semble condenser tout le talent pluridisciplinaire d’un artiste qui compte sur sa palette le dessin, la photo, le collage, la peinture, le graphisme, la musique, et qui de surcroît procure le plaisir d’un récit riche et profondément humain. Cages conjugue ces qualités, ce qui en fait un genre de summum graphique et poétique, un roman symphonique qu’il faut lire et feuilleter, lentement et longuement.

Post Scriptum : Je devrais aussi vous parler de Mitchum de Blutch chez Cornélius, des Paysages de la nuit de Barbier chez Delcourt, de Murmure de Mattotti chez Albin, de Marc-Antoine Matthieu qui est édité chez Delcourt mais je crois que ça sera pour une autre fois parce qu’il n’y a plus la place. 9 c’est 9.
P.P.S : Et Will Eisner ? Et Charles Burns ? Et Mazzuchelli ? Et Otomo ? …
—–
Gregg

J’ai une réponse toute prête.
« les-albums-que-je-préfère-sont-ceux-que-je-lirai-demain ».
Voilà.
Comme ça, c’est réglé.
Faut que je le fasse quand même ?

Dans le métro, de Lewis Trondheim (Lapin n°1)
Ces deux planches ont été une étape pour moi. Avant, je ne lisais pas de bandes dessinées. Après …
Mais pourquoi cette histoire ? Qu’est-ce qu’elle a de particulier ? J’en sais rien. La B.D., ça me paraissait toujours bigger-than-life. Je découvrais que ça pouvait être autre chose.

Les Philémon, de Fred
C’est la seule lecture adolescente dont je garde un bon souvenir. Quand on était consigné dans la bibliothèque de mon collège, tous mes copains se ruaient sur les Gaston et sur les Rubrique-à-brac.
Dans le premier Philémon que j’ai lu, il y avait une sorcière, une fontaine de guimauve et les personnages sortaient des cases. Et moi, j’adorais (et j’adore toujours) les mises en abîme …
(Il m’aura fallu attendre un trimestre pour enfin lire les Gaston et les Rubrique-à-brac. J’ai été déçu.)

Acme Novelty Library, de Chris Ware
Je lis de la bande dessinée depuis peu de temps. J’ai la chance de ne pas y être attaché à la manière de ces nostalgiques qui veulent retrouver les plaisirs de leur enfance. Je suis plus attaché à l’art en lui-même, qu’à des auteurs ou des albums. J’ai l’impression que la bande dessinée peut tout se permettre, et surtout qu’il y a encore énormément de voies à explorer. Je ne connais pas d’art qui soit encore aussi neuf et aussi vierge, et je ne connais pas d’artiste qui fasse avec son art ce que fait Chris Ware avec la bande dessinée. Ce défricheur de génie fouille dans toutes les directions. C’est simple, plus je le lis, et plus j’aime la bande dessinée !

Gregory de Mark Hempel
Gregory s’appelle Gregory, comme moi. Il ne prononce que des « uh », des « gub » et des « bim », comme moi. Il est enfermé dans une petite cellule avec une camisole de force, comme moi. Il a peur de tout, comme moi. Il vit dans son monde à lui, comme moi. Et des comme-moi, avec Gregory, j’en ai encore plein d’autres …

Dear Julia de Brian Biggs
Je suis tombé instantanément amoureux de cette histoire. Un vrai coup de foudre. Et comme tous les coups de foudre, c’est inexplicable et indicible.

Amer Béton de Matsumoto Taiyô
Palestine de Joe Sacco
Henri, chienne de vie de Mathis
C’est marrant, ces trois albums, je n’avais pas envie de les lire.

Amer Béton, je n’aimais pas le dessin, j’avais l’impression que ça allait être une histoire de gamins avec des bastons à toutes les pages. Et puis Tish m’a forcé. « C’est vachement bien » qu’elle m’a dit. Alors j’ai fais un effort, et je me suis pris une belle claque.
Depuis, je ne vois pas un détail que je n’aimerais pas dans Amer Béton. L’histoire est magnifique, le découpage et le dessin sont d’une liberté sans pareil, les dialogues sont empreints de poésie …
Depuis, j’attends impatiemment qu’on traduise le reste de l’oeuvre de Matsumoto.

Mathis, si je n’avais pas envie de le lire, c’est que le dessin me faisait penser à Combas, et j’aime pas Combas. Encore une fois, quand j’ai terminé l’album (rire, émotion, tout y est), j’étais fou du dessin de Mathis, mais je n’aime toujours pas Combas.

Quand je feuilletais Palestine, j’avais la migraine. La composition des planches partait dans tous les sens, les textes se retrouvaient un peu partout. Mais j’aimais le dessin, alors je me suis lancé quand même.
Sacco est pour moi l’un des plus importants auteurs à l’heure actuelle. Car son œuvre ne se résume pas à du journalisme en bande dessinée. Il y apporte son regard d’auteur, d’artiste, et sa réflexion en tant qu’être humain.

Argh … ça ne fait que huit … …réfléchir ….y’a tellement de trucs que j’aime …. Strangers in Paradise, j’y suis accro … Jhonen Vasquez (JtHM, Squee), il me fait hurler de rire ….Roberta Gregory, elle aussi me fait marrer … Mattotti, c’est la claque à chaque album … Pfff, je sais pas moi …

Anita de Stefano Ricci et Gabriella Giandelli
C’est l’un des derniers albums que j’ai lu et je n’arrive pas à me le sortir de la tête. Bien sûr, chaque planche est plus belle que la précédente. Bien sûr, il y a cette lumière incroyable, à se demander s’il n’y a pas des éclairages cachés à l’intérieur des pages. Pourtant, ça ne raconte pas grand-chose. Pourtant, je ne peux m’empêcher de me poser cette question : Est-ce de la bande dessinée. Ce qui fait qu’après je me demande : Mais c’est quoi la bande dessinée, au fait ? Alors, j’arrête de me poser des questions. Je ne cherche plus à comprendre pourquoi ça m’a touché, pourquoi ça m’a parlé. Je me contente d’en profiter, et de savourer.
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Yvan

Feux ! de Mattotti

Couma aco de Baudoin

Le bibendum celeste de De Crecy

Monolinguiste/Psychanalyse de Lewis Trondheim

Pixy de Max Andersson

Plageman de Bouzard

Georges et Louis romanciers T1 de Goossens

Pique-nique au bord du néant de Ambre/Tran

Les deux du balcon de Masse
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François

New York Miami 90, de Loustal et Paringaux (Les Humanoïdes Associés) 1989
Quelques clichés, images de tranche de vie d’autres gens, d’autres lieux, et toujours cette voix off.

L’incal noir, de Moebius et Jodorowsky (Les Humanoïdes Associés) 1981
L’incal fut aussi novateur pour la bande dessinée de science-fiction, que le fut Star Wars pour le cinéma de S.F.

Le chemin des trois places, de Götting et Avril (Futuropolis) 1989
Un must de la simplicité !

La 27eme lettre, de Will et Desberg (Aire libre Dupuis) 1990
Un épisode tragique de notre siècle vu à travers les yeux d’un enfant de l’amour …

Saigon – Hanoï, de Cosey (Aire libre Dupuis) 1992
Quand l’innocence rencontre la douleur, la mémoire mène peut-être à la guérison.

Des écureuils et des filles, de Jean C. Denis (Casterman) 1990
Ah la nature, la pinède, le soleil, le pastis …et les filles !

La fille du modèle, de Götting (Futuropolis) 1988
De noir et blanc l’espace prend forme autour de Claudia et dans les yeux de Götting.

Squeak the mouse, de Mattioli (Albin Michel) 1984
L’univers des cartoons revu au goût du jour. Expression et mouvement sur une feuille de papier. A mourir de rire.

Approximativement, de Lewis Trondheim (Cornélius) 1995
Mon premier rendez-vous avec l’autobiographie. Je m’y retrouve souvent.
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Kaze

Ha bin faire une liste de 9 albums de bédés que j’aime bien, ce n’est pas difficile, parce que bon, j’en lis tout plein de bédés. Que ce soit le soir, dans la journée, en semaine ou en vacances.

Ouais …

C’est sûr que bon, ça m’aurait été plus difficile de faire une liste de 9 recueils de poésies par exemple, ou même de 9 romans … Parce que bon, il faut dire encore que les bouquins qui n’ont pas d’images dedans, bin j’ai du mal à les lire … Alors, je n’en lis pas …

Alors voilà quoi … C’est pour ça que faire une liste de 9 bédés, c’est plutôt cool … Ou presque … Parce que bon, ce n’est pas évident quand même, parce qu’il y a tellement de dessinateurs dont j’apprécie le travail, que c’est difficile de n’en retenir que 9 …
Surtout que bon Gregg il a été hyper-catégorique : « il en faut 9 d’albums, pas plus parce qu’après, ça ne va pas du tout, du tout ! ! ! »
Et pis bon aussi, ce n’est pas parce que j’aurai retenu tel album de tel dessinateur, que j’aimerais pas du tout un autre de ses bouquins … Bin ouais …

N comme Cornichon, de Rosse & Schlingo (Les Humanoïdes Associés)
Au niveau de l’histoire, c’est du n’importe quoi, parce que bon, ça a été scénarisé par Charlie Schlingo, mais bon au niveau du dessin, c’est hyper-beau, parce qu’il faut dire que Stéphane Rosse fait de très jolies choses avec ses petites mains. Pis même que dans cet album, il a carrément utilisé des techniques différentes : du papier découpé, des aplats de couleurs, et pis d’autres choses …

Poumo Thorax, de Coucho Trade-Marque (Editions Audie)
Waouh, j’adore les boulots de Coucho dessinés dans les années 80 … En plus, il utilisait tout plein de trames différentes pour faire de jolis gris. Alors, il y avait des trames pour faire des gris clairs, d’autres trames pour faire des gris foncés, et pis encore d’autres trames pour faire des gris encore, encore plus foncés … C’est vous dire s’il utilisait les trames qu’il fallait …

Cheech Wizard, de Vaughn Bode (Fantagraphics Books)
Cheech Wizard, c’est une sorte de bestiole dont on ne voit que les pieds, parce que bon, il porte un énorme bonnet qui cache tout le reste du corps. Un peu comme les surfers sur les pistes de ski … Sauf que Cheech Wizard, ce n’est pas un surfer … Je le sais, parce qu’il n’y a pas une seule histoire où on le voit faire du surf … Alors, si ce n’est pas une preuve ça … Autrement, Vaughn Bode dessinait très joliment aussi … Et pis il avait un style qui ne ressemblait à celui de personne d’autre … Et surtout pas à ce que fait Coyote par exemple … Bin ouais ! ! ! Autrement, c’est marrant de voir comme l’univers de Vaughn Bode a été vachement utilisé par bon nombre de ces graphers qui peignent à grands coups de bombes aérosols … Halala, voir des Cheech Wizard peints sur les wagons, ou sur les murs … ! ! !

Joe Galaxy, de Massimo Mattioli (Edition Aedena)
Massimo Mattioli, c’est le genre de mec, tu regardes ses boulots de loin, tu te dis en toi-même que c’est très joli et que ça fait vachement « vieux dessins animés des années 40 », par exemple. Pis tu te dis que ça doit être des trucs pour gamins. Et pis si tu regardes de près, tu te rends compte que ce n’est pas du tout pour enfants, parce que bon, on y voit des scènes qui font que c’est plutôt pour un public averti en gros. Et pis bon, là, je ne vous donnerai pas d’exemple.

Meurtres & Châtiments, de Carlos Nine (L’Echo Des Savanes/Albin Michel)
Je me souviens que la première fois où j’ai vu cette bédé, c’était dans une bibliothèque. Et pis j’ai adoré les petits personnages dedans, les petites voitures, les immeubles, les méga-couleurs à l’aquarelle. Et pis bien sûr que je l’ai louée cette bédé. Même qu’après, je ne voulais plus la rendre. Et pis la bonne femme de la bibliothèque, elle n’arrêtait pas de m’écrire pour me dire qu’il fallait que je lui rende cette bédé, et pis que de toute façon, j’avais une amende parce que j’aurais dû la ramener depuis 3 mois déjà. Alors bon, j’ai fini par la rendre cette bédé, et pis je l’ai payée mon amende … Et pis même qu’après, je ne disais plus du tout bonjour à la dame de la bibliothèque … Non mais …  ! ! !

La Mouche, de Lewis Trondheim (le Seuil)
Il est balèze ce bouquin, parce que bon dedans, il n’y a pas une seule bulle de texte, et pis tout le long en plus. Pourtant, c’est vachement bien … Surtout que bon, ce n’est pas évident à raconter les histoires d’une mouche … Parce que bon, dans une journée, ça ne fait pas grand chose une mouche. Le matin, ça traîne sur la confiture, à midi ça traîne sur la viande, et pis le soir, ça vient t’emmerder quand tu pionces … Pis c’est tout … Alors, raconter aussi bien les aventures d’une mouche sur plus de 100 pages, bin moi, ça m’épate …

Mr Jean, de Dupuy & Berberian (Les Humanoïdes Associés)
Alors en fait, Dupuy et Berberian, ils dessinent à deux. Ils ont un crayon pour les 2, et pis ils se le passent à tour de rôle … Ou alors, p’t être qu’ils dessinent en même temps sur la même feuille … Quand il y en a un qui dessine les bras de Mr Jean, bin l’autre, il lui dessine ses cheveux. Et pis après, quand c’est fini, pendant qu’il y en a un qui gomme le crayon papier, et bin l’autre il range tout bien comme il faut les crayons dans la trousse. C’est sûrement pour ça que Mr Jean, c’est hyper-bien comme bédé … Halala …

The Freak Brothers, de Gilbert Shelton (Tête Rock)
Les Freak Brothers sont des mecs qui fument des cigarettes de drogue. Et pis ils ont toujours des combines pour ne pas en foutre une, et pis pour fumer encore plus dans la journée, et pis le soir aussi. Se défoncer comme ça, à longueur de journée, il faut être balèze quand même … Il faut au moins être champion cycliste ou footballeur … Autrement Shelton, c’est le genre de mec qui dessine à grands coups de plume, et pis des fois, il y a même de la couleur qui est faite à grands coups de pinceau. Et pis il faut voir aussi la tête du chat de Fat Freddy (1 des 3 Freak) … La tête qu’il a ce chat … Avec son gros nez … Rien que pour ça, ça vaut le coup …

Dr Slump, de Toriyama Akira (Glénat)
Dr Slump déjà, c’est une série qui comporte 18 volumes. Alors, c’est dur d’en choisir un. Pis en plus, dans un volume, il y a tout plein d’histoires (au moins 6). Autrement Dr Slump, c’est une sorte d’inventeur obsédé sexuel qui a plein de problèmes avec ses inventions, mais surtout avec Aralé, qui est un robot qui a l’apparence d’une fille de 13 ans. Mais, il faut que personne ne sache que c’est un robot dans le Village Pingouin … Bin ouais, le village où habite le Dr Slump et ses tournevis, et pis aussi Aralé et son huile de vidange, bin il s’appelle le Village Pingouin … Même que dans le dernier volume, et bin on voit le maire du village Pingouin, et pis même c’est un Pingouin … Bin ouais, avec un long bec, et un smoking … Halala, un pingouin qui est le maire d’un village … Ça ne me paraît pas très réaliste tout ça …

Ha bin tiens, et si maintenant, je vous faisais une liste de 9 disques que j’aime bien, et pis après une liste de 9 films, pis encore après, une liste de 9 plats à manger, et pis aussi une liste de 9 parfums de glace, ou encore une liste de 9 pâtisseries …
Ha ouais ! ! !, une liste de 9 pâtisseries que j’aime bien …
Halala …
… Ouais, mais 9, ce n’est pas assez …
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XaV

Bon. neuf titres. Dur. C’est toujours pareil, avec ce genre de liste : on a toujours l’impression que c’est trop, ou pas assez. Tiens, là, pour l’instant, j’en ai sept. Tout juste. Mais si on devait en donner sept (sept péchés capitaux ?), ce serait pareil. Si c’était sept, je suis, sûr, j’en aurais deux de trop. Bref. De toutes façons, ? les angoisses du rédacteur de du9 face à la liste incomplète ?, vous vous en fichez un peu …
Donc pour la liste. Tout d’abord …

I never liked you, de Chester Brown. (Je n’ai pas eu besoin de réfléchir pour mettre ce livre dans la liste. Il s’est imposé naturellement)

Eloge de la poussiere, de Baudoin. (Le dessin de Baudoin me fascine, sa poésie me touche)

Approximativement, de Lewis Trondheim. (Je préfère Trondheim quand il parle de la vie de tous les jours. Il y a une justesse dans sa narration)

Mr. Punch, de Neil Gaiman et Dave McKean. (Difficile choix. J’ai longtemps hésité avec The Day I Swapped My Dad for Two Goldfish. Mais ce n’est pas vraiment une bande dessinée)

V pour Vendetta, de Alan Moore et David Lloyd. (Pour ses belles phrases et le côté romantique désespéré)

The Dark Knight Returns, de Frank Miller. (Reste toujours une référence, même après The Killing Joke et The Long Halloween)

Attack from the Deranged Killer Monster Snow Goons (Calvin & Hobbes), de Bill Watterson. (J’adore les bonshommes de neige de Calvin. J’aurais pu mettre toute la série. J’y replonge, souvent)

Le nid des Marsupilamis (Spirou & Fantasio), de Franquin. (Un livre à part. J’ai redécouvert le Spirou de Franquin)

Cromwell Stone, d’Andreas. (Andreas, un auteur que j’adore. Et la première bande dessinée que j’aie achetée moi-même)

Bon, là, y a neuf titres. Le problème, c’est que maintenant que j’ai les neuf, j’ai plein d’idées qui viennent. De trucs qui manquent dans cette liste. De la manga, notamment (Et Akira ? Et Rêves d’Enfants ? Et L’Homme qui marche ? Et Amer Béton ?). Si je mettais Rêves d’Enfants … ah oui, mais il faudrait que je retire quelque chose. Mais quoi ? Cromwell Stone ? Mais alors, y a plus d’Andreas. Mais Andreas, c’est un auteur que j’adore. Alors, je fais quoi ?
Bon, et puis, en y pensant … j’aime beaucoup Strangers in Paradise. Si je le mettais ? Mais je retire quoi … Approximativement ? Oui, mais … y a aussi Le Journal d’un Album qui est super bien. Alors, je les mets tous ?

C’est dur, comme liste. En fait, il en faudrait deux. Ou trois.
La liste des bandes dessinées qui vous prennent aux tripes.
La liste des bandes dessinées qui vous bidonnent.
La liste des bandes dessinées qui vous font rêver.
Ou bien …
La liste des bandes dessinées à conseiller à ses amis qui ne veulent pas lire de la bande dessinée avec des gags lourdingues, mais qui sont intéressés par l’autobiographie.
La liste des bandes dessinées à offrir aux copines qui ne connaissent rien à la bande dessinée mais que l’on voudrait bien séduire en leur montrant combien on a bon goût.

Et si je faisais neuf listes de neuf titres, alors ? Ca ferait 81 conseils, et … Oui, mais Gregg va râler, parce qu’on avait dit neuf titres seulement, et qu’il fallait pas se répandre mais faire concis, alors … C’est pas grave, on est sur le Net, pas de problème de place.
Donc, je disais, 81 titres …
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Eli

Frankenstein – adaptation d’un Génie Inconnu de Marvel Comics
J’ai découvert ce livre à huit ans. C’était un livre qui tombait en morceaux dans un carton, dans le recoin d’un bureau, et que j’ai conservé jusqu’à ce qu’il tombe littéralement en morceaux. Si quelqu’un sait de qui c’était, s’il vous plaît, dites-le-moi. Tout ce que j’en sais, c’est que c’était en couleur ; c’était remarquablement fidèle à l’oeuvre de Mary Shelley ; et qu’il me donnait envie de plus de phrases interrompues encore, plus d’images à l’ambiance ténébreuse.

Whack Your Porcupine, de B. Kliban
Un petit recueil de gags issus de l’imagination débridée d’un grand dessinateur relativement inconnu aujourd’hui. Pour ce qui est du style ou de l’esprit, l’équation est simple : Kliban moins Crumb égale Gary Larson. Sa représentation méticuleuse des terreurs de la chair a eu beaucoup d’influence sur moi étant enfant.

The Explainers, de Jules Feiffer
Beaucoup de gens sont de bons dialoguistes, et l’on trouve aussi de bons caricaturistes. Jules Feiffer est non seulement l’un et l’autre, mais fait l’un dans l’autre ; pour comprendre ce que je veux dire, regardez le visage d’une de ses personnages. Son trait n’est pas seulement nerveux ; il parle.

The Incal, de Moebius & Jodorowsky
Peut-être pas le meilleur Moebius, mais le premier que j’ai découvert et par conséquent une expérience unique. L’ignoble traduction de Heavy Metal avait brouillé le dialogue déjà particulier de Jodorowsky, mais ne pouvait obscurcir la limpidité des images, et le déroulement illogique mais inéluctable des événements qui propulsent John Difool de Charybde en Scylla.

Jour de Colère, de Milo Manara
Tout le monde sait que Manara est un dessinateur impressionnant, et tout le monde sait qu’il ne s’intéresse qu’aux nymphomanes minces et déshabillées, pas vrai ? Ah non. Peu importe ce qu’il veuille faire de son temps aujourd’hui, puisqu’il nous a déjà offert les aventures de Giuseppe Bergman. A la différence des fantasmes de contrôle de ses livres érotiques, cette histoire est imprévisible et toujours en mouvement, emplie d’espoir, de peur et d’humour désespéré – comme un rêve qui aurait duré dix heures, après que Manara ait lu Hugo Pratt tard le soir avec une fièvre de cheval.

Love and Rockets #1, de Gilbert & Jaime Hernandez
La première histoire du premier numéro de Love and Rockets s’intitulait BEM. Je ne vois rien d’autre que je puisse dire à ce sujet.

The Gospel According to Matthew, adapté par Chester Brown
Chester Brown a commencé à adapter les Cantiques il y a quelques années dans les pages de Yummy Fur ; ces strips n’ont pas encore été publiés en recueil et il en a été dit très peu de choses, sans doute parce que les gens les considéraient comme un jeu ou un exercice. Mais sans parler des séances de dégustation de morve, ces pages sont superbes. Avec quelques lignes, Brown retranscrit la chaleur du soleil, les odeurs de la rue, la fraîcheur de l’eau et les expressions humaines avec à la fois un sens de la caricature et de la justesse (il ferait un grand marionnettiste). Ses grosses farces s’intègrent à la narration, sans perturber le profond respect pour le mystère qui est au coeur de l’histoire.

Bacchus, de Eddie Campbell
Le mystère et une grâce d’un autre genre sont omniprésents dans les pages bien remplies d’Eddie Campbell. Je pourrais passer une journée entière à regarder en particulier les pages 10 et 11 de Doing the Islands with Bacchus. D’un côté, cette âme revenue d’entre les morts, Simpson, qui allume la cigarette d’un Grec dans un petit café, et je n’ai jamais vu d’équilibre plus parfait entre la lumière du soleil et les ombres. De l’autre, Simpson debout dans un champ, tranquille, alors que Hermès descend vers lui comme un super-héros – et que le champ est un chaos de traces d’encre et de morceaux de trames. Halleluiah.

Rare Bit Fiends, de Rick Veitch
Certaines personnes dessinent leurs rêves parce qu’ils peuvent en tirer des images drôles ou effrayantes ; certains, pour réussir à atteindre la vérité. Les artistes qui tentent de faire les deux découvrent parfois une sorte d’alchimie, qui vous laisse en train de vous demander s’il n’a pas rêvé à votre place. Quant à la qualité des bandes dessinées de Veitch, je ne sais pas si elle est due à son talent graphique, son choix des mots, ou simplement l’intense envie de faire ce qu’il fait.
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Tish

Moi j’aime pas les classements. Encore les lire, ça va. Mais les faire, ça va plus du tout.
Alors j’ai pris un papier et un crayon et j’ai regardé une par une les étagères et pis j’ai noté. Et pis je suis tombé devant le meuble où il y a tous les petits fanzines et collectifs et trucs obscurs indés que y en a je suis sûre qu’il y a que Gregg et le Regard Moderne qui les aient, mais là j’ai pas eu le courage de les rouvrir un par un … et ça m’énerve parce que je suis sûre qu’il y a des petits trucs qui m’ont super plu, mais que j’ai oublié (on a la mémoire qu’on a) mais bon ça sera pour l’année prochaine, pour le du9 de Noël 1999, 99 pages reliées tout en couleurs avec couverture en sérigraphie et tirage de tête et tout et tout.
Donc voilà ma liste, avec des choses très très différentes parce que bon tout le monde ne peut pas passer sa vie à attendre la sortie du nouveau X … (non je l’ai pas dit), et que surtout j’ai un très bon fournisseur qui s’appelle Gregg et qui va dénicher plein de choses dans tous les sens (c’est un monsieur très ouvert), et moi j’attends sur le canapé, il me dépose la récolte devant moi et hop je n’ai plus qu’à choisir …

Amer Béton, de Matsumoto Taiyô.
Une œuvre originale (par sa longueur et surtout son style graphique loin des stéréotypes mangas) et complète, à la fois forte et sensible, qui m’a captivée et m’a émue. C’est l’histoire de 2 jeunes frères face à la ville, à la société, aux adultes, un peu à la manière du très beau film de Agnès Merlet, Le fils du Requin. Mais, alors que Merlet utilise une lumière bleue et l’imaginaire de l’enfance pour contenir la violence des situations, Matsumoto en rajoute par un jeu sur le noir et le blanc et sur le découpage de certaines planches. Et là où Matsumoto fait preuve de réel talent, c’est qu’il ne tombe jamais dans le manichéisme, les policiers, les ? méchants ?, les enfants, la ville, tous sont nuancés, complexes, jamais tout noir ni tout blanc, et c’est cette humanité qui en fait, à mon avis, un chef d’œuvre.
Une œuvre que je conseillerais à tous et en particulier à tous les ? j’aime pas les manga ?.

Presque, de Larcenet.
C’est un des livres les plus poignants que j’ai lus récemment. Des images sombres et expressionnistes qui me revenaient encore une fois le livre refermé, mêlées à une étrange sensation de peur et de froid. Rien à ajouter.

Tout Ralf König (Paul et Conrad, Les nouveaux mecs …).
Parce que ça me fait rire et éclater de rire. D’ailleurs quand Gregg en ramène un nouveau à la maison, on se bat pour le lire, mais quelque chose me dit que Gregg ne va pas le mettre dans sa liste ;-)

Johnny The Homicidal Maniac et Squee, de Jhonen Vasquez.
C’est drôle, cynique, immoral, sanglant, absurde, violent, sans-pitié, mais surtout c’est drôle.
J’aime les dessins noirs et blancs violents des premiers JtHM, mais j’aime encore mieux quand il utilise plein de trames comme dans Squee, et puis ses superbes couvertures tout en couleurs …
Dans le même style, il y a Roman Dirge, qui fait le très drôle et original Lenore et qui vient de sortir un petit livre de poésie illustré, Something at the window is scratching, avec plein de personnages étranges ( ? La ballerine alien ?, ? L’homme à la tête de poire et le garçon en pain ?, ? Le gars qui a un truc sur la tête ? …) et c’est super beau avec aussi plein de supers trames. Bon ça fait penser à du Tim Burton, surtout que ce dernier a aussi sorti un livre de poésie, mais finalement je crois que j’ai préféré celui de Dirge.

Peter Bagge et Roberta Gregory.
J’ai choisi de mettre ces deux auteurs ensemble car à travers leurs personnages respectifs Buddy et Bitchy Bitch, ils décrivent la société américaine actuelle, ses désirs, ses contradictions, ses extrémismes. L’avenir, le boulot, le sexe, la religion, la famille, tout y passe avec humour et vitriol (surtout chez Gregory) tout en restant incroyablement réaliste.

What’s Michael ?, de Kobayashi Makoto.
Parce que Michael est un chat, tout ce qu’il y a de plus chat dans un environnement d’humains, de petites bêtes et d’autres chats. Il est curieux, collant, s’agite au son de l’ouvre-boite, court partout sans raison, essaye d’attraper les mouches …
Kobayashi reproduit avec délice tous ces comportements félins mais également ceux de leurs maîtres. Qui aime les chats aime Michael !

J’avais envie de regrouper ensemble Abel de Harms & Bloodworth, Why did Peter Duel kill himself ? de Marc Kalesniko et l’ensemble des Acme Novelty de Chris Ware.
Il y aurait beaucoup de choses à dire sur chaque oeuvre, mais je crois que plusieurs idées communes les rassemblent. Tout d’abord, ce sont des œuvres sombres, dérangeantes, qui installent une espèce de tension et m’ont profondément touchée, impliquée … Ces livres partagent une humanité, dans le sens qu’ils se basent sur des actions et des sentiments humains mais de ceux qu’on aime éviter ou oublier. La méchanceté gratuite ou non, le mépris, la soumission, l’intolérance et le racisme des uns et la peur, la solitude, l’innocence et l’isolement des autres.
De la simplicité désarmante de Why did … à la complexité graphique des Acme Novelty, ce sont des oeuvres matures, sensibles et intelligentes, témoins d’une réelle réflexion sur le médium (surtout les Acme).

Longshot Comics, The long and unlearned Life of Roland Gethers, de Shane Simmons.
Je l’avais complètement oublié celui-là, mais il faut dire que c’est une bande dessinée d’un genre un peu particulier et même unique et puis pas vraiment dessinée non plus puisque les personnages sont figurés par des points … C’est donc l’histoire trépidante de Roland Gethers de sa naissance en Angleterre en 1860 à sa mort. C’est une vraie saga très drôle de Roland et de sa famille, ses parents puis ses enfants et petits-enfants, à travers les deux guerres mondiales, les conflits entre générations, la religion, la société … et tout ça avec des points qui parlent !

À lire les listes des autres, j’ai vu que beaucoup parlaient de trucs de quand ils étaient petits, alors j’ai essayé de me souvenir … Et là je me suis souvenu que quand j’étais toute petiote, j’avais adoré les Petit Nicolas illustrés par Sempé, et que je les ai tous lu et relu plusieurs fois … et puis après il y a eu tous les classiques Tintin, Astérix, Lucky Luke, Gaston Lagaffe, Spirou et Fantasio … je me souviens en avoir lu et relu beaucoup mais aucun ne m’a vraiment marqué …
Et pis aussi il y avait tous les autres que mes grands frères ramenaient de la bibliothèque, et là je sais que ce qui me plaisait beaucoup, c’était Yoko Tsuno (Oh la surprise de voir il y a quelques mois que ça continuait encore …) et Papyrus aussi et pis je me souviens aussi d’un truc, j’ai du en lire trois tomes, c’était des histoires paranormales d’après des témoignages avec des enlevements par des extraterrestres et tout ça et pis même que je me demandais si ces histoires vraies elles étaient vraiment vraies parce que bon il y a 10 ans, Mulder et Scully y étaient encore à ecouter Cure en buvant de la bière, hein !

Bon, moi aussi j’aurais voulu parler de plein d’autres choses, comme Feux de Mattotti, Trondheim (surtout les premiers), Preacher de Ennis et Dillon et pis Adrian Tomine, Joe Sacco, Sandman et tout le travail de McKean, ou encore Dupuy et Berberian, Néaud et … et …
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Loleck

Depuis vingt-quatre heures je fais des listes farfelues, gargantuesques, interminables, hétéroclites. Et puis je les biffe, je les rature, je les déchire et je recommence. Depuis vingt-quatre heures je me ronge les ongles, je me bouffe les doigts, je m’arrache les cheveux. J’hésite. Je doute. Je feuillette, j’ajoute, je retranche, je compare, je regrette.

J’ai failli devenir fou (mais j’ai pas pu : c’était fait depuis longtemps). J’ai fini par accoucher de cette liste scandaleuse, arbitraire, incomplète, dont je suis très content. Aaarhhh, que c’est dur, NEUF albums seulement …

Alors, dans l’ordre chronologique tant qu’à faire :

Ici Même, Tardi (D) et Forest (S), Casterman, 1979.
Je l’ai lu très tôt, vers douze ans, chez des amis. J’ai mis des mois à m’en remettre. Je ne savais pas qu’on pouvait entrer aussi pleinement dans une histoire, et s’engluer dans une ambiance, un dessin, et des caractères. Et les dialogues de Forest sont époustouflants d’intelligence. Chaque fois que je le relis, je me fais avoir comme à douze ans.

L’Institution, Binet, Audie, 1981.
Un Binet méconnu, autobiographique avant la mode, noir et blanc avant l’Association. Binet jette un regard acide et souriant sur ses années d’enfance chez les Bons Pères. C’est cruellement drôle, appuyé par un trait précis (le dessin de Binet, c’est le contraire de la facilité), et des découpages lumineux. De temps en temps, on rit, avec une grosse boule dans la gorge.

Gloire Coloniale, Willem, Editions du Square – Albin Michel, 1981.
Willem fait de la couleur, du noir et blanc, l’encre, du crayon, des feutres : mais c’est toujours du crachat. Les récits courts rassemblés dans ce recueil n’ont pas la violence de Jack l’éventreur (condamné par la censure), mais ils dépeignent à coup d’histoires invraisemblables une montagne d’ordures sur laquelle on vit, tous les jours, en essayant de l’oublier. Gloire Coloniale, c’est une des pièces de la cartographie de la modernité que Willem, avec ses dessins faussement maladroits, ne cesse de mettre à jour. Ce type est indispensable : c’est le remède absolu contre le politiquement correct.

(sans titre), Crumb, Futuropolis, collection 30/40, 1982.
C’est un recueil de planches dont certaines viennent de ressortir dans le volume Crumb publié par Cornélius (en particulier « That’s Life ! », un bijou). Chaque histoire dévoile un aspect de plus de l’art de Crumb, dans le récit comme dans le trait. De l’auto-flagellation au fantasme charnu en passant par l’histoire du blues et les moralistes anglais du XVIIIè, Crumb sait tout, Crumb peut tout, Crumb est Dieu, mais il refuse de le croire.

Dans les villages, Cabanes, Dargaud (4 vol., 1983-1986, repris en 1990 par les Humanoïdes Associés).
J’aime bien les séries qui laissent voir l’évolution du travail de l’auteur. On commence en noir et blanc, très détaillé, plein de hachures, dans une ambiance lunaire et décalée de conte pour enfant pas sage. On passe ensuite à la couleur, et petit à petit le dessin s’arrondit, s’enrichit, les personnages changent, les ramifications s’emmêlent. Mais le récit fantastique de l’homme qui rêvait le monde porte le tout sans effort. Je l’ai fait lire à mon grand-père et à ma petite soeur : ils ont aimé. Y’a pas d’âge pour ça.

Le Courseur (et autres histoires drôles), Vincent Hardy, Editions du Miroir, 1985.
A mon avis, injustement méconnu. Techniquement, Hardy peut tout faire. Et le pire, c’est qu’il le fait : ça déconne, ça part dans tous les sens, c’est d’une inventivité graphique et narrative hallucinante, ça essaye, ça explore, ça rebrousse chemin, ça hésite, ça n’en fait pas mystère. C’est l’auberge espagnole et c’est trop court, on en voudrait plus. Hardy réfléchit sur la bande dessinée, et il dessine ses réflexions. Ce bouquin m’a réconcilié avec la bd à une époque où je n’en lisais plus (comme Masse). Si, un jour, vous vous demandez si la bande dessinée peut encore exprimer quelque chose, si elle a encore des champs à défricher, allez faire un tour sur les quais, et trouvez un des trop rares albums de Hardy.

Le Char de l’État dérape sur le sentier de la guerre, F’murr, Casterman, 1987.
La guerre d’Afghanistan vue par les chats afghans, les vieilles afghanes, les moudjahiddines afghans, les chameaux afghans, et les uniformes russes. Il y a des planches qui me font pleurer de rire à la trentième lecture. Il y a des tas de détails abominablement bien vus (comme toujours chez F’murr). Il y a une épaisse humanité de chaque personnage, même entrevu. C’est le triomphe de l’ironie sur l’horreur (c’est Rabelais, quoi).

Région Étrangère, Beb Deum (D) et Dionnet (S), Les Humanoïdes Associés, collection Pied Jaloux, 1989.
Beaucoup le jugeront mineur. Moi j’aime ces mineurs-là. Beb Deum, son style est reconnaissable entre mille (couleurs flashies, mises en scène étudiées, angles de vue improbables). Et il endosse spontanément le scénario paranoïaque de Dionnet qui le pousse, lui construit une intrigue bien foutue, lui plante des caractères à moitié dingues, lui file des rebondissements acrobatiques. Esthète de mauvais goût, raffolant de la chair et des laques brillantes, Beb Deum enveloppe tout ça dans un baroque bizarre et fascinant. On se laisse prendre, on est mort : on achète tout, pour voir ce qu’il ose. Ben il ose tout.

Berlin 1931, Raùl (D) et Cava (S), Amok, 1998.
D’Amok il faudrait tout citer, ou presque. Mais Berlin 1931 est vraiment une grande baffe. Le quotidien espagnol qui pré-publiait les planches a laissé le champ libre aux auteurs. Cava a peaufiné un scénario historique crédible, étouffant, assez proche de l’impression que laissent les Damnés, de Visconti. Et Raùl s’est donné le temps de réfléchir aux techniques qu’il voulait employer pour les différentes étapes. C’est d’une beauté visuelle sidérante, et en plus ça évolue de planche en planche : les couleurs, la pâte, le trait suivent l’intrigue, la soulignent, l’accompagnent, lui ajoutent une ambiance, des regards, de l’humanité. Ce genre de dialogue de l’image et du texte, y’a que la bande dessinée qui peut faire ça.

Voilà. J’espère que c’est pas trop verbeux. J’espère que c’est pas trop mainstream (et pis j’men fous, eh ! qu’est-ce qui me prend ?). J’espère que ça sera convaincant. En tout cas, c’est bien agréable à faire, je trouve.
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Franck Aveline (rédacteur en chef de L’Indispensable)

Cette sélection a été effectuée selon un unique critère tant le choix des livres fut difficile : l’impact de ces ouvrages à mon esprit lors de leur première lecture. Je revendique aujourd’hui leur présence immuable dans ma bibliothèque en dépit du caractère conformiste et/ou classique que certains ne manqueront pas de leur reprocher. (leur numérotation ne possède AUCUNE valeur qualitative ou préférentielle).

1- S.O.S. Météores, de Jacobs
S.O.S. Météores est le premier livre de bande dessinée ayant très fortement marqué mon imaginaire de très jeune lecteur précédemment soumis aux Buck Danny, Dan Cooper et aux publications Mon Journal (Agent X9, Spitfire, Blek le Roc, Akim, La conquête de l’Ouest) que nous nous prêtions entre copains dans la cour d’école. C’est également la première apparition du fantastique dans ma petite bibliothèque, et surtout des heures et des heures de lectures et d’images incroyablement réelles pour mon esprit d’alors (je devais avoir 8 ou 9 ans). Je relis très (trop ?) régulièrement ce livre, et si certains peuvent se vanter de connaître par coeur toutes les réparties des Tontons Flingueurs ou de Buffet Froid, je peux avouer de mon côté être en mesure de le faire avec S.O.S. Météores. Chacun ses vices.

2- Rork – Fragments, d’Andréas
J’ai découvert Rork dans le Journal de Tintin auquel mon papa m’avait abonné. Jean-Christophe mon premier voisin et premier meilleur ami était abonné au Journal de Mickey, quand Laurent, mon second voisin et second meilleur ami de l’époque l’était au Journal de Spirou. Ainsi nous nous repassions mutuellement nos revues chaque semaine. Les Ian Kalédine, Captaine Sabre, Naomi ou Les Casseurs qui tombaient chaque semaine dans ma boîte aux lettres, m’apparaissaient bien fades (et quelque part, graphiquement vulgaires) en comparaison des Tuniques Bleus, Yoko Tsuno et consorts, et bien tristes face à Mickey, Hagard du Nord et Lothar, le comique troupier involontaire et inséparable de l’inénarrable Mandrake qui eux, atterrissaient avec la même périodicité dans les boîtes aux lettres de mes amis. Il me faut bien l’avouer, j’étais assez jaloux. Aussi, qu’elle ne fut pas ma joie de découvrir dans les pages de mon Journal de Tintin, un personnage énigmatique, charismatique (au point que nous voulions tous les trois découper les pages d’Andréas), au dessin époustouflant (et difficilement reproductible pour les pompeurs que nous étions) qui damait définitivement le pion à tous les autres même si je ne comprenais rien à la lecture !

3- Prince Valiant, de Foster
Je devais avoir 11 ou 12 ans lorsque mon père rentra un jour à la maison avec un château fort aussi grand que moi, qu’il avait acquis pour une misérable bouchée de pain dans une salle des ventes. L’auteur de ce pur chef-d’oeuvre (à mes yeux) avait passé plus d’une année à le concevoir Je redoutais de voir certains des défenseurs en plastique de la place-forte chuter par accident (lors des innombrables assauts auxquels je les soumettais) dans la cour intérieure, tant la taille disproportionnée de l’ouvrage transformait leur récupération en aventure.
Quelques années plus tard, je devais découvrir l’existence de Prince Valiant. Les souvenirs infinis de mes jeux médiévaux remontèrent immédiatement à mon esprit, conférant aux aventures du héros de Foster, un goût connu, un goût vécu et fantasmé qui ne me quitte plus encore aujourd’hui.

4- Silence, de Comès
J’habitais alors, avec ma soeur et mes parents, une petite ville du Poitou. Le dimanche, (et parfois, plus rarement, le samedi) nous allions tous ensemble faire nos achats de lait, de volailles et d’oeufs chez un très vieux couple d’agriculteurs. Je me souviens encore de ce poste de télévision qu’ils n’allumaient que pour suivre le rendez-vous turfiste dominical. C’était réellement le seul lien avec le 20e siècle que nos jeunes regards pouvaient accrocher. Tout le reste semblait extrait de vieilles plaques de verre, ou de vieilles photographies dentelées de la fin du siècle dernier (le sépia en moins). Une forte odeur de bois brûlant dans un poêle nous prenait au visage les journées d’hiver, et inondait la pièce unique où nous nous trouvions, le temps que mes parents commandent ce qu’ils désiraient acheter et que la mémé aille le tuer en direct live (je ne suis près d’oublier aujourd’hui encore, l’exécution sommaire de mon premier « canard »).
Dans le lit (avec une porte en bois sur le côté comme en Bretagne), il y avait le pépé. Les yeux rivés sur l’écran. Les chevaux au galop, et les casaques multicolores lui permettaient d’oublier quelques instants l’arthrose qui l’immobilisait toute la journée et le « faisait horriblement souffrir ».
Un samedi où nous arrivions assez tôt le matin, la fermière nous héla du pas de sa porte pour échapper à la pluie. Elle voulait que mes parents lui ramènent au plus vite le courrier qui se trouvait dans sa boîte aux lettres calamiteuse qui ne fermait plus, à l’entrée de la ferme. Que cette boîte ne ferme plus me choqua quelque peu. J’imaginais le sort que les intempéries pouvaient réserver à mon Tintin hebdomadaire. « Le pépé va bien mieux ce matin, il doit y avoir une lettre du r’bouteux », nous déclara-t-elle alors que nous pénétrions dans la pièce où le pépé était éternellement allongé. Nous eûmes la surprise de le voir assis sur une des chaises en paille face à la table. Souriant bien que les traits très tirés. Il marchait très difficilement, mais en tout cas il avait assez de force pour se lever et venir s’asseoir. Dans le courrier que ma mère tendait à la mémé, se trouvait effectivement une lettre « du rebouteux ».
C’était mon premier contact avec le monde bien réel des sortilèges
En cela, la lecture de Silence quelques années plus tard me rassura quant à cette croyance que je pensais déplacée, et qu’il valait mieux tenir secrète. Ainsi, cet auteur, sous couvert d’onirisme légitimait l’existence de ma croyance et ailleurs que dans le Poitou.
Merci monsieur Comès.

5- Totentanz, de Bézian
La découverte de Bézian fut un véritable choc. Ce trait tremblant, ce travail du noir, ces visages décharnés, ces regards fiévreux chez les personnages de Bézian agirent tel un euphorisant.
Fervent lecteur de romans gothiques et fantastiques, je n’ai encore jamais pu retrouver la richesse des écrits d’auteurs comme James Hogg, Sheridan le Fanu, Arthur Machen ou John Meade Falkner (pour ne citer qu’eux) ailleurs que dans l’oeuvre de Bézian. Totentanz et la Trilogie (Adam SarlechLa Chambre nuptialeTestament sous la neige) sont des sommets du fantastique au sein de la bande dessinée mondiale.

6- Le Rayon vert, de Boilet
Année scolaire 85/86. Nathyi, le premier grand Amour de ma vie est coloriste à ses heures perdues pour l’un des amis de son grand frère. C’est ainsi que muni de ma culture bédéphile, ô combien gruyèresque, je me hâte d’acquérir les rares ouvrages publiés de cet illustre inconnu pour ne pas faire pâle figure auprès de ma Muse. Surprise, ce que je pensais être un auteur typiquement régional et sans importance, me remettait très vite les idées en place et les points sur les « i » à la lecture de son livre Le Rayon vert. Peut-être due en partie à une situation familiale personnelle assez dure à l’époque, l’histoire toute empreinte d’émotions qui se déroula sous mes yeux me toucha profondément. Bien plus que je ne pouvais l’imaginer de la part de ce graphisme rêche, jeté, crié par des pinceaux rageurs. Comme un règlement de compte avec une part de nos consciences (la mienne et celle de l’auteur). Depuis, même si les oeuvres de Frédéric Boilet sont allées crescendo, ma préférence (si on peut la nommer ainsi) s’est définitivement fixée sur Le Rayon vert, même au regard de tous les autres ouvrages de ma bibliothèque.
Sans doute parce que Nathyi est loin maintenant

7- Feux, de Mattotti
Hiver 85/86. Saint-Dié dans les Vosges. 30 cm de neige. L’absence de la prof d’Allemand me permet de quitter le lycée plus tôt que prévu ce jour-là. Quatre heures à attendre avant de monter dans la Micheline régionale devant me ramener chez moi du côté d’Épinal.
Les pieds glacés et l’envie d’attendre au chaud me poussent à entrer dans une librairie généraliste au rayon bandes dessinées microscopique. C’est au rayon Livres d’Arts (je sortais d’un cours « Histoires des Arts ») où je me dirigeais sûrement et mécaniquement, conscient de n’avoir rien à attendre de l’offre en bande dessinée, que je devais prendre une des plus grandes gifles de mon histoire bédéphile.
En 5 exemplaires (nombre incroyable pour le lieu) négligemment abandonnés sur une table « nouveauté », dormait le livre Feux d’un Italien alors inconnu de ma petite personne.
N’ayant aucun sou en poche, et mu par un désir de possession absolu, je devais ce jour commettre l’infamie de dérober un livre de cette pile. Le forfait se trouvait légitimé à mes yeux d’adolescent par le prix inaccessible (150 frs) de cette Bible visuelle. Le choc éprouvé par cette découverte me poussait irrésistiblement quelques jours plus tard à réitérer cette expérience en emportant dans mon sac à dos les 4 autres exemplaires, véritables joyaux incompris du lectorat de cette librairie.
Quelque temps plus tard, 4 de mes connaissances les plus proches recevaient chacune un exemplaire par la poste. À l’heure d’aujourd’hui, Mattotti continue à faire des ravages dans nos 5 bibliothèques.

8- À la recherche de Peter Pan, de Cosey
Je me souviens encore du dédain affiché par mes copains, lorsque je leur montrais fièrement, et délicatement le premier tome de La recherche. Leurs réactions quoique différentes furent tout de même identiques sur le fond : « C’est de la merde ! ».
Il est vrai qu’il ne fallait pas trop en demander à des lecteurs intraveinés aux univers faciles et chiants de Moebius, Jodorowski, Arno et consorts.
Que pouvait bien avoir à raconter (sur 2 tomes en plus), un type qui remplissait ses pages de cases pleines de blanc, sans action(s) et où les personnages bien que raides, arrivaient néanmoins à faire de la luge, manger de la raclette, faire du ski, jouer au piano et parler à un cochon ?
C’est justement ce qui caractérisait à l’époque (et que je persiste à penser dur comme fer), cette différence entre nous et que je me complaisais il est vrai à alimenter. Cette attente et cette demande constante de l’esbroufe et du « m’as-tu-vu » que mes copains de collège nourrissaient de ces lectures fadasses que sont le Major fatal et Alef Thau (entre autres malheureusement) étaient symptomatiques de leur manque abyssal d’imagination.
La recherche fait appel à tout ce que nous possédons en nous de mélancolie et de romantisme au sens propre. La recherche fait appel à nos sens éveillés, aux aguets du détail qui à la lecture créera le décalage nous permettant de nous évader. La recherche en un mot, demande au lecteur d’être honnête avec lui-même et de s’ouvrir à la qualité première de la vie : la simplicité.
Non, décidément, c’était vraiment trop leur demander.

9- Bidouille et Violette, La ville de tous les jours, de Hislaire
Lorsqu’il s’avéra que mon premier amour devait ne pas s’ouvrir sur les pages roses, je me réfugiais dans la lecture. Je dévorais les pages et les lignes de toutes sortes de livres. Je me souviens avoir réussi à lire (mécaniquement il est vrai) l’Amant de Duras d’une seule traite (preuve s’il en était que dans certaines circonstances, on est prêt à faire n’importe quoi).
Dans ce flot de lectures ininterrompues, je me replongeais jusqu’à la série Bidouille et Violette. La violence toute contenue du dernier album, La ville de tous les jours, plus ou moins habilement camouflée sous un vernis d’adolescence boutonneuse et fleur bleue, agit tel un électro-choc la dureté et le dépit des dernières pages sont sans commentaire(s).
—–
Stéphane Blanquet

Voici neuf trucs qui m’ont donné envie de faire ce que je fais, ou créations qui m’ont marqué (dans le désordre et pas toujours des albums).

1) Pif Gadget.
Revue extraordinaire que je volais à mon voisin presque clodo. Je ne lisais pratiquement pas les BDs mais les gadgets étaient fabuleux.

2) Vuillemin en général.
C’est mon grand-père qui me les achetait … Je devais avoir 14, 15 ans et quand je lisais du Vuillemin, j’avais envie de vomir … Ça devait être les couleurs.

3) Des photos de Robert Combas dans Paris-Match.
C’était à l’époque où l’art contemporain se cassait la gueule financièrement. Il y avait donc des photos de Combas pieds nus avec de la peinture un peu partout. Le côté brut était vraiment intéressant dans ces machins de Match.

4) Dirty Plotte n°1, de Julie Doucet.
C’est le premier comix que j’ai reçu de ma vie, et en plus c’est vraiment le renouveau entre les comix de Crumb des années 70 et l’époque actuelle … Et j’ai vraiment trop aimé la couverture. Julie Doucet est vraiment ma chouchou.

5) Sortez la Chienne.
C’était la première fois que je voyais une revue comme ça … Une belle référence jamais trop égalée jusqu’à aujourd’hui.

6) Remue Ménage, d’Anna Sommer.
Très simple, très efficace, c’est pour moi comme Julie Doucet quelqu’un de très pointu graphiquement parlant.

7) In Vitro, de Caro.
Encore quelqu’un, et un livre qui est beau, changeant. Et puis, j’aime bien cet univers chaud mais froid.

8) La Bête, de Lattier.
Peintre très fortiche pour les couleurs, et un peu tout ce que j’aime dans les images. C’est un peu comme le Douanier Rousseau par la main et du Coleman par les doigts.

9) L’album Les Crados
J’aimais bien ce genre de conneries … C’est plus ce petit genre de choses qui n’ont donné envie de faire des livres de BD ou de dessins (plutôt que des livres de BD ou de dessins). Je trouve vraiment trop épuisant de regarder toujours des BDs.
Et personnellement j’ai vraiment beaucoup de mal à trouver des histoires perturbées dans la BD. C’est un peu trop calme en général et c’est vraiment pour cela que 9 albums de BD c’est un peu réducteur pour moi.
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Jean-Louis Gauthey-Sordhide (Cornélius)

Les 9 bandes dessinées qui m’ont marqué et m’ont déformé jusqu’à faire de moi ce mauvais garçon qui fait pleurer sa mère.

1) D’abord j’ai lu PIF GADGET. C’était à une époque où la télévision n’émettait pas son Prozac en continu. Et comme il était nécessaire pour préserver la tranquillité familiale de détourner mon attention de mon frère et de son cochon d’inde, Pif était le remède qu’on m’injectait par doses hebdomadaires. Pinky, Rahan, Teddy Ted … Ça m’occupait un bon moment, et en plus je pouvais me défouler sur le gadget sans emmerder personne.

2) Mon premier album de bande dessinée fut un LUCKY LUKE, La caravane de Morris et Goscinny. Le personnage du charretier et ses chapelets de jurons cryptés m’impressionnaient beaucoup. Ça me conforta dans l’idée que c’était très cool de hurler des gros mots à tout bout de champ.

3) Ensuite, j’ai fait la découverte de LA RUBRIQUE A BRAC de Gotlib, vautré par terre dans un rayon de Mammouth, et ça a été comme une décharge électrique. Mes parents m’en ont acheté deux tomes en espérant me calmer. Ils ont obtenu le résultat inverse puisque ma passion pour la bande dessinée a trouvé son origine dans cette expérience. J’avais des bouffées de chaleur, des crises de tétanies, je rêvais de Gotlib toutes les nuits (des rêves prémonitoires), et j’ai donc commencé à enquêter sur lui. Je recherchais des photos, des magazines, je harcelais mes parents pour qu’ils me conduisent chez Boulinier. J’avais dix ans et je me suis mis à lire Fluide Glacial. Mes investigations m’ont amené à découvrir que le Maître habitait juste à côté de chez moi. Mes rêves prémonitoires prenaient forme. Je suis parvenu à me procurer son adresse, et mes parents ont enfin pu commencer à respirer. Car tout mon temps était occupé à rôder autour de la maison de Gotlib. Je sonnais chez lui un soir sur deux au prétexte d’une hypothétique interview. Lorsque j’ai fini par l’obtenir de guerre lasse, et que j’ai réalisé que je perdais toute excuse pour pénétrer chez lui, j’ai paniqué. Sa fille traînait dans un coin de l’atelier, et j’ai aussitôt décidé de la draguer. On est seulement devenus amis, mais ça dure encore.

4) Gotlib me donnait chaque mois une bonne partie de la presse spécialisée de l’époque : Pilote, Fluide Glacial, (A Suivre) et Charlie. Je bouffais tout sans préférences ni dégoût. C’était LA bande dessinée qui me plaisait. Les choses ont basculé avec CORTO MALTESE. A force de le lire et de le relire, j’ai fini par comprendre confusément que tous les albums n’avaient pas forcément la même valeur. Et Comès a cessé de me plaire.

5) Au collège, je n’avais pas d’amis, seulement deux apprentis voyous avec lesquels on montait des coups tordus pour provoquer des bagarres inéquitables. Ça n’attirait pas spécialement les filles, et notre libido nous travaillant, on se réfugiait dans les dérivatifs qu’on pouvait. Pour moi, encore et toujours, c’était la bande dessinée. De plus, ça me permettait de me sentir différent de mes deux acolytes. Ils me trouvaient bizarre, et je nourrissais orgueilleusement leur inquiétude en étalant mes connaissances. Jusqu’au jour où glandant à la MJC de ma ville, je tombais sur un animateur bien plus pointu que moi, qui me rit au nez en apprenant que je n’avais jamais lu Métal Hurlant. Humilié et mettant déjà sur pied un plan pour couper les freins de sa moto, je pris quand même la peine d’aller jeter un oeil chez un marchand de journaux. Je me souviens de ce numéro de Métal : John Difool était en couverture, c’était le premier chapitre de L’INCAL. Ça m’a fait oublier ma vengeance, et quand mes deux potes ont été orientés en section professionnelle, je ne m’en suis même pas aperçu.

6) J’étais obligé de voler de l’argent à mes parents, il y avait trop de nouveautés qui me provoquaient sur les rayonnages des librairies. Les intégrales de Moebius et de Tardi furent longues à constituer. C’était une époque bénie pour les éditeurs, car les tarés de mon espèce constituaient une meute compacte et aveugle, qui s’engouffrait avec le souffle court dans les travées de l’ancienne gare de la Bastille pour les riches heures de la convention de Paris. Je passais la journée à faire le pied de grue devant les stands, attendant jusqu’à la fermeture qu’un vendeur me lâche un poster ou un bouquin abîmé pour que je dégage. C’est là-bas que j’ai découvert deux livres d’Artefact autour desquels j’ai tourné pendant plusieurs heures avant de me décider à sortir mon argent de poche. La négociation fut âpre, car l’auteur présent derrière la table, un barbu qui s’appelait Shelton, dédicaçait à l’aide d’un tampon encreur. A force de me voir tourner, partir, revenir et tripoter ses livres, l’éditeur, à la fois irrité et attendri par mon manège, décida d’en finir avec mon cas. Il m’octroya une réduction et négocia avec l’auteur une dédicace « pour de vrai ». Et c’est comme ça que je suis rentré chez moi avec le MISTER SNOID de Crumb et de le 100 000éme RÊVE DE PHILBERT DESANEX. Après il a fallu que je vole beaucoup d’argent à mes parents.

8) A quinze ans, j’avais honte de lire Spirou, un prof m’avait surpris en cours en train de m’esclaffer sur AVENTURE EN JAUNE, et il m’avait ridiculisé devant toute la classe en décortiquant cette lecture puérile. Il ne me laissa même pas la possibilité d’expliquer qui étaient Yann et Conrad et en quoi leur seule présence justifiait la lecture de ce journal. Après cet incident, l’unique fille de la classe à laquelle je pouvais prétendre cessa de m’adresser la parole, préférant pouffer avec ses copines à mon passage. Je fis semblant de m’en foutre, et me consolais en me rendant deux semaines plus tard à la première séance de dédicace de mes nouvelles idoles. Lorsque j’arrivai devant Yann, il remarqua que je venais d’acheter le dernier Jérémiah, Les eaux de colère. Et il me ridiculisa devant toute la librairie.

9) Quelques années plus tard, alors qu’au grand désespoir de mes parents j’étais devenu vendeur dans une librairie de bande dessinée, un copain se pointa et me tendit avec une mine dépitée le dernier numéro de Fluide Glacial. À l’intérieur figuraient les pages du vainqueur du grand concours organisé par le journal. Mon copain avait perdu. Et moi aussi. J’ai jeté un regard haineux au travail du connard qui avait eu la mauvaise grâce de nous supplanter. Et je me suis mis à tousser. Parce que la concurrence était objectivement inégale. Le connard s’appelait Blutch.

Après, je me suis lancé dans l’édition.
Et depuis, ma mère n’a pas cessé de pleurer.

(J’aurai du citer Kurtzman, Munoz, Willem, Mazzucchelli et bien d’autres … Mais ça ne faisait plus 9. Alors une autre fois.)
—–
Matt Madden (Auteur de Black Candy, et rédacteur occasionnel du Comics Journal)

Je pense qu’il y a principalement deux raisons de relire des livres. La première est essentiellement nostalgique, l’acte de revenir en arrière sur une oeuvre dont on garde un bon souvenir, comme je peux toujours prendre un Tintin et me dire « Ah, oui, je m’en souviens, quel bon livre ! ». La seconde raison de relire des livres est de trouver ceux qui se révèlent plus riches et plus profonds après chaque lecture. Ces derniers sont les livres dont j’ai essayé de parler ici, même si bien sûr, les deux envies se superposent souvent.
(je voudrais souligner que je suis désavantagé, car la plupart de mes livres sont stockés à plusieurs milliers de kilomètres de l’endroit où je vis en ce moment.)

Jimbo : Adventures in Paradise, de Gary Panter (Pantheon)
Je n’ai pas été véritablement séduit par Gary Panter quand j’ai lu pour la première fois l’histoire de Jimbo et son cheval dans Read Yourself Raw (histoire qui fut plus tard rééditée dans le volume ci-dessus). J’étais intrigué, mais je n’arrivais pas à en percevoir le sens ni à décider si j’appréciais le dessin de Panter et son sens esthétique. Des années plus tard, j’ai acheté d’occasion le recueil des aventures de Jimbo dans une solderie dans Ann Arbor, et en le lisant j’ai commencé à avoir une meilleure vision des histoires de Jimbo dans leur globalité, depuis leurs premiers pas en tant qu’histoires d’une page dans des fanzines punk jusqu’à leur apothéose avec l’histoire apocalyptique avec le cheval. Depuis, je me suis régulièrement replongé dans ce livre (et tous ceux de Panter que j’ai pu trouver), et découvert que mon intérêt augmente chaque fois que j’ouvre ces pages. J’admire encore et toujours le dessin nerveux mais contrôlé de Panter et sa capacité à utiliser en douceur autant de styles différents sans perdre de vue son esthétique générale. Son imagination me sidère et je découvre toujours de nouvelles facettes à admirer dans l’univers proto-cyberpunk de Jimbo. J’admire également l’intelligence de l’écriture de Panter, que ce soit dans la narration ou le dialogue. L’histoire d’une page où Jimbo renonce aux possessions terrestres pour se retrouver obligé de les récupérer une par une me frappe à chaque fois à la manière d’un koan zen. Il y a beaucoup à apprendre de cette oeuvre.

Eloge de la poussière, de Edmond Baudoin (L’Association)
Je suis encore un néophyte de l’oeuvre de Baudoin, n’ayant lu que sept de ses livres — dont ses deux Pattes de Mouche. Des livres que j’ai lus jusqu’à maintenant, Eloge est de loin mon favori, et celui que je relis le plus souvent. Ce qui m’intéresse dans ce livre, c’est la réflexion qu’on y trouve sur la représentation de la vérité ; sur les forces et les faiblesses de l’art, quel qu’il soit. Le sujet est superbement présenté par deux séquences d’introduction : l’une dans laquelle Baudoin se retrouve face à des soldats aux Liban, et où l’un deux voudrait qu’il dessine un portrait de sa fiancée ; et l’autre où un homme lui demande de dessiner le portrait de son fils récemment décédé, à partir d’une photo. Quand Baudoin termine le portrait, le père le regarde et laisse échapper un long cri de désespoir, comme s’il avait espéré une sorte de résurrection : « Non, ce n’est pas lui, ce n’est pas lui ! ». Ce thème revient plus loin dans le livre quand l’infirmière qui s’occupe de sa mère lui fait remarquer qu’il n’a pas su bien dessiner sa mère, sa mère qui est le sujet principal de Eloge, et qu’il dessine continuellement, presque désepérément. Je suis toujours impressionné par le dessin de Baudoin et sa capacité, comme Panter, de travailler dans des styles et des matières différentes tout en gardant une cohérence esthétique. Eloge repousse également les barrières d’une bande dessinée telle que je la conçois habituellement. Le livre inclut des pages tirées d’un carnet de croquis, des peintures, et des fragments de texte, et pourtant je ne sais pas ce que cela peut être si ce n’est pas une bande dessinée : au-delà des séquences organisées d’une manière plus traditionnelle avec des cases et des bulles, l’oeuvre trouve une unité dans l’interaction des éléments visuels et narratifs. Enfin, la narration de Baudoin qui semble suivre le fil de ses pensées (bien que je pense qu’elle est en fait structurée avec beaucoup d’attention) et mélange les souvenirs, les réflexions, les retours sur des idées passées, les observations de la vie de tous les jours et tant d’autres éléments regroupés autour de thèmes impérissables (l’amour, le souvenir, la famille, l’art et la vérité), est un superbe exemple pour tous les médiums narratifs.

Ed the Happy Clown, de Chester Brown (Drawn & Quarterly)
Il y a à peu près un an, alors que je me préparais à déménager pour Mexico, j’ai fait le tri dans ma collection de bandes dessinées, mettant de côté ce que je n’appréciais plus ou que je possédais en recueil. Néanmoins, il y a une série que j’ai décidé de garder dans son intégralité : Yummy Fur de Chester Brown, qui est importante pour moi à plus d’un titre. Bien sûr, elle rentre dans la catégorie « nostalgie » dont je parlais plus haut : de toutes les bandes dessinées contemporaines que j’ai découvert lorsque je me suis plongé dans la bande dessinée vers la fin des années 80, YF, et plus particulièrement les histoires de Ed the Happy Clown, est celle qui m’a marqué le plus. C’était celle qui me faisait le plus rire (« Désolé, Ed, l’Hôpital des Enfants a brûlé et personne à part nous, les docteurs, n’a survécu. »), celle qui me surprenait le plus, et celle qui encore aujourd’hui reste impossible à classer dans un genre : ce n’était pas vraiment « underground » et n’avait rien à voir avec les autres oeuvres « alternatives » du moment, et encore moins avec tout ce à quoi je pouvais le comparer. La sensibilité de Chester Brown a quelque chose d’unique, et possède une qualité particulière qui me fait apprécier jusqu’à la plus mièvre de ses histoires de Gerbil and bunny ; il s’y trouve quelque chose que l’on ne peut raconter. Cet après-midi de l’an dernier, je me suis retrouvé avec tous les YF hors de leurs pochettes, et en train de relire l’intégralité de la saga de Ed allongé par terre. Elle garde toujours son caractère de tragi-comédie épique, et je reste encore fasciné de voir un jeune artiste peu à peu maîtriser le médium et tirer de lui-même le meilleur – et le plus drôle. Et je ris toujours en lisant L’homme qui ne pouvait s’arrêter (The Man Who Couldn’t Stop).

L’Option Stravinsky, de Jean-Claude Götting (Futuropolis)
Le livre de Götting dans la collection 30×40 de Futuropolis (au format emprunté à Raw) m’a tout de suite marqué et revient toujours lorsque l’on me demande de nommer ma bande dessinée favorite. C’est une histoire courte superbement travaillée et nuancée. Elle me rappelle certaines de nouvelles de Julio Cortazar pour son milieu cosmopolite et la présence du Jazz, mais plus particulièrement à cause de la manière dont Götting apporte un rebondissement totalement inattendu dans le dernier acte, alors que le personnage principal de l’histoire se fait voler la vedette. Il s’agit également de l’une des meilleures utilisations que j’aie vues d’un grand format, incluant une série de superbes illustrations en pleine page qui ponctue la narration.

Jack Survives, de Jerry Moriarity (Raw Books)
Voici une autre oeuvre qui ne m’a pas branché lorsque j’en ai vu quelques pages dans RAW. En fait, je dois dire qu’elle ne m’a pas plu au premier contact. Néanmoins, il y avait quelque chose dans ces strips cryptiques de Jack Survives qui a réussi à me captiver. Peut-être s’agissait-il de l’humour pince-sans-rire (« C’est un putain d’intello ») ; ou le dessin fouillis et ouvragé ; ou les compositions souvent inattendues avec des formes et des objets maladroitement mais délibérément coupés ; ou encore une appréciation grandissante de l’aliénation tragique et absurde du personnage principal – quoi que ce fut, avant peu je me suis retrouvé à chercher le hors-série épuisé et introuvable de RAW avec sa couverture en acétate. Le trouvant après un an ou deux de recherche (j’ai remarqué qu’il refaisait surface de temps en temps), j’ai ensuite pris l’habitude régulière de le prendre et d’affronter la jaquette peu pratique pour lire à nouveaux ces strips souvent drôles et parfois tragiques.

Martin Tom Dieck : Water series (various)
MtD est probablement la plus récente de mes découvertes que je lis et relis avec une certaine dose d’obsession. J’ai de lui trois livres qui ont tous en commun le thème de l’eau : L’Innocent passager (Seuil), Hundert Ansichten der Speicherstadt (Arrache Coeur), et Lingus savant des eaux (Schokoriegel). Ces histoires ont très peu de texte (100 Ansichten est muette) mais Dieck est un narrateur visuel fabuleusement idiosyncratique. Certaines séquences de ses oeuvres demandent beaucoup d’efforts pour être comprises, tant tout est déformé et la narration minimale mais imprévisible. Certaines personnes pourraient trouver cela peu attirant, mais je trouve extrêmement gratifiant d’étudier et de re-lire une séquence – comme il y en a beaucoup dans 100 Ansichten par exemple – et d’en voir le sens profond apparaître progressivement (approche que l’on retrouve également avec le travail de Carol Swain). Dieck partage avec Panter et Baudoin cette qualité d’avoir un style graphique extrêmement versatile tout en restant cohérent, et dans son cas j’ajouterais que ce que j’apprécie chez lui, c’est qu’il constitue un univers par et en lui-même, un univers graphique et stylisé qui garde néanmoins des références directes à notre réalité.

Munoz et Sampayo – Mr Wilcox, Mr.Conrad dans RAW #3 et Read Yourself Raw (Raw Books/Pantheon)
Je pourrais tout aussi bien parler de l’oeuvre de M & S dans sa globalité, mais j’ai préféré en extraire une seule histoire, qui est à mon avis l’une de leur meilleure et constitue une oeuvre fondamentale dans la narration en bande dessinée. Cette histoire d’un homme et de son assassin chevaleresque et de la relation étrange qui va s’établir entre eux en dépit de sa conclusion inéluctable, est un bel exemple de la manière dont les auteurs utilisent les conventions du genre pour faire passer des vérités complexes sur les relations humaines – dans ce cas précis, le conflit entre le désir et le devoir, et les rituels masculins qui dissimulent ou empêchent l’émotion authentique, entre autres choses. Le dessin de Munoz est parfaitement adapté pour illuminer le monde sombre et décadent créé par Sampayo, avec ses lignes nerveuses et sa composition audacieuse. L’une des collaborations les plus fructueuses dans la bande dessinée.

King Cat Comics, de John Porcellino (Spit and a Half)
J’indique ici une série entière puisque je n’ai pas d’épisode favori et que (comme je l’ai précisé dans un récent article du Comics Journal) je pense que les livres de Porcellino s’inscrivent dans une oeuvre globale, qui revient sur des thèmes récurrents comme la famille, le conflit intérieur et la nature. Par son style narratif minimaliste et particulièrement son dessin, Porcellino est un des artistes les plus radicaux actuellement – radical dans le sens qu’il revient à l’essence de la narration de la bande dessinée d’une manière que peu d’autres artistes sont arrivés à atteindre.

Way Out Strips, de Carol Swain (Tragedy Strikes/Black Eye)
Comme Chester Brown, Carol Swain est l’une des artistes que j’ai découvert très tôt dans mes explorations de l’univers de la bande dessinée, et dont le travail m’a tout de suite attiré. J’aime son dessin à la fois pour sa simplicité et sa franchise, la qualité de son trait, et ses cadrages toujours surprenants. Swain est une spécialiste des non-histoirestordues et minimalistes au dialogue sec, qui sont parfois bouleverséespar des comportements impulsifs. Cela fait un moment que je n’ai pas relu son oeuvre, mais j’avais l’habitude de relire régulièrement certaines de mes histoires favorites, comme celle dont j’ai parlé il y a quelques années dans un article du Comics Journal,dans laquelle un père et son fils découvrent une piste de course abandonnée, les restes d’une civilisation disparue aussi mystérieux qu’une cité Aztèque.
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Pat Moriarity(auteur deBig Mouth,ancien directeur artistique du Comics Journal)

Neuf livres qui ont piqué le génie de Pat Moriarity …

1) He Drew as He Pleased, de Albert Hurter.
C’est un livre que j’ai reçu étant enfant. Albert Hurter était un dessinateur qui travaillait pour Walt Disney durant les années 40. Ce livre (édité par Simon & Schuster) est un recueil de superbes croquis au crayon, d’esquisses et de dessins qui faisaient partie de la recherche créative pour les dessins animés de Disney. Halluciné et parfois perturbant. Aujourd’hui encore, je trouve ce livre fabuleux et une source d’inspiration.

2) American Splendar, de Harvey Pekar et autres.
Cette série m’a convaincu que la bande dessinée peut être de la littérature. Harvey m’a donné l’envie d’être publié.

3) Neat Stuff, de Peter Bagge.
Cette série m’a fait beaucoup réfléchir à l’importance de la narration comique. On y trouve Pete à son plus drôle. Pete est maintenant mon pote et mon voisin, et c’est de sa faute si je suis devenu ce que je suis (un auteur de bande dessinée).

4) New Yorker Album of Drawings 1925-1975.
Le New Yorker était un journal trop prétentieux pour admettre que ce livre était un recueil de bandes dessinées humoristiques, et non pas de « dessins », mais cela me permet de consulter tous les gags habituels que les humoristes utilisent et réutilisent (comme le gag de l’île déserte). Un grand nombre de classiques de Charles Addams et d’autres grands.

5) Carload o’ Comics, de R. Crumb
Ce gros livre fut ma première rencontre avec le travail de Crumb, et je l’ai lu d’une seule traite. J’en ai eu une migraine terrible, mais je ne pouvais m’empêcher de m’y replonger, comme on ne cesse de malmener une dent douloureuse. Peu après, j’étais enfin capable de lire TOUS les comics underground des années soixante sans douleur. J’en avais même envie !

6) Big Mouth, de Pat Moriarity et autres
Oui, je conseille mon propre travail … et pourquoi pas ? Cette série a eu beaucoup d’influence sur moi ! Peu importe le numéro, ils sont tous différents en fonction des artistes invités. L’un des rares comics alternatifs Américains contemporains qui adopte encore le style de dessin « avec des gros pieds » que les snobs de la bande dessinée rejettent aujourd’hui. Comic de l’année en 1996 pour le magazine Rolling Stone.

7) Bad Meat, de Jim Blanchard
Vulgaire, perturbant, précis, sublime … aaaahhhh. Jim était encreur sur les numéros en couleur du Hate de P. Bagge, mais pas de similitudes ici.

8) Freak Brothers, de Gilbert Shelton
Je les ai déjà lus, mais à ce moment-là, ils étaient fabuleux. Regardez ces imbéciles de hippies ! Ces idiots ! Ha Ha … J’étais un imbécile de hippie lorsque j’ai lu cette série. Maintenant, je suis un bon garçon, parce que j’ai suivi la leçon des Freak Brothers !

9) Underworld, de Kaz
C’est le recueil d’un grand strip hebdomadaire de bande dessinée alternative Américaine. Vous connaissez Kaz, non ? Vous devriez. Rien à dire de plus.
—–
Pierre Paquet (Editions Paquet)

Gaspard de la nuit Le prince des larmes sèches, de De Moor-Desberg (Casterman)
Un livre qui m’a permis de m’échapper de la cour du lycée grâce à son imaginaire.

Pourquoi Pete Duel s’est-il suicidé ?, de Kalesniko (Fantagraphics)
Un livre qui me semble « vrai ».

Joyeux Noël, May !, de Cosey (Dupuis)
Cela m’a rappelé une personne très proche aujourd’hui disparue.

Zoo, de Frank-Bonnifay (Dupuis)
Pour la beauté du trait.

La pierre de lune, de Peyo (Dupuis)
Mon livre de chevet chez ma grand-mère.

L’ange de miséricorde, de Theureau-Dionnet (Casterman)
Pour la rencontre de Theureau (un personnage passionnant).

Alex, de Kalesniko (Fantagraphics)
Parce que l’on est tous un jour à la recherche de son propre talent.

Tintin au congo, de Hergé (Casterman)
Mon premier contact avec l’Afrique.

Mourir pour le Japon, de Keiji Nakasawa (Albin-Michel)
Car il s’agit d’une histoire vraie.
—–
Joann Sfar

J’écris comme ça, hein, sans brouillon alors vous dire neuf livres comme ça au débotté c’est un peu dur. Je vais commencer par les auteurs qui m’ont le plus marqué et puis si, coup de bol, il y en a neuf, il n’y aura plus qu’à choisir un bouquin de chacun d’eux. Auteurs de bandes dessinées, hein, pas philosophes, pas romanciers, pas chanteurs. Parce que si je me mets à vous dire ma passion pour Albert Cohen, Pagnol, Conan Doyle, Romain Gary, Platon, Georges Brassens, Sénèque et Enrico Macias vous pourrez légitimement vous demander de quel droit je ramène ma fraise sur ce sujet-là.

Mettons également que je ne vais pas parler des copains même si je les place très très haut. Je vais juste essayer d’énumérer ceux de mon panthéon. Les aînés. Mais je vois bien qu’il y en a plus que neuf.

Fred. Will Eisner. Hugo Pratt. Sempé. Crumb. Segar. Jack Kirby. Jean Giraud. Edward Gorey. Jordi Bernet. Tardi. René Goscinny. Milton Caniff. F’murrrrrr.

Alors, un album pour chacun. C’est idiot, moi j’aime en avoir plein, des livres et surtout je ne fais pas trop la différence entre les divers albums d’un auteur. J’ai tendance à aimer les gens en bloc. Je déteste les andouilles qui viennent t’expliquer que Hugo Pratt c’était bien jusqu’à tel album et qu’après il s’est mis à bâcler. Bande de cons ceux qui disent ce genre de truc. Je suis pas aigri, je suis énervé ! D’ailleurs, ça fait bien, lorsqu’on est un connaisseur, de ne pas trop être bon public, de dénicher les erreurs et les faiblesses. Moi je suis bon public et merde.

Pour Fred, ce serait Le Petit Cirque et Cythère la sorcière (mince, ça fait deux).
Pour Will Eisner ça la fout super mal de choisir, c’est bien et c’est tout.
Et si on cherche un mauvais album de lui, on risque de se tuer à la tâche alors Eisner : Joker.
Hugo Pratt : L’île au Trésor et aussi Les Celtiques mais bon les autres albums aussi. Fort Wheeling.
Sempé : Monsieur Lambert. Marcellin Caillou. Raoul Taburin.
Crumb : Tout. Crumb : Joker. Pas choisir entre Big Yum Yum, le 30 40 de Futuro, Les carnets et tout et tout, y a qu’à se payer son édition intégrale en douze volumes et puis c’est marre.
Segar : Popeye hé banane !
Tiens, j’ai pas dit Munoz et Sampayo surtout l’histoire où Alack Sinner fout les poissons rouges aux chiottes et Sophie Going South qui est la meilleure bédé du monde aussi.
Jack Kirby : tout, mais surtout quand il dessine Ben Grimm avec son manteau et ses lunettes et c’est pas pour rien que je dessine tout le temps Humpty Dumty dans le Professeur Bell.
Jean Giraud : Le Garage Hermétique parce que c’est super bien dessiné.
Blueberry parce que c’est une bande dessinée initiatique.
Edward Gorey : Amphigorey. Vous ne connaissez pas Gorey. Vite. Achetez. Achetez. Mais pour l’acheter il faudrait le trouver.
J’ai dit Ronald Searle ? Non mais j’ose pas trop le citer là parce qu’il déteste la bande dessinée.
Jordi Bernet : alors là, tout Torpedo et comptez pas sur moi pour dire que tel album est moins bien ou qu’il bâcle parce que je l’adore et plus il dessine vite mieux c’est. Y a qu’à voir la connerie porno qu’il vient de sortir chez Albin Michel. Bernet, même quand il veut faire de la merde, il n’y arrive pas.
Tardi : Ici Même, La der des Der.
René Goscinny : Le Petit Nicolas. Le Pied Tendre. Astérix. Oui, j’aime pas non plus les gros malins qui viennent expliquer que Tintin c’est le comble du bon goût et qu’Astérix c’est vulgaire. Leon Degrelle est peut-être plus élégant que Georges Clémenceau mais c’est un con quand même. N’empêche, Tintin, c’est vachement chouette aussi.
Milton Caniff : Terry et les Pirates.
Sur F’murrrrr, il s’est passé quelque chose de criminel, c’est qu’on a jamais pu lire la suite des Aveugles et du Pauvre Chevalier parus chez Casterman. Chers éditeurs, si vous avez de l’argent et que vous savez pas quoi en foutre, suppliez F’murrr de dessiner la suite de cette histoire. Je ne comprends pas qu’on n’ait pas fait plus de bruit que ça quand Casterman a cessé de publier F’murrrr. Tandis qu’A Suivre a agonisé pitoyablement pendant des années, publiant des bluettes pseudo-réalistes toutes plus minables les unes que les autres, tandis que tous les auteurs belges en mal de parisianisme y étalaient leurs couillonnades, on laissait tomber F’murrr. Qu’ils aient pu patauger des deux pieds dans le Warnauts et Raives pendant si longtemps et qu’ils aient laissé partir F’murrrr, ça n’a aucun sens. Qu’ils crèvent. A mort A-Suivre. N’empêche, fin 1998, F’murrrrr, pas mort !
—–
Frédéric Boilet

L’Encyclopédie de Masse de A à H, Francis Masse, les Humanoïdes Associés 198 ? (ouvrage prêté il y a plus de dix ans et jamais rendu …)

Le Royaume des Eaux noires, Paul Cuvelier, le Lombard 1974 (emmené avec moi au Japon)

La Fièvre d’Urbicande, François Schuiten et Benoît Peeters, Casterman 1984 (au Japon aussi)

Chichi no Koyomi, Jirô Taniguchi, Shôgakukan 199 ? (je viens d’offrir mon exemplaire à Mariko, pas la date en tête …) (traduction prévue chez Casterman en janvier prochain)

Munô no hito, Yoshiharu Tsuge, Nihonbungeisha 1994 (de toutes les étagères)

La série des Daredevil par Gene Colan parue dans Strange, fin des années 70 (au grenier à Épinal)

Jean qui rit et Jean qui pleure, François Ayrolles, collection Patte de Mouche, l’Association 1995 (sur étagère japonaise)

La série Onkr parue dans le journal de Mickey dans les années 60 (avis de recherche, titre exact ? Auteur ?)

La Parisienne, Berroyer et Gibrat, Dargaud 1983 (de toutes les plages)
—–
Thierry Smolderen

Le Lotus Bleu (version noir et blanc) de Hergé

Little Nemo in Slumberland de McCay (1904 à 1911)

Krazy Kat de Herriman

Le Garage Hermétique (in Major Fatal) de Moebius

Elektra Assassin de Miller et Sienkiewicz

Z comme Zorglub de Franquin et Greg

Terry et les Pirates de Caniff (1938 à 1941)

Calvin et Hobbes de B. Watterson

M. Crépin de Töpffer

Dossier de en décembre 1998

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